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la civilisation moderne ; c'est un fait évident et convenu. Ce n'est pas la première fois que ce fait s'est produit ; il y a eu dans le inonde plus d'un éclatant exemple de la puissance de la société religieuse , de ses idées , de ses institutions, de son gouvernement. Mais une différence fondamentale est à remarquer. En Asie, en Afrique , dans l'antiquité , partout avant notre Europe, la société religieuse se présente sous une forme générale et unique; un système y prévaut , un principe y domine ; tantôt elle est subordonnée; c'est le pouvoir temporel qui exerce les fonctions spirituelles, et gouverne le culte et même les croyances ; tantôt elle occupe la première place ; c'est le pouvoir spirituel qui règne sur l'ordre civil. Dans l'un et l'autre cas , la situation et l'organisation de la société religieuse sont simples, claires, stables. Dans l'Europe moderne , au contraire, elle a été le théâtre des systèmes les plus divers ; on y rencontre tous les principes ; elle renferme en quelque sorte des exemples, des échantillons de toutes les formes sous lesquelles elle a paru ailleurs.
Essayons, pour plus de clarté, de démêler et de classer les différens principes , les différens systèmes qui ont été soutenus ou appliqués dans la
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société religieuse européenne , les constitutions diverses qu'elle a subies.
Deux grandes questions se présentent : d'une part , la situation pour ainsi dire extérieure de la société religieuse , sa manière d'être envers la société civile, les relations de l'Église avec l'État; d'autre part , l'organisation intérieure , le gouvernement propre de la société religieuse ellemême.
A l'une ou à l'autre de ces questions se rattachent toutes les modifications dont elle a été l'objet.
Je m'occupe d'abord de sa situation exténeure , de ses rapports avec l'Etat.
Quatre systèmes essentiellement différens ont été soutenus à ce sujet :
1 0 L Etat est subordonné à l'Eglise : sous le point de vue moral , dans l'ordre chronologique même, l'Église précède l'État; l'Église est la société première, supérieure , éternelle; la société civile n'est qu'une conséquence , une application de ses maximes; c'est au pouvoir spirituel qu'appartient la souveraineté ; le pouvoir temporel ne doit être que son instrument.
2 0 Ce n'est pas l'État qui est dans l'Église , mais l'Église dans l'État : c'est l'État qui règle le territoire , fait la guerre 5 perçoit les impôts , gou-
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verne toute la destinée extérieure des citoyens. C'est à lui de donner, à la société religieuse, la forme , les institutions qui conviennent le mieux à la société générale. Dès que les croyances ces • sent d'être individuelles, dès quelles donnent à des associations , celles ci tombent sous l'atteinte du pouvoir temporel, seul véritable pouvoir.
3° L'Eglise doit être , dans l'Etat , indépendante, inaperçue; l'Etat n'a rien à démêler avec elle ; le pouvoir temporel ne doit prendre , des croyances religieuses, aucune connaissance ; qu'il les laisse se rapprocher , se séparer , vivre et se gouverner comme il leur convient ; il n'a , pour intervenir dans leurs affaires, ni droit, ni bon motif.
4° L'État et l'Église sont des sociétés distinctes , il est vrai , mais cou tiguës , engagées l'une dans l'autre ; qu'elles vivent séparées , mais non étrangères ; qu elles s'allient à certaines conditions , et subsistent chacune pour son compte, en se Élisant de mutuels sacrifices , en se prêtant un mutuel appui.
Quant à l'organisation intérieure de la société religieuse elle-même , la diversité des principes et des formes est encore plus grande.
Et d'abord , deux grands systèmes se distin-
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guent : daus l'un , le pouvoir est concentré aux mains du clergé; les prêtres seuls forment un corps constitué; c'est la société ecclésiastique qui gouverne la société religieuse : dans l'autre , la société religieuse se gouverne elle-même, intervient du moins dans son gouvernement; l'organisation sociale embrasse les fidèles aussi bien que les prêtres.
Le gouvernement appartient-il à la société ecclésiastique seule? Elle peut être constituée selon les modes les plus divers : i° Sous la forme de la monarchie pure; l'histoire du monde en a offert plus d'un exemple ; 2 0 sous une forme aristocratique ; tel est le régime où des évêques , soit chacun dans son diocèse , soit réunis en assemblées , gouvernent l'Église de leur propre droit , et sans le concours du clergé inférieur; 3° sous une forme démocratique, lorsque, par exemple, le gouvernement de l'Église appartient à tout le
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eux.
La société religieuse se gouveme-t-elle elle même? la variété n'y sera pas moins grande : 1 0 Les fidèles , les laïques siégeront avec les prêtres dans les assemblées chargées du gouvernement de l'Église; 2 0 il n'y aura point de gouvernement général de l'Église; chaque congrégation particulière ,
locale , formera une église indépendante , qui se gouvernera elle-même, dont les membres choisiront le chef spirituel selon leur croyance et leur dessein; 3° il n'y aura point de gouvernement spirituel distinct et permanent , point de clergé , point de prêtres ; l'enseignement , la prédication , toutes les fonctions spirituelles seront exercées par les fidèles eux-mêmes , selon l'occasion , l'inspiration, en proie à une continuelle mobilité.
Je pourrais combiner entre elles ces formes diverses, en mêler les élémens dans des proportions différentes , en faire naître ainsi une foule d'autres diversités, je ne ferais rien qui ne fut déjà connu.
Et non-seulement , Messieurs , tous ces principes ont été professés, tous ces systèmes soutenus comme seuls vrais et légitimes , mais ils ont tous été appliqués ; ils ont tous existé réellement. Qui ignore qu'aux XII e et XIII e siècles le pouvoir spirituel a réclamé comme son droit , tantôt l'exercice direct, tantôt la domination indirecte du pouvoir temporel? Qui ne voit qu'en Angleterre, où le parlementa disposé de la foi comme de la couronne, l'Eglise est subordonnée à l'Etat? que
sont la papauté, l'érastianisme 1 , l'épiscopat , le
1 Système dans lequel l'Église est gouvernée par l'État ,
presbytérianisme , les indépendans , les quakers , sinon les applications des doctrines que je viens d'indiquer? toutes les doctrines se sont changées en faits; il y a des exemples de tous les systèmes et de leurs combinaisons si variées.
Et non-seulement tous les systèmes ont été réalisés, mais ils ont tous prétendu à la légitimité historique aussibien qu'àlalégiÛmitérationneUe; ils ont tous reporté leur origine aux premiers temps de l'église chrétienne; ils ont tous revendiqué des faits anciens, comme fondement et justification.
Messieurs , ni les uns ni les autres n'ont eu complètement tort : on trouve, dans les premiers siècles de l'Eglise , des faits auxquels ils peuvent tous se rattacher. Ce n'est pas à dire qu'ils soient tous également vrais rationnellement , également fondés historiquement, ni qu'ils représentent une série d'états divers par lesquels l'Eglise ait passé tour à tour. Mais il y a , dans chacun de ces systèmes , une part plus ou moins grande de vérité morale, de réalité historique. Ils ont tous joué un rôle , occupé une place dans l'histoire de la société religieuse moderne; ils ont tous, à des
ainsi nommé d'Éraste , théologien et médecin allemand du XVI e siècle, qui, le premier, l'a soutenu avec éclat.
degrés inégaux , concouru au travail de sa formation.
Je vais les rechercher successivement dans les cinq premiers siècles de l'Église ; nous n aurons pas de peine à les y démêler.
Prenons d'abord tout ce qui se rapporte à la situation extérieure de l'Église, à ses relations avec la société civile.
Quant au système de l'Église indépendante, inaperçue dans l'Etat, existant, se gouvernant sans que le pouvoir temporel intervienne , c'est évidemment la situation primitive de l'Église chrétienne. Tant qu'elle a été renfermée dans un étroit espace, ou disséminée en petites congrégations isolées, obscures , le gouvernement romain l'a ignorée , Fa laissée vivre et se régir comme il lui convenait.
Cet état a cessé; l'empire romain a pris connaissance de la société chrétienne ; je ne parle pas du moment où il en a pris connaissance pour la persécuter , mais de celui où le monde romain est devenu chrétien, où le christianisme est monté sur le trône avec Constantin. La situation de l'Église envers l'État a grandement changé à cette époque. Il serait faux de dire qu'elle est tombée alors sous le gouvernement de l'Etat, que le système de sa subordination au pouvoir tem-
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porel a prévalu. En général les empereurs n'ont pas prétendu régler la foi ; ils ont accepté la doctrine de l'Eglise. La plupart des questions qui ont provoqué depuis la rivalité des deux pouvoirs ne ^élevaient pas encore à cette époque. Cependant on y rencontre un grand nombre de faits dans lesquels le système de la souveraineté de l'État sur l'Église a pu prendre et a pris en effet son origine. Vers la fin du IIP et au commencement du IV* siècle , par exemple > les évêques avaient avec les empereurs un ton extrêmement humble et soumis ; ils exaltaient sans cesse la majesté impériale. Si elle avait prétendu porter atteinte à l'indépendance de leur foi, ils se seraient défendus et se défendirent souvent en effet avec énergie; mais ils avaient grand besoin de sa protection; elle était nouvelle pour eux, à peine venaient -ils d'être reconnus et adoptés; ils traitaient le pouvoir temporel avec beaucoup d'égards et de ménagement* D'ailleurs ils ne pouvaient rien par euxmêmes; la société religieuse ou plutôt son gouvernement n'avait, à cette époque, aucun moyen de faire exécuter ses volontés ; les institutions , les règles , les habitudes lui manquaient ; il était sans cesse obligé de recourir à l'intervention du gouvernement civil , seul ancien , seul organisé. Ce besoin continuel d'un aveu étranger donnait à la
société religieuse uu air de subordination et de dépendance plus extérieure que réelle; au fond, l'indépendance et même la puissance étaient grandes; mais, dans presque toutes les affaires,
pour tous les intérêts de l'Eglise , l'empereur intervenait ; on invoquait son consentement et son action. Les conciles étaient ordinairement convoqués par son ordre ; et non-seulement il les convoquait, mais il y présidait, soit par luimême , soit par ses délégués ; il décidait quelles matières y seraient traitées. Ainsi , Constantin assistait en personne au concile d'Arles en 3 14* au concile de Nicée en 325, et dirigeait, du moins en apparence , les délibérations. Je dis en apparence; car la présence même de l'empereur dans un concile était une conquête de l'Église, et prouvait sa victoire bien plus que sa soumission. Mais enfinles formes étaient cellesd'une subordination respectueuse ; l'Église se servait de la force de l'empire , se couvrait de sa majesté; et l'érastianisme, indépendamment des motifs rationels dont il se prévaut, a trouvé, dans Fbistoire de cette époque , des faits qui lui ont pu servir de justification.
Quant ausystème contraire, la souveraineté générale et absolue de l'Église , il est clair qu'il ne saurait se rencontrer dans le berceau d'une société
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religieuse ; il appartient nécessairement aux jours de sa plus grande force , de son plus puissant développement. Cependant , on le voit déjà poindre au V e siècle , et poindre très-clairement. C'estdéjà un principe reconnu, avoué de la société civile, comme il est proclamé par la société religieuse , que la supériorité des intérêts spirituels sur les intérêts temporels, de la destinée du croyant sur celle du citoyen. Il en résulte que le langage des chefs de la société spirituelle, des prêtres , des évêques , naguères si modeste , est devenu confiant, fier, souvent même hautain , tandis que celui des chefs de la société civile, des empereurs eux-mêmes , malgré sa vieille pompe, est au fond modeste et soumis. A cette époque d'ailleurs le gouvernement temporel était en grande décadence; l'empire périssait; le pouvoir impérial tombait de jour en jour dans une ridicule nullité. Le pouvoir spirituel au contraire se fortifiait , grandissait , pénétrait de plus en plus dans la société civile ; l'Eglise devenait plus riche ; sa juridiction s'étendait; elle marchait visiblement à la domination. La chute complète de l'empire en Occident , et l'avènement des monarchies barbares contribuèrent beaucoup à élever ses prétentions et son pouvoir. L'Eglise avait été, sous les empereurs, obscure, faible, enfant, si je
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puis me servir de cette expression ; elle en avait contracté, avec eux , une sorte de réserve; elle était accoutumée à respecter leur pouvoir , leur nom. Peut-être, si l'empire avait subsisté, ne se serait-elle jamais complètement dégagée de cette habitude de sa première jeunesse . Ce qui donnerait lieu de le croire, c'est qu'il en est arrivé ainsi dans l'empire d'Orient; l'empire d'Orient a vécu douze siècles dans une décadence continuelle; le pouvoir impérial n'y était pas redoutable ; cependant l'Église n'y est point arrivée , n'y a pas même prétendu à la souveraineté.
L'église grecque est restée avec les empereurs d'Orient, à peu près dans la relation où était l'église romaine avec les empereurs romains. En Occident, l'empire est tombé; des rois couverts «de fourrures ont succédé aux princes revêtus de * la pourpre; l'Église n'a pas porté à ces nouveaux venus la même considération, le même respect. Elle a de plus été obligée, pour lutter contre leur barbarie, de tendre extrêmement le ressort du pouvoir spirituel; l'exaltation du sentiment des peuples à ce sujet a été son moyen d'action et de défense. Delà ce progrès si rapide de ses prétentions à la souveraineté qui n'apparaissent encore , au V e siècle , que dans le lointain.
Quant au système de l'alliance entre les deux
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sociétés distinctes et indépendantes , il n'est pas difficile à reconnaître à l'époque qui nous occupe, car c'était celui qui prévalait; rien n'était précis ni fixe dans les condilions de l'alliance ; l'égalité ne devait pas être longue entre les deux pouvoirs; mais ils subsistaient chacun dans sa sphère,
naient à se rencontrer.
Nous trouvons donc, du I er au V* siècle, tantôt dans leur plein développement , tantôt en germe, tous les systèmes selon lesquels peuvent être réglés les rapports de l'Église avec l'État; ils ont tous leur origine dans des faits voisins du berceau de la société religieuse. Passons à l'organisation intérieure de cette société , au gouvernement propre de l'Église ; nous arriverons au même résultat.
Deux principes contraires , vous vous le rappelez, peuvent présider à cette organisation : ou la société religieuse se gouverne elle-même; ou la société ecclésiastique est seule constituée et possède seule le pouvoir.
Il est clair que cette dernière forme ne saurait être celle d'une église naissante : aucune association morale nç commence par Finertie de la masse des associés , par la séparation du peuple et du gouvernement. Aussi est-il certain qu'à l'origine du christianisme , les fidèles prenaient part
à l'administration de la société. Le système presbytérien , c'est-à-dire le gouvernement de l'Église par ses chefs spirituels assistés des plus considérables d'entre les fidèles, tel a été le régime primitif. Beaucoup de questions peuvent s'élever sur les noms, les fonctions, les relations de ces chefs , ecclésiastiques et laïques, des congrégations naissantes; leur concours au gouvernement des affaires communes ne semble pas douteux.
Nul doute aussi qu'à cette époque , les sociétés séparées, les congrégations chrétiennes de chaque ville ne fussentbeaucoup plus indépendantes l'une de l'autre qu'elles ne l'ont été depuis; nul doute qu'elles ne se gouvernassent , je ne dirai pas complètement, mais à beaucoup d'égards, chacune pour son compte et isolément. De là le système des Indèpendans y qui veulent que la société religieuse n'ait point de gouvernement général , et que chaque congrégation locale soit une société
complète et souveraine.
Nul doute enfin, que daus ces petites sociétés chrétiennes naissantes, éloignées les unes des autres, 'souvent dépourvues de moyens de prédication et d'instruction , nul doute qu'en l'absence d'un chef spirituel institué par les premiers
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fondateurs de la foi, il ne soit souvent arrivé que, poussé par un élan intérieur , quelque homme , puissant par l'esprit et doué du don d'agir sur les hommes , un simple fidèle ne se soit levé , n'ait pris la parole , et n'ait prêché la petite association dont il faisait partie. De là le système des Quakers, le système de la prédication spontanée, individuelle, sans aucun ordre de prêtres, sans clergé légalement institué et permanent.
Voilà déjà quelques-uns des principes , quelquesunes des formes de la société religieuse qui se rencontrent dans le berceau de l'église chrétienne. Il en contenait bien d'autres : peut-être même ceux-là n'étaient-ils pas les plus puissans.
Et d'abord il est incontestable que les premiers fondateurs, ou, pour mieux dire, les premiers instrumens de la fondation du christianisme , les apôtres se regardaient comme investis d'une mission spéciale, reçue d'en haut, et à leur tour transmettaient à leurs disciples , par l'imposition des mains où sous toute autre forme, le droit d'enseigner et de prêcher. L'ordination est un fait primitif dans l'église chrétienne. De là un ordre de prêtres, un clergé distinct, permanent, investi de fonctions et de droits particuliers.
Autre fait primitif. Les congrégations particu-
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Hères étaient, il est vrai, assez isolées; mais elles tendaient à se réunir, à vivre sous une foi, sous une discipline commune; c'est l'effort naturel de toute société qui se forme ; c'est la condition nécessaire de son extension , de son affermissement. Le rapprochement, l'assimilation des élémens divers, le mouvement vers l'unité, tel est le cours delà création. Les premiers propagateurs du christianisme , les apôtres ou leurs disciples , conservaient d'ailleurs , sur les congrégations même dont ils s'éloignaient, une certaine autorité , une surveillance lointaine , mais efticace. Ils avaient soin de former, ou de maintenir, entre les églises particulières, des liens non-seulement de fraternité morale , mais d'organisation. Delà une tendance constante vers un gouvernement général de l'Église, une constitution identique et permanente.
D me paraît enfin hors de doute que, dans les idées des premiers chrétiens, dans leur sentiment simple et commun , les apôtres étaient regardés comme supérieurs à leurs disciples , les disciples immédiats des apôtres comme supérieurs à leurs successeurs : supériorité purement morale, point légale ni établie comme une institution , mais réelle et avouée. De là le premier germe, le germe religieux du système épiscopal.
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Il est aussi venu d'une autre source. Les villes où pénétrait le christianisme étaient très-inégales en population , en richesse , en importance ; et non-seulement il y avait entr'elles de telles inégalités matérielles , mais une grande inégalité de développement intellectuel , de pouvoir moral. L'influence se distribua donc inégalement entre les chefs Spirituels des congrégations. Les chefs des villes les plus considérables , les plus éclairées , prirent naturellement de l'ascendant , exercèrent une véritable autorité , d'abord morale , ensuite réglée , sur les congrégations environnantes. C'est là le germe politique du système épiscopal.
Ainsi , Messieurs , en même temps que vous reconnaissez , dans l'état primitif de la société religieuse, l'association des laïques aux prêtres dans le gouvernement, c'est-à-dire, le système presbytérien ; l'isolement des congrégations particulières, c'est-à-dire le système des Indépendans; la prédication libre, spontanée , accidentelle c'est-à-dire le système des Quakers; en même temps vous y voyez naître, contre le sys-, tème des Quakers , un ordre de prêtres , un clergé permanent ; contre le système des Indépendans , un gouvernement général de l'Église ; contre le système presbytérien , un régime d'iné-