‹ Cours d'histoire ecclesiastiqueChapitre 29 sur 329 · APOLLONIUS DE TYANE. SIMON LE MAGICIEN · texte numérisé non relu

APOLLONIUS DE TYANE. SIMON LE MAGICIEN

tout entier verS la fin de ce même siècle dans l'école néo-. platonicienne. C'est à ce même plan qu'il faut rapporter ce qui a été raconté de plusieurs autres philosophes païens qui se vouèrent de même, dans ce premier siècle, à la défense du culte des dieux, et affichèrent une grande austérité de mœurs et de principes; mais ils passèrent plus vite encore et laissèrent moins de traces qu'Apollonius. Cette manière de faire la guerre au Christianisme naissant a du moins l'avantage de nous révéler l'impression profonde qu'il lit d'abord sur les esprits plus capables d'en mesurer la portée et le caractère de sagesse, de vertu et de réforme sous lequel il apparut*.

4. Un autre ennemi plus dangereux semblait s'élever du milieu du Christianisme. Simon dit le Magicien, que saint Pierre trouva à Samarie, n'était chrétien que par son baptême, suivi bientôt de son apostasie. Il voulut acheter le don du Saint-Esprit, et donna ainsi, le premier, le scandale du trafic des choses saintes : crime appelé de son nom simonie, et traité comme hérésie par Ids Pères et dans les canons. Repoussé avec son argent et impénitent, Simon devint Firréconciliable ennemi des ap(Mres et de TÉvangile. A ses prestiges par lesquels il avait abusé de la crédulité populaire des Samaritains, il ajouta un système d'erreurs qui fit du père des simoniaque^ le premier des hérétiques. Quoique originaire du pays de Samarie, Simon était habile dans les lettres grecques, grœcis litteris apprime eruditus, ce qui montre qu'il avait l'esprit cultivé par l'étude et probablement par les voyages. Son système ne permet pas de douter qu'il n'ait surtout étudié la philosophie qui s'élaborait depuis longtemps dîms Alexandrie, et avait déjà pris une forme systématique. Si nous ajoutons à la science qui Félevait si fort au-dessus de ses grossiers

1. Yoy. EtUes Dupin, Hist. d'Apollonius de Tyane, convaincu de fausseté » C'est une belle réfutation de Pbilostrate. — Parmi les anciens, Euseb., Advers,

Bieroclem,

46 LCÇON VII. SAINT PIERKB. AN 86-43.

compatriotes cette soif de la gloire et dès applaudissepients qui faisait de Simon le plus orgueilleux de tous les hommes, glorice et JQCtantiœ $upra omne genus hominum çupidus^, nous verrons dans ce demi-Juif la réunion de toutes les qualités les plus propres à former et le chef des hérésiarques et l'homme de transition qui (Jevait le prcrmier t0nter un syncrétisme aussi absurde qu'impie, en mêlant m% idées chrétiennes les erreurs païennes de la philosophie alexandrine.

5, Simon, en effet, emprunta au système gréco-oriental, ou gnostique, ces générations d'êlï'^s intermédiaires, de puissances, de génies, ces éons qui descendent du pre^mier être jusqu'à la grossière matière; et, pour les accommoder avec la nouvelle doctrine prêchée par les apôtres, il ne consulta que son orgueil qu'il poussait jusqù^au délire, et la crédulité ainsi que la corruption des peuples. Voici donc ce qu'il enseignait. — « Il y a un premier être souverain qui s'était manifesté aux Samaritains comme Père, aux Juifs comme Fils, et aux autres nations comme le Saint-Esprit; et cet 0tre, c'était lui-mê^ne. De sa pre^ mière intelligence ou conception, Éwocff, étaient sortis les anges, puissances inférieures auxquelles il demeuraU inconnu; et ces anges, ayant créé le monde et les hommes, avaient empêché, par toutes sortes de violences, leur mère de remonter vers lui-même son père. Il était donc descendu de son séjour suprême pour la délivrer, et, après avoir parcouru les mondes, il Tavait enfin retirée d'un lieu de prostitution, où elle était arrivée par ses transmigrations en différents corps. » Or cette première intelligence, qu'il appelait Héjène, n*était autre qu'une esclave prostituée qu41 avait achetée à Tyr pour en faire la complice de ses impostures et de ses infâmes plaisirs. Dans son voyage à travers les mondes, Simon avait

1 . L'auteur du livM des BéûognitionSy qui peint ainsi Simon, a dû reproduira i'opiniou qui subsistait sur cet habile imposteur à la tin du deuxième sièeia.

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remarqué la tyrannie et les dissensions des premières puissances qui les gouvernent. C'était donc tout ensemble pour se venger des anges et délivrer les hommes de leur injuste domination qu'il était venu sur la terre. Il se donnait en conséquence pour le Christ et le Rédempteur; mais il prétendait n'être homme et n'avoir souffert en Judée qu'en apparence, se substituant ainsi lui-même à Jésus, prêché comme le Christ par les apôtres. Il ne laissait pas que de nier la divinité de ce môme Jésus, et la réalité de son corps et de ses miracles, qu'il s'efforçait d'imiter par ses prestiges. Pour cette rédemption dont il apportait le bienfait aux hommes, elle consistait en la vertu ou la grâce de Simon, par laquelle, sans le concours des œuvres, indifférentes en elles-mêmes^ l'âme l'émontait des régions inférieures, où elle avait contracté tant de corruption, vers le premier principe. Pour apaiser les anges ou puissances ennemies en faveur de l'âme humaine, il leur rendait un culte idolâtrique, sans cesser pour cela de les combattre en se déclarant contre tout ce qui était leur ouvrage. Ainsi il poursuivait comme telle l'ancienne loi donnée par le Créateur, et il niait la résurrection des corps.

Tel fut le système de Simon, et le Gnosticisme païen dans son premier essai d'union avec le Christianisme. On y trouve les faits fondamentaux et les vérités premières de la religion chrétienne, auxquels le Samaritain rend un témoignage involontaire et in^écusable; on y voit le Mosaïsme dans ce qui est dit de l'ancienne loi et des prophètes ; mais la pensée païenne domine cette grossière combinaison, et passa aux disciples de Simon. Non-seulement ils apprirent de lui que le culte des idoles était indifférent, mais ils l'adorèrent, lui et ses images, sous le nom

1. Secundam enimipsius salvari homines, sed non secundum opéra justa. Nec cnim esse naturaliter operaiiones justas, sed ex accidenti. •— Iren., Adversi kaeres.^ lib. 1, e.xxio.

48 LEÇON Vil. SAINT PIERRE. AN 36-60.

de Jupiter, et son Hélène sous le nom de Minerve. Cet essai, quelque informe qu il paraisse, renferme néanmoins tous les germes d'erreur et de désordre que nous verrons dans la suite se développer dans les sectes diverses sorties du Paganisme avec le Gnosticisme, et perpétuées dans l'intérieur du Christianisme sous toutes les formes.

Nous n'en pouvons douter pour ce qui concerne les erreurs, puisque nous y voyons formellement toutes les idées communes du système gnostique sur la génération des éons, sur le principe du mal dans la matière, enfin sur la chute et la rédemption; et comme conséquence et développement, toutes les hérésies qui affligeront l'Église. Nous y remarquons notamment les germes plus ou moins sensibles : 1° du Sabellianisme et des Unitaires, qui n'admettent dans la Trinité qu'une personne sous les trois dénominations de Père, de Fils et de Saint-Esprit; 2^ de TArianisme, par l'infériorité que Simon donnait au Verbe parmi ses éons; 3« du Nestorianisme, par la distinction qu'il mettait entre le Christ et Jésus, afin de nier l'humanité dans le Christ et la divinité de Jésus, ce qui était détruire l'unité de personne; 4° du Docétisme ou de l'erreur de ceux qui niaient la réalité du corps de Jésus, laquelle erreur se retrouve déjà en grande partie dans la précédente; 5° du Prédestinatianisme, etc. Pour la règle des mœurs, Simon la ruinait sans ressource en renversant la base même de la morale et de la religion, par le dogme désastreux de l'indifférence des actions et en ouvrant ainsi la porte à toutes les passions, même les plus effrénées ; aussi lui et ses disciples se jetèrent dans les débauches et les turpitudes les plus monstrueuses. — L'histoire des hérésies renferme encore ce que nous appellerons la question de personnes ; les mobiles qui ont agi sur chaque hérésiarque, l'orgueil, l'ambition, la vengeance quelquefois, la dépravation du cœur. Or Simon a surpassé en ce point tous les excès, même les plus extravagants, en se portant non-seulement pour l'ennemi de Jésus-Christ,

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