‹ Cours d'histoire ecclesiastiqueChapitre 304 sur 329 · LEÇON LXVIII · texte numérisé non relu

LEÇON LXVIII

'i . La mort avait épargné à Timothée Élure un nouvel exil, et Solofaciole devait rentrer paisiblement sur le siège d'Alexandrie comme pasteur légitime. Il en fut toutefois autrement. Au lieu de le reconnaître, le parti eutychien donna un successeur à Élure dans la personne de Pierre Mongus, ancien archidiacre, qui fut aussitôt chassé par Zenon. Solofaciole étant mort lui-même, les Catholiques élurent Jean Talaïa, prêtre-économe des églises d'Alexandrie (482). Acace, mécontent du nouveau patriarche, persuada à Zenon de rétablir Mongus, au mépris des droits de Talaïa, qui en appela à Rome, où il se rendit. Le pape saint Simplicius reçut son appel, et écrivit à Zenon et à Acace des lettres aussi pressantes qu'inutiles*. L'empereur, irrité de la résistance du pape, et suivant en tout l'inspiration et la passion d' Acace, fit rétablir Mongus et

I. Sur ces troubles de l'Eutychianisme, Toir Tillem., t. XYI, Acace de ConskMtiftople, art. 4 et suît., p. 290 ; — sur Basilisque^ le même Tillem.. Emp^t t. VI, Zenon, art. 5 et suiv., p. 481.

î. Voir ces belles Lettres, surtout la dix-septième, dans Labbe et Hansi, et t. LVni, Patr. latin,, éd. Migne, col. 55, où l'on voit le droit de confirmation des évéques plus distinct et présenté comme ancien. Yoy. aussi M. Rohrbacher, . VUI, n. 415.

li'HÉNOTIQUE DE ZENON. LES ACÉPHALES. 553

donna le célèbre édit d'union, connu sous le nom à*JIén(H tique (482). Dans cette pièce perfide, Nestorius etEutychès sont anathématisés, il est vrai; mais l'autorité infaillible du concile de Chalcédoine y est rejetée assez explicitement, et Terreur même d'Eutychès dissimulée jusqu'à un certain point. En somme, l'Hénotique ne renferme aucune erreur formelle; mais par son silence affecté, comme par certaines expressions, ce formulaire favorisait les adversaires du concile de Chalcédoine, et même les Eutychiens, en les admettant dans l'Église sans aucune rétractation préalable ni profession de foi. Aussi fut-il signé non-seulement par Acace, qui en était l'auteur ou l'instigateur, et par Mongus, mais encore plus tard par Pierre le Foulon, lorsqu'il fut rétabli sur le siège d'Antioche. Pour les Eutychiens ou Monophysites plus déclarés, qui étaient très-nombreux à Alexandrie, ils se montrèrent aussi mécontents que les Catholiques du silence de l'Hénotique sur le concile de Chalcédoine, et se séparèrent de Pierre Mongus, précisément parce qu'il l'avait souscrite. Pour les retenir, le faux patriarche n'hésita pas à anathématiser lui-même le grand concile, objet de tant de fureur. Mais ils persistèrent et demeurèrent séparés sous le nom d! Acéphales ou Sans' Chef, lesquels se divisèrent eux-mêmes en plusieurs sectes. Ainsi le prétendu édit d'union n'enfanta en réalité que division et confusion dans la malheureuse Église d'Orient. — Cependant le formulaire impérial avait un autre vice encore, et le plus funeste de tous, savoir, celui de son origine. Émanant du prince, et décidant des questions d'orthodoxie, il était un acte de flagrante usurpation de l'autorité civile sur le pouvoir spirituel et incommunicable de l'Église^

i. Sur rHénodqne de Zenon, Toir Évagre, lib. m, c. xiv; — Libérât, Brevxa- W«Mii, cap. xTii. — Baronios, an 482, tient Zenon et son Hénotique pour héré • tiques. — Le P. Noël Alexandre soutient contre luU'orthodoxie de t'édit d'union. Yoy. sœe. 5*, art. 15, g 4 et Dissert. 28, p. 291 ; — Tillem., t. XYI^ Acace ^ art. 24, p. 327,

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