FAMILLE DES CARPES. — PÊCHE DU HARENG
cembre sur les côtes plus méridionales et regagnent en novembre les mers du Nord d’où ils étaient partis; telle est la route que leur fait tenir M. Anderson ; mais il paraît qu'ils ne retournent dans le nord de la Norwège qu'après avoir été en novembre et décembre sur les côtes de l'Amérique septentrionale.
La cause de ces migrations des harengs est due à la nécessité où ils sont de chercher les vers qui font leur prineipale nourriture, et qui abondent alors sur ces côtes où ils les recueillent successivement ; ils attirent par là les baleines qui les poursuivent.
Les bancs que forment ces peuplades de harengs sont quelquefois si épais qu’ils résistent au passage des vaisseaux et que les matelots peuvent les prendre à la pelle. Anderson et Martin disent que les harengs les plus gros et les plus gras se voient sous le pôle nord et dans les golfes de l’Islande, et que lorsque la peuplade se met en marche, on voit ordinairement à sa tête une espèce de hareng de près de deux pieds de longueur sur trois doigts de largeur que les pécheurs regardent comme le conducteur de la troupe, et qu’ils appellent le roi des harengs. Aussi lorsqu'ils le prennent , ils ont soin de le rejeter aussitôt à la mer pour ne pas détruire un poisson aussi utile.
Le passage des harengs ne se manifeste le jour que par la noirceur de la mer et par les mouvements qu’ils exécutent dans l’eau en s’élevant souvent jusqu’à sa surface et sautant en l'air pour fuir leurs ennemis. On reconnait mieux leur banc la nuit par le brillant de leurs yeux et la lumière de leurs écailles , aussi est-ce la nuit seulement que l’on jette les filets pour en faire la pêche. Ces filets ont six à sept cents toises de longueur et sont presque tous tricotés à mailles fort serrées et d’une grosse soie de Perse qui dure au moins trois ans ; ils sont teints en brun à la fumée des copeaux de
chêne. La mer est couverte alors de vaisseaux qui tendent ces filets pour barrer le passage des harengs : si la colonne passe à l'endroit où ils sont tendus elle les remplit bientôt. Cette pêche ne commence point avant le 25 juin , et les Hollandais, qui commencent les premiers parce que les harengs arrivent d’abord sur leurs côtes, suivent à cet égard les ordonnances publiées par les états de la ville de Hambourg, qui en fixent à ce jour l'ouverture parce que auparavant ce temps le hareng n’est pas arrivé à sa perfection et qu'il n’est point de garde. En effet tout ce qui est pêché entre le 25 juin et le mois d’août ou septembre, se partage en quatre classes. La première est de ceux qui se pêchent du 25 juin au 15 juillet, on les nomme harengs chasseurs, parce que les vaisseaux bons voiliers qui les transportent en Hoilande dans des tonneaux à mesure qu’on les prend, sont appelés chasseurs ; les trois autres classes comprennent tous ceux qui se pêchent après le 15 juillet savoir : 2° le hareng vierge, c’est-à-dire celui qui est prêt à frayer et qu’on estime pour sa délicatesse ; 5° le hareng plein, qui est rempli de laites ou d'œufs; 4° le hareng vide, qui a frayé. Ce dernier est le moins estimé parce qu’il est un peu coriace. Il se conserve aussi, ainsi que ceux dela première classe, moins bien que le hareng plein. C’est sans doute pour cette raison que ceux que pêchent les Écossais avant leur perfection, et qui sont de la première classe, ne sont pas aussi estimés, joint à ce qu'ils attendent pour les encaquer que leurs chaloupes en soient remplies. La supériorité du hareng salé par les Hollandais vient de trois causes : 4° ils n’encaquent que les harengs pleins; 2° ils serrent avant le retour du jour celui qu’ils ont pris pendant la nuit, le vident et lui coupent les ouïes ; 5° ils les encaquent dans des tonneaux de bois de chêneet non de sapin, en les arrangeant avec ordre entre des couches de gros sel d’Espagne et de Portugal.