‹ Cours d'histoire naturelle fait en 1772Chapitre 52 sur 201 · FAMILLE DES CARPES. —— ALOSE, LAVARET · texte numérisé non relu

FAMILLE DES CARPES. —— ALOSE, LAVARET

si saine, qu’on dit proverbialement sain comme un dard.

Le LAVARET, lavaretus, Belon., ne diffère du genre du gardon qu’en ce que les osselets des ouïes sont au nombre de sept à huit, et non de trois comme à la carpe, au barbeau, au gardon, à la taniche.

Il contient deux espèces, qui sont : 1° le lavaret, lavaretus ; 2 le hautin, ou l’outin, oxyrinchus, Gesn.

Le lavaret, lavaretus , Belon., ainsi nommé parce qu’il est blanc et propre, est long d’un pied, à corps comprimé comme celui d’une alose ou d’un hareng.

C’est un poisson de lac des pays les plus élevés de PEurope, et qui n’a encore été rencontré jusqu'ici que dans les eaux de la Savoie, surtout dans le lac du Bourget et d’Aigue-Belette.

Sa chair est blanche, tendre, visqueuse, mais trèsagréable.

L’ALOSE, alosa, Auson., thrissa, Arist., forme un genre de poisson de la famille des carpes, qui se reconnaïitaux quatre caractères suivants : 4° son corps est médiocrement long, très-comprimé par les côtés ; 2 sa nageoire dorsale est plus haute que longue, au lieu que l’anale est plus longue que profonde ; 5° les opercules des ouïes ont six osselets larges ; 4 son ventre est aigu, tranchant et denté comme une scie.

On en connaît dix espèces dont les principales sont :

io L’aphie; 6° Le hareng;

2 L’'iaboi du Sénégal ; 1° Le célerin,;

3° L’eba du Sénégal; 8e L’anchois;

4 L’alose ; 9e Le petit hareng.

5° La sardine;

L'Alose (Alosa, Auson., thrissa, Arist., clupea, Plin. ), est blanc jaunâtre marqué de huit à neuf tâches noires de chaque côté sur le dos.

Elle a dix-huit à vingt pouces de longueur sur une profondeur cinq à six fois moindre.

C’est un poisson des mers de l’Europe et qui remonte au printemps les rivières souvent jusqu’à trois cents lieues, à la suite des bateaux chargés de sel.

I! nage par troupe à la surface de l’eau en faisant entendre un grognement semblable à celui d’un troupeau de pourceaux ou plutôt de marsouins qui annonce son passage.

C’est dansles rivières que les aloses fraient au mois de mai: alors elles sont maigres ainsi qu’à leur arrivée sur les côtes en avril où on leur donne le nom de pucelles, parce qu’elles ne sont pas pleines d'œufs.

Mais peu aprèsleur séjour dans ces rivières, et après avoir frayé, elles deviennent grasses, charnues et d’un goût exquis. On les pêche alors en si grand nombre qu’on les voit prendre par milliers d’un seul coup de filet dans lAllier et au haut de la Loire.

Ce poisson est sensible au bruit du tonnerre, au point qu'on dit que les orages en font périr beaucoup; il a l'ouïe délicate, et il se plaît beaucoup à l'harmonie. Rondelet assure en avoir vu accourir au son d’un violon et sauter en nageant à la surface de l’eau.

La Sardine, sardina, Columell., diffère de lalose en ce que : 1° elle est plus petite, n’ayant que six pouces de longueur sur un pouce de largeur; 2° elle est bleu noirâtre; 5° ses écailles sont plus grandes que dans toutes les autres espèces d’aloses.

Elle vient tous les ans au printemps, en mars et avril, de la haute mer par bancs, dont une partie entre dans la Méditerranée, côtoie la Provence, pendant que lautre suit les côtes de la Bretagne, où on tâche de Parrêter en lui jetant pour appât cette préparation d’œufs de morue et d’autres poissons dont on paie aux Hollandais depuis dix jusqu’à quarante fr. chaque barrique du poids de trois cents.

Les pêcheurs français, au lieu de faire eux-mêmes cette

FAMILLE DES CARPES. — SARDINE, HARENG. ah

préparation d’œufs de morue qu’on appelle resure ou rogue ou rave, pendant qu’ils font la pêche de la morue, aiment mieux la jeter dans la mer, et au lieu d’en acheter aux Hollandais, ils préfèrent l’usage d’une autre morue appelée gueldre ou guildre, guildille, qui est une sorte de pâte qu'ils font avec des crabes, des crevettes, et même du fretin de sole, de merlan, et autres poissons dont ils détruisent par là une quantité prodigieuse. Cet usage est si destructif, que deux femmes en moins de deux heures prennent quelquefois dans les toiles qui leur servent de filet, jusqu’à cent livres de ce frai précieux qu’il serait important de conserver pour la multiplication du poisson.

Au reste, la pêche de la sardine sur les côtes de Bretagne produit annuellement plus de deux millions.

La sardine n’a point de fiel ni d’arêtes, d’où il arrive qu’on peut la manger sans la vider; on la mange fraiche et on en sale la plus grande partie.

On en exprimeaussi unehuile propre à brûler et à graisser.

Ce poisson meurt comme le hareng dès qu’il sort de Peau.

Le HARENG, harengus, Rond., chalcis, Arist., ærica, Gaz., allec hildeg ou la sardine du nord, tient pour ainsi dire le milieu entre l’alose et la sardine pour la grandeur, ayant environ neuf à dix pouces de longueur sur deux pouces de largeur; il est bleu obscur, il a trente-cinq côtes ou arêtes de chaque côté et cinquante-six vertèbres. Il luit la nuit.

Sa moelle dorsale diffère de celle des autres poissons en ce qu’elle n’est pas divisée en parties égales , mais continue sans interruption comme dans l’homme et les quadrupèdes.

Sa nourriture ordinaire consiste en vers appelés furts en Hollande, en petits crabes et en très-petits poissons.

Ce poisson est un des plus abondants de la mer , il ne la quitte jamais, et quoiqu'il fasse des voyages il reste toujours

dans lOcéan sans entrer, dit-on, dans la Méditerranée, car le célerin ou la harengade, qu’on pêche à Marseille, est plus petit que le hareng et y reste toute Pannée ; néanmoins on dit qu’en décembre, janvier et février on pêche du hareng auprès du Caire , en Égypte.

La patrie d’un poisson ou son lieu natal doit être celui où il fraie, comme le pays natal des oiseaux est celui où ils nichent et pondent, et non pas celui où ils hivernent. On sait que les harengs fraient une fois l’an seulement, et cela vers la fin de juillet et août sur les côtes occidentales de PUurope, surtout sur celles d'Angleterre et de France où ils se trouvent alors, et ce n’est qu'après qu'ils ont frayé et lorsque leurs petits sont en état de les suivre, qu’ils quittent ces côtes pour aller en octobre sur les côtes plus méridionales, vers les îles Canaries, chercher denouvelle pâture , et lorsque cette pâture leur manque, leur passage est plus prompt et la pêche moins bonne parce qu’ils doivent chercher leur nourriture ailleurs.

Anderson prétend que ces poissons passent l’hiver dans les mers du Nord, entre la pointe de l'Écosse, la Norwège et le Danemark ; qu’ils quittent ces mers tous les ans en janvier, en se partageant en deux ailes dont la droite va à POccident et arrive en mai vers l'Islande, d’où elle va par détachements aux bancs de Terre-Neuve. L’aile gauche, qui est la plus considérable, s'étend à l'Orient et se divise en plusieurs branches dont une entre dans la mer Baltique, en avril, pendant que l’autre va vers l'Écosse en juin,oùelle se subdivise encore , une partie côtoyant l’Irlande et faisant le tour de la partie occidentale en juillet et en août , pendant que l’autre partie entre dans la Manche en côtoyant la Hollande et la France; puis les deux colonnes se réunissent en août et septembre vers la pointe méridionale de l’Angleterre pour entrer dans l’océan Atlantique, passent en dé-

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