FAMILLE DES ICHNEUMONS. — GÉNÉRALITÉS. A
L’ichneumon pressé de pondre va se poser sur une chenille dont le corps est ordinairement beaucoup plus grand que le sien. La chenille à beau s’agiter, se tourmenter, l’ichneumon enfonce sa tarière dans sa peau, pénètre le corps graisseux et y coule ses œufs l’un après l’autre, en nombre variable suivant la grosseur. D’autres ichneumons se contentent de coller un ou plusieurs œufs sur le corps de la chenille ; les larves y pénètrent en sortant par la pointe qui touche immédiatement leur corps.
Ces larves sont très-blanches et molles, ont une tête écailleuse, six pattes écailleuses et douze à seize membraneuses peu sensibles et semblables à des mamelons. Il y en à qui, comme celles des galles, ont, outre cela, sur le dos neuf mamelonsau moyen desquels elles peuvent se retourner dans la cavité de leur galle.
Une chose qui paraîtra singulière , c’est que ces larves des galles et des chenilles, quoiqu’elles mangent et grossissent, ne paraissent pas rendre d’excréments. Celles des chenilles Wattaquent point les viscères principaux qui les feraient bientôt périr, mais seulement le corps graisseux qui est à côté des deux vaisseaux filiers ou à soie et qui semble ne leur être utile qu’au temps de leur transformation. La chenille vit ainsi longtemps, mangeant à son ordinaire, et ce n'est qu'après que les petites larves en ont détruit tout le corps graisseux qu’on la voit languir et périr peu après ; alors ces larves en percent la peau avec leurs mâchoires et en sortent pour se filer avec la bouche une coque analogue à celle des chenilles, dans laquelle elles se métamorphosent en nymphes.
Ou voit souvent des chenilles qui, quoique remplies de larves d’ichneunons, parviennent à se changer en chrysalides, parce qu’elles étaient plus avancées lorsqu'elles en ont été attaquées; mais elles périssent bientôt après par les trous
que ces larves percent dans leur peau pour en sortir et se filer leur coque. | |;
D’autres larves ne sortent ni de la chenille ni de la galle où elles ont été pondues; elles restent dans le corps de la chenille après Pavoir fait périr, elles s'y transforment en nymphes, puis en sortent en ichneumons à quatre ailes, au lieu de papillons qu'on s’attendait à voir.
Les larves de quelques genres de grands ichneumons ne se filent point de coques, mais elles se transforment en nymphes dans l’intérieur des chenilles ou de leurs chrysalides qui leur servent de coques.
Ceiles des galles, gallips, se métamorphosent aussi en nymphes dans le centre de leurs galles, où elles restent tout l'hiver pour n’en sortir en insecte ailé qu’au printemps suivant.
Celles qui ne pondent qu’un ou deux œufs au plus dans le corps des chenilles en sortent pour se filer des coques solitaires ou séparées.
Les autres, au contraire, qui habitent en grand nombre dans le corps d’une chenille et qui en sortent en même temps, filent leurs coques les unes à côté des autres, et souvent rassemblées en une masse ronde recouverte d’une bourre ou d’un duvet semblable à du coton, comme le mollips.
Parmi les divers genres d’insectes de cette famille, les uns ont les antennes en massue de onze à douze articulations, les autres les ont sétacées de quinze à cent soixante articulations. Le corps des uns est attaché immédiatement au corselet, pendant que dans les autres il est attaché à un long fil; enfin il y en a dont les femelles, comme Pichnalis, n’ont point d’ailes.
Si ceux de ces insectes qui causent des galles sur les plantes font quelque tort à ces plantes, ceux qui détrui-
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sent les pucerons, les chenilles nous rendent de grands services. On sait les alarmes que causa en France fa multiplication extraordinaire de la chenille commune, fanera, pendant Pautomne de 1751 et le printemps de 1752, qui ravagea en peu de temps toutes les feuilles des ormes et des arbres fruitiers. Tous les soins que se donnèrent les hommes pour exterminer ces chenilles firent moins que les ichieumons qui, ayant multiplié cette année dans la même proportion , attaquèrent les trois quarts et plus de ces chenilles, dont le corps s’en trouva farci même après leur métamorphose en chrysalide.
GALLES. Le genre des insectes qui forment sur les feuilles et les branches des plantes ces excroissances qu’on nomme galles, comprend plus de cent espèces qui sont toutes différentes par leur forme, leur grandeur, leurs mœurs, et par la diversité des plantes ou des parties des plantes qu’elles choisissent pour former leurs galles, et par la figure même de ces galles.
Telles sont les galles lisses, sphériques, en groseille, du dessous des feuilles du rosier : celles des fleurs ou fruits de lPéglantier, qui sont lisses; celles des bourgeons du même églantier, qui sont chevelues, et qu’on nomme improprement benguar, nom turc qui appartient à un chardon:; celles des feuilles du chêne; celles qui sont en éponge hérissée sur les tiges du @GRAMEN, Poa, spongiolonem ; les galles lenticulaires qu’on trouve communément en avril sous les feuilles du laitron; celles en cloche operculée sous les feuilles de la lampsane; les galles en noix des branches du cirsion, ou chardon hémorroïdal, que le peuple porte sur lui croyant qu’elle guérit des hémorroïdes ; les galles blanches grumelées sur les tiges de l’absinthe blanche d’Espagne ; celles des tiges renflées du caille-lait blanc, gallinm album, et du jaune; les galles en dents molaires éle-
vées au-dessus des feuilles du cornouillier ; celles des branches du vitex agnus castus; celles des bourgeons de la véronique à feuilles de chamædrys; celles des tiges et du dessous des feuilles du lierre terrestre, qui sont aromatiques, colorées en rouge violet, comme les plus beaux fruits, et que quelques paysans des environs de Charenton et de Saint-Maur mangent ; celles de la sauge, que lon appelle aussi pommes de sauge, parce qu’on les mange et qu’on les porte au marché à Constantinople; celles en artichaud des bourgeons du chêne; celles en pomme des branches du chêne ; celles des chênes du Levant ou d'Alep, que l’on appelle noix de galle, qui sont rondes, lisses, de huit lignes de diamètre, percées d’un trou, partagées intérieurement en une ou plusieurs cellules qui contiennent chacune une larve; on préfère celles de ces galles qui sont noires et pesantes à celles qui sont blanches et légères ; elles sont astringentes, et procurent à la solution du vitriol une couleur violette et noire; par cette propriété elles font la base de Pencre et de nombre d’autres teintures noires ou violettes. La galle à lépine du Levant est encore une autre espèce que les teinturiers emploient; elle croît sur les branches d’arbres qui la traversent; elle est sphérique, toute chagrinée, percée de plus de trente trous, par où sont sortis autant d'insectes ; les galles rougeûtres élevées, en septembre et octobre, au-dessus et au-dessous des feuilles du saule ; les galles en clou des feuilles du tilleul.
La galle du chêne est un astringent corroborant qui se donne dans les hémorragies.
Toutes ces galles se forment de la même manière : la gallips volatil perce en avril ou mai, avec sa tarière, dans une nervure des feuilles et des tiges, un petit trou dans lequel elle pond un œuf; quelquefois elle en pond plusieurs dans diverses nervures voisines les unes des autres : c’est
de là que vient la différence des galles, dont les unes ne contiennent qu’un insecte pendant que les autres en contiennent plusieurs séparés les uns des autres par une cloison; toutes s’y métamorphosent en nymphes, puis en sortent ailées, en juin ou juillet, en pereant un petit trou. Les galles qui n’ont point encore de trou annoncent par là que linsecte y est encore; celles où Pon voit plusieurs trous prouvent qu’elles étaient habitées par autant d’insectes.
La Gazrirs ou le volatil à le ventre comprimé par les côtés, les antennes en massue, coudées, pendantes, de onze articulations dans les mâles et de douze dans les femelles. Celles qui sortent en juin ou juillet de leurs gaîles, aussitôt après s’être accouplées, pondent sur les plantes leurs œufs, dont les larves produisent des galles où elles passent tout Phiver pour devenir ailées au printemps suivant, c’est-à-dire en avril.
L’ICHNEUMON a été ainsi nommé par les modernes parce que cet insecte fait aux chenilles et à nombre d’autres insectes malfaisants une guerre comparable à celle que Pichneumon, petit quadrupède de la grandeur d’un rat, faisait, selon les anciens, au crocodile en mangeant ses œufs et en sautant dans sa gueule, pendant qu’il dort au soleil, pour ronger et déchirer ses entrailles.
Nous en connaissons plus de trente espèces qui toutes ont la tarière égale à la longueur de leur corps, ou même jusqu’à trois fois aussi longue.
Toutes pondent leurs œufs ou sous l'écorce des arbres, ou dans des chenilles, ou dans leurs œufs, ou dans des pucerons, ou même dans les larves des galles, gallips, dont nous venons de parler; les espèces mêmes qui pondent ainsi dans les galles sont si communes qu’il sort de ces galles beaucoup plus d’ichneumons qu’il n’en sort de gallips , qui sont leurs habitants naturels, et qui les ont formées.
hA/ DIX-HUITIÈME SÉANCE.
22e Famizze. LES ABEILLES , APES.
Ce qui distingue les insectes de cette famille de ceux de la famille des mouches à scie, tenthredo, et de celle des ichneumons, c’est que leur aiguillon n’est point placé au dehors du corps, mais renfermé toujours au dedans sans paraître, sinon dans les instants où l'animal le fait sortir pour le darder au dehors.
Vingt genres ont ce caractère et on peut les partager en deux sections :
La première, des abeilles, apes, comprend ceux dont les yeux sont entiers ;
La deuxième, des frelons, cabrones, est de ceux qui ont les yeux échancrés.