FAMILLE DES POULPES. — POULPE, SÈCHE
La chair de cet animal est dure et difficile à digérer. Néanmoins les anciens Grecs en servaient sur leurs tables et en faisaient des présents. On la mortifiait en la battant avec un bâton, et on les aimait mieux bouillis que rôtis. La tête passait pour le meilleur morceau.
C’est à la honte des écrivains medernes que nous citons ici le prétendu polype, qu’ils appellent kraken, et aw’ils disent habiter les mers du Nord et avoir le corps long d’une demi-lieue.
La sÈcnE, sepia, le boufron, appelé improprement ver poisson, ou insecte poisson, ne diffère du polype qu’en ce qu'il a dix bras ou filets, dont deux plus longs que les autres ornés de sucoirs, seulement à leur extrémité, et un os elliptique presque aussi grand que le corps placé intérieurement le long du dos. Cet os est si léger qu’il flotte sur l’eau; il est formé, comme les coquilles, par couches ou par feuillets cartilagineux surajoutés les uns aux autres à la partie inférieure dont les extrémités forment en dessus comme dans les coquilles une croûte dure d’écailles membraneuses, et chaque couche consiste en un nombre infini de tuyaux verticaux de matière crétacée qui est collée aux ramifications du cartilage, qui part du pédicule pour se diviser et s'étendre jusqu’à ses bords.
Cet animal a deux à trois pieds de longueur; il a deux estomacs comme le polype et une vésicule du fiel pleine d’une liqueur noire comme de l'encre, qu’il répand pour troubler l’eau quand il veut prendre les poissons ou se cacher à ses ennemis, tels que les loups marins et autres poissons qui en sont très-friands.
I ne faut qu’une très-petite quantité de cette liqueur pour troubler Peau suffisamment. On prétend que lorsaue la sèche en est épuisée elle meurt bientôt après; cette liqueur étant desséchée ressemble à un charbon et se réduit en une
poussière impalpable et plus fine que celle du carmin.
Le mâle a la partie postérieure du corps plus pointue, son testicule est rempli de petits tuyaux cylindriques très-longs qui contiennent un corps cylindrique qui en sort élastiquement.
Quelques écrivains disent que la sèche s’accouple ventre à ventre. D’autres disent que la femelle pond au printemps, à diverses reprises, de quinze jours en quinze jours, ses œufs; que le mâle la suit à la piste pour répandre sa laite sur ces œufs, qui sont d’abord blancs et semblables à de petits grains de raisin, mais qui noircissent et grossissent dès qu'il a versé de son encre dessus.
Il y a dans tout ce récit nombre d'erreurs; d’abord la ponte de ces œufs ne se fait qu’en juillet et août, selon M. Boadsch. Les œufs ou lovaire sont pondus tout à la fois. Ils forment un amas sphérique de cent à six cents chatons portant chacun environ soixante-dix œufs qui lui sont attachés, et aont la somme totale est de quatre mille environ. Ils ne sont guère plus gros qu’un grain de groseille au moment de la ponte, mais peu après ils grossissent dans l’eau comme les œufs de la grenouille et égalent les grains de raisin, c’est ce qu’on appelle un raisin de sèche, alors la petite sèche en rompt la peau membraneuse pour sortir. Ce sont les attaches ou les axes des chatons d’œufs que Redi dit avoir longs de quatre à cinq travers de doigt et qui, tirés hors de l’eau, ont un mouvement presqu’insensible.
La sèche est un animal répandu dans toutes les mers du monde. Elle fréquente les rivages où elle séjourne soit entre les rochers, soit en faisant des trous dans le sable.
On les voit souvent deux à deux l'été, et le mâle quitte rarement sa femelle alors; il court à son secours quand elle est blessée, mais elle ne fait pas de même hors du temps des amours, elle l’abandonne en pareille circonstance.