‹ Cours d'histoire naturelle fait en 1772Chapitre 77 sur 201 · FAM. DES ARAIGNÉES. — LEUR TOILE · texte numérisé non relu

FAM. DES ARAIGNÉES. — LEUR TOILE

forment cette toile en réseau vertical; d’autres, comme le feratela , le biatela et le cresatela, traînent après eux un fil; d’autres enfin, comme le trigotela, font une toile rare horizontale sous les planchers à laquelle ils se suspendent comime un balancier.

La manière dont les araignées fileuses forment leurs toiles n’est pas indifférente à connaitre. La matière qui doit la former n’est dans leur corps qu’une liqueur visqueuse qui se sèche en prenant l'air, et par là forme un fil composé d'autant de brins qu’il y a de mamelons à la filière qui rendent chacun un filet de matière. Comine il y a communément cinq mamelons à la filière, chaque fil d’araignée est donc composé de einq fils. Chacun de ces cinq mamelons est percé d'une infinité de trous qui suintent chacun cette liqueur , de sorte que chaque mamelon fournit non pas un fil simple, mais un faisceau de fils. Nous nous en tiendrons à ce que les yeux nous montrent clairement; nous voyons ces cinq mamelons fournir chacun un fil ou un brin,et le til qui en résulte est composé de cinq brins.

Cela posé, lorsque lParaignée veut commencer son ouvrage , elle exprime d’abord de ses mamelons une goutte de cette liqueur; si c’est araignée des chambres elle exprime cette goutte contre l’encoignure d’un mur, puis s’éloignant de ce point elle file en marchant, et va assujettir Pautre bout de ce premier fil à l’autre face de l’angle du mur; de là elle revient sur le premier fil, elle en file un à côté qu’elle attache de même jusqu’à ce qu’elle ait garni tout Pendroit où doit être sa toile de pareils fils dans la même direction. La chaîne ainsi faite , alors elle croise d’autres fils aussi serrés dans le sens contraire , en sorte qu’ils courent les premiers à angles droits etforment la trame ; comme ces fils sont d’abord gluants ilsse collent aux premiers et forment unetoile continue d’une seule pièce semblabie à nos draps et à nos toiles, avec cette

différenceque la trame n’est pasentrelacée dans la chaîne, mais simplement appliquée et collée sur elle. Elle en fortifie la lisière en doublant les fils et les accumulant sur les bords.

L’araignée de jardin, qui forme une toile verticale en réseau ou à jour, s’y prend différemment ; d’abord elle fixe de même un fil à une branche d'arbre, mais pour gagner l’autre branche il faut qu’elle y lâche un autre fil qui y est porté par le vent ou qu’elle y place elle-même en se laissant pendre au bout et balancer par le vent; après cela elle les fortifie et retourne au milieu de son fil où elle en laisse pendre un second verticalement qu’elle attache en bas. Elle en file ainsi plusieurs qui partant tous d’un centre commun imitent les rayons d’un cerele. Ce premier bâti fini il ne lui reste plus qu’à enfiler des circulaires ; pour cela elle forme une spirale qu’elle commence par le bord extérieur en finissant par le centre où elle se tient quelquefois en attendant que quelque insecte volatil s’y prenne. Mais pour lordinaire elle se retire sous une feuille qu’elle garnit de fils qui aboutissent à tous ceux du centre de son réseau, de manière que le moindre mouvement lavertit d'aller chercher sa proie qu’elle emporte dans sa retraite pour la sucer tranquillement. Si l’insecte qu'elle à pris est plus fort qu'elle et se débat de manière à briser sa toile , elle l'enveloppe de fils et le pelotonne pour ainsi dire, en le roulant entre ses pattes, puis le suce ainsi garrotté.

On peut détruire jusqu’à six ou sept fois de suite ces toiles, l’araignée les recommencera ; mais peu à peu elle s’'épuisera au point d’être obligée d’avoir recours à la toile d’une de ses voisines.

Tous ces animaux sont carnassiers, ils se dévorent même les uns les autres. On a vu des mères affamées manger leurs petits. Lorsqu'une araignée survient dans la toile d’une autre, il s'engage un combat auquel la plus faible périt pour lor-

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