‹ Cours d'histoire ecclesiastiqueChapitre 217 sur 329 · SAINT CYPRIEN. SES EXAGERATIONS · texte numérisé non relu

SAINT CYPRIEN. SES EXAGERATIONS

Ces notions n'étaient point des idées systématiques, propres à saint Gyprien. Il les donne h son peuple, dans une instruction pastorale, comme un enseignement dogmatique; il les donne comme des notions traditionnelles, essentielles, obligatoires, et il en est tellement rempli, qu'elles reviennent sans cesse sous sa plume dans sa correspondance^.

3. En exposant ces notions , saint Gyprien tomba dans certaines exagérations inévitables qui Tentraînèrent en quelques erreurs. Pour les apprécier convenablement, voyons dans quelles circonstances et sous quelle influence il écrivit son Traité de l'Unité et ses lettres touchant l'affaire des schismatiques. Le grand évêque de Garthage écrivait dans le troisième siècle, au milieu des traditions et des habitudes primitives. Jusque-là Tautorité ne s'était exercée ordinairement que sous des formes paternelles (VU, 7) ; le lien fraternel ou la charité avait dominé dans la société chrétienne. Chaque église formait, dans la grande famille, comme une famille particulière, dont l'évêque, par son action constante et immédiate, était le père et presque le roi de fait, sans préjudice toutefois des droits des métropolitains et du pape (XXXV, 1 et 2). Placé sous cette influence active des temps apostoliques, saint Gyprien exagéra tout à la fois : 1** le lien de la charité entre les évoques, qu'il présente unis en un seul corps, solidaires les uns pour les autres, et contribuant chacun par un concours mutuel au bien de toutes les églises; 2*» l'autorité de chaque évêque, qu'il rend maître de tout ce qui regarde l'administration intérieure de son église, et de la décision de tout ce

romain, ainsi qu'on le voit encore plus explicitement ailleurs^ lorsqu'il recommande aux députés qu'il envoyait «u pape Corneille de bien reconnaître la racine et la matrice de l'Église catholique (dans la personne de Corneille), et de s'y attacher : SctmtM nos horlatoi eo$ esse ut Ecclesiae catholicsB radicem et makicem agnoscerent et tenerent. Epist, 4S, ckf Comel.f n. 3.

1. Yoy. notamment Epist. 40, n. 5; 41, n. 1 ; 45, n. 33; 55, n. 7 et 14; 62, n. 1 ; 69, n. 8 ; 70, n. 3; 73,n. 7; 76, n. 1, S et 6. -«Yoy. aussi (26 Z^ono Paltmd'âs, n. 15, et passim.

35ê LEÇON XLII. SAINT lÉTÎENNÊ. AN 254-357.

qui ne touchait pas à la foi. Sur le premier point, saint Cyprien ne s'écarta point de la doctrine; il n'admit jamais l'égalité réelle entre les évêques, malgré les expressions exagérées qui sembleraient l'indiquer. Mais, sur le deuxième article, il donna dans une erreur réelle en attribuant k chaque évèque une véritable indépendance pour les points secondaires et d'administration intérieure; erreur presque naturelle dans un temps où l'on n'avait pu songer encore à déterminer formellement lés droits des diverses juridictiotis. —Enfin une dernière exagération de saint Cyprien tomba sur l'unité même de l'Église, c'est-à-dire sur le point qu'on croirait ne pouvoir relever assez, et cette exagération le jeta de toute la force de son zèle dans une erreur et un débat qui remplirent et troublèrent ses dernières années. Poussé par son ardeur à défendre les droits sacrés de cette unité, il ne vit plus dans ceux qui les violaient que des malheureux qui, par le fait qu'ils abandonnaient l'Église une et indivisible, sortaient du Christianisme. « Christian « nus non est qui in Christi Ecclesia non est^. » Telle avait été déjà la doctrine exagérée de Tertullien : Si hœretici sunt^ Christiani esse nonpossunt^. Seulement saint Cyprien ajoute le schisraatique à l'hérétique, etvoyez quelles conséquences vont suivre du principe ainsi mis en avant, « qu'ils ne sont plus Chrétiens dès le moment qu'ils ne « sont plus de l'Eglise de Jésus-Christ! » Ils n'ont plus, dit Cyprien, la loi de Dieu, ni la foi du Père et du Fils*, ni l'enseignement*, ni les dons du Saint-Esprit, ni la grâce, ni les sacrements, et notamment le baptême*. La raison en était simple : hors de l'Église il n'y avait plus rien, selon saint Cyprien; on ne pouvait donc rien recevoir une fois sorti de son unité : Neque enim accipiunt aliquid ubi nîhil

I. D.Cypr.,£'p{«l.5t,eldilnlon.,n. 14. r> Cf. £pMl. 74, o. let»; 70,ii.S»« 1. Tertull.^ de Praeacript.y n. 4.

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