Ibidem
en quelque sorte sur l'idée, prenant sur elle une nouvelle forme et recevant dans son contact avec la vérité divine un sens et une grandeur qui la transformaient, elle aussi, et la rendaient digne de l'entendement chrétien où elle allait prendre place. Mais, en se revêtant de cette nouvelle vie, l'expression devait passer par une nouvelle enfance et se montrer d'abord peu ferme et peu précise. Comme l'expression, le style devait être simple et sans aucune recherche, la phrase négligée, se ressentant infailliblement de la double influence d'une langue dégénérée et d'une pensée élevée. La composition devait pécher surtout par le défaut d'ordre et de méthode dans son ensemble : car la méthode est le fruit le plus avancé de l'art et du raisonnement étudié; et, d'après la loi commune, elle devait être peu sensible au début de la carrière littéraire qui s'ouvrait alors devant l'esprit humain. Cependant la raison chrétienne devait aussi exercer son influence; elle pouvait déjà réfléchir sur toute la composition quelque chose de sa puissance et de la régularité de ses idées. C'est ainsi que les lettres chrétiennes se présentent à leur origine : elles subissent les vices de la littérature contemporaine, en même temps que, sous l'influence de la pensée évangélique, elles donnent naissance à cette littérature nouvelle qui seule pouvait s'élever à la hauteur de celte pensée.
Nous pourrions citer à l'appui de ces considérations les premiers écrits des Pères, l'admirable lettre à Diognète, les brûlantes épitres de saint Ignace, les nobles apologies de saint Justin et d'Athénagore, enfin les puissantes argumentations de saint Irénée et de Tertullien. Mais, toujours forcé de nous restreindre, nous nous bornerons à quelques lignes de Clément d'Alexandrie, qui nous a donné la leçon et l'exemple. Après avoir relevé l'imposture des poètes mythologiques, qui étaient si vantés pour leurs chants et qui n'avaient fait cependant qu'abrutir les hommes en les jetant dans l'idolâtrie, Clément s'écrie, dans un divin enthousiasme : « Ah ) tel n'est pas mon