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VICTOIRES DB CONSTANTIN. LE LÀBARUM

pourpre, trahit deux fois son gendre Constantin, et se vit contraint de s'étrangler (310).

Durant ces mouvements politiques, la persécution continua dans les États de Galère et de Maximin, où elle se ralentit toutefois par lassitude en 307. On se contenta d'en> voyer les saints confesseurs travailler aux mines, après leur avoir brûlé le jarret gauche et l'œil droit. Us fuiH^nt enfin mis en liberté, et les Chrétiens allaient respirer, lorsque de nouveaux édits du féroce Maximin vinrent renouveler toutes les horreurs des premiers jours (308). II y eut enc(»re quelques moments de relâche ; mais la persecati<m ne s'arrêta que par Tédit que d'intolérables douleurs arrachèrent à Galère mourant (311). Elle recommença encore, et toujours aussi cruelle, dans les États de Maximin (31â), tandis que rOcoident entrait dans une ère nouvelle. L'odieux Maxence, après avoir reconquis l'Afrique sur le tyran Alexandre, osa déclarer la guerre à Constantin. Le jeune héros gagna trois batailles, et défit sous les murs de Rome Maxence lui-même^ qui périt dans le Tibre. Ce fut i»robablement au commencement de cette eampagae que Constantin vit dans le ciel, un peu aprè» midi, une croix de lumière avec ces paroles : Vainquez par ce signe, toGto v£x«. Cette vision l'étonna, ainsi que toute l'armée ; mais, la nuit suivante, Jésus-Christ lui apparut avec ce même signe, et lui commanda de faire son étendard sur ce modèle, qui devint le Aabarum, Dès ce moment, la croix remplaça les idoles à la tète de son armée, qui devint invincible ^. Le prepier usage que Constantin

i • PROBlillB»

la vision de Consianlin eit-elle un fait certain et authentique?

Pour la négative : les protestants, Mosheim [de Rebut Christiancr. , ante Const. ^ ^* *^i § 7), qm A aima 7 féb une fretude pietiM ; — Oiselkis, Thomanot, Ar4 ûoklus, et sortoul Ghanirepied ; eafin tous nos philosophes déistes, qui nient tout iniracle, et n'en lont pa« pour cela meilleurs eritiquet.

Pour VaffirmaHvê ; Tous les auteurs , jusque yen le milieu du dix>septièmd ùèclej depuis eett« époque, de Lettoc et le P. du Moulinet. Leurs dissertations •ont dans les deux premiers Tolumes du Recueil de dissert, sur les appariUonSj

fit de sa victoire fut de rendre la liberté aux Chrétiens par un premier édit (312), puis par un second, qu'il rendit à Milan (313), conjointement avec Licinius. Ce nouvel édit «'ithit plus large et rétablissait les Chrétiens dans tous leurs droits et leurs possessions. Licinius le promulgua dans tout TOrient, après avoir défait Maximin, qui périt lui-même dans d'horribles douleurs. Son vainqueur punit jusqu'aux gouverneurs qui avaient si bien servi la haine du tyran en torturant les Chrétiens. Prisca, femme de Dioclétien, et Valérie, sa fille, maltraitées et retenues captives par Maximin, ne trouvèrent pas grâce elles-mêmes devant Licinius. Ayant été découvertes, elles eurent la tête tranchée, et leurs corps furent jetés dans la mer. Enfin Dioclétien, retiré dans ses jardins de Salone, ne parut avoir tant vécu que pour voir ses images renversées avec celles de Maximien, les premiers malheurs de sa femme et de sa fille, la victoire de Constantin et le triomphe du Christianisme. Il mourut (313) accablé de chagrin et de désespoir, après avoir acquis une triste célébrité. Son avènement à l'empire, en 284, est demeuré longtemps pour les Chrétiens une date chronologique, sous le nom à! Ère des martyrs.

LEÇON XLVL

I* Si la prospérité de l'empire avait été granae au deuxième siècle, ses malheurs furent plus grands encore durant le troisième. Il est plein de règnes éphémères, et

deTabbé Lenglet; — Baron., an 811, § 19 ; -* Tillem., fimp., t. IV, p. 629 et 632; — Saccarelli, an 312; P«lma, t. I, cap. xxxvii (2* édit.}; -~ DutoisiDi PtMerlal. crttiqw sw la %>iêian de Conttantin; c'est le plus complet. En général tous les écrivains catholiques; et parmi les protestants, Fabricios, Biblioth, grœc.f t. Vt; — Abbadie, Btamen pluspafiictUier du signe eékête qui apparvî à Conêtan^n»

RéSUMÉ DU TROISIÈME SIÈCLE. ÉTAT DE L'ÉGLISE. 397

tandis que les compétiteurs, multipliés au gré des armées, rendaient la guerre civile permanente, les Barbares franchissaient toutes les frontières. La famine, la peste, les j tremblements de terre, achevèrent la désolation de ce malheureux siècle. — Pour l'Église, il fut un temps de combats et de progrès. La persécution de Sévère et celle de Maximin, les travaux d'Origène et de saint Hippolyte, une paix de quarante ans, les nouvelles conquêtes de TÉglise, le développement de ses institutions et la chute sensible des mœurs primitives, en remplissent la première moitié. La cruelle persécution de Dèce, celles de Valérien et d'Aurélien, enfin la plus longue de toutes et la plus sanglante, celle de Dioclétien, achèvent cette période et prennent les premières années du siècle suivant. Nous voyons marcher en même temps les grands travaux de saint Gyprien et de saint Denis d'Alexandrie, la nouvelle guerre déclarée au Christianisme par Plotin et son école, et à l'Église catholique par les Manichéens. Ces hérétiques résumaient toutes les sectes grossières et décriées du bas Gnosticisme, tandis que Noët, Sabellius, et moins sensiblement Paul de Samosate, donnaient une expression plus christianisée à sa partie supérieure et philosophique.

2. Nous n'avons plus à tracer ici le tableau de l'Église au troisième siècle , pour la doctrine , la discipline et les mœurs : déjà ce tableau existe dans notre travail sur le siècle précédent, dont nous avons retrouvé infailliblement les traditions et les habitudes dans les monuments et la société chrétienne du siècle qui l'a suivi. Il est facile, d'ailleurs, de recueillir dans notre texte historique les témoignages plus formels rendus à la tradition sur ces différents points. Seulement nous allons signaler quelques articles particuliers : i® sur la philosophie chrétienne. Elle passa de l'état de fofmule à celui de système dans le Péri archâîi d'Origène, et se fortifia de la philosophie profane après l'avoir ranimée par la méthode éclectique dans l'école d'Ammonius ; ^ aux juridictions métropolitaines, si visibles au

BLAMC. I» S8

308 tEQpiï ?LYt.

troisième siècle, il faut ajouter la forptts^tiou des paroisses ^ et la création des curés ou chorévêques, do^t l'histoire vérvêle Texistence dès le commencemeut du quatrième siècle; et, de plus, le titre d'archidiacre daas la hiérarchie administrative. On désignait ainsi le premier des 4iacres, qui devenait le principal ministre de l'évêque dans toutes les affaires; ce qui demandait en lui une capacité supérieure, et lui donnait une importance propor^ionpée. Ces archidiacres sont marqués à Ropie dès le milieu du tfoisièn^p siècle, et en d'autres églises, à Garthag^, ^ Alexaridfie, au commencement du quatrième *; 3** sur les reyeni^s ecclésiastiques, nous devons ajouter à ce qui ^ été dit plus haut (XXXVI, 6] que TÉglise possédait, au moins depuis le milieu du troisième siècle, des biens meubles et iaiipeul)Ips qui étaient regardés comme appartenant à la commun?iuté des Chrétiens, ad jus corporis, comme s*exprin^e Cqnstantin dans l'édit qui en ordonnait la restitution *.

3. Mais le caractère spécial du troisième siècle fut la lutte, la grande bataille d'un demi-siècle livrée non plus au Christianisme, mais à TÊgiise catljolique, par \^ §ociété païenne tout entière. Les empereurs romains l'orgfiftisaient par leurs édits sanglants, les philosophes s^gissaie.nt $ur le moral et l'opinion publique^ 1^ multitude secondât les

1. Sur l'antiquité des pvrois^», voir B)aiiel^, M Ànatku,^ de S. fii<iiii|sio. p. 230, de s. Marcello^ p. 205. ^ Le dpcte^r filesac {•— If P. Tbom^., fais* eijil.i liv. n, cb. zxielzxn; — enfin, Aasaldi, Multitudo maxima Chrisiiar^O' mm, cap. x, où il fait remonter aux premiers siècles les premières paroisses des capopi^gn^, 01) du moinf leurs comm^nûemenbi, contrôle P. Thoroassin et autres. On peut en faire la matière d'une dissertation, t- $i)r Us chçiséyêques, qi^i rcspr plaçaient l'évèque dans les réglons écartées où ii ne po^vait se trouver, voir de Marca, Ckmcorclta, etc., lib. Il, cap. xni et xiv. — Thomassin, i^ partie, liv. Il, ch. I. — Duguet, disserta XII ; SelvaggiQ, parte I*, llb. I, cap. xt. — On « beaucoup disputé dans les Gaulea sur le c^r^ctè^ des cboréTàquea; l'^ifim^ commune est qu'ils n'avaient pas le caractère épiscopal. On p^ftt les «o.ipparer f nos préfets apostoliques dans nos colonies.

2. Sur le; premiers arcbidiaçres, voir Thomatt., (oc ciï., ch. xvn.

3. Euseb., lib. X, cap. v j — Cf. lib. «, çig>. ^, pqa^ l'éd^ de Haufpin, q^i déjà avait prescrit U même restitution. Voy. les a^l^ui^ p|us ha^t (pUCVL ^.j

JjlTAT 0S Vi&hHlÊ Ail TROISlàllB SIÂCLB. 899

bourreauii de sa haine et de sa» action, geloa ses dlspositicms ordinairement hostiles et^ souvent acharnées. Les perfiécutioaa prennent ea triple caractère d'une manière plus marquée sous Dèce, pour continuer ainsi jusqu'à Bioclétien, où il fut porté à son apogée. Jamais guerre ne fut plus extraordinaire : d'un côté, se trouvaient la vérité et la juatice , et paup défenseurs des victimes héroïques ; de l'autre, l'erreur, Toppression et des bourreaux. Et toute- (pis, jamais victoire ne fut plus complète, he Paganisme ^e $t pas une conquête, pas mèipe celle des apostats, qui ne sortaient des temples que pour aUer pleurer leur lâcheté ^ la porte des églisea.

4, li'bistoire des perséoutions est la plus glorieuse partie (}es belles annales de l'Église catholique ; o^est l'histoire de ^ héros, Malheureusement les monuments qui la coni»|atent ont beaucoup souffert du temps et de la main des t^Qininei^-. Les actes authentiquas se sont perdus en partie; le§[ traditions qui s'en conservaient se ^ont altérées surtout en se chargeant de circonstances incertaines ou fabuleuses ; d'autres actes fabriqués au» ces traditions, et surchargés encore de détails inventés Quelquefois à plaisir, sont venus prei^dre placç parmi le§ apte^ siiiQère^ que le temps et le$ ho<nmes avaient respectés. Cette confusion fl'est faite dans des temps où la critique était faible et le sentiment de la foi et 4^ h piété l^ergiqiiei, D'autres temp^ SQUt venus pti une cjritique de réaction a confondu elle-même plus d'une fois des actes authentiques avec des pièces apocryphes. Il est temps qu'une; critiqua sage, mor 4érée et éclairée par des études plus approfondies, vienne lépandre une nouvelle lumière sur ces monuments précieux des siècles héroïques de T^glise, et tirer de l*oubli tous ceux que T^sprit 4^ p^rti dt d*erreur, le préjugé ou l'ignorance, y av^iient relégués ^.

1. 8m> tB letQttB 4'iin« oritique plus équitable et phif éclairée, toIt D. Guefeqgev, ^bM <to Sokune, BUt. de scUnte Cécile ^ cb. xxii. — Voir aussi le beau et grand travail de M. l'abbé Fayou sur saiole Madeleine, saint Lazare, etc. —

400 LBQON XLVI. SAINT MBLGUIABES. AN 301-813.

Dire les victoires de l'Église dans les persécutions, c'est dire ses conquêtes. Aussi on a pu remarquer la multitude des conversions qui s'opérèrent dans ce troisième siècle, surtout après la persécution de Sévère, et après celles de Dèce, de Valérien et d'Aurélien. Il fallut bâtir des églises, ^ et même remplacer les anciennes, devenues insuffisantes. Au delà de l'empire, les Barbares, en ravageant les terres des Romains, emmenèrent d'innombrables captifs de tous les ordres, qui devinrent leurs apôtres et firent pénétrer la foi dans les contrées les plus reculées, surtout dans le nord de l'Europe *.

Pour l'Eglise elle-même, elle conserva le caractère des deux premiers siècles, mais à un degré sensiblement affaibli ; l'esprit , représenté par la simplicité de la foi et • l'ardeur de la piét^, avait diminué dans ses enfants, tandis que la science théoiogique et philosophique s'était développée, et que ses institutions prenaient plus d'extension dans le code de sa discipline. En d'autres termes, la lettre ga-

Sur les légendes considérées en général comme pièces historiques, Toir notre IfUroducHont p. 548. T Toir aussi, p. i21» les Règles de critique, et p. 185, pour la bibliographie, les ouvrages à consulter sur les persécutions et les martyrs. *— Ce retour à une critique plus équitable, considéré sous le point de vue du fait et du droit, peut devenir ici le sujet d'une belle dissertaticm.

L'anglican Dodwell, en avançant le paradoxe qu'il y eut peu de martyrs dans les diverses persécutions jusqu'à Constantin, fournit la matière d'une dissertation plus importante encore. Elle aurait pour objet de démontrer le nombre immense des martyrs dans ces trois siècles de persécutions sanglantes. Aux auteurs indiqués sur les persécutions, voir encore Mamachi, Orig, Chriit», liv. II, eap. vm. -— Palma, t. 1, ^h. zsxr. — D. Ruinart, Prœfat. in Acta SS, Jf. -— Ansaldus, de Martyribui iinê mnguine, adversui DodwelliMn.

1. Toyex, sur le grand nombre des Chrétiens dans les trois premiers siècles, ce qui en est dit plus haut, à la fin du deuxième siècle, leçon XX7, 2, et de plus Mamachi, Origin, ii antiquitat., liv. U, dans VAppendix ad cap. ti, où il combat Vitringa ; -— Ansaldi, MullUwio maxima ChrUtianorum, etc., contre un autre protestant, Qarson. — Ces théologiens hétérodoxes, et quelques autres encore, <mt soutenu cette thèse, du petit nombre des Chrétieui, pour affaiblir ou ruiner le dogme de la hiérarchie ecdésiastique. Gibbon {Hiêt. d» la décadence^ etc.) la défeadit, lui, pour èter à la propagation du Christianisme son caractère divin, et à la religion une de ses preuves. — . Cette thèse mérite d'être réfutée par uie bonne dissertation.

LIBERT]£ DE L'EGLISE. Ml^LlioiBNS. DONATISTBS. 401

gnait sur Fesprit, et le développement de la société chrétienne compensait heureusement ce qu'elle perdait de la ferveur apostolique. C'était ainsi que l'Église se préparait au grand mouvement social qui allait s'opérer dans son intérieur, et qui, à la fin du troisième siècle, n'attendait plus, pour se réaliser, que la victoire de Constantin K

PROBLÈMES. HISTORIQUES

lo Sur Torthodoxie de sainte Perpétue, etc., p. 821 ;

2^ Sur Ammonius Sacea, p. 828 ;

30 Sur Origène, p. 338;

4^ Sur l'empereur PhiUppe, p. 839 ;

5^ Sur saiut Cyprien et les rebapUsants, p. 367;

6^ Sur les actes de Cascar, p. 377 ;

7® Sur les mœurs des Manichéens, p. 383;

S** Sur la Légion thébéenne, p. 388;

9** Sur le pape saint Marcellin, p. 394;

0® Sur la vision de GonstanUn, p. 395.

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