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CINQUIÈME CLASSE. LES POISSONS, PISCES

Nous avons séparé des poissons non-seulement les morses ou les phoques, qui sont de vrais quadrupèdes amphibies à mamelles, mais encore les baleines ou les cétacés, qui sont des vivipares à mamelles, mais à nageoires et aquatiques comme les poissons.

M. Linné, dans son Sys. nat., édit. 12, vol. I, 1766, a réuni les cartilagineux ou les raies et les coffres avec les animaux amphibies, c’est-à-dire avec les reptiles et les serpents, sous le nom d’amphibiesnageants, parce que, selon lui, ces poissons ont des poumons; mais cette assertion n’est pas parfaitement exacte, comme on le verra ci-après; leur union avec les reptiles n’est pas naturelle.

Ces poissons sont des animaux sans pieds, mais à nageoires; ils respirent par des ouïes, ils ont le sang froid, ils sont ovipares, excepté la raie, le requin, lPanguille qui sont des vivipares, mais sans mamelles; ils vivent toujours dans l’eau et n’ont qu’un seul ventricule, c’est-à-dire une seule cavité au cœur; la plupart sont couverts d’écailles.

L’eau est l’élément des poissons. On en trouve dans toutes les eaux, soit salées, soit douces, mais plus abondamment dans celles qui sont bien peuplées de plantes. La Chine paraît être la partie du monde qui en offre une plus grande quantité. Les rivières, les lacs, les étangs, les canaux et les fossés qu’on trouve au milieu des campagnes, pour conserver l’eau aux riz en sont remplis. On en voit aussi dans des eaux chaudes ; c’est ainsi que l’on

LA

trouve d'excellents saumons et des truites dans des ruisseaux dont l’eau est tiède en Islande, et des carpes préférées aux autres, dans. les ruisseaux des bains de Boinset, près dAix-la-Chapelle.

Quoique les poissons meurent ordinairement äès qu’on les tire de l’eau, ou au moins un jour après qu’on les en a tirés, pour ceux qui sont les plus vivaces, comme la carpe, on sait néanmoins qu’on les conserve hors de l’eau, quand on veut, pendant quinze ou vingt jours, c’est-à-dire, pendant un temps suffisant pour les engraisser. En Angleterre et en Hollande on engraisse ainsi avec de la mie de pain et du lait des carpes qu’on suspend en l'air dans un filet, au-dessus de la mousse humide, dans des endroits frais.

Ces animaux ont le sens de la vue très-bon, leur cristallin est presque sphérique, afin que les rayons des objets qui sont dans l’eau, et qui ne souffrent que peu de réfraction en passant par la cornée, puissent se détourner assez à la surface du cristallin, pour se rassembler sur le fond de Pœil. Ils voient presqu’aussi bien la nuit que le jour. La structure du cristallin se reconnaît par la cuisson; alors il se durcit et paraît composé de plusieurs couches concentriques.

On r’aperçoit à l'extérieur aucun organe relatif à l’ouïe dans les poissons; et cependant ils entendent vraisemblablement par le sentiment du tact excité par les vibrations de l’air communiquées à l’eau. On sait que la pêche exige du silence, que le moindre bruit les fait fuir, et que dans certains lieux, où on en nourrit pour l’amusement, on les habitue à accourir au son d’une cloche, à se rassembler à un coup de sifflet, pour recevoir la nourriture qu’on leur présente ; enfin qu’ils sont plus sensibles aux sons vifs, aigus et percants qu'aux sons graves.

Ces animaux sont muets et ne prononcent absolument aucuns sons. Cependant Aristote appelle vocales , poissons à voix, poissons parleurs, ceux qui, comme le grondin et la vieille espèce de scare, semblent gronder quand ils renversent leur estomac, et ceux qui, comme l’alose, en nageant par troupes à la surface de l’eau, font entendre un grognement semblable à celui des pourceaux et des marsouins.

Le sens de l’odorat n’est pas bien remarquable chez eux, quoiqu’ils aient pour la plupert quatre trous ou deux narines de chaque côté, au bout de la machoire supérieure. Le chomptère n’en a que deux, c’est-à-dire un de chaque côté, selon Artedi, p. 10. La lamproie n’en à pas.

Le sens du goût est au moins aussi obtus que celui de Podorat.

Il y en à qui n’ont point de dents, à moins qu’on ne prenne pour elles los de chaque mâchoire, qui en tient lieu, comme dans le genre du silure, appelé tobal au Sénégal. Dans les autres elles sont mobiles, assez lines, disposées sur un rang autour des mâchoires, comme dans le maquereau, l’alose, ou sur plusieurs rangs, comme dans le requin; ou bien elles sont plates, rangées par compartiments comme un pavé, dans celles que l’on appelle mâchoires pavées, comme la raie.

Leur estomac et les intestins sont petits.

Le sens du tact est répandu sur toute l’habitude du corps dans ces animaux.

Leur corps affecte toutes sortes de figures, il y en a de parfaitement ronds, de cylindriques, de plats comme une semelle, de triangulaires, de quadrangulaires comme des coffres.

Tous ont au moins une nageoire, et quelques-uns en ont jusqu’à neuf, au moyen desquelles ils font avancer et tourner leur corps. Si on leur coupe ces nageoires, ils montent et

descendent, mais toujours couchés sur un côté ou le dos en bas, parce que leur ventre, plus léger, n’est plus en équilibre.

Mais ces nageoires ne suflisent pas pour les faire allier facilement et à volonté tantôt au fond, tantôt à la surface de l’eau; la nature à pourvu leur intérieur d’une vessie pleine d’air; néanmoins la lampoie, la raie, la sole et la roussette n’en ont point, leurs poumons s’enflent et se désenflent comme dans les baleines, les tortues, les grenouilles, etc.

Cette vessie varie beaucoup pour la forme et pour ja grandeur : dans les uns, comme l’anguille, le brochet, le merlan , la truite, les coffres , elle n’a guère qu’une seule cavité; dans la carpe, le barbeau elle en a deux; dans la tanche de mer, la gavotte , elle en a trois ; enfin Redi assure que le poisson doré l’a divisée en quatre cavités.

Rai a observé dans la plupart de ces animaux , un conduit qui va du gosier dans la vessie, et qui sert à en expulser l’air par les narines et la bouche, et à en introduire de nouveau; ainsi il est probable que celui qui se filtre de Peau par les bronches, va dans les poumons oblitérés, qui sont appliqués le long du dos, et rafraichit par là le sang.

Un carpe vivante mise avec son eau dans le vide de la machine pneumatique, enfle d’abord sensiblement, les yeux lui sortent de la tête et la vessie d’air crève bientôt après dans son corps. Elle ne meurt pas pour cela; rendue à Pair, elle vit encore un mois après, rampant sur le fond où elle se traîne comme un serpent.

Tous les animaux ont besoin d’air pour vivre, et les poissons le tirent de l’eau par les ouïes, qui sont pour eux ce que les poumons sont aux quadrupèdes. Ils avalent l'eau continuellement par la bouche, et la rendent par les ouvertures des ouïes qui, dans ce passage, s’abreuvent d’air en entrant par les orifices des barbes de ces ouïes.

Tous les poissons ont quatre ouïes de chaque côté, e’està-dire quatre osselets ramifiés comme des barbes de plumes dans leur partie inférieure, et la lamproie a outre cela des poumons.

L'ouverture des ouïes est simple dans le plus grand nombre des poissons, comme la carpe, le brochet; dans d’autres, comme le renard marin, vulpecula, elle consiste en quatre trous, en cinq dans les autres cartilagineux, et en sept dans la lamproie.

Comme il est des oiseaux de passage qui changent de climats et de pays, suivant les saisons, de même aussi les poissons vont des îles ou du centre des mers au continent, et d’un climat chaud au froid, soit pour chercher la nourriture qui leur convient, soit pour éviter la poursuite des gros poissons ou des oiseaux ; le temps de ces passages est réglé. C’est ainsi que le maquereau vient de la mer des îles Canaries dans l’océan européen, par bancs, en avril, mai et juin. Le hareng vient, par bancs, des mers du Nord dans nos mers tempérées en automne, pendant que le thon quitte les nôtres, pour aller hiverner dans la Méditerranée, et même jusqu’au Sénégal; les mulets, les poissons volants, les muges volantssont chassés vers les côtes, en été, par les dorades, les souffleurs et autres poissons voraces qui les poursuivent. C’est encore en été que l’alose, le saumon et lesturgeon quittent l'embouchure des rivières pour remonter vers leurs sources et y déposer leurs œufs. Ce sont donc des poissons d’eau douce, puisqu'ils y fraient.

Les poissons ont été soupconnés jusqu'ici d’indifférence pour leurs femelles et pour leurs œufs; néanmoins, au printemps, on les voit s’attrouper dans les eaux, et s’égayer par des bonds et des sauts.

Il y en a quelques-uns, comme le requin et certaines espèces de raies, qui sont vivipares; leurs mâles ont deux

testicules et deux verges, comme les reptiles, et les femelles deux ovaires. Les autres sont ovipares, et les mâles n’ont pas de verges, mais des laites, c’est-à-dire des testicules, qui sont pleins de liqueurs séminales et aussi longs que le ventre. Ces espèces sont amoureuses, non pas de la femelle, mais des œufs qu’elle répand; car dès qu’elle cesse d’en jeter il Pabandonne, et suit avec ardeur les œufs que le courant entraine; il passe et repasse cent fois dans les endroits où il y a des œufs, et il arrose de ses laites tous ceux qu’il rencontre pour les féconder, souvent même avant d’avoir vu sa femelle cu celle à laquelle ils appartiennent.

Stenon a déreontré, dans les Act. de Copenhague, que les petits poissons vivipares prennent leur nourriture dans loviducte, par la bouche et par les intestins, de même que les oiseaux dans Pœuf.

Il est si vrai et si certain que les femelles des poissons ovipares, tels que le saumon, la carpe, pondent leurs œufs sans qu’ils aient été auparavant fécondés dans leur corps par aucune sorte d’accouplement, par aucune introduction ni communication quelconque de la part de leurs mâles, comme il arrive aux quadrupèdes, aux oiseaux, aux poissons vivipares, aux insectes et à la plupart des autres animaux ; il est si vrai que cette fécondation se fait hors du corps de ces femelles par le contact de la liqueur séminale du mâle, que l’on pratique habituellement cette fécondation artificielle sur les bords du Weser, dans la Suisse, dans le palatinat du Rhin, et dans la plupart des pays montueux ou élevés de l’Allemagne. Pour cet elfet on prend par la tête un saumon femelle en novembre ou décembre, ou une truite en décembre ou janvier, c’est le temps où ces poissons fraient, on les tient suspendus audessus d’un vase de bois bien net, et foncé d’une pinte d’eau environ; si les œufs sont bien mûrs, ils tombent

d'eux-mêmes dans le vase, sinon, on les y fait tomber en pressant légèrement le ventre de la femelle avec la paume de la main. On prend ensuite de même un saumon mâle dont les laites, qui sont dures et grises avant leur maturité, se liquéfient chaque jour d’une sixième partie de leur volume dans le temps du frai, et sont alors semblables à un liquide laiteux composé entièrement de molécules séminales; lorsqu'il y a sur les œufs assez de cette laitance mûre pour blanchir la surface de leau, alors la fécondation des œufs est faite, le petit qui y était contenu à recu la vie. On répand ces œufs ainsi fécondés dans de petites caisses oblougues, en canal, foncées de petits cailloux auxquels ils s’attachent, et grillées aux deux extrémités pour empêcher les rats d’eau, les poissons et les insectes de les manger, et on enfonce ces caisses dans des courants d’eau qui ne soient pas assez forts pour les détacher. Lorsque l’on couvre ces œufs d’une grande quantité d’ordures ou de limon, ils pourrissent; pour prévenir ce désordre, on les nettoie de temps en temps au moyen d’une plume qu’on agite sur l’eau de côté et d’autre.

L’œuf contient dans son intérieur comme un second œuf, analogue au jaune de l’œuf des oiseaux, qui est enveloppé de même dans une membrane, et séparé de la coque ou peau extérieure, qui estépaisse et très-dure. Le petit poisson est adhérent par un nombril comme le petit poulet à cette membrane, qui ne le renferme pas, qui lui sert d’estomac et d’entrailles, qui contient un mucilage qui le nourrit pendant cinq à six semaines, suivant la chaleur de l’eau et de la saison, c’est-àdire jusqu’à ce que toutes ses parties soient perfectionnées, ainsi que sa figure extérieure, après quoi cette membrane disparait, rentrant par le nombril dans son ventre pour former une partie des intestins, à peu près comme dans le poulet. Les petits saumons ainsi formés et remuant dans

pin TREIZIÈME SÉANCE.

leurs œufs, vivent de la liqueur contenue dans la peau extérieure de l’œuf. On ne les reconnaît bien qu’à leurs yeux, qui sont noirs, car le reste de leur corps est transparent et sans couleur. Huit jours après qu’on a distingué leurs yeux ils percent la membrane, ou la coque membraneuse de leur œuf et nagent en rampant dans Peau.

Ces saumons nouvellement éclos, ainsi que les truites, peuvent se conserver vivants jusqu’à deux mois et demi dans des vases de verre pleins d’eau, et on a par conséquent le temps de les transporter dans les réservoirs où on veut les élever jusqu’à la grosseur convenable pour en empoissonner les étangs et les rivières.

Cette pratique, usitée dans nombre de pays pour la multiplication des saumons, des truites, prouve suffisamment que les poissons peuvent être fécondés hors du corps des femelles et même sans la vue du mâle, pourvu que sa liqueur séminale les touche. Actuellement il s’agit de prouver : 4° que ces poissons ne s’accouplent jamais, et que leurs œufs n’ont pas besoin de cet acte pour être féconds; 2° que leurs œufs, parvenus à leur maturité, peuvent conserver huit à dix jours, c’est-à-dire jusqu’à leur putréfaction, leur faculté fécondante. Plusieurs expériences nous ont appris ces faits qui sont hors de doute.

4° Des œufs très-mürs, ayant été tirés d’une truite avec beaucoup de soin, et mis dans Peau sans y répandre la liqueur de laitance des mâles, ces œufs se corrompent en huit ou dix jours. Donc les femelles ne sont pas fécondées par aucun accouplement; donc leurs œufs ont besoin du contact de la liqueur des laitances pour être fécondés.

2° Une truite femelle pleine d’œufs à leur point de maturité, étant morte depuis quatre à cinq jours, très-puante et pourrie, ses œufs ayant été tirés de son corps et couverts de la laitance d’un mâle vivant, ont éclos aussi bien que

ceux des autres truites vivantes. Donc les œufs sont susceptibles d’être fécondés longtemps après leur séparation du corps de la mère, et cela tant qu’ils n’ont pas subi la putréfaction.

3° Une truite mâle étant morte pareillement et putréfiée depuis quelques jours, la liqueur séminale qu’on tira de ses laitances fut répandue sur des œufs d’une truite en état de maturité qui devinrent féconds et donnèrent de petites truites. Donc la liqueur séminale de ces poissons peut être gardée quelques jours hors de leur corps et conserver leur vertu fécondante.

Tous les poissons mâles ont aux deux côtés de Pépine du dos deux testicules ou réservoirs oblongs appelés laitances, qui, comme les testicules intérieurs des oiseaux et les testicules extérieurs de quelques quadrupèdes, se remplissent ou se gonflent considérablement dans la saison de leurs amours, et se désenflent au point de disparaitre presque entièrement dans la saison où la matière blanchâtre et prolifique qu’elles contiennent se distribue dans leur corps pour les engraisser. Cette matière augmente ordinairement depuis le mois d’avril jusqu’en novembre dans les saumons, et jusqu’en décembre dans les truites; elle est foncée, d’un gris blanc d’abord, et bianchit dans le temps du frai en se liquéfiant d’une sixième partie de son volume par jour dans chaque mâle, de sorte qu’elle est toute liquide en moins d’une semaine. Dans cet état de liquéfaction, elle ressemble à du lait de vache, et est presque entièrement composée des animalcules séminaux parvenus à leur perfection. Ces deux testicules ont une ouverture commune dans l’anus, par laquelle ils répandent leur liqueur blanche dans l’eau ou sur les œufs qu’ils doivent féconder.

Les femelles de tous ces poissons ont, au lieu des deux

laites, deux ovaires contigus, appliqués également le long des LE 1

deux côtés de lépine dorsale. Lorsqu’à lPapproche du frai ils ont acquis leur dernière grandeur et maturité, les filets qui les unissent se séparent, et par des mouvements d’extension ou de compression, ils sont chassés du corps lun après l’autre par une ouverture commune qui se rend dans celle de lPanus (cloaque).

Le temps du frai est comme un temps de maladie pour tous les poissons, parce que leur corps s’épuise pour fournir des molécules organiques aux parties de la génération; aussi sont-ils très-maigres alors.

Pour convaincre par elles-mêmes les personnes qui douteraient encore que la fécondation des poissons se fait hors du corps de leurs femelles, je vais leur indiquer ici une expérience aussi décisive que facile à pratiquer. Voici en quoi elle consiste. Il faut avoir trois bassins isolés pleins d’une eau favorable aux poissons, et mettre, dans un de ces bassins, dans le temps du frai, c’est-à-dire en mars, avril ou mai, une carpe œuvée prête à frayer, et l’ôter dès qu'elle aura frayée, de peur qu’elle ne mange ses œufs...

On remarque presque autant de sortes de monstruosités dans les poissons que dans les quadrupèdes, surtout dans les truites que l’on fait éclore artificiellement; il y a même des années où on en voit plus que dans les autres. Quelquesuns ont deux têtes sur un corps bien formé. D’autres ont deux têtes et deux queues unies à un ventre commun. D’autres sont unis seulement par la peau sur les flancs. D’autres ont deux corps réunis vers le milieu et terminés par une seule queue. D’autres enfin paraissent formés de deux poissons qui se traversent en croix, n'ayant qu’un seul ventre pour les deux.

Quoique j'aie vu au Sénégal une espèce de bagre à deux têtes âgée de six mois ou un an, et longue de trois pouces, néanmoins la plupart de ces monstres ne se voient que dans

les œufs et ils ne vivent jamais plus de six semaines, c’est-àdire au delà du terme où ils peuvent être nourris par le mucilage contenu dans la deuxième membrane de l'œuf qui leur sert d'estomac.

la cause de ces monstruosités est due sans doute à ce que plusieurs embryons se trouvent renfermés dans le même œuf; ils s'unissent par les intestins qu'ils ont communs, tandis que leurs autres parties végètent entre la membrane qui leur tient lieu d'estomac et d’intestins, et entre la coque extérieure. La même cause subsiste pour les monstres des vivipares, parce que ce sont des embryons déjà formés dans les ovaires de la mère, qui seréunissent avant la fécondation par le mâle, qui ne fait que leur apporter le mouvement qui est le principe de la vie animale.

Quelques auteurs prétendent qu’en conservant des œufs de truites, pondus en décembre, janvier et février, jusqu’en mars, temps ou frayent les brochets, on pourrait essayer si des laitances de brochet jetées sur des œufs de truites, produiraient une troisième sorte d'animal, c’est-à-dire un métis; mais nous croyons pouvoir douter de la réussite à cause du peu d’analogie qui subsiste entre ces deux poissons qui sont de familles différentes. La chose paraîtrait devoir réussir plutôt entre le saumon et la truite, ou le bocard et le tacore, qui sont des espèces très-voisines et du même genre.

On voit souvent des poissons hermaphrodites, c’est-àdire qui ont réellement une laite et un testicule d’un côté, et un ovaire plein d’œufs de l’autre. M. Morand a fait voir, en 17357, à l’Académie, une carpe qui était dans ce cas. M. de Réaumur avait observé plusieurs fois la même singularité dans le brochet , et M. Marchand dans le merlan.

Nous avons vu que les animaux vivipares qui allaitent leurs petits en produisent un petit nombre, que les ovipares qui couvent et nourrissent en produisent an peu plus. Les

poissons qui, comme les reptiles, sont ovipares et ne couvent pas, en produisent encore davantage. On est même étonné de la prodigieuse quantité que contiennent les ovaires de quelques-uns. Un hareng en porte jusqu’à dix mille, une tanche douze mille, une carpe moyenne trois cent cinquante mille, et une morue neuf millions et davantage; on pourrait donc penser qu’une seule espèce de poisson suflirait pour ainsi dire à peupler les eaux de la terre, si tous les œufs qu’elle jette réussissaient.

Parmi ces œufs il y en a qui sont venimeux ou au moins qui purgent violemment, tels que ceux du brochet, du barbeau , et de plusieurs autres.

Les femelles pondent communément au mois de mai.

Les petits des poissons vivipares sont soignés par leur mère qu'ils suivent partout , et jusqu’à ce qu’ils aient assez de force pour se défendre eux-mêmes.

Les ovipares choisissent le lieu le plus favorable pour faire éclore leurs petits, et le plus abondant en plantes où en insectes, vers et autres animaux qui doivent leur servir de pâture. Les uns déposent donc leurs œufs près du rivage où Peau se trouve plus échauffée par les rayons du soleil; les autres , au contraire, les déposent dans les fucus ou varees, ces plantes marines qui ont été détachées du fond et qui iottent au milieu des grandes mers; d’autres enfin, comme le saumon, quittent les côtes maritimes et les eaux salées, pour les déposer au haut des rivières, dans les eaux douces, les plus claires et les plus agitées, en se frottant le ventre sur le gravier et les cailloux pour en faire sortir les œufs.

On sait, par les Mémoires de lPAcadémie, pour lannée 1742, que la castration des poissons se pratique en Angleterre pour les engraisser. Pour cet effet, on leur enlève les ovaires ou les laites, et on recoud la plaie. Une carpe, ainsi chatrée, nage d’abord avec moins de facilité. Par cette

opération, le poisson devient plus gras, plus délicat, et on en diminue la multiplication dans les étangs et dans les viviers, très-abondants en fretin.

Les poissons écailleux engendrent et produisent avant que d’avoir pris le quart même ou la huitième partie de leur accroissement, au lieu que la piupart des autres animaux ne sont féconds qu'après lavoir pris tout entier.

Ces animaux doivent vieillir moins promptement que les autres, parce que leurs 6s sont d’une substance plus molle que celle des autres animaux, qu’ils sont plus cartilagineux que pierreux, et qu’ils prennent de lPaccroissement sans acquérir de solidité sensible.

On sait qu’il existe, dans nombre d’étangs et de fossés, des carpes qui ont cent cinquante à deux cents ans, et que l’on peut à peu près reconnaître leur âge, en examinant avec une loupe ou un microscope les couches annuelles dont sont composées leurs écailles.

Les poissons ont la vie fort dure. Le cœur de Panguille, séparé de son corps, et son corps écorché et coupé par rouelles , palpite longtemps. La carpe écaillée, fendue en deux et mise sur le feu, saute encore de dessus le gril.

Il y a des poissons qui n’ont pas d’écailles, mais le plus grand nombre est de ceux qui en ont. Ces écailles sont cartilagineuses , formées, comme celles de la tortue et des limacons, de couches, appliquées les unes au-dessous des autres, dont les inférieures sont plus grandes ei montrent par là autant de cereles concentriques. Elles sont recouvertes en dessus et en dessous de la peau du corps qui est rempli de petites lames argentées qui causent leurs couleurs, et qui s’y rendent, on ne sait par où, d’un réservoir très-iong, couché longitudinalement sur les deux laites et les deux ovaires. Ces écailles muent tous les ans.

Les écailles qui tiennent à peu près le milieu de chaque

côté du corps, sont percées, chacune, d’un petit trou relevé en tuyau, qui forme ce qu’on appelle la ligne latérale, d’où sort une mucosité qui donne tout son brillant et son lustre, et même une partie de ses couleurs, et dont le réservoir, inconnu avant moi, se trouve, comme je viens de le dire, couché sur les laites et les ovaires.

Elle semble être une espèce d’excrément analogue à la sueur des animaux terrestres. Les poissons nus ou sans écailles sont plus fournis de cette mucosité que les écailleux. C'est cette mucosité qui est lumineuse dans les poissons de mer, lorsqu’on les a retirés de l’eau.

Les poissons suivent la loi générale par laquelle tous les animaux sont sucés par d’autres qui se nourrissent de leur sang et de leur chair. Ils ont des ennemis non-seulement parmi les gros poissons et les oiseaux qui les dévorent en entier, mais encore parmi les insectes qui les tourmentent à l’extérieur, comme des poux et des vers qui vivent dans leurs entrailles; on en trouve de pareils dans le merlan. La sole est sujette à avoir des espèces de crevettes qui s'attachent à ses ouïes dès sa jeunesse et qui l’incommodent beaucoup.

L'homme retire des poissons les plus grands avantages, soit pour la nourriture, soit pour le commerce et les autres usages de la vie. À la Chine, où l’on vit plus de poisson que de bétail, la multiplication de ces animaux fait un objet irès-important. Les canaux qu’on creuse au milieu des champs pour conserver l’eau qui sert aux semailles du riz et qui communiquent aux rivières, se trouvent remplis de frai au mois de mai; alors les propriétaires de ces champs ferment la rivière avec des claies et des nattes pour arrêter le frai dont il remplissent des tonneaux en le mêlant avec de l’eau. Ce frai se transporte ainsi dans diverses provinces où l’abondance est moins grande en poissons, et il rapporte à ses propriétaires un profit qui monte quelquefois au cen-

tuple de la dépense, lorsqu'ils le vendent à la mesure aux marchands qui viennent le chercher avec leursbarques.

La manière dont on empoissonne les étangs en Europe est différente ; on se sert pour cela non pas du frai, mais de Palvin, c’est-à-dire de petits poissons qui ont déjà cinq à six pouces de longueur, de l’âge de trois ans environ, car il n’est guère plus grand au troisième été, et on ne pêche ces étangs que de trois ans en trois ans après qu’ils ont été alvinés, c’est-à-dire lorsque le poisson a six ans. En les empoissonnant on a grand soin de n’y mettre que des poissons qui puissent y vivre et y multiplier , et pour cela on a principalement égard à la nature du terrain. Dans les fonds bourbeux et où l’eau est dormante, on met l’anguille, la barbotte, la carpe et la tanche. Le brochet, le barbeau et même la carpe se plaisent dans les fonds sablonneux ; le poisson y a meilleur goût que dans les fonds limoneux ; enfin la truite, la perche, le goujon , la loche aiment mieux l’eau vive et les pierrailles. Dans un étang de huit arpents, qui est l’étendue qu’on donne ordinairement à une carpière, on met environ cent carpes tant mâles que femelles, d’un pied environ de longueur, qui peuvent jeter un millier d'œufs. Le brochet étant carnassier et destructeur du poisson il n’en faut mettre aucun dans la carpière.

Quoique la règle ordinaire pour les étangs alvinés soit de les pêcher de trois ans en trois ans, néanmoins on est obligé de les pêcher avant ce temps lorsqu'il s'y est introduit une quantité de brochets si grande qu’on a lieu de craindre qu’ils ne fassent trop de désordre. Quelquefois, au contraire , on ne pêche l’étang que quatre ans après son alvinage afin que les carpes et les brochets soient plus gros.

On pêche les étangs en deux saisons seulement, en mars et en octobre. Rien de si facile que cette opération : on lève la bonde pour faire couler l’eau, et lorsque l’étang est à sec, on prend les poissons à la main.

On sait que la pêche du poisson en pleine mer ou dans les rivières se fait à la ligne ou avec des filets le jour, ou plus avantageusement la nuit, à la lumière des flambeaux. Nous avons parlé de la manière de harponner les baleines et les tortues ; la même pratique se met en usage pour les gros poissons comme le requin, le thon, la bonite, etc., et nous expliquerons dans l’histoire de chaque poisson la manière dont il se pêche.

Les nègres et tous les habitants de la zone torride, dont le pays produit nombre de plantes capables d’enivrer Île poisson , se servent de ce moyen, qui en détruit beaucoup. On sait que la coque du Levant, réduite en pâte avec du pain ou de la farine, produit le même effet, de sorte que le poisson qui en mange s'endort, surnage et se laisse prendre à la main. Le poisson endormi par cette espèce de poison ne prend aucune mauvaise qualité, et se mange tous les jours sans danger ; et c’est à tort que quelques-uns prétendent que c’est pour cette raison qu’il est défendu depuis deux siècles en France, sous des peines pécuniaires et même afflictives en cas de récidive, de pêcher soit la nuit, soit avec ces coques; les règlements ont eu en vue d'empêcher la grande destruction qu’entraîne l’usage de cette pêche, qui fait périr indistinctement le petit poisson comme le gros.

Le poisson qui vit dans l’eau la plus claire est regardé comme le plus sain; ainsi on donne le premier rang aux poissons de pleine mer, le second à ceux qui habitent autour des rochers et des sables, et le dernier rang à ceux qui habitent les bords ou les fonds bourbeux. Les poissons de mer qui entrent dans les rivières sont plus agréables au goût lorsqu'ils ont vécu quelque temps dans l’eau douce ; mais il west pas certain qu’ils soient plus sains. Les meilleurs sont ceux qui se pêchent dans les rivières dont le cours est rapide, et les moins sains sont ceux qui vivent au-dessous des grandes villes, au milieu des immondices.

La manière la plus salutaire d’apprêter le poisson est de le faire frire, soit à Phuile, soit au beurre.

On prétend que les poissons qui mangent des plantes ves:2-

nimeuses-comme le mancenillier ont la chair empoisonnée, qu’on les reconnaît à ce que leurs dents sont noires et leur foie amer; mais cela n’est pas bien prouvé ; il est plus constant qu’il y a des poissons dont certaines parties des entrailles font réellement l'effet d’un poison très-actif. Pai vu périr plusieurs fois cinq ou six nègres à la fois par des vomissements et des convulsions terribles trois ou quatre heures après avoir mangé certaines espèces de ces poissons qu’on appelle coffres.

Les poissons dont la chair ne se mange pas ne sont pas toujours pour cette raison inutiles. On tire de la graisse des uns, tels que les requins; d’autres, comme lichthyocolle, espèces d’esturgeons, donnent une coile appelée colle de poisson ; la peau des autres, comme celle du chien de mer, sert à limer, à polir le bois; les arêtes des autres servent d’aiguilles à coudre, c’est-à-dire de poinçons aux nègres et aux Groenlandais pour coudre les peaux d’ours dont ils font leur coiffure et leurs habits qu’ils assemblent avec des fils faits de boyaux desséchés.

Ruysch avait décrit et figuré, en 1718, neuf cent dixsept espèces de poissons, dont quatre cent treize d’Amboine, c’est-à-dire des îles Moluques. En 17358, c’est-à-dire vingt ans après, Artedi et M. Linné en ont réduit le nombre à deux cent quatre-vingt-dix espèces, comprises en cinquanteneuf genres. Enfin, en 1754, M. Gronovius les a fixées à deux cent deux espèces, et M. Linné, en 1766, à quatre cent soixante-dix-huit espèces ; mais nos voyages au Sénégal depuis l’année 1748, et nos recherches, nous ont procuré de ces animaux, soit en nature, soit en figures, une collection qui passe le nombre de mille, et qui nous fait croire qu’il

existe au moins douze cents espèces de poissons, dont nous formons deux cent quatre-vingt-douze genres.

M. Linné divise, en 1766, ses quatre cent soixante-dixhuit espèces de poissons en quatre familles, savoir :

4° Les aApoDes, c’est-à-dire ceux qui n’ont pas de nageoires ventrales : telle est notre famille des anguilles ;

2° Les JUGULAIRES, Jugulares, qui ont deux nageoires ventrales placées au-devant des peciorales;

3° Les PECTORAUX, thorücici, qui ont les deux nageoires ventrales placées sous les pectorales;

4° Les ABDOMINAUX, abdominales, qui ont les deux nageoires ventrales placées derrière les pectorales.

Si l’on y joint les Poissons COFFRES, qui n’ont point de nageoires ventrales, et les CARTILAGINEUX, qui ont cinq à sept trous aux ouïes, et qu’il a réunis avec les reptiles et les serpents, dans la classe des amphibies, on aura six classes de poissons, suivant cette méthode.

Suivant notre nouvelle méthode des familles, la classe des poissons se peut diviser plus naturellement en quinze

familles, savoir :

Apodes, Linn.

Corps long, sans nageoires ventrales,

1° Les ANGUILLES, anguillæ. | > et un trou sous les ouïes.

Amphibia, Linn.

{ Corps court,sans nageoires ventrales,

2° Les COFFRES, 0rbes. oo À Let un trou derrière les ouïes.

Thoracici, Linn.

Corps aplati, sans nageoires ven-

trales, ou deux devant les pectorales,

) un trou sous les ouïes et les deux yeux \ du même côté.

3° Les SOLESs, solecæ.

Jugulares, Linn.

Deux nageoires ventrales devant les pectorales, et une dorsale.

Deux nageoires ventrales devant les pectorales, et deux ou trois dorsales.

4 Les BARANEOUS, liparides. {

5° Les MORUES, moruc«æ.

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