QUATRIÈME CLASSE
LES SERPENTS, SERPENTIA.
Cette classe d'animaux a tant de rapports avec celle des reptiles qu’elle semble n’en être qu’une section ou plutôt qu’une famille.
Ce qui la distingue essentiellement c’est que les animaux qui la composent n’ont absolument aucuns pieds ni aucuns membres, ni aucunes parties qui leur soient analogues ; et comme ils ont une queue, le corps allongé et couvert d’écailles , ils semblent tenir d'un côté aux reptiles par la famille des lézards, et de l’autre côté aux poissons par la famille des anguilles.
Quoique le mot serpent signifie en général un animal qui traine son corps en serpentant, et que nombre de vers articulés, sans écailles, aient cette sorte de marche, néanmoins on a jusqu'ici consacré ce nom pour désigner les animaux écailleux dont il est ici question.
Tous ces animaux ont le corps entièrement et également couvert d’écailles, qui dans les uns, comme l’orvet, cæcilia, sont disposées non par anneaux, mais sans ordre, ou plutôt en quinconce à la manière des poissons; dans d’autres, en quinconce sur le dos et en demi-anneaux sous le ventre, comme la couleuvre et la vipère; dans d’autres, en quinconce sur le dos et en demi-anneaux sous le ventre et sous la queue, ou en anneaux à la queue, comme le serpent à sonnettes; dans d’autres, en anneaux sur tout le corps, comme l’amphisbène ou double-marcheur.
Leurs yeux sont assez petits et sans paupière supérieure, ils ne elignent que l’inférieure.
Il y en à qui n’ont pas de dents, mais à leur place une
espèce de peau dont ils se dépouillent. D’autres ont à chaque mâchoire des dents qui s’engrènent l’une dans l’autre comme les dents du poisson et du crocodile. D’autres ont, outre ces dents, des canines mobiles placées hors de rang et cachées en partie dans des vésicules.
La langue est simple dans quelques-uns, comme le mambala, et fourchue en deux dans les autres , et non pas en trois ou quatre filets comme quelques-uns le disent de la vipère; elle sort d’une gaîne ouverte au fond du palais inférieur.
Leur cœur est ovoïde, attaché à la grande artère, et trèschaud de son naturel; il porte à ses côtés deux vésicules rouges, ovoides , une fois plus courtes que lui.
Leurs poumons sont menus, très-longs, fongueux, contigus au cœur, réunis en un seul.
Le foie est long, à deux lobes allongés, menus.
La vésicule du fiel est aussi grosse que le cœur, posée sous Pintestin.
L’estomac est allongé et Pintestin menu, droit, sans aucun repli.
Les serpents vivent de végétaux, d’insectes, de reptiles, d'oiseaux, de quadrupèdes; ils ne mâchent jamais. Lorsqu'ils avalent des oiseaux ou des quadrupèdes comme rats, mulots , ils en rendent la peau et les os roulés en une boule, à la façon des oiseaux de proie.
Ils sont quelquefois trois mois à digérer un oiseau, un quadrupède. Leur tête et leur cœur conservent ieur mouvement pendant quelques heures après leur séparation du corps. On en a vu vivre quatre heures après avoir été submergés dans de l’esprit de vin.
Leurs exeréments sont puants dans les uns et d’une odeur de musc dans les autres.
Leur corps a pour l'ordinaire une cdeur qui les décèle
partout où ils sont. Celle du serpent à collier, natrix , des environs de Paris, est irès-fétide. Il y en à dont l’haleine est si fétide, que nombre d'animaux qui sont destinés à devenir leur proie en sont étourdis. |
Le mâle a deux testicules et deux verges en massue, ordinairement épineuses comme celles des lézards, et la femelle deux testicules comme le mâle et de plus deux ovaires.
Leur accouplement se fait en s’entortillant dans toute leur longueur comme une corde, de manière qu’ils ne forment ensemble qu'un corps à deux têtes.
Tous sont ovipares, excepté la vipère, qui est ovipare dans les temps chauds de l'été et vivipare dans les temps froids du printemps et de l'automne.
Ils pondent leurs œufs au nombre de huit à quarante, dans des trous faits dans le sable où le soleil les fait éclore. Les petits y sont roulés en cercle, entourés d’une matière gélatineuse semblable à du blanc d’œuf avec un placenta dont le cordon ombilical tient au bas du ventre à un pouce audessus de Panus.
Leur voix n’est qu’une espèce de sifflement.
Ces animaux vivent dans les lieux déserts et solitaires, les uns sur la terre, les autres sur les arbres, d’autres vont dans l’eau. Ils se rassemblent l’hiver en société dans des trous où ils sont ramassés en pelotons.
Ils dorment les yeux ouverts, et roulés en spirale sur euxmêmes.
Lorsqu'ils marchent, ils se lancent comme un ressort spiral.
Ils muent tous les ans au printemps. Leur peau se retourne tout d’une pièce, comme un bas de soie à l’envers, en commençant par la tête et finissant par la queue; la peau des yeux mue aussi avec cette peau, dont elle fait partie.
Les serpents ne sont à craindre que par leur morsure ;