LEÇON LVI
1. Tandis que les deux puissances unissaient leurs efforts contre Thérésie arienne, le Manichéisme était porté en Espagne par un Égyptien nommé Marc. Il y forma une secte dont Priscillien, homme considérable par sa famille et savant autant qu'habile dans la dispute, fut Fâme et le
i. Lft bonne édition de saint Grégoire de Nysse est celle de Paris, 1615.
î. Sur ce premier concile de Gonstantinople, yoîp Mansi, t. ni j — Meranda, Proleg. in Damasum, cap. xvm, t. Xni, Patr, toi., édit. Migne ; —Noël Alex., saec. 4% dissert. XXXVI, XXXVII et XXXVIII; - Thomass., dissert. YI m concil. C. P.; — Lupus, m Cati., 1. 1, p/229.
LES PRISCILLIANISTES. 461
chef. Les Priscilb'anistes enseignaient que Fâme humaine, émanation divine, était descendue sur la terre en passant par sept cieuK et certaines principautés. Us disaient mille ]
autres rêveries gnostiques et manichéennes, haïssaient le J
mariage, se livraient à des désordres grossiers et regar- |
daient le parjure comme un devoir pour conserver le se- j
cret^. Condamnés d'abord dans le concile de Saragosse i
(380), les évêques priscillianistes opiniâtres se virent pour- j
suivis par deux évêques espagnols, Idace et Ithace, qui déployèrent contre eux un zèle plus ardent qu'éclairé. Ces deux évêques les firent chasser d'Espagne par un rescrit de Gratien; mais les chefs de la secte, après avoir échoué à Rome, où ils s'étaient rendus auprès du pape Damase, et à Milan, près de saint Âmbroise, s'adressèrent eux-mêmes à la cour et obtinrent de rentrer sur leurs sièges. Ithace s'enfuit donc à son tour, et la lutte devint dès lors personnelle et passionnée. Le tyran Maxime s'étant emparé du pouvoir dans les Gaules, Ithace s'empressa de lui dénoncer Priscillien et sa secte. Cité devant le concile de Bordeaux, Priscillien eut le malheur d'en appeler lui-même au tribunal de Maxime, où Idace et Ithace le firent condamner, lui et ses principaux disciples, au dernier supplice, malgré les efforts tentés par. saint Martin pour les sauver (385). On vit alors l'esprit de douceur qui anime l'Église, même à l'égard de ceux qu'elle repousse de son sein avec le plus d'horreur. Saint Martin, saint Ambroise, le pape saint Damase, le concile de Turin, celui des Gaules, exclurent de leur communion et condamnèrent Ithace et les évêques ithaciens, non précisément pour avoir invoqué le bras séculier, mais pour avoir poursuivi une sentence de mort. Les Priscillianistes, ranimés un instant par le supplice de leurs chefs, dont ils firent des martyrs, s'éteignirent au sixième siècle*.
1. Jura, perjura, secretum prodere noli. — Telle était leur maxime.
t. Sur les Priscillianistes et les Ithaciens, et sar l'interTentioa du bras séculier,
2. Vers le même temps, les JUessaliem troublaient la Mésopotamie, leur pays d'origine, la Syrie, la Pàmpbylie et là Petite- Arménie. Leur dogme principal était que chacun tirait de ses ancêtres uti démon tentateur que là prière assidue pouvait seule chasser. Ils Ërrivèrerit à mille rêveries, jusqu'à se croire transformés dans la nature divine. Ils condamnaient le travail des mains, au moins poiîr les spirituels, tels qu'ils se croyaient; ils passaient leur temps à prier, et encore plus à dormir, et prenaient leurs songes pour des révélations. Enfin, tombant quelquefois dans une sorte de frénésie^ ils se mettaient à sauter sur le diable soi-disant, et à lui tirer dès flèches. Un tel fanatisme ne préludait-il pas aux Quakers du dix-septième siècle? A toutes les époques, il nous présente Tune des faces les plus faibles et les plus dignes de pitié de Thtlmanité déchue. -^ Les Messaliens se rencontraient avec les Apostoliques et les Manichéens en plusieurs J}oints; ils entraînèrent des esprits grossiers^ surtout des moines ignorants; furent condamnés au fconcile de Syda en Pamphylie, et tie s'absorbèrent entièrement dans les sectes înanichéennes qu'au douzième siècle.
3. Saint Jérôme, que nous avons laissé au désert de Chalcide, eut lui-même à souffrir des Grecs oti Orientaux touchant les trois hypostàses et le schisme d'Antioche. Pressé de se décider entî^e Mélèce et Paùliti, 11 s'adressa, dans cet embarras^ à la thail^e de Pierre, hors de laquelle, dit-il, il n'y a pas de saltit; il communiqua àVec Paulin et reçut de lui la prêtrise; il alla eusuite à Constatitinople entendre saint Grégoire de Nazianze sur les saintes Écritures, traduisit quelques Homélies d'Origèîle, la Chronique d'Eusèbe qu'il continua, et se rendit h Rome avec le même Paulin et saint Épiphane. Le pape Damase l'attacha
voir saint Sulpice SéTère, Hist. sacra^ tib. II, § 46, et Dialog, 3, § 11 ; — Tiilera.^ l. VIU} — Thomassin, Traité des édits.,. pour l'unité de l'Église; — Noei Alex., soec. 4', caf); tii, Kfrt. 47; — Le Scholium et la Note dé îioficaglia à la fin ; — Longuetal, Hiit. de 'JÉjfJ. ^f ., llv, 11 j — Piuquet, au bioi Priscilken.