‹ Cours d'histoire naturelle fait en 1772Chapitre 18 sur 201 · FAMILLE DES LÉZARDS. — CAMÉLÉON , DRAGON · texte numérisé non relu

FAMILLE DES LÉZARDS. — CAMÉLÉON , DRAGON

On a dit et pensé longtemps que le caméléon vivait de Pair , mais il est certain qu’il vit de mouches, de sauterelles, de fourmis et autres insectes qui grimpent et se reposent sur les branches des arbrisseaux.

Ce qu’il y a de plus merveilleux et de plus singulier dans cet animal, c’est la manière dont il prend ces insectes. Sa langue est conformée de façon qu’elle ressemble à un filet aussi long que son corps, c’est-à-dire de six pouces environ, terminé au bout par une massue cylindrique longue d’un bon pouce et d’une substance jaunâtre si visqueuse qu’elle ressemble à de la gelée. Il peut, au moyen d’un os fourchu et terminé par une branche, la lancer comme un trait sur un insecte, et la ramener aussi promptement dans sa gueule chargée de sa proie. Mais il n’est pas vrai, comme le disent quelques écrivains, qu’il la replie autour des branches en attendant que les insectes s’y prennent , elle serait bientôt desséchée dans un pays où les chaleurs sont excessives.

Le caméléon peut, comme la plupart des autres reptiles, rester quatre à cinq mois sans prendre aucune nourriture.

En général, cet animal paraît toujours maigre, au point qu'on peut lui compter les côtes ; il en a dix-huit et son épine a soixante-quatorze vertèbres, dont vingt-quatre au corps et cinquante à la queue; ses mâchoires ont chacune un rang de dix-huit dents. Son dos et son ventre, qui sont tranchants, ont sur ce tranchant une rangée de denticules ou tubercules saillants ou plus sensibles que Îles autres.

Ses yeux, dont l'orbite est très-grand et semblable à un hémisphère, sont recouverts d’une peau percée seulement d’un petit trou, de manière qu’il peut, par un mouvement demi-circulaire , les porter, soit ensemble, soit séparément, en devant ou en arrière, en haut ou en bas, et voir sans remuer la tête tout ce qui se passe autour de lui.

Cet animal est muet, et jamais je ne lui ai entendu sout-

IL y

fler le moindre bruit; néanmoins il est dit dans quelques ouvrages que lorsqu'on l’irrite il ouvre la gueule et siffle comme une couleuvre.

Le DRAGON, draco, est un genre de lézard différent de tous les autres, en ce qu’il a aux deux côtés du ventre deux ailes horizontales membraneuses, soutenues par cinq côtes du corps qui imitent les rayons des nageoires des poissons, et qui peuvent se plier ou s'étendre à volonté ; il a aussi sous le cou deux espèces de vessies jaunâtres qui s’enflent quand il vole. il ne fait point de mal.

On en connait deux espèces.

La première espèce est assez rare aux iles Moluques et en Afrique. Ses ailes ne sont attachées aucunement ni aux bras ni aux cuisses {Seba, IL, t. 86, Î. 3).

Cet animal vit également dans l’eau et dans Pair, où il s’aide de ses ailes comme le poisson volant, tantôt pour nager, tantôt pour voler.

Il perche, dit-on , sur les arbres, où il vit d’insectes, surtout de fourmis, mouches et papillons.

La deuxième espèce de dragon (Seba, [, t. 402, f. 2.) est d'Amérique où on l'appelle jacare, et elle a les ailes attachées aux bras, c’est-à-dire aux pieds antérieurs.

On dit qu’il vole d'arbre en arbre et qu’il fait son nid comme les oiseaux dans les trous, et y pond des œufs blancs tiquetés de rouge et gros comme un pois.

Les nègres donnent le nom d’rar à un genre de lézard à corps cylindrique, lisse, à queue non articulée, qui comprend le scinc des boutiques, qui vient d’Italie, et qui n'est pas le vrai scinc d'Égypte.

Le genre du CORDYLE ne diffère de celui du ial qu’en ce que sa queue est articulée ou comme formée de vertèbres, dont les écailles forment autant de couronnes.

Cet animal est particulier à l'Afrique et à Asie, et il ne

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faut pas le confondre, comme font les écrivains modernes , avec le fouette-queue, caudiverbera, qui a la queue comprimée par les côtés, dentée en-dessus en crête, et qui est particulière à l'Amérique comme liguana, dontilest une espèce.

Le sac des anciens et des Égyptiens est ce que les nègres du Sénégal appellent hounk et -qui est un lézard à corps demi-cireulaire, à queue articulée, mais moinssensible que celle du cordyle, et à doigts déprimés très-larges, à ongles en-dessus et dont le dessous est comme spongieux ou armé de molettes qui s’attachent aux corps les plus unis. Get animal a été fort mal décrit par tous les auteurs.

Il y en a deux espèces au Sénégal et en Afrique. La première, ou la plus grande, qui habite les fentes des rochers escarpés des côtes maritimes, surtout à Gorée, a six à neuf pouces de longueur et la queue un peu plus courte que le reste du corps ; elle est noire ou cendrée, tachée de noir et semée comme elle sur le corps de quelques petites écailles coniques saillantes, c’est le geck de Ceylan.

Cet animal passe au Sénégal pour venimeux. Son urine est, dit-on, très-caustique et empoisonne. En Égypte, on en boit le bouillon, qui est aphrodisiaque, c’est-à-dire trèsactif pour exciter à l’acte vénérien les tempéraments froids et les vieillards. Au Caire, on éventre ces animaux, on Îles sale, on les enveloppe d’absinthe, et c’est ainsi qu’on les envoie à Venise et à Marseille pour l'usage des pharmaciens. En Europe, on en prend la poudre en électuaire. {l est diurétique.

Le maboya où mabouya d Amérique paraît être la même espèce. Les Américains en mangent la chair comme sudorifique contre le venin et les blessures des flèches empoisonnées , mais ilsen usentmodérément; son grand usage épuise.

Le hounk du Sénégal ou le sourd, qui habite les chambres au Sénégal, diffère du scine en ce qu’il a la queue

plus longue que le reste du corps, qui est toujours gris et beaucoup plus petit.

Il détruit les araignées et les cacrelats, qui sont trèscommuns dans les appartements, et dont il fait sa principale nourriture.

Le cecxo pe Mapacascar et pu SÉNÉGAL forme un autre genre, différent de celui du scinc en ce que 1° la queue est très-large, déprimée ou aplatie horizontalement ; 2 tout son corps, et même sa tête, ses pattes et sa queue, sont bordés d’une membrane en crête frangée.

Le genre de lieuanE a le corps cylindrique, les doigts menus cylindriques, la queue articulée et le dos ainsi que la queue dentelés comme une scie. Le mâle a la gorge ornée d’un fanon ou d’un goître pendant qu’il enfle et désenfle à volonté.

On en connaît deux espèces. L’iguana, que quelques écrivains appellent par corruption leguana, ignona el inana , porte Ienom de senumbi au Brésil , et d’aquaquety pallin au Mexique.

Cet animal a jusqu’à cinq pieds de longueur. La femelle est toute verte, moins variée que le mâle qui est un tiers plus grand.

Il est commun dans toute l'Amérique; il reste communément sur les arbres qui bordent les rivières.

Il vit de feuilles de mapoue et de fleurs de mahot, qui sont des espèces de plantes malvacées qui croissent au bord des eaux.

L’accouplement de ces animaux se fait en mars; alors il est dangereux d’en approcher; le mâle prend une attitude hardie; il a le regard étincelant; il s’élance même sur ceux qui l’irritent , et les mord sans lâcher prise, à moins qu’on ne lui frappe vigoureusement sur le bout du nez.

La femelle pond une seule fois en mai, dans le sable, sur

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