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GÉNÉRALITÉS SUR LES INSECTES. — USAGES

Les insectes qui ne sont pas directement utiles à Phomme ne sont pas pour cela inutiles dans la nature. Les chenilles par exemple, sont la nourriture la plus délicate et la plus essentielle aux oiseaux que nous mangeons, ou à ceux qui nous divertissent par leurs chants; ils n’ont pas d’autre lait pendant ieur enfance; en effei, ils n’éclosent que dans la saison des chenilles, et celles-ci disparaissent quand les petits devenus forts ont besoin d’une nourriture plus solide. Avant le mois d'avril, point de cheniiles, point de couvées; au mois d'août ou de septembre, plus ou presque plus de couvées ni de chenilles; la terre se couvre alors de graines et d’autres vivres de toute espèce.

Un autre genre de service que nous rendent les insectes, c’est de purifier l’air de beaucoup de vapeurs malsaines. Ainsi, quand les cousins et les tipules déposent leurs œuts dans l’eau croupie, les vers qui y éclosent en absorbent toute la pourriture; les scarabées pilulaires, autrement appelés fouille-merde, et les bouviers, emportent tout ce qu'il y à d’humide et de visqueux dans les excréments des troupeaux ; de sorte qu’il n’en reste plus qu’une poussière que le vent disperse également çà et là, ce qui empêche que la terre ne soit comme brûlée, ou ne reste trop longtemps inféconde dans les places où sont jetées ces bouses.

Mais si un petit nombre d'insectes nous sont utiles, combien d’autres sont occupés à nous nuire! Il faudra peut-être encore plusieurs siècles à notre lente industrie pour garanür de la teigne nos ouvrages de laine, pour empêcher les chenilles de nous ravir l'ombre et le frais de nos arbres, pour mettre nos blés et nos bois à l’abri des ennemis qui les dévorent.

Combien d’espèces de dermès ou de scarabées disséqueurs qui travaillent à détruire nos peaux et nos pelisses! La teigne, pondue par une très-petite phalène sur nos tapisseries,

dans nos habits de laine, sur les manchons emplumés, les ronge, et pour se nourrir et pour se former le fourreau qui lui sert de logement.

Le cacrélat et le ravet , dont nous avons une espèce chez les boulangers, mange non-seulement la farine et le pain, mais encore les papiers, les livres, les habits, les viandes, et gâte, par ses ordures et sa mauvaise odeur, tous les endroits par où il passe.

La fromelle , espèce de teigne , consume le grain dans les épis et encore dans les greniers, où le charançon fait aussi de grands ravages.

Les plantes naissantes sont rongées par la larve de la tipule; les herbes potagères, comme laitues et choux, par les chenilles.

Les feuilles des arbres, du chêne surtout, sont gâtées par de petites chenilles qui y pratiquent des mines et des galeries.

Les bourgeons de la vigne sont rongés au printemps par le gribouri, pendant que la bêche en détruit les ceps en hiver et les raisins en été.

Les kermès appelés gallinsectes et les pucerons infestent la vigne et surtout l’oranger qu’ils font périr notamment dans la Toscane.

La larve du pulsan et de la vrillette, triptes. ronge le bois des arbres au-dessous de leur écorce et dans Pintérieur, et les réduit en une espèce de tan, ainsi que les tables et les meubles de nos appartements.

Les racines des diverses plantes sont ravagées par la courtilière, taupe-grillon, et celles des arbres, surtout de l’orme, sont détruites par la larve du hanneton et du viridule.

Des légions de chenilles et de larves ravagent en peu de temps les plus brillantes prairies.

Enfin toutes les histoires nous rappellent à la mémoire

AUTEURS QUI ONT TRAITÉ DES INSECTES. 287 les exemples de nombre de peuples qui ont été forcés d'abandonner le lieu de leur naissance, chassés par labondance des sauterelles, par les scorpions, les abeilles, les puces et les punaises.

Le poil de la plupart des chenilles épineuses cause des démangeaisons et des inflammations vives lorsqu'il pénètre dans la peau, surtout celui du nid de Ja roussionnaire. 1] suffit de se frotter rudement avec du persil les endroits cuisants pour en äissiper la douleur en très-peu de temps; le lait les calme aussi.

Pour peu qu’on verse de lhuile sur les insectes en général, ils entrent aussitôt en convulsion et meurent, parce que l’huile, entrant par les stigmates, bouche l’ouverture des trachées et leur ôte la respiration. Lorsqu'on les plonge, eux ou leurs chrysalides, par leur moitié inférieure, dans l'huile, ils ne meurent pas; mais si on les plonge par la moitié supérieure, la tête en bas, ils meurent en très-peu de temps, quoiqu'’on leur laisse les stigmates postérieurs découverts, ce qui semble prouver qu’ils expirent par la bouche et par les parties supérieures l'air qui est inspiré par les stigmates inférieurs.

Parmi les auteurs modernes qui ont publié quelques ouvrages sur les insectes, on peut distinguer les suivants :

Les premiers , ou les plus anciens , sont Mouffat, Aldrovande et Jonston.

Ceux qui ont examiné les mœurs et la mécanique en philosophes sont Swammerdam, Réaumur, de Geer, Bonnet.

Ceux qui en ont suivi les diverses métamorphoses sont Goedart, Mérian, Albin, Frisch , Roësel, Wilkès, Amiral, Harris.

Parmi les iconographes, il faut distinguer surtout Clerk, Hoeffnagel, Bradlei, Robert et Petiver.

Parmi les descripteurs Ray, et M. Linné dans sa Fauna

suecica, 2° édition, 4761, et dans son MWMusœum reginæ,

Les monographes qui ont épuisé Phistoire d’un seul insecte en particulier sont Lister, Schæffer et Clerk.

Enfin les auteurs qui ont établi un système de division sur ces animaux sont M. Linné, dans son Systema naluræ, qui a été suivi par Poda, Sultze, Geoffroy, Scopoli, Gronovius, Muller. Nous en avons établi un, dès Pannée 1747, qui diffère dans toutes ses parties, dans le nombre et la nature des familles, des genres et des espèces.

Après avoir parcouru toutes les généralités qui se remarquent dans la forme et dans les qualités soit morales, soit physiques des insectes, passons à examen des espèces qui peuvent nous fournir des applications intéressantes.

Les histoires ies plus étendues et les plus complètes des insectes ne nous en font pas connaître plus de quinze cents espèces. Celle de M. de Réaumur se borne à trois cents, décrites, à la vérité, de main de maître, et avec tous les détails de mœurs et d'industrie qui peuvent nous donner du goût pour Pétude de ces petits animaux. M. Geoffroy est auteur qui en à déerit un plus grand nombre dans son Histoire des insectes des environs de Paris, publiée en 1762, en deux volumes in-4°; il n’en fait pas monter le nombre à plus de quatorze cent onze; néanmoins nous en possédions déjà plus de quinze cents dès l’année 1748, avant notre voyage au Sénégal, ei nous en avons actuellement plus de deux mille seulement des environs de Paris. Enfin notre collection, qui monte à plus de six mille, nous fait croire qu’il en doit exister au moins sept à huit mille dans Punivers connu, quoique M. Linné n’en ait connu que trois mille deux cent quatre-vingts espèces, qu’il partage en soixantedouze genres, dont il forme six sections ou familles.

Cette classe si nombreuse d'animaux, partagés en Six,

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