‹ Cours d'histoire naturelle fait en 1772Chapitre 182 sur 201 · FAMILLE DES POULPES. — SÈCHE, CALMAR · texte numérisé non relu

FAMILLE DES POULPES. — SÈCHE, CALMAR

La sèche peut vivre une vingtaine d'années.

Cet animal, malgré sa figure hideuse, malgré la dureté et le peu de goût de sa chair, se mange dans tous les ports de mer.

Elle est meilleure rôtie que bouillie, surtout lorsqu'elle est pleine comme en janvier, février, mars. Selon quelques écrivains, on sale les plus grandes pour les transporter. La meilleure manière de les manger consiste à les attendrir d’abord dans de l’eau salée mêlée de chaux vive ou de cendres gravalées, après quoi on les fait bouillir dans l’eau, puis on les coupe par tranches pour les fricasser avec du beurre , du persil, de la ciboule, de l'oignon, du poivre, ajoutant sur [a fin quelques gouttes de vinaigre.

Sa liqueur noire est laxative, ses œufs sont diurétiques ainsi que son 0$.

L’os de sèche est appelé biscuit de mer par les oiseliers, parce qu’ils le donnent aux petits oiseaux qui s’en servent moins pour manger que pour s’user le bec dont le trop grand accroissement les gêne. Comme la partie spongieuse de cet os recoit aisément l’empreinte des métaux, les crfévres s’en servent beaucoup pour faire leurs moules de cuillers, de fourechettes, de bagues et autres petits ouvrages.

Le suc noir de la sèche produit, selon Swammerdam, sur les étoffes, des taches ineffaçables. Les Romains s’en servaient pour écrire, au rapport de Juvénal; et Herman prétend que les Chinois le mêlent avec un bouillon mucilagineux de riz ou d’autres légumes pour l’épaissir et en former la composition qui se transporte dans le reste de l’univers sous le nom d'encre de la Chine.

La médecine emploie son os comme absorbant et astrin-

gent pour la gonorrhée, les flueurs blanches et les fièvres intermittentes.

Jt

Le CALMAR, calamarius, ou le corner, loligo, ainsi nommé à cause du rapport qu’il a avec une écritoire, et par sa forme et par son os en plume et par l’encre rougeâtre qu’il répand, ne diffère de la sèche qu’en ce qu’il a le corps plus allongé, comme cylindrique et orné de deux ailerons avec lesquels il vole, c’est-à-dire s’élance quelquefois au-dessus des eaux, et en ce que son os dorsal est cartilagineux, très-étroit.

On le trouve, de même que la sèche et le polype, dans toutes les mers, mais il s'éloigne davantage des côtes; on le voit souvent par troupes; il a deux à trois pieds de longueur.

Le mâle n’a qu’un conduit en dedans; les femelles en ont deux à la vésicule de la liqueur noire.

Tous deux $’accouplent comme la sèche et le polype.

La femelle fraie en octobre et pond sa grappe d'œufs sur les plantes marines. Cette grappe diffère de celle de la sèche en ce qu’elle est simple et qu’elle ne consiste qu’en une soixantaine d'œufs qui, lorsqu'ils sont parvenus à leur grosseur, sont grands de près d’un pouce, avec une petite pointe en crochet à lextrémité supérieure, et formée de deux peaux noirâtres assez dures.

Lorsque le calmar est poursuivi par les poissons il jette, comme la sèche, sa liqueur pour se couvrir d’un nuage épais. Mais ce moyen lui réussit difficilement; quand il est en pleine eau et poursuivi par des poissons fort vifs, alors il s’élance au-dessus de l’eau comme le poisson-volant, pour les éviter en volant comme un trait; c’est ce qui à fait comparer à cet animal les hommes qui s’enveloppent d’un manteau ou d’un voile épais pour manœuvrer sourdement, et qui, au moment où ils doivent être punis, trouvent tout à coup des ailes qui les sauvent.

Quoique le calmar soit un peu moins mauvais à manger que la sèche, néanmoins on le recherche dans quelques en-

Page 1