‹ Cours d'histoire naturelle fait en 1772Chapitre 14 sur 201 · FAMILLE DES TORTUES. — TORTUE DE MER · texte numérisé non relu

FAMILLE DES TORTUES. — TORTUE DE MER

polit ensuite en y ajoutant des ciselures et d’autres ornements qui en augmentent beaucoup le prix.

La tortue de mer des tropiques ou la tortue franche pèse communément cent à deux cents livres et davantage.

Elle est commune surtout autour des îles désertes dont le rivage est bas, sablonneux, et dont le fond est très-fertile en fucus, varecs, et autres plantes marines.

Sa nourriture ordinaire sont les coquillages et surtout les plantes marines, qu’elle broute et païît sous l’eau, où on la voit se promener. Elle va jusqu’à embouchure des rivières chercher l’eau douce.

Comme elle ne peut rester longtemps sous l’eau sans respirer, elle vient de temps en temps à la surface comme les poissons pour rendre Pancien air et er reprendre du nouveau. Aussi lorsqu'elle ne mange point ou qu’elle veut s'endormir, comme il leur est ordinaire pendant la grande chaleur du jour, on les voit flotter en grand nombre à la surface de la mer la tête hors de l’eau, mais dès qu’elle entend du bruit ou qu’elle voit remuer un oiseau de proie ou un chasseur, elle s'enfonce et plonge pour se cacher.

Tous les ans elle va à terre pour pondre depuis la fin d'avril jusqu’en septembre, un peu au-dessus de l’endroit où les vagues de la mer cessent de s'étendre. Elle y fait avec ses ailerons ou ses pieds dans le sable un trou d’environ un pied de diamètre sur un pied et demi de profondeur; elle y va pondre en quinze jours, pendant un mois à chaque fois, quatre-vingt-dix œufs, et lorsque la ponte, qui est d’environ trois cents œufs, est finie, elle les recouvre d’une couche légère de sable, afin que le soleil échauffe les œufs; ils sont ronds, gros comme une balle.

Au bout de vingt-quatre ou vingt-cinq jours, on en voit sortir de petites tortues qui s’en vont tout doucement gagner l’eau.

Si la lame est forte, elle les rejette les premiers jours sur la terre; alors les fous, les frégates et autres oiseaux de proie les enlèvent la plupart avant qu’elles soient en état de résister aux flots et de plonger au fond; aussi de trois cents œufs il n’en échappe quelquefois pas dix.

Les tortues font souvent cent lieues pour aller déposer leurs œufs sur des côtes sablonneuses et basses. C’est alors qu’on peut les prendre en abondance. Comme c’est la nuit qu’elles vont à terre, on les guette au bord de la mer, et dès qu’elles sont un peu avancées sur la terre, on les attrape aisément, parce qu’elles se traînent fort doucement et pesamment; on les chavire aussitôt, c’est-à-dire on les renverse sur le dos les unes après les autres, ce qui se doit faire d’un coup de main sans leur donner le temps de se défendre avec leurs nageoires, ni de jeter du sable dans les yeux. Un homme peut en tourner ainsi une centaine en une nuit de cinq ou six heures. Les tortues ainsi renversées sur le dos ne peuvent se retourner et sont faciles à tuer.

On pêche aussi les tortues au harpon comme les baleines, pendant la nuit, ce qui se pratique ainsi: trois hommes montent sur un petit canot, l’un d’eux tient l’aviron qu’il meut avec tant de vitesse et de dextérité qu’il fait avancer le canot sans bruit aussi vite que s’il était poussé à force de rames; le maître pêcheur, qui est debout sur lavant du canot, montre du bout de son harpon l’endroit où il faut gouverner, et dès qu’il aperçoit qu’une tortue fait écumer la mer en sortant par intervalle, et qu’il est à sa portée, il lui lance son harpen avec une telle force qu’il en perce le test et pénètre bien avant dans les entrailles; la tortue blessée plonge au fond, et le troisième homme qui est au milieu du canot file la ficelle à laquelle est attaché le harpon et la retire lorsqu’après s'être bien débattue et avoir perdu tout son sang, elle reste sans force et sans mouvement.

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