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IX° CLASSE

LES COQUILLAGES, CONCHYLIA.

4° Ces animaux ont le corps mou, recouvert antérieurement d’une coquille d’une ou plusieurs pièces, sans aucune articulation, mais dont l'assemblage, considéré sous ce point de vue, équivaut à des articulations.

2° Le corps de tous ces animaux n’est attaché à leur coquille que par autant de muscles qu’il y à de pièces de coquille. Cette coquille est composée d’une portion crétacée ou pierreuse qui se dissout entièrement dans ies acides, et d’une partie cartilagineuse ou mucilagineuse.

5° L'animal est formé avant sa coquille; il est d’abord en naissant, s’il est vivipare, comme une glaire qui, dans les bivalves qui doivent être fixes, comme l'huiître, s'attache à divers corps à mesure que la coquille qui se forme au dehors de cette glaire vient à grandir. L’accroissement de cette coquille se fait par couches qui s'appliquent les unes sur les autres, par la partie inférieure ou contiguë, au corps de Panimal. Son muscle, ou ses muscles, y poussent des ramifications mucilagineuses, pendant que son manteau y dépose, par sa base, un mucilage qui en séchant forme une couche pierreuse, crétacée, qui s'attache à des ramifications cartilagineuses, dont les extrémités forment ce drap marin carlilagineux qui recouvre ces coquilles en débordant comme par écailles, ainsi que les couches pierreuses, dont les dernières sont toujours plus grandes que les premières.

4° Les coquillages sont d’un grand usage chez diverses nations. Le cauris des Maldives a servi longtemps de monnaie en Guinée, et pour faire des bracelets, des tours de ceinture, et pour orner les harnais des chevaux.

La nacre du burgau de l’ormier se polit pour faire des navettes garnies en or. La mère perle donne des perles dont l'Orient les rend aussi précieuses que le diamant. On sait que les perles sont l’effet d’une maladie, que c’est une espèce de calcul.

Les cames sculptées en miniature pour des bagues se nomment camées; les Chinois en peignent de grandes pour jouer avec elles comme nous jouons aux cartes. Les peintres y mettent des couleurs. On en fait de la chaux; on

en orne des grottes. Les Athéniens les employaient dans leurs suffrages d’exil, nommés pour cette raison ostracismes.

Les Romains employaient les buccins au lieu de trompettes pour la guerre.

Le murex leur fournissait la teinture de la pourpre. Enfin ils employaient le byssus de la pierre marine qui égalait la soie, et on en fait encore aujourd’hui des étoffes en Corse.

d° On peut les diviser, comme nous avons fait en 1757 (Histoire naturelle du Sénégal, coquillages), en deux familles, savoir : 1° les limacçons; 2° les conques. Nous avons démontré dans cet ouvrage que, sans la considération des animaux de ces coquillages, il était presque impossible de fixer par la coquille seule, des familles, des sections et des genres.

6° Les limacons sont ovipares; il y en a cependant une espèce, appelée vivipare, qui fait ses petits vivaces, comme les bivalves.

1'e FAMILLE. LES LIMACONS, COCHLE Æ.

Les limaçons se distinguent des conques en ce que : 4° ils ont deux yeux; 2° deux ou quatre cornes à la tête; 5° un pied, ou un large empatement aplati, avec lequel ils marchent en rampant, en glissant ; 4° une bouche armée de deux mâchoires verticales; 5° un tuyau simple, plus ou moins long, qui sert de trachée ou de conduit aux ouïes “pour la respiration, et qui est formé par lPenroulement d’un manteau, c’est-à-dire de la membrane dorsale, qui tapisse les parois intérieures de la coquille.

On peut distinguer encore les limaçons en trois sections, Savoir :

1° Les LIMACONS UNIVALYES, ou à une seule pièce de coquille ;

2° Les BIVALVES Où OPERCULES, qui ont une deuxième pièce qui, sans être articulée où unie avec la première par auçun cartilage, est attachée

FAMILLE DES LIMACONS UNIVALVES, 89

sur le dessus du pied et sert à boucher, au moins en partie, la coquille pendant que l'animal y est rentré;

3° Les MuLTIVALYES, qui sont composées de plus de deux pièces de coquilles, comme les oscabrions.

Dans la nature chaque animal à sa demeure, et chaque appartement à ses beautés et ses commodités particulières. Le toit sous lequel le limacon loge réunit deux avantages qu'on ne croirait pas pouvoir s’allier : une extrême dureté avec la plus grande légèreté : par ce moyen, s’il est à eouvert de toute injure, il transporte sans peine son logis où il veut, et se trouve toujours chez lui en quelque pays qu’il voyage.

j'e Secrion. LES LIMACÇONS UNIVALVES.

Cette section comprend vingt-huit genres, parmi lesquels les plus remarquables sont le limacon, cochlea, Pormier, ou oreille de mer, haliotis, le lepas, la patelle, la porcelaine, le pucelage.

Le LIMAÇON, cochlea, forme un genre de coquillage à coquille ovoïde, allongée; animal pourvu de quatre cornes, dont les deux plus longues portent au bout deux yeux, et qui se forme avant l'hiver une espèce d’opercule dès qu’il cesse de manger. Cet operecule est en partie pierreux et en partie mucilagineux : il s’en forme un nouveau tous les ans. Il commence d’abord par la partie mucilagineuse qui part du pied de l’animal, se ramifie, puis se recouvre d’une matière crélacée à laquelle il sert de soutien, et avec laquelle il forme une espèce d’opercule dont le pied se détache dès qu'il est formé. Il passe dans cet état, sous un abri, la mauvaise saison, sans manger, jusqu’au printemps, où il ouvre cette porte pour chercher sa subsistance.

li y à plus de vingt espèces de limacons, qui toutes ont une mâchoire supérieure en fer à cheval, dentée en pei-

gne ou en râteau , et une mâchoire inférieure semblable à une membrane dentelée finement, comme la langue du chat.

Toutes sont hermaphrodites, mais telles qu’elles ne peuvent se suffire à elles-mêmes; elles ont besoin d’un deuxième individu pour se féconder réciproquement et en même temps, l’un servant de mâle à l’autre pendant qu'il fait à son égard les fonctions de femelle. Leurs organes de la génération sont toujours placés dans une ouverture qui se voit à la droite de leur cou, proche des deux petites cornes. Avant laccouplement, qui se fait tous les ans trois fois en six semaines, ces animaux se lancent un petit dard pyramidal de matière crétacée, qui sort par les parties de la génération et qui se répare à chaque approche; il sert d’aiguillon pour les animer, en les piquant vivement. Leur accouplement se fait au printemps, en relevant leur cou et les appliquant l’un contre Pautre, et ils restent souvent une journée dans cet état, et si bien unis qu’on ne peut guère les séparer qu’en arrachant leurs organes de la génération.

Peu après l’accouplement, toutes pondent en terre vers le 4° avril, à un ou deux pouces de profondeur, quarante à cinquante œufs sphéroïdes crustacés, blancs, qui éclosent deux ou deux mois et demi après.

Le kambral du Sénégal, lambrée, le grain d'orge, le limacon de Montpellier, qui casse sa coquille, sont de ce genre. Ce dernier n’a guère que cette singularité. En naissant, il est presque rond et n’a que trois tours de spirale; le cinquième ou sixième jour il en a quatre, et il en a neuf au bout de deux mois et demi. C’est alors qu’il commence à casser les trois premières spires qu’il avait apportées en naissant, de sorte qu’il ne lui en reste plus que six. Quinze jours après la première cassure, la coquille à erû d’une spire et elle en a sept; alors elle en casse trois pour la

FAM. DES LIMACONS. — POMATIA, PATELLE. 491

deuxième fois et il ne lui en reste plus que quatre. En décembre elle à crû de trois spires, de sorte qu’elle en a sept; elle en casse deux, de sorte qu’il ne lui en reste plus que cinq. C’est dans cet état qu’elle s’enfonce sous terre et se forme un opercule pour passer ainsi Phiver. En août suivant elle sort de terre, et au 1 mai, où elle à acquis six spires, elle en casse une, de sorte qu’il ne lui en reste plus qu'une ; alors elle est parvenue à toute sa grandeur, et si elle eût conservé toutes ses spires elle en aurait eu treize. On pense bien qu'avant de casser sa coquille, le limacon a transporté de un à quatre spires plus haut le muscle qui Paltachait aux dernières spires; il a même bouché la dernière des spires qui doivent lui rester.

Le limaçon terrestre n’est pas le seul qui casse ainsi sa coquille. Jai découvert au Sénégal une espèce de buccin appelée barnet, et une cérite appelée clocher chinois, qui se cassent de même.

Le pouaria. Je distingue du genre du limacon les coquillages qui ont la coquille ronde ou presque ronde, comme le pomatia, et dont il y a plus de trente espèces, parmi lesquelles on compte le pomatia ou la vigneronne, la jardinière ou l’escargot, le laquais, le rivager, etc.

Ce sont ces espèces, surtout le jardinier et le vigneron, qui se mangent. On sait que les Romains en avaient des garennes où ils les engraissaient pour les faire servir sur leurs tables ; ils estimaient ceux des Alpes, de la Sicile, de la Ligurie, des îles de Sardaigne et de Chio, et ceux de l'Afrique.

On dit qu’en Silésie on les nourrit avec certaines plantes pour en faire un régal; et que dans les jardins de Brunswick ceux qui ont été ramassés pendant l’été se gardent dans des fosses carrées dont les côtés sont boisés et le dessus grillé de fil de fer, pour les manger en hiver.

Il y a des années où les négociants de la Rochelle font un

commerce de ces coquillages vivants, surtout. de l'espèce appelée le laquais, qui est rubanné de noir sur un fond jaune ; ils les mettent dans des barriques remplies de branches d'arbres croisées, afin qu’ils se dispersent sans s’entasser ; ils en passent ainsi des provisions en Amérique.

En Franche-Comté, le peuple en fait une grande consomsation, surtout pendant le carême et au printemps. Avant de les faire cuire, il faut les assaisonner avec du poivre et du sel, du vin, du beurre, de l'huile et des aromates.

Leur suc grossier épaissit les humeurs, et on ne les conseille guère qu'aux phthisiques, après leur avoir fait dégorger dans Peau chaude tout leur mucilage. On en fait des bouillons pectoraux et adoucissants. On guérit les dartres en les laissant baver et ramper ou en les écrasant dessus.

L’ORMIER Ou POREILLE DE MER (Haliotis) est un coquillage très-commun dans toutes les mers de Europe, de l'Afrique et des Indes.

Sa coquille représente une oreille bordée d’un côté seulement et percée de ce même côté d’un grand nombre de trous, dont il se forme toujours de nouveaux tant que la coquille croit pendant que les anciens se ferment.

Les nègres font cuire ces coquillages et en mangent beaucoup.

La PATELLE ou œil de bouc ou arapède, ainsi nommée à cause de sa forme en plat conique, se tient si fortement attachée aux rochers qu’on a beaucoup de peine à l’en séparer.

Le bouclier, le bonnet chinois, lastrolepas, le cabochon et le concholépas, qui ressemble à un ormier sans trou, sont de ce genre.

On mange ce coquillage cru ou cuit.

Le LÉpAs. Je comprends sous ce genre toutes les patelles percées en dessus d’un trou par lequel animal respire et rend ses excréments.

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