‹ Cours d'histoire ecclesiastiqueChapitre 254 sur 329 · LEÇON LIV. LIBÈRE. AN · texte numérisé non relu

LEÇON LIV. LIBÈRE. AN

rOrient, au moins par ^n importance politique, avait été usurpé successivement, au moyen de leurs intrigues à la cour, par Eusèbe de Nicomédie, Macédonius et Eudoxe, le premier et le dernier chefs des Ariens. Macédonius, l'un des principaux de la secte semi-arienne, et dont les par tisans avaient chassé deux fois saint Paul, l'évêque catholique et légitime de ce grand siège, avait été chassé à son tour par les Acaciens. Au lieu de revenir à de bons sentiments, il profita de sa disgrâce et de sa solitude, de son influence et de ses richesses pour se faire des disciples : il enseigna que le Saint-Esprit n'était ni coéternel ni consubstantiel au Père et au Fils, qu'il n'était au contraire que le serviteur et le ministre. Les Semi-Ariens, pressés alors entre les Catholiques et les Ariens purs, se jetèrent en partie dans l'erreur de Macédonius, et formèrent la secte des Pneumatomaques (ennemis du Saint-Esprit), ou des Macédoniens ^.

2. L'autre hérésie, qui exagérait au contraire la consubstantialité du Verbe, eut pour auteurs les deux Apollinaires, le père et principalement le fils, évêque de Laodicée '. Ces deux beaux esprits, très-habiles dans les lettres sacrées et profanes, rendirent de sérieux services à l'Église, soit par leur zèle contre les Ariens , soit par leurs poésies chrétiennes. Mais, égarés peut-être par quelque idée systématique, et poussés d'ailleurs par leur ardeur même à défendre la consubstantialité, ils en vinrent jusqu'à nier l'âme humaine dans le Christ, prétendant que le Verbe en faisait les fonctions, et, plus tard, jusqu'à dire le corps même du Christ consubstantiel au Verbe. C'était là l'erreur principale des deux Apollinaires, à laquelle eux et leurs disciples en ajoutèrent plusieurs autres, telles que l'opinion des Millénaires enrichie de fables absurdes. — Tel fut

1. Sur les Macëdonieos, Toir TiUemont, t. YI, ÀrienSf art. 62, 66^ 104, et pMsim,; toy. la table; —> Noël Alex., sœc. 4*, cap. m; — Plaquet, etc.

2. Sur les ApoUinaristes , TOir Tillemont, t. Yll, Àpollinmriates ; — . Noël Alex., ibid.

ÀPOLLINARISTES. LUCIFÉRIENS. 449

le terme déplorable où aboutirent tant d'études et de travaux, qui n'eurent pas Thumilité pour base et pour règle. Les plus illustres docteurs, qui aimaient et estimaient les Apollinaires, ne pouvaient croire à leur défection, et voilà pourquoi le concile d'Alexandrie eut ce ménagement de condamner l'erreur sans les nommer.

3. Aux décisions dogmatiques ce même concile en ajouta une dernière fort grave, touchant les évêques tombés dans la persécution arienne : il décida que les auteurs et les chefs de l'hérésie seraient reçus à la pénitence, sans espoir de rentrer dans tes rangs du clergé ; que les autres, au contraire, qui avaient péché par crainte ou par surprise, reprendraient leurs fonctions, après avoir signé la foi de Nicée et confessé notamment la divinité du Saint-Esprit.

Ce sage règlement, qui fut accueilli partout, irrita Lucifer de Cagliari. Cet illustre confesseur de la foi de Nicée avait trouvé, au retour de son exil, les Catholiques d'Antioche divisés, comme nous l'avons dit (XLVIII, 5), les uns demeurant dans la communion d'Eustathe, depuis son exil, les autres ayant accepté celle des évêques ariens jusqu'à saint Mélèce, qui se montra hautement catholique et fut chassé lui-même. Les Catholiques de sa communion lui demeurèrent fidèles et se séparèrent dès ce moment des Ariens. Saint Eustathe étant mort dans ces entrefaites, Lucifer de Cagliari, au lieu d'engager ceux qui lui étaient attachés à se réunir à leurs frères sous l'évêque Mélèce, leur donna pour évêque le prêtre Paulin, et consomma ainsi le malheureux schisme entre les Eustathiens et les Méléciens. Saint Eusèbe de Verceil trouva les choses en cet état, lorsqu'il vint à Antioche après le concile d'Alexandrie. L'inexorable Lucifer refusa de communiquer avec cet illustre pontife, son ami, ainsi qu'avec tous ceux qui recevaient dans leur communion les évêques tombés. De là le schisme déplorable des Lucifériens, qui renouvelèrent, en cette circonstance analogue, l'orgueilleuse rigidité des No-

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vatietis *. — On peut {Jlacèr Ibi les fcoiiciles de Gattgt»es èi de Laodicée sur la discipline *.

4. Jovien tnourut après un règne de huit mois (364), et Valentînien lui succéda. Ce prince, bon catholique, donna rOrient h son frère Valens, qui le remplit de nouveaux troubles. Dès qu'il eut réprimé la révolte de Procope^ Valerls, homme ignorant et cruel, se livra entièrement aux Ariens les plus avancés et à leur chef Eudoxe de Cohstantinople. Les Semi-Ariens, si maltraités par les AiioméenSy les avaient condamnés à l^r tour ati concile dé Lampsaque ; mais Eudoxe eut le Crédit de les faire exiltîr (365). Dans leur désespoir, les Semi-Ariens et lès Màcédotiiens se jetèrent etitre les bras du pape et des Occidentaux. Libère accueillit leurs députés, qui protestèrent tous de leur MoUr à la foi du consubstantiel et signèrent le symbole de Nicéé. Eustathe de Sébaste, Tun de leurs chefs, t(uè le concile de Mélitène avait déposé, demanda et obtint dti pape son rétablissement. Loin de se plaindre de cet acte formel de haute juridiction , les Orientaux recdiirurerit encore à Rome, par Tititermédiaire de saint Basile, cdntre ce mêîiie Eustathe, qui abusait de soh autorité •.

Cet acte fut le dernier dU pape Libère, qui mourut en 366 aVeô la réputation d'Uil défefiseui* fetme et éclairé de la foi catholique. Le prêtre Datoase ayant été élii potlr lui succéder, plusieurs membres du clergé lui opposèrent le diacre Ursin ou Urcissin, ce qui causa un schisme et des troubles que le parti faible mais opiniâtre de l'antipape lie cessa de renouveler *. — Ce fut durant les douze premières ànttées de ce pontificat que Valens persécuta plus

1. Sur les LacUériens, Toir saint Jér6me, qui a écrit eostre eux un Traité; ^- Tillemont, t. VIII, Lucifer d$ Cagliari', — Noël Alex., sœcul. 4<^, cap. ni, art. 13.

S. Voir Labbe et Hand, qui les mettent aT«nt le concile de Nkée; et les fir. SaUer., de Antiq, collecU

3, Voy. D. Basil., Ep. 263, n. 3, t. III; p. 588, éd. Gaume.

4. Sur ce schisme, Toir Till., t. VIII, S. Damase; — ëaccarèlll, an 366.

SS. DOCTEtikS. s. BASILE. S. GRÉGOÎRÉ DE NAZIANZE. 451

crtielléiiiëlit les Catholiques d'Orient. Maïs Dieu avait poUrVû à sôh Église contre ce nouvel orage.

3. Taiidis qiie les plus généreux défenseurs de la doctrine allaient recevoir là récompense de leurs héroïques combats , saiiit tiiîaif*e de Poitiers , docteur de l'Église (368) \ saint Eiisëbe de Verceil (37Ôj ^ ei saint Athanase (373) ^ d'atitrés âthlèteë leur succédaient sur le champ de

i. Ndtu «TOUS de S; Hilaire on bea» traité d« Ut TtUm M Ûaûté liYreé: trois livres Ad Constantium Ai^ustum; un irrre contra Arimàs et Amentium^ Ariénârssimiil^, évéqaè 'de ttilan, qu'ii dév(^e; un livre de Synodis ctdversuê Àmfios; àèk éotÀMèniërtii sar saint MaUltieti, sdi- les pââuliiës, etc.; enfin des fragments d'une auttientîéité peu assnr«e (Vèy. Bollànd., t. Vi, i3 Sept.), et dés bymnes. A la demande du dernier concile de Bordeaux (1890), éï à la poursuite de monseigneuf i*ëvêqué de i>oitiers, le titre de docteur de l'Église a été décerné à saint Hilaire {xaf nii déci-et solëilnël de la congrégatioii des rites (20 mars 1851), décret eonfirmé et étendu à tout rtinivers t>ar ati bref de Pie It (13 lùâi Î35i), Ufaat voir, sur cet événement qui intéresse toute l'Église galHciae, le. beau nlan* dément de l'illustre évéque qui succède aujourd'hui si dignement à notre plus grand étèque dès Galules. — Sur les écrits de saiiit Hiiàirè, voir plus haut (Ln, 4) «t, de plus^ Noël Alèi.^ teci 4», cap. fi^ tet. 1 3 j -i- tongdét;j M, II, p. «^, éd.in-S; — Godescard, 14 janvier. La meilleure édHien est dd D. Couslatit, augmentée dans celle de Vérone j on la trouve dans la Pair, Lat. de M. Migne.

î. Sttr saiiiiEusèbe de terceil, TOy. Till., t. VH; — Ugheiîi, Italia sacra^ ilY; — D. Cellier I. V;

3. Sur les écrits de saint Athanase, yoit les auteufs indiqués plus haut (XL VIII, i) et, de plus, Godescard, 2 mai, et les BoUand., Noël Alex.., seec. 4», cap. vi art. S. — Nous ne donnons pas la longue énumération des ouvrages si prédeux de saint Athanase. Excepté deux traités conire les païens, quelques opuscules pour les moines, tels que la Vie de saint Antoinet et quelqvei lettres ou petits traités contre les Apollinaristes et autres hérésies, tous les autres écrits de ce grand homme sont comme une grande et puissante polémique contre l'hérésie ariefine ou l'histoire des débats qu'elle a occasionnés et dont il fut le plas important per* sonsage. La meilleure édition est de D. Bernard de Hontfaucon;

PROBLàlOI.

Le tyinbole cùiinu tous le nom dé saint Athanase est'ii de ce Pire?

^om Y affirmative : Baron., an 340; -* Bellarmin et Labbe dans leurs Bibliographies; — la Théologie de Wursbourg, t. II, p. 96, et les censeurs vomains de Noël Alex.

Pour la négative ; Till., t. VIII, p. «67; — Noël Alex., sœc. 4©, eap* vi, art. 8; — Vossius, ÏHssert, de symbole Athanas,, et la plupart des critiques.

lie P. Graveson, Historia écoles,, t. I, p. 101, et Mansi, dans sa note ibid», p. 102, doutent.

bataille. — Saint Basile *, né à Césarée en Cappadoce, vers 329, étudia l'éloquence et la philosophie, mena la vie solitaire dans le Pont, où il fonda un monastère, et reçut la prêtrise (362) d'Eusèbe, son évêque, auquel il succéda (370). Sa maison devint un vrai monastère, où il continuait la vie ascétique sans cesser de s'occuper avec activité des besoins de son peuple et des affaires de la province et de rÉglise. — Saint Grégoire de Nazianze *, son inséparable ami, était du même âge. Il avait fait les mêmes études, et avait partagé avec lui les délices de la solitude. Élevé à la prêtrise (361), puis à Tépiscopat (372), toujours malgré sa résistance, il consentit enfin à soulager son père dans le gouvernement de Téglise de Nazianze. En la même année, un autre Grégoire, frère de saint Basile, était placé sur le siège de Nysse^ et, deux ans plus tard, saint Amphiloque*, disciple et ami du même saint Basile, prenait possession de l'église d'Icône. — Tous ces évêques, illustres par leur éloquence, leur science de la religion, leurs vertus, leurs combats contre TArianisme et leurs souffrances, formaient comme une constellation autour du grand saint Basile. Ajoutons saint Mélèce '^ à Antioche et saint Cyrille • à Jérusalem; saint Épiphane ', évêque de Salamine en 367, qui

1. Sar saint Basile, outre ses écrits et les historiens contemporains, Socrate, Soznm., etc., ce qu'il faut faire pour tous les Pères, voir sa vie par ses doctes éditeurs, par Hermant et par Tillemont, t. IX; — Noël Alex., sœc. 4**, cap. n., art. 19; — D. Cellier, t. VU, etc.

2. Sur saint Grégoire de Nazianze, voir sa vie par ses éditeurs, par Hermant qui l'a unie à celle de saint Bazile, et par TiJlem., t. IX; — Noël Alex., Ibid.

3. Sur sa?Jit Grégoire de Nysse, voir Tillem., t. IX; — D. Celiier, t. VIII; — Noël Alex., etc.

4. Sur saint Amphiloque, voir Tillem., t. IX; — D. Cellier, t. VII; — Noël Alex., etc.

5. Sur saint Mélèce, voir Tillem. , t. VU ; -^Noël. Alex., ssc. 4% dissert. XIXIV, avec la note de Roncaglia sur son orthodoxie, etc.

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