PREMIÈRE SECTION. ABEILLES A YEUX ENTIERS
La FouRMI, formica, se reconnaît à une écaille verticale qui forme le premier anneau de son ventre.
Jen connais plus de trente espèces, parmi lesquelles les plus remarquables de ce pays-ci sont la grosse noire des bois et la petite rouge des jardins.
La grande fourmi des bois a trois sortes d'individus, savoir : des mâles et des femelles, qui ont des ailes sans aiguillon, et des neutres, ou aseæes, qui n’ont point d’ailes, mais un très-petit aiguillon , rarement sensible. Les mâles sont trois fois plus petits que les asexes, et cinq à six fois plus petits que leurs femelles ; on les voit rarement dans la fourmilière, mais on les trouve souvent accouplés le soir, au mois d'août, avec leurs femelles, qui les emportent avec elles en volant. Les mâles ont, comme ceux des mouches et
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de beaucoup d’autres insectes, les yeux beaucoup plus grands que les femelles.
Ces insectes vivent environ quatre à cinq ans; ils se réunissent au nombre de deux à trois mille dans une voûte souterraine, une fourmilière, remarquable au dehors par un monticule de deux pieds environ de diamètre sur un pied de hauteur, et qui est creusé sous terre à un pied ou deux de profondeur. Cette fourmilière est placée ordinairement dans un terrain sablonneux , au pied d’un arbre ou d’un mur, toujours du côté exposé au soleil du midi ; une, deux et quelquefois trois entrées conduisent à son intérieur, qui forme une cavité très-irrégulière, sans cloisons et sans galeries.
Il n’y a que les neutres ou les asexes qui travaillent à à creuser la fourmilière; les mâles et les femelles ne font rien. Ce travail commence au printemps, vers le mois de mai ; alors les fourmis sortent de l’état léthargique où elles étaient entassées, les unes sur les autres, dans l’ancienne fourmilière ; elles se partagent en deux bandes, dont l’une emporte la terre au dehors pendant que l’autre rentre pour travailler; de manière que l’ouvrage continue sans interruption, etelles ne mangent point qu’il ne soit entièrement fini.
Les fourmis ouvrières ont un grand soin des coques des nymphes qui ont passé l’hiver enterrées. Elles les apportent tous les matins, pendant le soleil, à l'entrée de la fourmilière pour leur faire sentir les influences de la chaleur, et le soir elles les redescendent au fond pour les préserver du froid; c’estentre leurs mâchoires qu'ellesles prennent sansies blesser, quoiqu’elles soient beaucoup plus grosses qu’elles.
Ce n’est qu’en août que ces nymphes deviennent des insectes ailés, et s’accouplent surtout le soir en Pair, et non pas dans la fourmilière, la femelle emportant le mâle.
Les femelles fécondées entrent ensuite dans la fourmilière pour y pondre trois ou quatre mille œufs blancs, petits, peu sensibles; après quoi elles périssent pour la plupart, ainsi que tous les mâles, et il ne reste que des ouvrières pendant l'hiver.
Ce sont ces ouvrières seules qui ont soin de ces œufs et des larves qui en éclosent au bout de quelques jours; ces larves sont des vers blancs, apodes, à quatorze anneaux, mais à tête écailleuse de fausse chenille.
Elles les portent le jour à l’entrée de la fourmilière pour leur faire respirer Pair chaud, et les rentrent la nuit où elles les gardent.
Elles les nourrissent avec autant de soin, en leur apportant des grains, des cadavres d'insectes ou d'animaux, du niel qu’elles ont sucé sur les pucerons. Si les vivres sont rares, elles leur donnent tout et font diète; elles commencent par leur donner à manger d’abord, et ne mangent qu'après qu’ils en ont eu suflisamment.
Lorsqu’elles ont trouvé quelque butin, elles vont le porter à la fourmilière ; il semble qu’elles en font part à leurs compagnes , car, dès qu’elles y sont arrivées, on voit toute la fourmilière se mettre en marche, et former une espèce de procession, composée de deux files dont l’une vient pendant que l’autre revient avec beaucoup d’ordre. Quelqu’une vient-elle à périr, son corps est bientôt emporté à une grande distance. Si l’on jette à l’entrée de la fourmilière un mulot, une grenouille, une vipère, un oiseau, on les trouvera, après quelques jours, parfaitement disséqués, c’est même un moyen d’avoir des squelettes préparés avec le plus grand ménagement. On sait que la liqueur mielleuse qui suinte des pucerons est du goût des fourmis, qui la recherchent, et que c’est sur cela qu’est fondée lPamitié qu’on à prétendu que ces insectes avaient pour les pucerons, et
elles ne les sucent pas au point de les faire périr, comme Pont assuré quelques auteurs, quoique M. de Réaumur se soit assuré du contraire.
Ces larves, si bien nourries, croissent fort vite; bientôt elles parviennent à leur grosseur, semblables à un œuf allongé. Elles se filent en octobre une coque semblable à une peau très-fine, blanc jaunâtre, dans laquelle elles se métamorphosent en nymphes pour passer ainsi l'hiver jusqu’au mois de juillet ou août suivant, où elles deviennent insectes ailés.
Comme les fourmis ouvrières s’entassent pendant l’hiver et restent engourdies au fond de leur fourmilière, ainsi que leurs nymphes, elies n’ont pas besoin de provisions. Aussi tout ce qu’on a dit de leur prévoyance est-il fabuleux.
La fourmi, selon Pline, est le plus fort des animaux, parce qu’il n’en est point qui, à proportion de sa grandeur, puisse porter ou trainer des fardeaux aussi pesants.
Lorsqu'elle est irritée, elle darde son aiguillon et insinue dans la plaie une liqueur âcre, acide, qui cause une enflure avec inflammation.
Les fourmis font du tort aux prairies sèches et aux arbres, dont elles lient les feuilles avec une espèce de fil qu’elles filent pour se former un nid comme font certaines espèces au Sénégal. On détruit leurs fourmilières en les bouleversant en hiver, ou en temps de pluie, car le froid et les pluies fréquentes les font périr, ou bien on jette sur la fourmilière un morceau de chaux vive, et de l’eau par dessus, ou on y répand de l'huile de térébenthine, de la lie de vin ou de l’huile de noix. On prétend qu’en Russie on les éloigne des arbres en les frottant avec un drap ou un linge imbibé de suc de poisson, et qu’elles meurent lorsqu’on enfonce des entrailles de poisson dans une fourmibière.
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Les appâts offrent encore un moyen de les détruire, elles aiment l’eau miellée, et on les attire dans des bouteilles qui en sont pleines, et où elles se noient. Un os à demi rongé, posé autour de leur habitation, est un moyen au moins aussi eflicace ; elles se rendent en foule dessus, et lorsqu'il en est bien couvert, on le jette dans l’eau avec les convives.
Quoique les fourmis ne fassent aucun tort aux arbres, on les empêche d’y monter en induisant leur pied de marc de café, ou le tronc avec un anneau de coton où de matières visqueuses. On sait qu’on en garantit les orangers en plongeant les pieds de leurs caisses dans des cuvettes pleines d’eau.
La perdrix, les pies, le renard et le blaireau en détruisent beaucoup.
Si les fourmis causent quelques dommages aux prairies et aux arbres au pied desquels elles établissent leurs fourmilières, on peut dire aussi qu’elles rendent de grands services. En Suisse et à Lusace, on en tire un parti avantageux pour détruire les chenilles; lorsqu'un arbre en est infesté, on enduit le bas du trone de poix gluante ou de glaise molle, et on suspend à une branche du haut de larbre un sachet rempli de fourmis, auquel on laisse une ouverture pour les laisser passer. Les fourmis arrêtées par la poix restent sur Parbre, et, pressées par la faim, elles se jettent sur les chenilles, qu’elles dévorent entièrement.
Les fourmis contiennent un acide si développé que, lorsqu’on jette une fleur bleue de chicorée ou autre dans une fourmilière , elle devient rouge. Distillées avec l'esprit de vin, elles rendent ce qu’on appelle l’eau de magnanimité, à cause de sa vertu tonique et corroborante dans toutes les faiblesses et paralysies. Cette eau porte singulièrement aux parties de la génération, et surtout aux conduits urinaires comme les cantharides et les autres insectes.
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(4) Selon Bontius, la LAQUE est une gomme résine due à une sorte de fourmi du Pégu qui la prépare et la travaille pendant huit mois, pour la production et la conservation de ses petits. Elle forme sur les branches d'arbres plusieurs alvéoles ou cellules à cloisons extrêmement minces, comparables à celles des ruches des mouches à miel; ces alvéoles contiennent des petits corps rouges qui y sont moulés, qui dans l’eau se renflent comme la cochenille, et la teignent d’une couleur presque aussi belle.
Cette laque se sépare des bâtons en la faisant fondre ; on la lave ensuite, on la jette sur un marbre où elle se refroidit en lames, et prend le nom de laque plate. C’est elle qu’on emploie pour la belle teinture d’écarlate qui se fait au Levant, et pour colorer les peaux de chèvre du Sénégal, appelées maroquins.
La laque en grain est ce qui reste de résineux et de plus grossier après qu’on en à tiré la teinture. C’est cette laque qu’on emploie dans certains vernis et pour la cire à cacheter.
Les auteurs nous font entendre que la laque est une espèce de cire recueillie sur les plantes et travaillée par les fourmis, pour en faire des alvéoles à peu près comme les abeilles font leurs rayons; mais il nous parait que ces prétendus alvéoles ne sont que des insectes eux-mêmes, des espèces de kermès ou de céréole, réunis et collés plusieurs ensemble , dont la partie résineuse qui les recouvre est moins colorante que la partie charnue, qui est analogue à celle du kermès.
Les vAGvAGUES, qu’on appelle fourmis blanches, et poux de bois entre les tropiques; dont les unes bätissent des galeries
(1) Ce paragraphe et les quatre suivants, quoique placés ici dans le manuscrit d'Adanson sont enfermés dans une accolade, probablement pour être reportés dans la familie des vagvagues qui est dans son tableau des Familles immédiatement avant celle des fourmilions. J. PAYER.
au moyeu desquelles elles s’insinuentà traversles cabanes de paille, les planchers, les coffres qu’elles percent pour détruire le linge, les habits, le sucre et autres provisions; dont les autres forment des fourmilières en grosses loupes, avec le bois des arbres qu’elles détruisent, et d’autres des moles coniques de dix à douze pieds de hauteur, qui s’élèvent comme des villages au milieu des campagnes du Sénégal, ne sont pas des fourmis, mais des insectes qui approchent de la famille des fourmilions et qui ont, comme les fourmis, trois sortes d'individus, savoir des neutres sans ailes, et des mâles et des femelles ailés. On dit même qu’il n’y à dans chaque vagvagine, qu'une seule femelle, qu’on appelle reine, comme la mère abeille, et qui est grosse comme le doigt.
L’ABEILLE, apis, Plin. On a confondu jusqu'ici sous le nom d'abeille trente espèces d'insectes, dont les unes vivent solitaires et les autres en société ; mais les premières n’ont que deux sexes, au lieu que les dernières en ont trois, et cette différence seule aurait dù les faire distinguer et rendre aux premiers leur nom ancien de bourdon.
Je ne connais que cinq espèces d’abeilles qui sont : 1° la mouche à miel ordinaire d'Europe ; 2° celle du Sénégal, qui est plus petite; 3° trois espèces d’abeilles à nid de mousse.
L’abeille , apis, diffère essentiellement de la fourmi en ce que, quoiqu’elle ait comme elle trois sortes d'individus dans son espèce, toutes trois ont des ailes, le premier tarse des pattes élargi en palette, le ventre sans écaille, une langue en trompe avec quatre antennuleset deux mâchoires à la bouche, un aiguillon à Panus des femelles et des neutres seulement; les mâles se prennent par conséquent sans aucun danger, mais il faut les reconnaitre; ils sont un peu plus gros, à yeux contigus et plus grands que dans les neutres; ils ont treize articles aux antennes et les ailes plus longues que le
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corps; les femelles ont, comme les neutres, les yeux petits et les antennes de douze articulations, mais leur corps est presque une fois plus long, et leurs ailes plus courtes à proportion. Toutes ont le corps brun noir luisant, semé de quelques poils. Les vieilles de l’année précédente ont les poils roux et les anneaux moins bruns.
Leur ventre contient quatre parties : les intestins, la vésicule de miel, celle du venin et lPaiguillon. La vésicule du miel est grosse comme un pois, transparente comme le cristal; quand elle est remplie, elle sert de réservoir au miel que les abeilles vont recueillir sur les fleurs; une petite partie passe dans leur nourriture et le reste est rapporté et dégorgé dans les cellules du magasin pour les nourrir en hiver. L’aiguillon est composé de trois parties qui consistent en deux pointes acérées ou dentelées, et en une gaine qui les recoit; cette gaine aboutit à la vésicule du venin qui, dans le temps qu’elle pénètre dans quelque corps, y laisse couler une goutte dont l’action est beaucoup plus forte lPété et qui cause des enflures plus ou moins vives, selon les tempéraments. [l en est qui n’en sont presque pas incommodés. Quelquefois laiguillon tient si fort à la peau qu’il y reste, alors Pabeille en meurt et l’inflammation est plus violente; il faut le retirer et imbiber la place avec le lait.
Il est étonnant que les auteurs regardent l’abeille domestique comme originaire des forêts et des rochers des pays froids du Nord, surtout de la Pologne ou de la Moscovie, d’où les hommes les ont soumises à leur domaine pour faire multiplier leur produit, tandis que l’on sait, et par les écrits des anciens et par ceux des voyageurs modernes, qu’on les trouvaitsauvages dans les contrées méridionales de l'Europe, comme l'Italie, la Provence, l'Espagne, comme on les trouve encore au Sénégal, dans les creux d’arbres de l’Aïrique surtout qui fournit, comme l’on sait, beaucoup de cire à l'Europe.
La situation la plus favorable aux ruches à abeilles, dans le climat de Paris, est le pied d’une colline exposée au midi, et assez haute pour les abriter contre les injures du temps, assez près de la maison pour être soignées, et pas assez pour être exposées à la fumée et à Pégout de ses eaux.
Selon M. Wildman, leur porte, ou ouverture, doit être tournée au S.-0. plutôt qu’au S.-E., afin que le soleil couchant, les éclairant plus tard, permette aux paresseuses d’en trouver l’entrée sans peine; jamais elle ne doit être au nord.
Il faut que ce soit un jardin dont le terrain ne soit jamais nu au moins à une petite distance des ruches, car, en hiver, il serait très-humide et tueraitles abeilles qui y tomberaient ; et en été il serait trop poudreux, de manière que leurs pat- Les, encore mouillées par la rosée, s’en chargeraient au point de ne pouvoir plus se relever ni prendre leur vol. Ce terrain sera à une petite distance de la ruche, couvert d’un gazon qu'on tiendra court en le coupant ou en Île fauchant souvent, afin que les grandes herbes n’empêchent pas les jeunes abeilles qui tomberont dedans de s'élever et de gagner la ruche, ce qui arriverait dans les temps de rosée ou de pluie, et en ferait périr une grande partie. Les environs des ruches seront remplis de baume, de thym, de serpolet, de romarin, de sauge, de lavande, de genêt, surtout de genêt d'Espagne, d’asphodèle, de violette, primevères, giroflée , fraisiers, souci, archangélique , aubépine , sureau, mûres de ronces, origan, hyssope, bourache, persil, moutarde graine, rosier rouge, pouliot,chêne vert, euphraise,et autres herbes odoriférantes qui peuvent procurer au miel une qualité aromatique. Le mont Hybla, en Sicile, et le mont Hymette n'étaient célèbres autrefois, comme le sont aujourd’hui les coteaux de Narbonne , que par la quantité de leurs herbes fines qui procurent au miel une qualité
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supérieure. Ces herbes fines seront plantées autour du rucher. Un peu plus loin seront plantés des arbres fruitiers tels que le poirier, le pommier, le cerisier; plus loin encore des prairies émaillées continuellement de fleurs qui se succèdent, telles que la luzerne, le sainfoin et le sarrasin. Ces prairies leur seront encore plus agréables si elles sont traversées par quelques ruisseaux d’une eau vive; de grosses pierres jetées de distance en distance, à fleur d’eau, sont de petites îles où elles vont se baigner avec une telle volupté qu’on ne la peut voir sans la partager.
Les ruches doivent être placées sur des bancs à un pied et demi au-dessus de terre, ni plus haut pour ne pas exposer les abeilles à être abattues par les vents, ni plus bas pour ne pas être baignées par les pluies qui rejaillissent de dessus la terre.
Il faut soigneusement arracher et éloigner du voisinage des ruches les mauvaises herbes qui pourraient donner une qualité nuisible à leur miel, telles que la ciguë , la morille, le coquelicot, la matricaire, le sceau, le buis, Pif.
On à imaginé un moyen de procurer aux abeilles une ample moisson , c’est de les faire voyager. Les Égyptiens, ces sages, ces heureux, promenaient leurs abeilles en transportant leurs ruches dans des bateaux qui côtoyaient lentement le Nil, dont les bords étaient émaillés de fleurs; lorsqu’on jugeait par leur ralentissement qu’elles avaient moissonné les environs à deux lieues à la ronde, car elles vont jusqu’à cette distance, alors on conduisait les bateaux plus loin, et on leur faisait parcourir ainsi quarante à cinquante lieues de pays. Les Italiens, voisins du fleuve le Pô, suivent encore aujourd’hui la même pratique. Au défaut des routes par eau, on les fait voyager avantageusement par terre. Les Grecs transportaient ainsi leurs ruches de PAchaïe dans PAttique ; la même chose se pratique encore dans le pays
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de Juliers. On voit dans le Gatinais des particuliers qui après la récolte du sainfoin, et après que les abeilles ont essaimé, c’est-à-dire vers le mois de juillet, transportent leurs ruches dans les plaines de la Beauce, où abonde le mélilot, puis en Sologne, pour butiner sur le sarrasin, qui reste en fleur jusqu’à la fin de septembre.
Les ruches, ainsi conduites, sont d’un rapport considérable.
Les ruches ordinaires sont des paniers coniques, de deux pieds environ de long, ouverts en dessous avec une petite échancrure qui doit servir de porte aux abeilles. Lorsqu'on les a posées sur un petit bane, il faut qu’elles soient exposées au soleil du levant et du midi.
Quoiqu’on retire d’un pareil panier tous les ans jusqu’à soixante-dix livres de miel et deux livres et demie de cire, dans les meilleurs cantons, comme le Gatinais, et dans les meilleures années, en suivant la pratique de faire voyager les abeilles; néanmoins un bon essaim de deux ans, c’est-àdire un panier rempli vers le commencement de juillet ne produit communément que vingt-cinq à trente livres de miel el deux livres et demie de cire jusqu’au mois de juillet suivant où il commence à essaimer.
Pour présenter avec ordre l’histoire d’un insecte aussi intéressant, en supprimant tout le merveilleux qui à été débité à son sujet, nous considérerons une ruche ordinaire et telle qu’on la trouve à la fin de lhiver, vers le mois d’avril ou le commencement de mai.
Alors le couvain, ou les jeunes abeilles pondues, éclosent et c’est de là qu’est venu le proverbe que les abeilles et les hirondelles paraissent en même temps. Dès ce moment le travail commence dans la ruche sans discontinuer, jusqu’au commencement d'octobre. Il roule entièrement sur les abeilles neutres appelées pour cette raison les ouvrières, car
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les mâles restent autour des femelles sans rien faire. Les ouvrières se partagent en trois bandes pour le travail; les premières vont chercher les matériaux, c’est-à-dire la cire et le miel; les deuxièmes attendent à l’entrée de la ruche pour les décharger de la cire qu’elles vont porter dans les cellules destinées au dépôt; les troisièmes reprerinent cette cire brute, la mangent, en tirent la portion mucilagineuse qui doit leur servir de nourriture, puis elle sort de leur estomac par leur bouche, sous la forme d’une bouillie blanche dont elle forme les alvéoles et qui durcit en séchant ; les quatrièmes apportent le miel dont elles nourrissent les ouvrières qui restent dans la ruche et déposent le reste dans les alvéoles.
Leur premier travail, dans une ruche nouvelle, consiste à en induire les parois intérieures d’une couche épaisse d’une résine odoriférante, plus dure que la cire, qui sert à en boucher les petites ouvertures et à la garantir du froid, même dans les ruches vitrées. Cette matière s'appelle propolis. Elles la tirent, dit-on, des bourgeons du peuplier, du saule et de plusieurs autres arbres qui en fournissent beaucoup, mais on ne les a pas encore vues faire cette récolte.
Dans les ruches vitrées, elles ne posent de propolis que lorsqu'elles sont à jour et non lorsqu’on les recouvre contre la lumière, ce qui prouve qu’elles ne portent le propolis que là où la lumière pénètre.
Lorsque l’essaim continue ses rayons jusqu’au-dessous du bord extérieur de la ruche, c’est un signe certain qu’il ne sortira pas. Alors il faut mettre sous cette ruche une autre ruche à ciel de bois grilié en dessus, avec une trappe.
Les mâles ne vivent guère que six semaines, à compter du jour de l'établissement de la nouvelle colonie, tandis que les femelles et les neutres vivent deux à trois ans. C’est pour cela que les essaims sortis en mai ont fait une nou-
velle ruche en juin et juillet. On ne voit plus de ces mâles en juillet; dès qu’ils sont reconnus inutiles à la propagation ou qu’ils ont fécondé la mère, les abeilles neutres les chassent de la ruche ou bien ils sortent d'eux-mêmes pour mourir naturellement. Les mâles sont au nombre de cent à deux cents (quelques-uns disent trois cents); ce nombre est proportionnel à celui de l’essaim.
M. Daniel Wildman prétend trois choses qui lui seront contestées : 1° que plus il y a de müles dans une ruche, plus cette ruche rend de miel, parce qu’ils couvent, dit-il, les petits, auxquels les abeilles apportent du miel; et que si l’on tue ces mâles, les ouvrières apportant toujours du miel dans les cellules dont les vers morts ne font plus la consommation , ce miel reste abandonné ; 2° il prétend que les abeilles neutres sont femelles et produisent des mâles et des abeilles neutres semblables à elles, tandis que la reine ne produit selon lui que des reines, fondé sur ce qu’un rayon n’ayant qu’une reine en nympbe, prête à sortir quatre jours après, et des cellules soi-disant vides ayant été mises dans une ruche nouvelle avec une suffisante quantité d’abeilles mâles et neutres, de nouveaux rayons formés depuis dans cette ruche se sont trouvés alors avoir des petits dans presque chaque cellule ; mais cette expérience n’a pas été faite avec assez de précaution pour conclure au contraire de ce que d’autres observations ont appris ; 3° que ces vieilles abeilles neutres ou ouvrières ayant fini leur première ponte d’abeilles neutres (qu’il regarde comme femelles productives) dans un rayon, pondent ensuite des mâles dans un rayon de mâles, rayon dont il n’y a qu’un et jamais davantage dans chaque ruche.
Dans les deux ou trois temps de la fécondation de la reine, les mâles lui sont plus soumis et plus caressants que dans les autres temps.
Dès que l’intérieur de la ruche est ainsi enduit, les abeilles
ouvrières s'occupent à faire leurs gâteaux ou rayons en commencant toujours par le haut de la ruche, d’où ils pendent perpendiculairement en bas. Les plans de ces gâteaux sont distants de quatre lignes environ, c’est-à-dire autant qu’il faut pour laisser passer deux abeilles dos à dos ou lune sur l’autre, et ils sont soutenus à cette distance par des traverses de cire qui les unissent ensemble. Outre ces traverses, ils sont encore percés par intervalle de plusieurs trous qui leur servent de passage pour abréger le chemin. Chaque rayon a environ un pouce d'épaisseur ; il est formé de deux plans de cellules hexagones de cinq lignes environ de longueur et de deux lignes de diamètre intérieur, e’està-dire un peu moins que le corps des abeilles ouvrières, qui est d’une ligne trois quarts. La cause principale de Puniformité et de légalité de ces cellules est due non-seulement à la proportion de leurs pattes, mais encore à la forme cylindrique de leur corps, qui,en travaillant à les faire rondes, les fait néanmoins hexagonales par leur compression mutuelle, qui fait prendre à la cire cette forme qu’affectent tous les corps sphériques mous que l’on presse également de tout côté, de manière qu’elles contiennent dans le plus petit espace possible le plus grand nombre de cellules les plus crandes nossible avec très-peu de matière, problème des plus difficiles de la géométrie, et qui se trouve résolu dans leur travail, qui, tout symétrique qu’il paraît, n’est qu’un effet purement mécanique et dépendant de Pinstinet du désir de travailler à la multiplication de leur espèce sans la participation d’aucun raisonnement.
Ces rayons, c’est-à-dire la ruche, sont partagés en trois étages : la partie supérieure est dans les vieilles ruches destinée en automne au couvain, c’est-à-dire aux œufs qui doivent y être pondus, et les deux autres sont pour le miel et la cire. Sur six à sept mille cellules que bâtissent cinq mille
ouvrières dans l’espace de dix à douze jours, elles en construisent cent à deux cents un peu plus grandes au bord des gâteaux, destinées à autant de mâles, et outre cela vingttrois ou vingt-quatre autres, qui sont cylindriques, beaucoup plus grandes, guillochées, et telles qu’elles contiennent autant de cire que cent ou cent cinquante cellules ordinaires ; elles sont destinées à recevoir les œufs d'autant de femelles ou de reines.
La femelle ou la reine est fécondée environ vers le mois de juin par les mâles qu’elle agace, et sur lesquels elle monte pour accomplir lacte de la génération. Dès que la femelle est en état de donner de la postérité, les ouvrières tuent les mâles et jettent dehors leurs cadavres.
Ce n’est qu’un mois après qu’elle a été fécondée qu’elle pond ses œufs, c’est-à-dire en juillet et août. Suivant les auteurs, la deuxième ponte qu’elle fait, quelquefois en septembre suivant dans les bonnes années, ou au moins, disentils, au mois de mai de l’année suivante, est une superfétation puisque ces derniers œufs ont été fécondés neuf ou dix mois avant leur ponte, et dans un temps où ils devaient être d’une petitesse infinie, et cependant cette ponte du mois de mai est ordinairement la plus forte.
Au reste, la femelle va de cellule en cellule, enfonce dans chacune lPextrémité de son ventre et y dépose un seul œuf, qui s'attache au fond ou aux parois : ils sont oblongs, transparents, un peu courbes et plus menus par le bout qui les colle à la cellule. Elle en dépose ainsi deux à quatre cenlaines par jour; et elle sent apparemment ceux qui sont plus gros pour les déposer dans les grandes cellules destinées aux femelles. Chaque ponte est de quatre à cinq mille œufs, et dure environ quinze à vingt jours.
Quatre ou cinq jours après la ponte, il sort de ces œufs autant de petites larves sans pattes, à quatorze anneaux,
dont le premier est une tête écailleuse, et à dix-neuf stigmates de chaque côté; elles sont blanches, toujours courbées en demi-cerele. Les abeilles ouvrières, quoiqu'elles ne soient pas leurs mères, en ont le plus grand soin ; elles se promènent de cellule en cellule, leur portant fréquemment à manger du miel qu’elles leur dégorgent, et en laissant une quantité suffisante dans la cellule.
Ces larves si bien nourries prennent promptement tout leur accroissement, non pas en moins de six à douze jours, comme le disent quelques auteurs, mais au bout de vingt jours au moins, et pendant cet espace de temps elles changent, comme les chenilles, trois cu quatre fois de peau dont elles tapissent l’intérieur de leur cellule, ce qui se fait avec tant d'adresse qu’elles la fortifient sans la rétrécir sensiblement.
Parvenues à toute leur grandeur elles cessent de manger, et les ouvrières ont l'attention de ne plus mettre de miel dans leur cellule; alors elles se filent, avec la filière de la lèvre inférieure de leur bouche, non pas une coque séparée, mais une toile mince dont elles tapissent exactement toute leur cellule, puis elles muent pour se métamorphoser en nymphe. Les vieilles abeilles ouvrières n’attendent pas que la métamorphose soit accomplie; dès qu’elles voient la larve filer elles bouchent aussitôt la cellule avec un couverele de cire. Elles restent ainsi vingt et un jours enfermées, après quoi elles quittent leur peau de nymphe qui se colle encore exactement contre les parois de la cellule, et devienvent insectes ailés ou abeilles parfaites qui sortent de leur prison, dont elles déchirent le couvercle avec leurs mâchoires.
Au sortir de cet état de nymphe les jeunes abeilles sont encore humides, elles s’essuient; les autres les lèchent, et à peine leurs ailes sont-elles déployées et sèches qu’elles vont butiner à la campagne, qu’elles savent, sans lavoir ap-
pris, recueillir la cire et îe miel, en sorte qu’elles reviennent un quart d'heure après leur première sortie, chargées de miel ou de cire, comme les anciennes ouvrières. Ii sort ainsi deux à quatre cents abeilles de leurs cellules chaque jour, et, dans l’espace de quinze à dix-huit jours, tout le couvain de quatre à sept mille abeilles est sorti et forme ce qu’on appelle un jeton ou un essaim. Il se passe donc sept à huit semaines entre la ponte des œufs et la sortie de lessaim. La ponte de mai sort en juillet, et celle de juillet sort en août et septembre.
Lorsque les ruches sont vastes ou peu remplies les essaims les abandonnent rarement; ils ne les quittent même que quand ils ont une femelle à leur tête, au point que lorsqu'ils Wen ont point, et que la ruche est trop pleine, les abeilles anciennes sont forcées de les chasser.
Le temps le plus ordinaire de la sortie des essaims, dans le climat de Paris, dure deux mois, depuis le 4** mai jusqu’au 1° juillet. Ces essaims sont ordinairement les plus forts. Ceux qui viennent plus tard sont trop peu nombreux et réussissent rarement, à moins qu’on ne les marie, c’està-dire qu’on les réunisse à d’autres, et ils ne produisent jamais dans la même année; au lieu que ceux du mois de mai donnent quelquefois eux-mêmes un autre essaim vers le mois d’août ou en septembre.
M. Daniel Wildman s’est assuré que les vieilles ruches, c’est-à-dire les rayons de l’année précédente examinés au mois de mai ou de juin avant que d’essaimer, n’ont jamais plus d’une reine, qui est de l’année précédente, comme les abeilles neutres ou ouvrières.
Il y a des ruches qui essaiment deux ou trois fois dans la même année, savoir : 1° en juin; 2° en juillet; 5° en août et septembre; mais ces derniers essaims d'août ou septembre, sont appelés des avortons on des rebuts, parce
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qu’ils sont plus petits que celui du mois de mai ou de juin.
Dans le même temps on trouve dans les rayons de l’année précédente du couvain, c’est-à-dire un essaim de quatre à sept mille jeunes abeilles qui ont passé Phiver en nymphes, parmi lesquelles sont cent à deux cents nymphes et deux à trois reines, quelquefois moins et jamais plus ; la première sortant de la cellule, la seconde en nymphe, qui n’en sortira que dans trois semaines, et la troisième encore en ver, qui ne doit se métamorphoser en abeille qu’au bout de cinq à six semaines. (Ceci est douteux ?)
Cette reine doit être jeune, ou tout au plus de mai ou septembre de l’année précédente, si lon veut qu’elles essaiment; car les vieilles de deux ans, soit par âge, soit par faiblesse, sont stériles, et c’est pour cela qu’on voit certaines ruches sans essaim nouveau quoique bien fournies d’abeilles.
Le temps le plus ordinaire des essaims nouvellement éclos est, dans le climat de Paris et de Londres, en mai et juin jusqu’au 1« juillet. Si les ruches sont vastes ou peu remplies, ces essaims les abandonnent rarement, même quand ils ont une femelle à leur tête, et alors, comme le remarque Pline, les abeilles tuent toutes ces femelles, excepié une, qui est souvent la plus jeune comme la plus féconde, ei les jettent hors de la ruche; car en aucun temps elles ne souffrent ni plus ni moins qu’une femelle dans la ruche, et on a vu de grandes ruches de quarante-cinq mille abeilles avec une seule mère. Lorsqu’au contraire la ruche est trop remplie, relativement à sa grandeur, alors les anciennes chassent ces nouveaux essaims pour conserver leur ancienne habitation lorsqu'elles s’y trouvent bien, car on en voit qui la quittent lorsqu'elle est trop petite ou mal située.
On est averti qu’un essaim sortira bientôt d’une ancienne
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ruche, qui, comme l’on sait, a été purgée de tous les mâles avant l’automne, lorsqu'on entend le soir un bourdonnement considérable et différent de celui que fait ordinairement la mère, ou lorsqu’on voit de nouveaux mâles sortir de la ruche, se suspendre au-dessous d’elle ou voltiger au-devant; enfin, on est certain qu’il sortira, où, malgré le beau temps sec et chaud, les abeilles, au lieu d’aller à la campagne, restent chargées de leur récolte auprès de la ruche. Les essaims ne quittent la ruche que pendant la grande chaleur du jour, à Paris, entre dix heures du matin et trois heures du soir; en Angleterre, entre onze heures du matin et quatre heures du soir. Un moment avant le départ il se fait un grand silence, puis la reine et toutes les abeilles qui doivent composer l’essaim sortent en moins d’une ninute de la ruche en se dispersant d’abord par pelotons ou flocons, ensuite sous la forme d’un nuage qui va s’attacher à un arbre. Lorsqu'il fait du vent et qu’il les élève beaucoup, ii les emporte si loin que souvent on les perd. Pour les déterminer à s'arrêter dans un endroit, il suftit de leur jeter quelques gouttes d’eau ou de sable, elles s’abaissent à l'instant, prenant sans doute les grains de sable pour de la pluie. Dans nombre d’endroits l'usage est de suivre l’essaim en frappant sur des cloches ou des chaudrons, dont le bruit les fixe bientôt comme fait le bruit du tonnerre et la crainte de l’orage, car cet insecte sait les prévoir et rentrer avec précipitation dans la ruche dès qu’il en aperçoit les indices.
Quoique la mère ou la reine soit toujours environnée de ses mâles et d’un grand nombre d’abeilles, il ne parait pas que ce soit elle qui choisisse le lieu où Pessaim doit se rassembler; elle se joint toujours au gros de la troupe qui grossit peu à peu et qui se trouve complet souvent en moins d’un quart d'heure. Quelquefois lessaim, qui a deux
FAMILLE DES ABEILLES. — ESSAIM. h33
ou plusieurs reines, se divise en deux pelotons qui se posent chacun sur une branche; mais comme les abeilles n'aiment point à vivre en petite société, souvent celles du petit peloton s’en détachent peu à peu et vont rejoindre le gros.
Dès que les abeilles sont ainsi fixées, on les fait entrer dans une ruche frottée de miel et de plantes aromatiques, surtout de baume. Si les deux pelotons ne se sont pas réunis auparavant on les secoue tous deux dans la ruche, parce que la mère pourrait se trouver dans ce peloton, et, dans ce cas, les abeilles quitteraient bientôt la ruche pour regagner la branche où est la mère, comme il arrive quelquefois qu’elles retournent à la ruche ancienne lorsque la jeune mère est restée à sa porte faute d’avoir pu se servir de ses ailes pour les suivre. En effet, ce qui détermine un essaim à se fixer dans une ruche, sur une branche ou en un endroit quelconque, c’est la présence d’une mère; tant qu’elles la voient elles se tiennent autour d'elle et ne la quittent point; elles se laissent transporter avec elle partout où l’on veut sans remuer, sans paraitre inquiètes, et c’est vraisemblablement en cela que consiste le merveilleux de ces hommes appelés maitres des abeilles, qui disent avoir le secret de les charmer, et qui en portent un essaim à la main, le long du bras, sur leur tête, sur leur menton; une mère abeille, c’est-à-dire une reine ou une femelle détenue dans une boite et fixée à volonté, sufBt pour opérer ces prestiges ou ces prétendus miracies. Ces insectes se laissent périr plutôt que de quitter leurs femelles. En attachant cette femelle avec un fil on se fait suivre d’un essaim, comme un troupeau suit son berger.
On sait par expérience que cinq mille trois cent soixanteseize abeilles font le poids d’une livre. Quelques auteurs disent qu’un essaim de quatre livres, c’est-à-dire de vingt mille abeilles, n’est que médiocre; qu’un bon essaim doit