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galité entre les prêtres mêmes , le régime épiscopal.
Comment se sont développés ces principes si divers et quelquefois si contraires ? quelles causes ont abaissé les uns, élevé les autres? Et d'abord comment s'est accomplie la transition du gouvernement partagé par les fidèles au gouverne-* ment du clergé seul ? Comment la société religieuse a-t-elle passé sous l'empire de la société ecclésiastique ?
On a fait, dans cette révolution, Messieurs, une large part à l'ambition du clergé, aux intérêts personnels, aux passions humaines. Je ne prétends point la réduire; il est vrai, toutes ces causes ont contribué au résultat qui nous occupe; et pourtant Vil n'y avait eu que de telles causes, c'est-à-dire des causes illégitimes , jamais ce résultat ne serait arrivé. J'ai déjà eu occasion de le dire, et je saisis toutes les occasions de le répéter; aucun grand événement n'arrive par des causes complètement illégitimes ; soit à côté , soit au-dessous de celles-là , il y a toujours des causes légitimes, de bonnes et justes raisons pour qu'un fait important s'accomplisse. Nous en rencontrons ici un nouvel exemple.
C'est , je crois , un principe certain et maintenant établi dans un grand nombre d'esprits ,
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que la participation au pouvoir suppose la capacité morale de l'exercer; où la capacité manque réellement , la participation au pouvoir périt naturellement. Le droit continue de résider virtuellement dans la nature humaine ; mais il sommeille , ou plutôt il n'existe qu'en germe , en perspective , attendant que la capacité se développe pour se développer avec elle et paraître au jour.
Rappelez-vous , Messieurs , ce que j'ai eu l'honneur de vous dire, dans notre dernière réunion , sur l'état de la société civilé romaine au V' siècle: }'ai essayé de vous peindre sa profonde décadenoe ; vous avez vu que les classes aristocratiques périssaient , prodigieusement réduites en nombre , sans influence , sans vertu. Quiconque , dans leur sein , possédait quelque énergie, quelque activité morale , entrait dans le clergé chrétien. Il ne restait réellement que le menu peuple, plebs romana , qui se ralliait autour des prêtres et des évèques, et formait le peuple chrétien.
Entre ce peuple et ses nouveaux chefs, entre la société religieuse et la société ecclésiastique , l'inégalité était grande : inégalité non-seulement de richesse, d'influence, de situation sociale, mais de lumières , de développement intellectuel et moral. Et plus le christianisme , par le seul fait
de sa durée, se développait, s'étendait, s'élevait, plus cette inégalité croissait et éclatait. Les questions de foi, de doctrine, devenaient, d'année en année , plus complexes et plus difficiles ; les règles de la discipline de l'Eglise „ ses relations avec la société civile, s'étendaient, s'embarrassaient également ; en sorte que pour prendre part à l'administration de ses affaires, il fallait, d'époque en époque , un plus grand développement d'esprit, de science , de caractère , en un mot des conditions morales plus élevées et plus rares. Et cependant tels étaient le trouble général de la société et le malheur des temps que l'état moral du peuple , au lieu de s'améliorer et de s'élever , s'abaissait de jour en jour.
C'est là, Messieurs, quand on a fait la part de toutes les passions humaines, de tous les intérêts personnels, c'est là la véritable cause qui a fait passer la société religieuse sous l'empire de la société ecclésiastique, qui a exclu du pouvoir les fidèles pour le livrer au seul clergé.
Comment s'opéra la seconde révolution dont nous avons déjà saisi l'origine? Comment, dans le sein même de la société ecclésiastique , le pouvoir passa-t-il du corps des prêtres aux évêques ?
Ici , Messieurs , une distinction importante est à faire : l'état des choses n'était point le même
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au V e siècle quant au pouvoir des évoques dans leur siège , et au gouvernement général de l'Eglise. Dans l'intérieur du diocèse, l'évêque ne gouvernait pas seul ; il agissait avec le concours et l'assentiment de son clergé. Ce n'était pas là une véritable institution; le fait n'était pas réglé d'une manière fixe , ni selon des formes permanentes ; mais il est évident toutes les fois qu'il s'agit de l'administration urbaine ou diocésaine. Les mots cum assensu clericorwn reviennent sans cesse dans les monumens du temps. S'agit-il au contraire du gouvernement général , soit de la province ecclésiastique, soit de l'Eglise toute entière? Les choses changent; les évêques vont seuls aux conciles investis de ce gouvernement; et quand de simples prêtres y paraissent, c'est comme délégués de leur évêque. Le gouvernement général de l'Eglise , à cette époque , est entièrement épiscopal.
N'attachez cependant pas à ces mots le sens qu'ils ont emporté plus tard : ne croyez pas que chaque évêque allât aux conciles , uniquement pour son propre compte , en vertu de son propre droit. Il y allait comme représentant de son clergé. L'idée que l'évêque, chef naturel de ses prêtres, parlait et agissait partout pour leur compte et en leur nom , était alors dans tous les
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esprits, dans celui des évéques eux-mêmes , et limitait leur pouvoir tout en leur servant d'échelon pour monter plus haut et s'affranchir.
Une autre cause, encore plus décisive peutêtre, bornait les conciles aux seuls évêques ; c'était lé petit nombre des prêtres et l'embarras de leur fréquent déplacement. A en juger par le grand rôle qu'ils jouent, et, passez-moi- cette expression, par le bruit qu'ils font au V e siècle, on est tenté de croire les prêtres fort nombreux. Il n'en était rien : quelques indications positives , quelques témoignages historiques le prouvent directement. Au commencement du V* siècle , par exemple, il est question du nombre des prêtres à Rome; et on dit , comme une grande richesse, queRome a vingt-quatre églises et soixanteseize prêtres. Les preuves indirectes fournissent les mêmes conclusions ; les actes des conciles du IV e et du V e siècles sont pleins de canons qui défendent à un simple clerc d'aller se faire ordonner dans un autre diocèse que le sien ; à un prêtre de quitter son diocèse pour aller servir ailleurs, ou même de voyager sans le consentement de son évêque •. On s applique , par
1 Voyez les canons des conciles d'Arles en 3i4* °* e Turin en 397, d'Arles en 45o , de Tours en 461.
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toute» sortes de moyen* , à fixer les prêtres dans le lieu où ils sont; on les garde, on les retient avec un soin extrême , tant ils sont rares» tant les évêques pourraient être tentés de se les enlever réciproquement. Après rétablissement des monarchies barbares , les rois Francs ou Bourguignons , tous les chefs riches et fameux travaillaient sans cesse à se débaucher mutuellement ces compagnons, ces Leudes , ces Antrmiiom^ qui faisaient leur cortège et leur force ; la législation barbare abonde , en dispositions destinées à réprimer ces tentatives ; les rois se promettent dans les traités, qu'ils n'attireront point, qu'ils ne recevront même pas leurs Leudes réciproques. La législation ecclésiastique des IV e et V e siècles contient, quant aux prêtres, des dispositions analogues, prises, à coup sûr, par les mêmes motifs.
C'était donc pour un prêtre une assez grande affaire que de quitter , pour une mission lointaine, l'église à laquelle il était attaché; il y était difficilement remplacé; le service religieux souffrait de son absence. L'établissement du système représentatif, dans l'Église comme dans l'État \ suppose un assez grand nombre d'hommes qui se puissent déplacer aisément , sans inconvénient pour eux-mêmes et pour la société. Il n'en était point ainsi au V e siècle , et pour remplir les con-
ciles de simples prêtres , peut-être eût-il fallu des indemnités et des dispositions coercitives , comme il en a fallu long-temps en Angleterre pour faire venir les bourgeois au parlement.
Tout tendait donc à faire passer le gouvernement de l'Église entre les mains des évéques , et au V 6 siècle le système épiscopal avait presque complètement prévalu.
Quant au système de la monarchie pure, le seul dont nous n'ayons encore rien dit parce que les faits ne nous l'ont pas encore montré, il était fort loin de dominer à cette époque , de prétendre même à dominer; et la sagacité la plus exercée , l'ardeur même de l'ambition personnelle n'eût pu pressentir ses ratures destinées. Cependant on voyait déjà croître de jour en jour la considération et l'influence de la papauté; il est impossible de consulter avec impartialité les monumens du temps sans reconnaître que , de toutes les parties de l'Europe , on s'adresse à l'évêque de Rome pour avoir son opinion , sa décision même en matière de foi , de discipline , dans les procès des évéques , en un mot dans toutes les grande, occasion, où 11 e,t intérêt. Souvent ce n'est qu'un avis qu'on lui demande , et quand il l'a donné, ceux à qui l'avis déplaît ne s'y soumettent pas ; mais un parti puissant s'y range
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toujours ; et , d'affaire en affaire , sa prépondérance devient plus marquée. Deux causes y contribuaient surtout alors : d'une part , le système du patriarcbat était encore puissant dans l'Église ; au-dessus des évêques et des archevêques , avec des privilèges plus nominaux qu'efficaces , mais généralement avoués , un patriarche présidait à une grande contrée. L'Orient avait eu et avait encore plusieurs patriarches, celui de Jérusalem, celui d'Antioche , celui de Constantinople , celui d'Alexandrie. En Occident , l'évéque de Rome Tétait seul; et cette circonstance aida beaucoup à Félévation exclusive de la papauté. La tradition d'ailleurs que saint Pierre avait été évèque de Rome , et l'idée que les papes étaient ses successeurs , étaient déjà fort répandues parmi lés chrétiens d'Occident.
Ainsi , Messieurs , on aperçoit clairement , dans les cinq premiers siècles , le fondement historique de tous les systèmes qui ont été soutenus ou appliqués , tant sur l'organisation intérieure que sur la situation extérieure de la société religieuse. Il s'en faut bien qu'ils soient tous au même rang; les uns n'ont paru qu'en passant et comme des accidens ou des transitions; les autres n'ont existé pendant long-temps qu'en germe et ne se sont développés qu'avec lenteur; ils sont
de date» très-diverses et d'importance très-inégale ; mais tous peuvent se rattacher à quelque fait, invoquer quelque autorité.
Quand on se demande quels principes prévalaient au sein de cette variété de principes, quels grands résultats étaient consommés au V e siècle, on reconnaît les faite suivans i
i° La séparation de la société religieuse et de la société ecclésiastique ; la domination de la société ecclésiastique sur la société religieuse ; résultat dû surtout à l'extrême inégalité intellectuelle et sociale qui existait entre le peuple et le clergé chrétien.
2° La prédominance du système aristocratique dans l'organisation intérieure de la société ecclésiastique; l'intervention des simples prêtres dans le gouvernement de l'Église devient de jour en jour plus rare et plus faible ; le pouvoir se con-
ques.
3° Enfin 1 quant aux rapports de la société ree avec la société civile , de l'Église avec l'Etat, le système qui prévaut est celui de l'alliance , de la transaction entre des puissances distinctes, mais en contact perpétuel.
Tels sont les trois grands faits qui caractérisent l'état de l'Église au commencement du V e
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siècle. A leur seul énoncé, sur la simple apparence générale , il est impossible d'y méconnaître des germes menaçans , d'une part , dans le sein de la société religieuse, pour la liberté de la masse des fidèles; de l'autre , et dans le sein de la société ecclésiastique, pour la liberté d'une grande partie du clergé lu>mêhie. La prédominance presque exclusive des prêtres sur les fidèles et des évéques sur les prêtres, présageait dans l'avenir les abus du pouvoir et les désordres des révolutions. De telles craintes , Messieurs , si quelqu'un les eût conçues au V e siècle , n'auraient pas été sans fondement; mais on était loin de les concevoir; c'était surtout à se régler, à se constituer qu'aspirait la société chrétienne; elle avait surtout besoin d'ordre, de lois, de gouvernement; et malgré la dangereuse tendance de quelques-uns des principes qui y prévalaient , les libertés , soit du peuple dans la société rebgieuse, soit des simples prêtres dans la société ecclésiastique , ne manquaient alors ni de réalité ni de garanties.
La première résidait dans l'élection des évéques, fait sur lequel je n'ai garde d'insister, car il est évident pour quiconque jette un coupd'œil sur les monumens de cette époque. Cette élection n'avait lieu ni suivant des règles géné-
1 1 a cours
raies, ni dans des formes permanentes; elle était prodigieusement irrégulière, diverse, sujette à une multitude d'accidens.En 374 , l'évêque # de Milan, Auxence , arien d'opinion , venait de mourir ; on s'était réuni dans la cathédrale pour élire son successeur. Le peuple , le clergé , les évêques de la province, tous étaient là, et tous très -animés; les deux partis, les orthodoxes et les ariens, voulaient chacun nommer l' évéque. Lç tumulte aboutit à un désordre violent. Un gouverneur venait d'arriver à Milan , au nom de l'empereur ; c'était un jeune homme, il s'appelait Ambroise. Informé du tumulte , il se rend dans l'église pour le faire cesser ; ses paroles , son air plurent au peuple. Il avait bonne renommée , une voix s'élève du milieu de l'église , la voix d'un enfant , selon la tradition ; elle s'écrie : « Il faut nommer Ambroise évéque. » Et, séance tenante, Ambroise fut nommé évéque ; il est' devenu saint Ambroise.
Voilà un exemple de la manière dont les éleo lions épiscopales se faisaient encore à la fin du IV e siècle. A coup sûr elles n'étaient pas toutes, à ce point désordonnées, subites; mais ces caractères ne choquaient , n'étonnaient même personne , et le lendemain de son élévation , saint Ambroise était tenu de tous pour très-bien élu. Voulez-vous que nous regardions à une époque
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postérieure , à la fin du V e siècle par exemple ? j'ouvre le recueil des lettres de Sidoine Apollinaire, le monument le plus curieux et en même temps le plus authentique des mœurs de ce temps, surtout des mœurs de la société religieuse m T Sidoine a été évêque de Clermont ; il a lui-même recueilli et revu ses lettres; c'est bien là ce qu'il a écrit, ce qu'il a voulu léguer à la postérité. Voici une lettre qu'il adresse à son ami Domnulus :
Sidoine d son cher Domnulus , salut l .
Puisque tu desires savoir ce qu'a fait à ChAlons, avec sa religion et sa fermeté accoutumées, notre père en Christ, le pontife Patient 3 , je ne puis tarder plus long-temps à te faire partager notre grande joie. Il arriva en cette ville en partie précédé, en partie suivi des évêques de la province, réunis pour donner un chef à l'église de ce municipe, troublée et chancelante dans sa discipline, depuis la retraite et la mort de l'évêque Paul. L'assemblée des clercs trouva dans la ville des factions diverses, toutes ces intrigues privées qui ne se forment jamais qu'au détriment du bien public , et qu'avait excitées un triumvirat de compétiteurs. L'un d'eux, privé d'ailleurs de toute vertu, étalait l'illustration d'une race antique; un autre, nouvel A p ici us, se faisait appuyer par les applaudisscmenset les clameurs de bruyans parasites gagnés à l'aide de sa cuisine;un troisième
i Liv. 4 * lett. 25.
a Evèque de Lyon.
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s'était engagé , par un marché secret, s'il parvenait au but de ■ son ambition , à livrer les domaines de l'église au pillage de ses partisans. Le saint Patient et le saint Euphronius qui, dédaignant toute haine et toute faveur , étaient les premiers à soutenir fermement et rigidement le plus sage avis, ne tardèrent pas à reconnaître l'état des choses. Avant de rien manifester en public, ils tinrent d'abord conseil en secret avec les évêques leurs collègues; puis, bravant les cris d'une tourbe de furieux , ils imposèrent tout à coup les mains, sans qu'il se doutât de rien et formât aucun vœu pour être élu, à un saint homme nommé Jean, recommandable par son honnêteté, sa charité et sa douceur. Jean a été d'abord lecteur et a servi à l'autel dès son enfance; puis, à la suite de beaucoup de temps et de travail, il est devenu archidiacre... Il n'était donc que prêtre du second ordre, et au milieu de ces factions si acharnées, personne n'exaltait par ses louanges un homme qui ne demandait rien, mais personne aussi n'osait accuser un homme qui ne méritait que des éloges. Nos évêques l'ont proclamé leur collègue, au grand étonnement des intrigans, à l'extrême confusion des méchans, aux acclamations des gens de bien, et sans que personne osât ou voulût réclamer
Tout à l'heure, nous assistions à une élection populaire; en yoilà maintenant une aussi irrégulière , aussi inattendue , faite tout à coup , au milieu du peuple, par deux pieux évêques. En
» Évêquc d'Autun.
d'histoire moderne. Il5
voici une troisième , encore plus singulière , s'il est possible. Sidoine lui-même en est à la fois le narrateur et l'acteur.
L'évêque de Bourges était mort ; telle était l'ardeur des compétiteurs et de leurs factions , que la ville en était bouleversée et qu'il n'y avait aucun moyen d'arriver à un résultat. Les habitans de Bourges imaginèrent de s'adresser à Sidoine, illustre dans toute la Gaule par sa naissance , sa richesse , son éloquence, son savoir, long -temps revêtu des plus hautes fonctions civiles , et tout récemment nommé lui-même évêque de Clermont. Us. le prièrent de leur choisir un évêque , à peu près comme , dans
lassé des orages civils et de sa propre impuissance , allait chercher un sage étranger pour qu'il lui donnât des lois. Sidoine, un peu surpris d'abord, accepte pourtant , s'assure du concours des évèques dont il a besoin pour l'ordination de celui qu'il est seul chargé d'élire , se rend à
Permettez-moi de vous lire la lettre dans laquelle il rend compte de toute l'affaire à Perpétuus évêque de Tours , et lui envoie le discours qu'il prononça dans cette assemblée; elle est un peu longue , et le discours aussi; mais ce mélange de rhétorique
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et de religion , ces puérilités littéraires au milieu des scènes les plus animées de la vie réelle, cette confiision du bel esprit et de l'évêque , font bien mieux connaître que toutes les dissertations du monde, cette singulière société, à la fois vieille et jeune , en décadence et en progrès : je ne retrancherai ça et là que quelques passages sans intérêt,
Sidoine y au Seigneur pape, Perpetuus, salut \
Dans ton zèle pour les lectures spirituelles, tu vas jusqu'à vouloir connaître des écrits qui ne sont nullement dignes d'occuper tes oreilles ou d'exercer ton jugement. Tu me commandes en conséquence de t'envoyer le discours que j'ai adressé dans l'église au peuple de Bourges, discours auquel ni les divisions de la rhétorique, ni les mouvemens de l'art oratoire , ni les figures grammaticales n'ont prêté l'élégance et la régularité convenables ; car dans cette occasion je n'ai pu combiner, selon l'usage général des orateurs, soit les graves témoignages de l'histoire, soit les fictions des poètes, soit les étincelles de la controverse. Les séditions, les brigues , la diversité des partis m'entraînaient en tous sens , et si l'occasion me fournissait une ample matière, les affaires ne me lassaient pas le temps delà méditer. Il y avait une telle foule de compétiteurs que deux bancs ne suffisaient pas pour con-
Uv. 1er. 9.
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tenir les candidats d'un seul siège.; tous se plaisaient à eux-mêmes, et tous déplaisaient également à tous, Nous «"eussions même rien pu faire pour le bien commun, si le peuple , plus calme, n'eQt renoncé ù spn propre jugement pour se soumettre à celui des éyêques. Quelques prêtres chuchotaient dans quelque coiq , mais eq public pas un ne souffla^; car la plupart redoutaient leur ordre non moins que les autres ordres... Reçois donc cette feuille : je l'ai dictée, le Christ en est témoin, en deux veilles d'uno nuit d'été; mais je crains bien qu'en la lisant, tn n'en croies làdessus encore plus que je ne te mande.
Discours.
Mes très -chers, l'histoire profane rapporte qu'un certain philosophe enseignait à ses disciples la patience de se taire avant de leur montrer la science de parler, et qu'ainsi tous les commençons observaient penrfenteinq ans un silence rigoureux, au milieu des discussions de fc U rs condisciples; de -sorte que les esprits les j>Iu$ prompt ne pouvaient être loués avant qu'il se fl)t écoulé un temps convenable pour les bien connaître. Qu.apt à moi, ma faiblesse es* réservée à une condition bien différente, moi <jui, même avant d'avoir rempli auprès de quelque homme de bien l'humble fonction de disciple , me vois forcé d'entreprendre avec les autres la triche de docteur.' ...Mais enfin puisqu'il vous a plu, q^ns votre erreur, de vouloir que moi , dénué de sagesse , je cherche pour vous, avec l'aide du Christ, un évêque rempli de sagesse, et en la personne duquel se réunissent toutes sortes de vertus, sachez que votre accord en cette volonté, en
J Sidoine venait à peine d'être nommé évêque, vers la fin de 474. 3. BIST. MOD. , 1828. q
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me faisant un grand honneur, m'impose aussi un pîus grand fardeau...
Et d'abord il faut que vous sachiez quels torrens d'injures m'attendent, et à quels aboiemens de voix humaines se livrera contre vous aussi la foule des prétendans.... Si je viens a nommer quelqu'un parmi les moines, pûtil même être comparé aux Paul, aux Antoine, aux Hilaire, aux Macaire, tout aussitôt je sens résonner,.autour de mes oreilles, les murmures bruyans d'une foule d'ignobles pygméesqul se plaindront, disant : « Celui qu'on nomme là, remplit les fonctions non d'un évêque, mais d'un abbé : il est bien plus propre à intercéder pour les âmes auprès du juge céleste, quepour les corps auprès des jugesde la terre.» Qui ne serait profondément irrité, en voyant les plus sincères vertus représentées comme des vices? Si nous choisissons un homme humble, on l'appellera abject; si nous en proposons un d'un caractère fier, on le traitera d'orgueilleux; si nous prenons un homme peu éclairé, son ignorance le fera passer pour ridicule ; si au contraire c'est un savant , sa science le fera dire bouffi d'orgueil ; s'il est austère, on le haïra comme cruel; s'il est indulgent, on l'accusera de trop de facilité; s'il est simple, on le dédaignera comme bête; s'il est plein de pénétration, on le rejettera comme rusé; s'il est exact, on le traitera de minutieux; s'il est coulant, on l'appellera négligent, s'il a l'esprit fin, on le déclarera ambitieux; s'il a du calme, on le tiendra pour paresseux; s'il est sobre, on le prendra pour avare; s'il mange pour se nourrir, on l'accusera de gourmandise ; si le jeûne est sa nourriture, on le
taxera de vanité Ainsi, de quelque manière que l'on
vive, toujours la bonne conduite et les bonnes qualité»
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seront livrées aux langues acérées des raédisans semblables à des hameçons à deux crochets. Et, de plus le peuple dans son obstination , les clercs, dans leur indo • cilité, ne se soumettent que difficilement à la discipline monastique.
» Si je désigne un clerc, ceux qui n'ont été promus qu'après lui , le jalouseront; ceux qui l'ont été avant, le dénigreront; càr parmi eux il y en a quelques-uns ( ce qui soit dit sans offenser les autres) qui s'imaginent que la durée du temps de la cléricature est la seule mesure du mérite, et qui voudraient en conséquence que, dans l'élection d'un prélat, nous choisissions non selon le bien commun, . mais d'après l'âge.... »
Si, par hasard, je vous indique un homme qui ait exercé des charges militaires , aussitôt j'entends s'élever ces paroles : « Sidoine, parce qu'il a passé des fonctions du siècle à la cléricature, ne veut pas prendre pour métropolitain un homme de la congrégation religieuse ; fier de sa naissance , élevé au premier rang par les insignes de ses dignités, il dédaigne les pauvres du Christ. » C'est pourquoi je vais, à l'instant même, rendre le témoignage que je dois , non pas tant à la charité des gens de bien qu'aux soupçons des méchans. Au nom de l'Esprit saint, notre Dieu Tout-Puissant, qui, par la voix de Pierre, condamna Simon le magicien , pour avoir cru que la grâce de la bénédiction pût être achetée à prix d'argent , je déclare que , dans le choix de l'homme que j'ai cru le plus digne, je n'ai été influencé par l'argent ni la faveur ; et qu'après avoir examiné, autant et plus même qu'il ne fallait, ce qu'étaient la personne, le temps, la province et cette ville , j'ai jugé que celui qu'il convient le mieux de vous
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donner est l'homme dont je vais rappeler la vie en peu de mots.
Simplicius, béni deJDieu, répond aux vœux des deux ordres, et par sa conduite et par sa profession ; la république pourra trouver en lui de quoi admirer, l'Église de quoichérir. Si nous devons porter respect à la naissance ( et l'évangéliste nous a prouvé lui-même qu'il ne faut pas négliger cette considération, car Luc en commençant l'éloge de Jean, estimait très avantageux qu'il descendît d'une race sacerdotale) les parens de Simplicius ont présidé dans les églises et dans les tribunaux; sa famille a été illustrée par des évêques et des prélats; ainsi ses ancêtres ont toujours été en possession de dicter des lois , soit divines, soit humaines.... Si nous regardons a son âge, il a à la fois toute l'activité de la jeunesse et la prudence de la vieillesse.... Si l'on veut de la charité, il en a montré avec profusion au citoyen, au clerc, au pèlerin, aux petits comme aux grands; et son pain a été plus souvent et plutôt goûté par celui qui ne devait pas le rendre. S'il a fallu se charger d'une mission, plus d'une fois Simplicius s'est présenté, pour votre ville , devant les rois couverts de fourures, et devant les princes ornés de la pourpre.... J'allais presqu'oublier de parler d'une chose qu'il ne faut cependant pas omettre. Jadis, dans ces temps antiques de Moïse , ainsi que le dit le psalmiste , lorsqu'il fallut élever le tabernacle d'alliance, tout Israël dans le désert entassa aux pieds de Béseleel le produit de ses offrandes. Dans la suite Salomon, pour construire le temple de Jérusalem, mit en mouvement toutes les forces du peuple , quoiqu'il eût réuni les dons de la reine de la contrée méridionale de Saba aux richesses de la Palestine et aux tributs des rois voisins. Simplicius,
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jeune, soldat, faible, seul, encore fils de ■ famille et déjà père, vous a fait aussi construire une église; il n'a été arrêté dans son pieux dessein, ni par rattachement des vieillards à leurs biens, ni par la considération de ses petits enfans; et cependant sa modestie a été telle qu'il a gardé le silence à ce sujet. Et en effet c'est, si je ne me trompe , un homme étranger à toufe ambition de popularité ; il ne recherche point la faveur* de tous, mais celle des gens de bien; il ne s'abaisse point à une imprudente familiarité, mais il attache un grand prix a de solides amitiés.... Enfin, il doit surtout être désiré pourévêque, parce qu'il ne le désire nullement, et ne travaille point à obtenir le sacerdoce, mais seulement \ le mériter.
Quelqu'un me dira peut-être : Mais comment, en si peu de temps, en. avez-vous tant appris sur cet homme ? Je lui répondrai : Je connaissais Ieshahitans de Bourges avant de connaître la ville. J'en ai connu beaucoup en route, dans le service militaire, dans des rapports d'argent et d'affaires , dans leurs voyages, dans les miens. On apprend aussi beaucoup de choses par l'opinion publique, car la nature n'impose pas à la renommée les bornes étroites de la patrie....
La femme de Simplicjus descend de la famille des Palladius, qui ont occupé les chaires des lettres et des autels , avec l'approbation de leur ordre; et comme le caractère d'une matrone ne veut être rappelé qu'avec modestie et succinctement , je me contenterai d'affirmer que celte femme répond dignement au mérite et aux honneurs des deux familles, soit de celle où elle est née et a grandi, soit de celle où elle a passé par un honorable choix. Tous deux élèvent leurs fils dignement et en toute sagesse; et le père r .
en les comparant à lui, trouve un nouveau sujet de bonheur en ce que déjà ses enfan» le surpassent.
Et puisque vous avez juré de reconnaître et d'accepter la déclaration de mon infirmité au sujet de cette élection , au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, Sinrplicius est celui que je déclare devoir être fait métropolitain de notre province et souverain pontife de votre ville; quant à vous , si vons adoptez ma dernière décision au sujet de Phomme dont je viens de parler, approuvez-la conformément à vos premiers engagemens.
Je n'ai besoin de rien ajouter, Messieurs; ces trois exemples vous ont , j'en suis sûr , très-bien expliqué ce qu'était au V' siècle , l'élection de* évêques; sans doute elle n'avait point les caractères d'une institution véritable; dénuée dérègles, de formes permanentes et légales , livrée aux hasards des circonstances et des passions, ce n'était pas là une de ces libertés fortes devant lesquelles s'ouvre un long avenir; mais dans le présent, celle-là était trèsrréelle; elle amenait un grand mouvement dans l'intérieur des cités; c'était une garantie efficace.
11 y en avait une seconde , la tenue fréquente des conciles. Le gouvernement général de l'Église était complètement, à cette époque, entre les mains des conciles; conciles généraux, nationaux, provinciaux. On y portait les questions de foi et de
discipline, les procès des évêques, toutes Jes grandes ou difficiles affaires de l'Église. Dans le cours du IV e siècle, on trouve quinze conciles , et vingt-cinq dans le V e 1 , et ce ne sont là que
• TABLEAU des principaux conciles du IVe siècle.
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