‹ Cours d'histoire naturelle fait en 1772Chapitre 15 sur 201 · FAMILLE DES TORTUES. — TORTUE DE MER · texte numérisé non relu

FAMILLE DES TORTUES. — TORTUE DE MER

On dit que dans la mer du Sud les pêcheurs voyant les tortues dormir à la surface de l’eau, en plein jour, voguent lentement autour d’elles et qu’un bon plongeur posté sur l'avant de la chaloupe plonge à quelques toises de celle qu’il veut prendre; et qu’arrivé au-dessous d’elle il remonte aussitôt à la surface de l’eau, et la saisissant par Pécaille vers la queue la tient pendant qu’elle se débat jusqu’à ce que le canot soit venu pour les enlever tous deux.

Aristote et Pline avaient remarqué que quand leur écaille reste ainsi longtemps au soleil au-dessus de l’eau elle se dessèche. |

Lorsqu'on a pris beaucoup de tortues on en sale la plus grande partie pour la nourriture du menu peuple et des esclaves. Les autres se mangent sur le lieu. On leur cerne d’abord l’écaille du ventre qu’on enlève, puis on fait cuire le foie bien assaisonné de poivre, de girofle, de sel et de citron, dans l’écaille supérieure qui sert de plat. Les œufs se mangent aussi, mais ils sont un peu moins bons que ceux de la poule. Le foie est la partie la plus considérable et presque la seule qu’il y ait à manger dans la tortue, car sa chair est en petite quantité et beaucoup moins délicate. Ce foie tourne presque tout en huile lorsqu’on ne le coupe pas par petits morceaux pour les cuire à la brochette, comme on cuit les alouettes ou les mauviettes. Une tortue de mer du poids de vingt livres rend communément une trentaine de pintes d'huile qui, lorsqu’elle est fraîche et jaune, est propre à être employée dans les aliments, et qui en vieillissant n’est bonne que pour brûler. Ses œufs sont fort gros et de garde.

La tortue verte est une troisième espèce de tortue de mer, ainsi nommée parce que son écaille est plus verte que celle des autres. Elle est aussi beaucoup plus mince. On l’emploie en marqueterie pour les pièces de rapport qu’on colore en mettant des feuilles dessous.

Sa chair fraîche est aussi délicate que le meilleur veau.

Le genre de la TORTUE, festudo, comprend toutes les tortues terrestres. Il se distingue des précédents en ce que les doigts de ses pieds sont au nombre de cinq, tous très-serrés et réunis en une main sans membrane, et armés de cinq ongles. On en connaît plus de dix espèces qui sont : 4° Ja tortue vraie de PÂrchipel, demi-ovoïde, aussi profonde que large, noire et jaunâtre; 2° la tortue de Provence, plus large que profonde, vert noir; 3° la tortue jubate du Brésil et des Moluques ( Seba, 2, tab. 80, fig. 3) presque aussi profonde que large, brun avec des rayons jaunes.

La tortue proprement dite, la tortue de terre, testudo, a le test plus arrondi et plus élevé, plus dur que celui des tortues d’eau. Une voiture bien chargée pourrait passer dessus sans la faire plier, et comme l’anirmal peut y rentrer la tête, ses pattes et sa queue, il se trouve ainsi à l'abri comme dans une maison voûtée.

Cette espèce qui se trouve dans les climats méridionaux de la France et qui paraît être la même que celle des Canaries qui diffère peu de celle du Sénégal, se plaît également sur les montagnes, dans les forêts, dans les plaines et dans les jardins.

L'hiver elle se cache dans les cavernes où elle passe cette saison sans manger comme les lézards et autres animaux.

Elle vit de fruits, d’herbages, de limaçons, de vers et d'insectes.

On peut la nourrir à la maison avec du son et de la farine.

Son test porte sur le dos treize grandes écailles sillonnées concentriquement et distribuées sur trois rangs, dont cinqsur le rang du milieu et quatre sur les deux rangs; en quoi elles diffèrent de celles du caret qui sont au nombre de quinze, lisses , sans sillons et disposées au nombre de cinq sur chaque rang. Le mâle se distingue de la femelle en ce que le dessous

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