Epist. 52, n
». Epiit, 76, ad Hagn,, n. 1 ; 70, n. 1 €t 2.
SAINT CYPRIKN. LA REBAPTISATION. 8$9
€st^. Il y avait là une erreur manifeste; mais peut-être que, dans ces premiers temps où Ton se rendait peu compte de la distinction essentielle que TÉglise a toujours faite de la licite et de la validité dans l'administration des sacrements, de la grâce qu'ils confèrent et du caractère ineffaçable que plusieurs impriment, cette erreur eût passé sans trop de bruit, si la rebaptisation, qui en était 1^ conséquence pratique, n'eût occasionné alors un débat très-yif, dont nous allons résumer l'histoire.
4. Dans les deux premiers siècles chrétiens, les Iiérétiques judaïsants, dont le baptême était valide, ne recevaient que l'imposition des mains et la pénitence, en rentraiit dans l'Église. Ceux, au contraire, qui sortaient des sectes gnostiques, où la forme du baptême et le dogme dp la Trinité étaient également altérés, devaient être.baptisés préalablement. Lorsque le Gnosticisme, transformé ej\ hérésie chrétienne, eut des formules valides, on continua de juger leur baptême comme leur doctrine et de le rejeter; ce qui arriva surtout chez les Orientaux, où les Gnostiques s'étaient principalement multipliés, tandis que dans l'Occident, plus à l'abri de leurs erreurs, on conserva l'ancienne tradition. L'erreur des Orientaux avait toutefois pénétré en Afrique avec les Gnostiques, et Agrippin, évêque de Carlhage, sanctionna l'usage de la rebaptisation, dans un concile national, au commencement du troisième siècle.
Cependant, vers le milieu du même siècle, plusieurs eurent des scrupules, en Orient, touchant les Montanistes, orthodoxes sur la Trinité, et en Afrique sur les Novatiens, qui n'étaient que schismatiques. Consulté de plusieurs côtés, S2iint Cyprien répondit sans hésiter que le baptême reçu hors de l'Eglise une était nul, et qu'en conséquence on devait, non rebaptiser^ mais baptiser^ ceux qui abjuraient l'erreur ou le schisme". Il se fonda sur la doctrine
1. Epist, 71, ad Quinf., 73, n. 1, 10 «t 11 ; 70, ad Januar.^ n. 1 et 12. t. Voy. Epitt, 76, 70 et 71.
qu'il avait exposée contre les schismatiques, et ne cessa dès lors d'en presser toutes les conséquences. Pour la coutume contraire qu'on lui opposait, il la traita sans façon de coutume particulière et abusive qui devait céder à la raison. L'évêque de Carthage, qui croyait le dogme de Vanité et surtout le salut des âmes intéressés dans la question, rassembla un premier concile, puis un deuxième plus nombreux, fit goûter son opinion et ses arguments aux évoques d'Afrique, et envoya le résultat au pape saint Etienne. — Le pape répondit non en théologien qui discute, mais en supérieur qui décide; il ordonna simplement de maintenir la tradition et de ne rien innover : Nihilinnovetur prœter id quod traditum est, avec menace d'excommunication, abstinendos putat^,
5. Blessé jusqu'au fond de l'âme par cette sentence imprévue, qu'il croyait fausse et funeste à tous égards, saint Cyprien prit toutes ses mesures pour la rendre nulle et s'y soustraire. Il s'en plaignit amèrement dans un grand concile national qu'il assembla à cette occasion (256); il alla jusqu'à traiter le décret du pape d'acte tyrannique et d'abus d'autorité ^ Toutes les raisons qu'il développa, soit dans ce concile, soit dans ses lettres écrites alors, reviennent à dire que l'usage de la rebaptisation était un usage libre, du nombre de ceux que chaque évéaue avait le droit de régler par sa volonté, et dont il n'avait à rendre compte qu'à Dieu*; que le pape avait donc abusé de son autorité et blessé la liberté des églises en condamnant cet usage et les évoques qui croyaient devoir l'observer. C'était là tout ce que l'évêque de Carthage avait à opposer directement à l'acte du pape Etienne. Mais, dans ses lettres, il
1. EpisU 74, ad Pomp.^ n. i et 8. •*- Cf. S. Aog., lib. de Unico BapUf contra Petilian.j cap. xiv ; lib. V, contra Donat,f cap. xxv.
î. Conc. Carth. 7, luô Cypr., dans Mansi, t. 1, col. 951; — Pa<ro/. toi., t. III, cul. 1079, édit. Migne.
3. Voy. surtout Epist. 72, ad Stejth., n. 3j^76, ad Jub., n. 26; —C^nc* Cmh. VII, col. 1085, t. ni.— Potroi., Migne, etptw^tm.
s. CYPRIEN. SA RÉSISTANCE AU PAPE. PRIMAUTÉ ROM. 361
s'étendait encore avec complaisance sur tous les arguments subtils dont il prétendait accabler les adversaires de la rebaptisation. Il en écrivit sur ce ton au chef des Rebaptisants d'Asie, Firmilien, évêque de Césarée, qui lui répondit dans les termes les plus outrageants pour le pape Etienne ^ Cependant, ni saint Cyprien, dont les expressions, qui nous choquent aujourd'hui, étaient toutefois modérées jusqu'à un certain point pour l'époque, ni le fougueux Firmilien, n'infirment l'autorité fondamentale et la primauté du pape; ils la supposent même et la reconnaissent constamment, se plaignant seulement de l'abus que, selon eux, Etienne en faisait contre la rebaptisation.
6. Après ce coup mortel porté à l'erreur, la rebaptisation ne fit plus que décliner dans les églises où elle avait été en vigueur, au point que les Donatistes, qui la ressuscitèrent en Afrique, ne purent s'appuyer, au commencement du cinquième siècle, que du grand nom de saint Cyprien. — La rebaptisation, comme usage, n'a rien en elle-même de pernicieux, et la tolérance avec laquelle l'Église l'a traitée, même après le pape saint Etienne, s'explique facilement; mais, comme erreur, elle conduisait à l'hérésie destructive du sacerdoce et du ministère ecclésiastique, en faisant dépendre l'effet des sacrements des dispositions de celui qui les administre. Et voilà pourquoi le même pape Etienne l'a frappée dès l'instant qu'on voulut l'ériger en principe et la défendre théologiquement.
Pour le grand débat que la rebaptisation souleva en Afrique et en Asie, peu important par lui-même^ il a eu l'immense avantage de réfléchir sur la doctrine de saint Cyprien touchant le centre de l'unité catholique, ou la primauté du pape, une nouvelle et victorieuse évidence.
7. Jamais homme peut-être n'a été mis à une épreuve plus délicate que saint Cyprien dans l'affaire de la rebaptisation. Il régnait sur l'église d'Afrique plus encore par
V Bpiit^ 7^, inter Ipist. D. Cypr.
■une. T.
l'ascendant de son génie et de sa vertu que par l'éminence de son siège. La rebaptisation était un usage consacré dans cette môme église, depuis un demi-siècle, par T assentiment de tous ses évêques réunis en concile; et Tillustre évoque de Garthage, à la tête de son propre concile, venait de renouveler cette sanction. Il regardait de plus le principe même de cet usage comme une vérité qui intéressait au plus haut degré le dogme de V unité de l'Église et le salut des âmes. Qu arrive-t-il cependant? L'évêque de Rome, auquel il avait envoyé la décision du concile africain, condamne cet usage qui lui était si cher à tous les titres, et il le condamne par un acte pur et simple de son autorité, avec menace de la peiné canonique la plus sévère, l'excommunication, contre les récalcitrants. — Supposez maintenant que Févêque de Rome n'ait eu alors aucune primauté de juridiction sur l'Église, aucune autorité reconnue et non contestée; supposez encore que la chaire de Pierre, l'évêque de Rome, n'eût pas été regardée comme le centre essentiel de la communion catholique. Quelle sera la conduite du primat de Carthage? L'honneur national et son honneur personnel également engagés, son zèle ardent pour l'Église, pour l'unité catholique contre les schismatiques et pour le bien des âmes, une juste indignation, tout lui faisait un devoir de repousser, comme un acte radicalement nui, le décret d'Etienne, et de le livrer à la dérision comme un acte insensé. Et cependant, qu'a-t-il fait en réalité? Nous l'avons dit : il n'a vu qu'un abus d'autorité dans la sentence du pape, et il n'a trouvé moyen de le prouver qu'en se jetant dans trois opinions erronées, savoir : que la rebaptisation était un usage libre et de pure discipline; que les évêques étaient indépendants pour ces sortes de questions et de coutumes; et qu'enfi» la tradition invoquée par Etienne n'était qu'une tradition abusive et non apostolique. Mais contre l'autorité même et le droit du pape comme supérieur, contre les prérogatives de ce centre dont on menace de le séparer par rexcommunication. pas
AIlîT qtPRIW* PRIMAUTE EOMAÎNÊ. SÔâ
un mot ne lui échappe, ni à lui, ni aux évêquea d'Afrique, ni à Firmilien lui-même, ni aux Orientaux f Ëst-il possible de concevoir un hommage plus éclatant et plus invincible rendu à la primauté romaine, à la chaire de Pierre considérée comme le centre de l'unité catholique? Ainsi l'amour de Tunité, qui avait entraîné saint Cyprien par diverses exagérations dans cette extrémité, le retint inébranlablement dans cette même unité; et le débat si déplorable de la rebaptisation, qui l'exposa si fortement à la tentation de renier, avec la primauté du pape, le centre romain, servit merveilleusement à élever h, la plus haute puissance la té^ moignage qu'il lui avait âéjli rendu.
8. Forcé de nous restreindre sans cesse dans l'exposition de cotte célèbre dispute, nous laissons k nos lecteurs le soin de développer eux-mêmes les autres conséquences qu m découlent assez naturellement. Par exemple, de ce que saint Cyprien ne se croyait autorisé h résister à la senteaoô du pape que parce qu'il n'était question, selon lui, que d'un usage libre, ne s'ensuit-il pas clairement qu'il eût re<^ gardé comme obligatoire un décret sur la foi et qu'il s'y serait soumis^ ? •— Noua renvoyons plus bas^ à la Note bi* bliographique, divers points plus ou moins oontroversés; mais nous devons ajouter Un mot sur l'imfNresfiion que le débat en question fit dans les esprits.
La résistance de saint Cyprien au pape Etienne fut une faute réelle, faute affaiblie sans doute par une foule de cir« constances; mais enfin elle fut un acte blâmable. L'opinion ]Hiblique, qui n'a cessé d'admirer l'illustre évêque, demeura inexorable à cet égard, même après son glorieux martyre. Ce fut au point que déjà un siècle et demi plus tard, plusieurs, par sèle pour la gloire de saint Cyprien,
I . On poovrait coasaerer une dissertation oourte et fseile à dédnîrei de» prîii' eipes émis par saint Cyprien, les conséquences qui s'ensuivent toacliaat riniaillibffîté de la chaire de Pierre^ Tirante dans les successeurs de Pierre, ses rapports d'antoiifté crée le eoncile général, etc., conséquences dont saint Cyprien nepoalûï eoMif se rwMira q^mpt* formeU^nent en son temps.
364 LEÇON XLII. SAINT ÉTIfiNNE. AN 254-257.
cherchèrent à le disculper en essayant de répandre quelques nuages sur Tauthenticité des monuments qui attestaient cette résistance. Saint Augustin, qui nous apprend cette circonstance sans se prononcer, rappelle en toute oc* casion le martyre de saint Cyprlen comme une noble et héroïque expiation. — Hais peut-être ce blâme tombait sur les erreurs, sur l'émotion trop vive du primat de Carthage? — Nullement. Il arriva à saint Cyprien ce qui est arrivé à tous les Pères qui ont les premiers exposé et défendu quelques points de doctrine : son expression fut plus d'une fois exagérée, inexacte; il se trompa de bonne foi sur plusieurs points non encore définis explicitement, et notamment sur la rebaptisation, que l'Église toléra avec patience. L'opinion ne se montra pas plus sévère que l'Église; elle blâma uniquement la résistance du primat à l'égard de son supérieur. Supposez que le pape Etienne n'eût été qu'un simple évéque, un grand métropolitain , si Ton veut, mais sans autorité ni juridiction sur l'évêque de Carthage; loin de le blâmer, l'opinion publique, après avoir flétri l'acte insensé de l'évoque de Rome, eût exalté la modération de Cyprien, que son mérite et sa célébrité élevaient bien au-dessus d'Etienne ; peut-être même l'eût-elle taxée de faiblesse, pour n'avoir pas fait ample justice de cet attentat, et soustrait plus efficacement l^s évêques d'Afrique à une si odieuse usurpation. Le docteur Launoi et, en général, tous les auteurs peu favorables aux papes se sont plu à relever tous les éloges donnés à saint Cyprien et le silence de l'histoire sur le pape Etienne; et ils n'ont pas vu que le plus beau résultat de ce parallèle était de faire ressortir avec plus d'éclat l'autorité du pontife romain sur un homme célèbre qu'il n'eût osé attaquer sans un droit incontestable, ou qu'il n'eût pas attaqué impunément. — Les mêmes hommes ont triomphé encore de l'insertion du nom de saint Cyprien dans le Canon de la messe, où ne figure pas celui d'Etienne. — Or voici ce que l'Église a fait : elle a inséré lo nom du grand évéque de Carthage dans le .
SAINT CTPRIEN. PROBLEMES. 365
Canon, parce qu'elle a vu en lui l'homme providentiel pour défendre Funité, le centre romain de l'unité, le pivot du gouvernement ecclésiastique contre les schismatiques; de même qu'elle y a placé à côté de Cyprien le pape saint Co»neille, qui avait été le confesseur et presque le martyr de cette même unité. Pour Etienne, il fut sans doute un saint pape, un gardien zélé du dépôt de la foi, un illustre martyr ; mais plus de trente autres papes ont versé leur sang pour la foi , et tous , sans exception , ont préservé la doctrine de toute atteinte. A quel titre leur eût-il été préféré ?
9. Nous avons cru devoir insister, tout en nous restreignant beaucoup, sur la mission de saint Cyprien et sur tout ce qui s'y rattache. Ce fut pour l'accomplir que, dans son Traité de f Unité et dans tout ce qu'il écrivit contre les schismatiques, il traça les premiers linéaments de la théologie sur le gouvernement ecclésiastique. Déjà saint Irénée avait posé le fondement (XXI, 2, 6 et 9). Mais, contre les hérétiques, l'évêque de Lyon avait dû insister uniquement sur l'unité de doctrine, fondée sur l'accord des églises, et finalement sur la tradition de l'Église romaine, celle à laquelle toutes les autres doivent se conformer; de même que l'évêque de Carthage insiste constamment contre les schismatiques sur l'unité d'autorité et de gouvernement dont il voit également le centre et la tête à Rome. Et remarquez que saint Irénée recourt à cette tradition romaine, afin d'arriver sans circuits à la vraie doctrine contre l'hérétique; comme saint Cyprien, un siècle plus tard, remonte à la chaire de Pierre, afin d'arriver tout droit à l'autorité légitime et de couper court à la discussion contre le schismatique. Tous les deux recourent immédiatement à Rome, l'un à la tradition centrale, l'autre au pouvoir central, pour arriver, disent-ils l'un et l'autre, par le plus court chemin à la vérité : Veritatis compendio. Saint Cyprien complète évidemment saint Irénée : il fut l'homme du centre administratif pour l'unité d'autorité et de gouvernement, comme
saint Irénée avait été l'homind du centre dogmatique pour l'unité d'enseignement et de doctrine*
En terminant cette question, qui est le complément de DOS origines chrétiennes» adressons^^nous , avec saint Augustin, au bienheureux Cyprien et prions-le de nous assister ici-bas sur cette terre ténébreuse, afin que, par notre attachement à l'autorité de l'Église catholique, nous confondions les hérétiques et les schismatiques, que ce grand saint, du haut de la gloire céleste, « réprouve et condamne ff d'autant plus, qu'il voit plus clairement leur malice à « chercher dans ses écrits de quoi tromper, et non la cha- « rite dont il leur donna l'exemple : Tanto amplius impro- « bat atque eondemnat^ quanto magis novit eos ad insidiéàr* a dum perserutari velle quod icripsit, et ad pacificandum « imitan nolle quod fecit^. *
t. D. Àug. dt Bapté cùnira Donat., lib. TU, 0Ap. i, t. H, col. 807, édit* Gauma«
Sur saint Cyprien et W débat eatre lui et le pape «aint Etienne, voir lei auteurs saWants que nous rangeons en deux catégories :
1* AUTSORg PAVOBXBLBS kXJX PAPES.
L^auteur anonyme d'une dissertation intitulée i De dissidiû inlet S, Stêphanwni et S. Cypriamum super bdptitmaie heBreticcrum exorio Diiêsrtatio dogmatiea^ Cette pièce, qui forme un TcHume ia-i%, est peut4tre la p(u9 complète, et certai-* nement l'une des meilleures sur la question. On la trouve dans les Dissertât, du P. Zaccharias, et aussi dans D. Lumper (t. Jtll, p. 251), maift àrec des retraii*^ o1i«Bien(set des réflexions qui trahissent tôt niaUTlii esprit. -^ Le P. Th^ioasiln, Dissert. % in Concilia. — te^ Yiesée saint Cyprien, par PAmeliitt, dom Uaran, en tète de leurs éditions, et par Tillemont, t. IV. — Ces deux derniers toutefois ne rendent pas assez de justice i la conduite du pape saint Etienne, tout en lé ittslifiaut contre Launoi. — D. Constant, Epist, 6S. PP., 1. 1 ; il joetifie blea !• pape» *^ le P* Mqël Alexaadrt» B^ Mee., p. 10 «t 9ft«4. avee lea boanea note» de RoncagUa et Mansi, edit. Venet. — Les historiens étendus, Baronios, Orsi| Pleury, en y joignant les Observât, théolog.t etc., par un anonyme, 1. 1, p. 119..* MM. Rohrbachef , Paima, etc. ->- !fous detons ajouter les auteurs qtâ ont attaqaé l'ttttbentieité des I<ettres de saint Cyprien et de Pirmillen touchant le débat de la rebaptisation, savoir : Missorins, franciscain, Dissert, oritica in Eplst, Firmil. et Cyprianif ete.j Dissert, critica in Epist. ad Pompeium inter CypHanicas, 74, etc. — le P. Touriiemine, Conjectures sur la supposition de q^lques en* vragss de mmU Cypriên et de la Lettre de Firmiliett, dans les Ménokrtê éa TH* TOUS, « 754. «^ Sp^eiaieiawl oootr» l'autl»f bticité de la lettre de FiraOlifA ; Mar*