SEPTIÈME CLASSE, LES INSECTES, ZNSECTA
C'est-à-dire animaux dont le corps est composé d’articulations, caractère qui leur est commun avec les crustacés et nombre de vers; comme ils sont les seuls animaux articulés qui se métamorphosent, le nom de métamorphes leur convient mieux.
Rien de plus voisin des animaux crustacés que les insec— tes, au point que tous les auteurs les ont confondus jusqu'ici dans la même classe, comme nous l’avons dit, fondés 4° sur ce que leur corps est articulé au moins dans quelques-unes de leurs parties ; 2° sur ce que leur tête porte des antennes ou de petites cornes articulées; 3° sur ce que leur corps est recouvert de même d’une espèce de croûte qui est cartilagineuse dans la plupart.
Mais nous trouvons entre les uns et les autres de grandes différences parmi lesquelles les plus remarquables sont que: 1° tous les insectes subissent depuis une jusqu’à trois métamorphoses, indépendamment de leurs mues ou changement de peau, avant que de parvenir à leur état de perfection ; 2° tous prennent des ailes ou au moins des moignons qui en tiennent lieu, si l’on en excepte quelques genres de la famille des punaises, tels que les femelles du puceron, aphis, du cornafis, de la progalle, mallos, de la cochenille, du barbel, du kermès, de la cirelle, cereola, et la puce, pulex, qui se rapprochent par là des crustacés. |
Les insectes, en passant par ces trois états qui les présentent sous des formes différentes, quoique toujoursarticulées,
semblent être des animaux différents : on dirait qu’ils sont composés de deux ou trois corps organisés diversement, dont le second se développe après le premier, et dont le troisième naît du second; mais ce n’est que le même animal dont la différence d’organisation n’est qu’extérieure, et qui parait successivement sous trois enveloppes différentes et relatives à l’accroissement subit dont il est susceptible.
Comme ces trois états des insectes les montrent, non-seulement sous une figure, mais avec des parties et des allures ou des qualités, des facons d’être toutes différentes, nous allons traiter leurs généralités dans trois articles différents, pour éviter la confusion qui naïîtrait nécessairement si on n'avait point égard à cette distinction. Ces trois états sont : 1° l'état de larve ou de masque, larva ; 2 l’état de nymphe, nympha; 5° état volatil ou d’insecte parfait, ailé ou non, insectum.
ie" Érar. LARVES , LARVA.
Tous les insectes sont ovipares ou vivipares. Leurs petits, soit qu’ils naissent vivants, soit qu’ils naissent d’un œuf, passent d’abord par lPétat de larve. On distingue quatre sortes de larves, relativement au nombre de leurs pattes, Savoir :
1° Celles qui n’ont que 6 pattesécailleuses, comme lesscarabées et les fourmis-lions, s'appellent larves, nymphes ;
2° Celles à 6 pattes écailleuses et 4 à 10 membraneuses, comme les papillons, etc., s'appellent chenilles, chrysalides ;
5° Celles à 6 pattes écailleuses et 12 à 18 membraneuses, comme les mouches à scie, s'appellent fausses chenilles, nymphes ;
4° Celles sans pattes, comme les ichneumons, les mouches à 2 ailes, etc., s'appellent vers.
Toutes ces larves ont le corps composé de quatorze anneaux, la tête y comprise.
Dans quelques-unes, comme les larves proprement dites, ces anneaux forment trois corps bien différents, savoir : la tête, le corselet, fhorax, et le ventre. Dans d’autres, comme les chenilles et les fausses cheniiles, ils forment deux corps, Savoir : la tête et le ventre qui est confondu avec le thorax. Dans les autres,comme les vers des ichneumons, des abeilles et des mouches à deux ailes, la tête n’est pas distincte des anneaux du corps, dont elle fait le premier ou le douzième, car ces derniers paraissent n'avoir que douze anneaux.
Les larves proprement dites sont ordinairement courtes et ramassées, cependant on en voit quelques-unes d’assez longues, telles que celles des staphylins. Les chenilles et fausses chenilles sont cylindriques, très-allongées, excepté quelques-unes que lon appelle chenilles-cloportes. Les vers affectent communément une figure conique très-ramassée, tronquée et plus grosse vers lPanus et pointue vers la tête; il y en a cependant de très-allongées et pointues par les deux extrémités, comme celle du mirion, c’est-à-dire de la mouche armée, mirio, Ad.
M. Lyonnet a compté quatre mille muscles dans le corps de la chenille du saule, vittopa, Ad.
La tête est la partie la plus dure du corps de celles qui en ont une bien distincte. Dans les larves proprement dites et les chenilles, elle est formée de deux calottes hémisphériques. Dans les fausses chenilles elle consiste en une seule calotte sphérique. Enfin dans les vers elle est molle, conique et changeante,excepté dans le cousin et la tipule qui, par là, se rapprochent des fausses chenilles. Elle est sans cervelle,
sans narines, sans oreilles, non-seulement dans ces larves, mais encore dans leurs nymphes, dans leur troisième état d’insecte parfait.
Les vers à tête molle et changeante n’ont point d’antennes; mais les larves, les chenilles et les fausses chenilles en ont deux qui sont assez semblables à celles des insectes parfaits, dans les sauterelles et les punaises, et différentes dans les autres. Ces antennes ne paraissent pas leur être d’une grande utilité, ni favoriser beaucoup le sens du toucher.
Il n’y à point d’yeux dans les vers à tête molle; il y en a deux assez grands et souvent chagrinés dans les larves, et quatre à trente lisses, extrêmement petits dans les chenilles et fausses chenilles; ils sont placés sur les côtés de la tête. Suivant M. Geoffroy (vol. 2, p. 10, Jus.), ce sont les deux calottes de la tête qui sont les yeux dans les chenilles; mais ce qui l’a induit en une erreur aussi marquée, c’est sans doute qu’il ne s'était pas appliqué à les découvrir; avec la plus légère attention, il eût aperçu de petits tubercules luisants parfaitement semblables aux petits yeux lisses des cigales, des papillons, des abeilles et des mouches; il est vrai que ces yeux ne paraissent pas leur être fort utiles.
Deux grandes mâchoires horizontales arment la bouche des larves, des chenilles et des fausses chenilles, et celle de la tipule et du cousin parmi les vers des mouches à deux ailes. Dans les larves des punaises et des cigales, c’est un sucoir en aiguillon, qui prend son origine du dessous de la tête et qui se couche sous le corps. Les vers des mouches n’ont qu’une seule mâchoire verticale ( X) à trois branches, dont la branche du milieu sert comme de point d’appui à la branche antérieure, pour piocher et miner.
Outre ces mâchoires, la bouche des chenilles et des larves, qui filent comme elles une coque, a vers son milieu, sous la lèvre inférieure, une espèce de langue, un mamelon co-
nique percé d’un petit trou par lequel coule le mucilage qui doit former le fil de sa coque; cette langue s'appelle pour cette raison du nom de filière ; ce fil leur sert pour se suspendre en se laissant tomber du haut d’une branche dans les dangers.
Les larves des insectes vivent en général plus de végétaux que d'animaux. Il est des chenilles , comme les sphinx, qui mangent en un jour le double de leur poids.
Le sens du goût paraît être chez eux le second après celui du toucher.
Is n’ont ni le sens de l’odorat ni celui de louïe, au moins ce dernier ne parait-il accordé qu’à ceux qui rendent des sons, comme les mâles des sauterelles, des cigales, etc.
Nous avons vu ci-dessus que le corselet se distingue aisément de la tête et du ventre ; il consiste communément en un anneau dans les larves, et que dans les chenilles et les fausses chenilles il se confond avec le ventre, et avec la tête et le ventre dans les vers.
Le ventre forme tout le corps de l’animal dans Îles vers qui ont la tête et le corselet confondus avec lui, et il consiste en douze anneaux. Dans les chenilles et les fausses chenilles, dont la tête est distincte, il consiste en treize anneaux ; enfin il n’a que douze anneaux dans les larves, dont la tête forme un anneau et le corselet un autre.
Il est accompagné quelquefois d’appendices qui forment un, deux ou trois espèces de queues. Ces appendices sont solides ou cartilagineuses et creusées en tuyau, comme ce qu’on appelle la corne de la queue des chenilles, ou bien ce sont des tuyaux mous et charnus qui rentrent dans euxmêmes, à la manière des cornes des limaçons, comme dans la chenille à deux queues et deux cornes du saule, ou bien ce sont des filets simples ou articulés, comme dans le grillon, l’éphémère et autres semblables.
Les vers n’ont point de pattes, et c’est pour cette raison, et parce qu’ils rampent, qu’on leur à donné ce nom, quoique très-impropre. C’est par le gonflement ou le raccourcissement de leurs anneaux postérieurs qu’ils font avancer leur corps en les faisant d’abord servir de point d'appui pour jeter, pour ainsi dire, en avant les anneaux antérieurs et les fixer sur je crochet de leur bouche qui attire à lui leur partie postérieure. Quelques-uns sont aidés dans cette marche assez lente par deux ou quatre pointes placées à leur extrémité postérieure et par quelques mamelons qui bordent leurs anneaux et qui semblent leur tenir lieu de pattes.
Les larves n’ont que six pattes toutes écailleuses, coniques, à cinq articles, y compris l’ongle, et attachées sous le corselet, c’est-à-dire sous les trois premiers articles du corps, de manière qu’elles répondent à celles qu’eiles doivent avoir dans leur troisième état, dans celui de volatile ou d’insecte parfait. Parmi ces larves, celles qui vivent dans Peau courent ou nagent avec agilité pour attraper leur proie et saisir Les autres insectes dont elles font leur nourriture. Quelques-unes, de la famille des punaises, sautent, mais la plupart des autres sont lourdes et paresseuses, et comme elles mangent considérablement, elles naissent ordinairement au milieu de laliment qui leur convient, surtout sur les feuilles des plantes ou sur leurs racines.
Les chenilles ont six pattes écaiileuses et de plus quatre à dix membraneuses ou charnues, semblables à des mamelons cylindriques ou comiques tronqués, qui font en tout dix à seize pattes. Ces pattes membraneuses sont bordées en tout ou en partie de nombre de petits crochets durs, recourbés et rangés en couronne ou en demi-couronne, qui servent à les accrocher. Les chenilles à seize pattes sont les plus nombreuses et les plus grandes; après les six pattes écailleuses qui occupent les anneaux deux, trois et quatre, voisins de
la tête, sont deux anneaux nus, ensuite quatre anneaux avec huit pattes membraneuses, savoir : le septième jusqu’au dixième, puis trois anneaux nus, savoir , le onzième, le douzième et le treizième; enfin le quatorzième ou le dernier anneau a deux pattes membraneuses, les familles (11 à 16) des papillons ont ce caractère. Toutes ces chenilles marchent en formant des ondulations ou par un mouvement progressif vermiculaire; celles de la 41° famille donnent des papillons diurnes et celles de la 12°, 15°, 14°, 15°, 16° donnent des phalènes ou papilions nocturnes. Les chenilles à quatorze pattes ont ces paites membraneuses distribuées de trois manières différentes: dans les unes il y en à huit disposées comme dans celles à seize pattes sur les anneaux sept, huit, neuf, dix, et ce sont celles du quatorzième anneau qui manquent; tels sont les papillons lève-queues, alticaudæ, qui forment la dix-septième famille ; dans les autres ce sont les deux membraneuses du septième article qui manquent comme dans la naroula, la nasutarpa et le tectarpa des papillons, des demi-arpenteuses de la dix-huitième famille, première section; enfin dans les autres, ce sont celles du dixième anneau qui manquent comme dans le crossarpa, le minarpa, le tinarpa, le longarpa et le roularva des demi-arpenteuses de la dix-huitième famille, première section.
Les chenilles à douze pattes en manquent aux quatre anneaux 5, 6, 7 et 8 ; tel est le {lambda de la seconde section de la dix-huitième famille des demi-arpenteuses.
Enfin les chenilles à dix pattes n’en ont point de mem-— braneuses aux cinq anneaux qui suivent les paties écailleuses, savoir : les 5,6, 7,8 et 9; telles sont les arpenteuses, geometræ, de la dix-neuvième famille.
Foutes ces chenilles, excepté celles de la dix-septième famille ou les lève-queues, marchent en arpentant le terrain :
celles qui ont quatorze ou douze pattes, telles que celles de la dix-huitième famille, ont le pas médiocrement grand, d’où vient le nom de demi-arpenteuses que nous leur avons donné. Mais celles de la dix-neuvième famille, ou les vraies arpenteuses, qui n’ont que dix pattes, font des pas beaucoup plus grands, elles semblent mesurer le chemin et Parpenter. En effet, elles cramponnent d’abord leurs pattes écailleuses et attirent leurs pattes membraneuses intermédiaires et tous les änneaux postérieurs contre ces mêmes pattes écailleuses, de manière que les cinq anneaux intermédiaires sans pattes sont élevés en demi-cercle et forment une espèce de boucle; alorselles fixent à leur tour les quatre pattes membraneuses postérieures, et étendent en avant leur partie antérieure de toute la longueur des cinq anneaux qui étaient courbés en demi-cercle; elles répètent ainsi successivement cette manœuvre er fixant de nouveau Pextrémité antérieure pour y ramener la partie postérieure et faire un deuxième pas en avant. Cette manière de marcher s’exécute promptement, et ces chenilles courent plus vite que toutes les autres qui ont plus de pattes; elles ont assez de force pour tenir tout leur corps droit, tantôt roide, tantôt un peu fléchi e° soutenu seulement par leurs deux pattes postérieures qu’elles cramponnent à un arbre; comme leur corps est cylindrique et d’une couleur terne approchant de celle du bois, quand elles sont ainsi posées et immobiles, elles ressemblent tellement à une petite branche qu'on les distingue avec beaucoup de peine, quoiqu’on les ait sous les yeux. Quoique MM. Linné et Geoffroy, et tous les auteurs, aient dit que le nombre et la position de ces pattes membraneuses varient dans les chenilles de même genre, de manière qu’on ne peut, selon eux, établir sur cet article aucun caractère constant, néanmoins on verra dans nos exposés que toutes les espèces d’un même genre se res-
semblent à cet égard, et que c’est faute d’avoir examiné assez scrupuleusement les chenilles etleurs papillons, qu’ils ont cru pouvoir avancer cette assertion également fautive et iijurieuse à la nature qui est constante dans ses opérations.
Les fausses chenilles des scieuses ou des mouches à scie, tenthredo, de notre famille vingt, ainsi nommées par M. de Réaumur, à cause d’une certaine ressemblance qu’elles ont avec les chenilles, ont toutes depuis dix-huit jusqu’à vingtdeux ou même vingt-quatre pattes, dont les six premières seulement sont écailleuses; les autres sont membraneuses mais sans crochet, ce qui les distingue de celles des chenilles; elles sont disposées de manière que celles qui n’en ont que dix-huit en manquent aux... anneaux, comme dans le triedo.
Le sens du toucher paraît être le premier de tous les sens de ces animaux et résider principalement dans les pattes de ceux qui les ont fort multipliées.
Toutes les larves ont à l'extérieur de leur corps plusieurs ouvertures appelées stigmates, qui servent à leur respiration.
Les larves proprement dites, les chenilles et les fausses chenilles, en ont dix-huit, c’est-à-dire neuf de chaque côté, de sorte que de leurs quatorze anneaux, il y en à cinq qui n’en ont point, savoir : le troisième, le quatrièmeet les deux derniers. Les deux premiers stigmates du deuxième anneau répondent aux deux qui seront par la suite au corselet de l’insecte ailé, et les seize autres plus éloignés, à commencer par ceux du cinquième anneau, formeront un jour ceux qui paraîtront sur les anneaux de son ventre.
Les vers des mouches aquatiques en ont deux seulement au deuxième article de la partie antérieure de leur corps, et deux à la partie postérieure. Ces deux derniers sont quelquefois simples, quelquefois ils en contiennent deux ou trois dans une même cavité.
La figure de ces stigmates varie suivant les lieux que ces
animaux habitent. Ceux qui vivent dans la terre ou sur la terre comme la plupart des larves et des chenilles, les ont semblables à des points ovoïdes disposés obliquement en boutonnières sur les côtés des anneaux et colorés diversement selon les espèces. Les vers aquatiques ont quelquesuns de ces stigmates prolongés en tuyaux ou bordés d’appendices charnus disposés en aigrettes: tels sont les deux de la partie antérieure de leur corps, et deux autres plus grands à leur partie postérieure; le bord de quelques-uns est relevé en bourrelet, pour les défendre des matières liquides ou visqueuses au milieu desquelles ils vivent. D’autres ont ces stigmates fort larges et l'ouverture de chacun parait en renfermer trois plus petits ; enfin, on observe une grande variété non-seulement dans les différents genres, mais même dans les diverses espèces du même genre.
Ces stigmates par lesquels Panimal respire, sont les bouts ou les ouvertures d'autant de vaisseaux aériens, qui tous vont se réunir à deux longues trachées analogues aux poumons des quadrupèdes et qui reçoivent de même Pair nécessaire pour le faire vivre, et le rendent par la bouche, par Panus et les pores de la peau.
Le cœur des chenilles est allongé de maniere qu’il semble faire une suite de cœurs rangés d’un bout à l’autre de son dos en chapelet.
C’est sous cette première forme de larve, et avant que de passer à son deuxième état, à celui de »ymphe, que l’animal prend tout son accroissement. La larve grossit tous les jours sensiblement, et comme la peau qu’elle a apportée en naissant ne pourrait pas se prêter à un accroissement si subit, ni se distendre assez facilement, la nature semble l'avoir enveloppée de plusieurs peaux, dont les intérieures sont plissées et plus grandes que les extérieures.
Lorsque la larve à acquis à peu près dix à douze fois plus de grandeur qu’elle n’en avait au moment de sa nais-
CLASSE DES INSECTES. — ÉTAT DE LARVE, 241 sance, ce qui arrive au bout de dix à douze jours, plus ou moins suivant la température de Pair, elle fait sa première mue, c’est-à-dire qu’elle quitte sa première peau, sa peau extérieure ; trois jours avant cette mue elle dort ouse tient tranquille sans manger, la tête communément en l’air et la queue bien fixée; son corps parait alors abreuvé d’une eau qui s’étendentre la première et la deuxième peau, et qui les sépare l’une de Pautre. On voit pendant le même intervalle une deuxième tête s'élever un peu plus haut que la premicre, surtout dans les chenilles, et ce terme expiré, c’està-dire le troisième jour, la tête ancienne tombe, la peau se fend entre le troisième et le quatrième anneau, la larve se gonfle et se contracte alternativement jusqu’à ce qu’elle se soit débarrassée de cette peau, comme d’un fourreau qui sort tout plissé par le bout de sa queue, et elle paraît avec une nouvelle peau très-ridée ou plissée, qui était probablement renfermée sous la première.
La larve ou la chenille garde cette nouvelle peau jusqu’à ce que laccroissement de son corps la rende trop étroite, ce qui arrive au bout de cinq à huit jours ; alors elle se fend comme la première; elle est poussée de même par une deuxième mue, et celle-ci est suivie d’une troisième, et ainsi de suite, jusqu’à ce que la larve soit parvenue à son dernier terme d’accroissement et de grandeur.
Le nombre de ces mues varie suivant la diversité des genres et des familles des insectes; il y en a qui ne muent aucunement, même pour passer à leur deuxième état, à celui de nymphe. Tels sont les vers des mouches à deux ailes; ils s’enveloppent alors, ou pour parler plus exactement, ils se détachent de leur propre peau dans laquelle ils sont renfermés comme dans une coque sèche assez solide, sous une nouvelle peau de nymphe.
Les larves n’essuient que trois de ces mues.
2h2 SEIZIÈME SÉANCE.
Les chenilles en éprouvent communément quatre, et M. Bonnet assure, que la chenille martre ne devient chrysalide, c’est-à-dire ne passe à son deuxième état; qu'après avoir quitté sa huitième peau.
Après leur dernière mue, les larves et les chenilles mangent et croissent jusqu’à ce qu’elles soient parvenues à leur dernière grandeur et qu’elles soient prêtes à passer par l'état de nymphes ou de chrysalides.
Cette mue s’étend sur toutes les parties du corps qui sont creuses, et elles paraissent vides sans aucune ouverture dans la peau quittée, tête, antennes, yeux, pattes, stigmates, tubercules, poils, appendices, enfin aucune partie n’en estexempte. Il y a cependant quelques chenilles velues dont les poils ne muent pas avec le reste du corps, parce qu’ils ne sont pas creux ni engainés les uns dans les autres, comme les autres parties ; ils suivent en entier l’ancienne dépouille et la nouvelle peau est couverte de poils qui étaient couchés sous la première.
La durée de l’état de larve est plus ou moins longue suivant les espèces, et il ne suit pas la proportion qu’on observe dans les grandeurs, car le {ture par exemple, c’est-àdire la larve du hanneton et celle de quelques autres genres de scarabées, restent dans leur état pendant trois années entitres, et ce n’est qu'à la quatrième qu’elles passent à celui de nymphes, tandis que la chenille de la phalène paon du papillon tête de mort, et de beaucoup d’autres qui sont plus grandes que les larves de ces scarabées, prennent tout leur volume en un été, et souvent en moins de deux mois.
Les larves qui sont voraces ou gourmandes, surtout celles qui vivent de végétaux comme les chenilles, rendent une très-grande quantité d’excréments.
Ces excréments sont ordinairement verdâtres dans les chenilles des papillons, rouges dans celles des phalènes qui
vivent dans les roses sèches de Provins, et toujours de la couleur des nourritures que prennent ces chenilles. Jai réussi à tirer une couleur verte assez belle de ceux du ver à soie, et un rouge très agréable de ceux des chenilles des roses sèches.
La figure de ces excréments varie aussi selon la conformation des intestins et surtout de l’anus dans lequei ils se moulent en sortant; c’est ainsi que ceux des chenilles sont cylindriques, tronqués et cannelés de six à huit pans.
Avant que de passer à l’état de nymphe, les larves qui sont tendres, et qui doivent rester immobiles dans cet état, sefontun abrichacunesuivant industrie propre à son espèce.
Celles qui ne font pas de coque, comme sont les larves de la plupart des scarabées et les chenilles des papillons diurnes ou de la onzième famille, ont soin de se mettre à Pabri pendant ce temps sous un toit, ou de se cacher, soit sous des écorces, soit dans des trous d’arbres ou dans des fentes de pierres et de murailles, ou dans des crevasses de la terre, ou sous la terre même, lorsqu'elles sont prêtes à se métamorphoser en nymphes.
Les larves qui se forment des coques pour se garantir du froid et des animaux qui peuvent les dévorer, y emploient divers matériaux et divers moyens qui établissent entre elles quatre ou cinq différences bien notables.
Les unes se pratiquent dans la terre proportionnellement à leur grandeur, une cavité qui leur tient lieu de coque, et qu’elles tapissent d’un tissu de soie souvent fine et délicate, qui, en donnant assez de solidité pour empêcher de s’écrouler, forme une espèce de fourrure où elles reposent plus mollement dans leur état de nymphe. Plusieurs phalènes, quelques ichneumons et d’autres insectes, en font de semblables,
Les larves de nombre d’espèces de scarabées, des fourmis-lions et d’autres insectes, les chenilles et fausses chenilles
2h! SEIZIÈME SÉANCE.
de nombre de phalènes et de mouches à scie, se bâtissent des coques semblables dans la terre ou le sable; mais ces coques sont entièrement détachées et libres de la terre avec laquelle elles ne font pas corps.
D’autres font entrer dans la construction de leurs coques des mottes de terre, des brins de bois ou d’herbe, des feuilles qu’elles unissent et attachent ensemble au moyen de leurs fils. Telles sont encore les chenilles de quelques phalènes, les larves des abeilles, etc.
D’autres enfin, plus riches et plus habiles, telles que nombre de phalènes, surtout les sphinx, les paons, le ver à soie, etc.,se filent hors de terre et communément sur les plantes, une coque dont tout le tissu est de soie, mais comme composé de trois enveloppes dont la première forme une bourre capable de retenir la pluie; la deuxième forme un tissu de belle soie, et la troisième est comme un parchemin imperméable à Pair et à l’eau.
Ces coques sont exécutéescommunément en deux ou trois jours au moyen de la filière que ces larves ont à leur bouche, qui conduit de côté et d’autre la matière contenue dans les deux vaisseaux à soie, laquelle ressemble à un vernis clair, transparent et visqueux qui se sèche aussitôt à la sortie de la filière.
Les teignes n’ont pas besoin de filer de coques, elles restent dans leur fourreau où elles se métamorphosent en chrysalides.
La plupart des chenilles mineuses se métamorphosent de même, soit sans filer de coque, soit en en filant dans les mines qu’elles ont creusées dans les feuilles mêmes; les premières rentrent dans la classe des larves qui ne font pas de coques.
Il y en à qui, avec une portion de feuilles de figuier, se font une coque semblable à un dé à coudre, dont elles recou -
vrent la partie ouverte avec un couvercle de même matière.
Mais il est une espèce de coque bien plus singulière, c’est celle des vers des mouches. Les vers de la plupart d’entre elles ne muent point et n’abandonnernt pas leur peau comme font les larves des autres insectes, pas même pour se métamorphoser en nymphes. Dès que ces vers sont parvenus à toute leur grosseur, le plus grand nombre s'enfonce sous terre, et les autres s’attachent par la tête sur quelque corps solide, comme une pierre, une feuille, ete. Au bout de deux ou trois jours, ils prennent la forme d’un œuf en retirant en dedans les éminences de leurs stigmates qui sont à leur partie postérieure et la peinte de leur tête. Peu après leur peau s'étend, brunit, durcit et devient, en séchant, une coque solide un peu moins grosse que n’était le ver qui est métamorphosé intérieurement en une nymphe enveloppée de sa propre peau, détachée de lPancienne qui lui sert de coque. Dans les premiers jours cette nymphe, encore liquide où semblable à une bouillie épaisse renfermée dans sa peau, qui n’a pas encore de linéaments bien marqués, prend le nom de boule allongée; mais lorsqu’au bout de quelques jours elle a pris un peu plus de consistance, les traits y deviennent plus saillants et l’on y voit les prineipaux membres que doit avoir le volatile, comme les pattes et les ailes.
Dans cet état la nymphe ne remplit pas toute la cavité de sa coque, elle y laisse un vide qui est très-considérable dans quelques espèces, comme dans le ver aplati et pointu aux deux bouts de la mouche armée, mirio, qui a conservé toute la forme du ver.
Il n’y a guère que les vers des mouches qui se nourrissent de pucerons, aphidivoræ, qui changent assez leur forme de ver en se séchant en coque pour y devenir nymphes; celte coque prend la figure d’une larve pendante, dont la
2h16 SEIZIÈME SÉANCE.
pointe est tournée en haut et appliquée sur les feuilles des plantes.
Nombre de larves, et surtout de chenilles qui ne se forment pas d’enveloppes pour vivre à couvert, mais qui vont chercher leur nourriture de côté et d’autre, soit dans Îles prés humides, soit sur les arbres, sont d'ordinaire revêtues de poils qui soutiennent et arrêtent l’eau dont elles seraient inondées , pénétrées et glacées. Ces mêmes poils ont un autre usage, c’est de les empêcher de se briser dans leur chute du haut des arbres lorsque leur fil vient à se rompre, ou de les avertir de se glisser de côté ou en bas lorsqu'une branche agitée par le vent les fait plier et est près de les écraser.
Quoique plusieurs chenilles soient parées de couleurs assez brillantes qui les font distinguer d’assez loin , néanmoins la plupart ont un fond de couleur principale qui est la même que celle des feuillages dont elles se nourrissent, ou des petites branches sur lesquelles elles s'arrêtent quand elles muent. Celle qui vit sur le nerprun est aussi verte que cet arbre, celle du sureau à la couleur du bois de sureau ; on en voit sur le pommier, sur l’épine, sur le prunier, aussi rembrunies que le bois de ces plantes. La nature semble avoir eu en vue par là de les garantir des oiseaux, qui n’ont pas de nourriture plus délicate et plus f:vorable pour leurs petits ; car dès que le temps de leur mue est venu elles quittent les feuilles et se retirent le long des branches ; par là elles sont confondues avec ce qui les supporte, elles sont moins en apparence et échappent, pendant leur long sommeil, aux oiseaux qui les cherchent. C’est ainsi qu’au milieu des guerres que les animaux se font les uns aux autres, après la destruction qui a pour but leur nourriture, il reste encore assez d'individus pour perpétuer les espèces.
Ces chenilles ont aussi leurs petites ruses: elles sont plus
souvent sous les feuilles qu’elles rongent que dessus pour n'être pas aperçues des oiseaux. Souvent la chenille fait devant l’oiseau ce que la souris fait devant le chat, elle contrefait la morte, elle amuse l’ennemi; elle le rend négligent et trouve un moment de distraction où de sommeii dont elle profite pour se cacher.
2e État. NYMPHES, NYMPHÆ.
Le second état de la vie ou la seconde forme par laquelle passent les insectes, immédiatement après celui de larve, est celui de nymphe. Les larves y passent après leur dernière mue, en prenant une peau d’une figure différente de celle qu’elles viennent de quitter, si l’on en exceste les insectes de la famille des punaises qui n’ont pas d’ailes.
Les nymphes varient beaucoup par la couleur, mais surtout par la forme et le mouvement ou le défaut d’action qui donnent lieu d’en distinguer trois sortes, savoir :
1° Celles qui ressemblent très-peu à un animal, et dont le corps ne montre presqu’aucune partie, mais seulement quelques anneaux ou sillons circulaires vers l'extrémité postérieure, et des impressions souvent peu distinctes des antennes, des yeux, des pattes et desailes, vers leur extrémité antérieure. Leur peau est communément épaisse, sèche, dure et comme cartilagineuse.
Ces nymphes n’ont d'autre mouvement que celui que peuvent produire les anneaux de leur ventre, qui ne peut pas les faire changer de lieu ni avancer, mais seulement les retourner tantôt sur le dos, tantôt sur le ventre ou sur les côtés. Les chenilles des papillons et des phalènes donnent de cessortes denymphes auxquelles on à consacré le nom de feves ; on appelle aurélies ou chrysalides celles qui sont dorées.
2° La deuxième sorte de nymphe a toutes ses parties fort distinctes. Sa peau, qui enveloppe chaque partie séparément, est très-mince et si molle, si délicate, que le moindre contact la blesse facilement. C’est cette délicatesse qui lui a valu le nom de nymphe. Klle n’a guère plus de mouvement que la première sorte. |
Les larves de la famille vingt et une, des ichneumons, de la famille vingt-deux, des abeilles, deviennent des nymphes de cette sorte, et les vers des mouches à deux ailes en contiennent de pareilles dans la coque qu’ils se font de leur propre peau de ver.
La nymphe du cousin et de la tipule viennent encore dans cette classe, quoiqu’elles aient un mouvement translatif, Ces nymphes ont aux côtés du corselet deux petits cornets terminés par les stigmates, et qu’elles élèvent très-souvent au-dessus de l’eau pour respirer lair.
5° La troisième sorte de nymphe ressemble plus à une larve ou à un volatile, c’est-à-dire à un insecte parfait qu’à une nymphe des deux sortes précédentes ; elle a ses membres distincts comme ceux d’une larve, et elle en fait usage ; elle marche et mange de même. Elle ne diffère de la larve que parce qu’elle a des moignons d’ailes ; et de linsecte parfait, que parce que ses ailes ne sont pas développées, et qu’elle ne peut ni s’accoupler ni engendrer sous cette forme pas plus que les autres larves.
De cette sorte sont les nymphes de la famille (cinq) des sauterelles, de la famille (six) des cigales, de la septième des punaises, de la huitième des demoiselles, de la neuvième des vagvagues, de la dixième des fourmis-lions. I y a néanmoins une exception à faire à l’égard de quelques genres de la famille (sept) des punaises, dont les femelles n’ont jamais d’ailes comme celles du puceron, aphis, du cornafis, du mallos, de la cochenille, du barbel, du kermés, de la cirelle, cereola,
et la puce, qui n’ont rien que ieur changement de peau qui caractérise leur état de nymphe. La punaise est le seul genre parmi ceux qui n’ont jamais d’ailes, qui prenne des moignons d’aile.
Les parties que l’on voit dessinées et tracées à extérieur des fèves ou des chrysalides les plus unies sont bien conformées et finies dans lintérieur, et la chrysalide n’est réellement que l’insecte parfait resserré, replié, et qui doit se développer par la suite, comme on peut s’en assurer en prenant une larve ou une chenille au moment où elle vient de quitter sa dernière peau et se transformer. Alors sa chrysalide est molle et visqueuse; on peut, avec une pointe, faire séparer et développer toutes les parties de l’insecte parfait, mais elles sont encoresans consistance et sans mouvement. Quelques heures après, la même anatomie n’est plus praticable; la matière visqueuse qui enduit la chrysalide se sèche, unit toutes ses parties, et lui forme une espèce de peau qui devient dure et coriace; c’est sous cette enveloppe, sous cette espèce de coque que les membres de la chrysalide se fortifient et acquièrent la consistance et la dureté nécessaires pour devenir insecte.
Les stigmates ou les organes de la respiration se trouvent sur les nymphes des insectes comme sur leurs larves, et placés à peu près de même eten même nombre; mais ils ne sont pas aussi faciles à apercevoir, surtout les deux qui sont de chaque côté du corselet, thorax, de la chrysalide des papillons. Les sept autres se voient facilement sur les côtés du ventre. Les nymphes des mouches en ont deux à quatre à leur partie antérieure et deux autres à la partie postérieure. Ceux du corselet, et même les deux derniers du ventre, offrent souvent des singularités dans leur nombre, leur figure et leur position, qui diffèrent de ce qu’elles étaient dans la larve et de ce qu’elles doivent être dans
Pinsecte parfait. C’est ainsi que les larves de certaines mouches qui avaient des tuyaux à leurs stigmates, comme celles des mirions ou mouches armées, les perdent en devenant nymphes, tandis que celles qui n’en avaient point, comme celles du cousin et de la tipule, en acquièrent.
Enfin quelques nymphes aquatiques ont, au lieu de stigmates, des espèces d’ouïes semblables à celles des poissons ou des panaches auxquels aboutissent les vaisseaux aériens et qu’elles font jouer avec une agilité surprenante.
Les nymphes de la troisième sorte, telle que celles de la famille (cinq) des sauterelles; de la sixième famille des cigales , de la septième des punaises, de la huitième des demoiselles, de la neuvième des vagvagues, et de la dixième des fourmis-lions, différent de toutes les autres, en ce qu’elles prennent de la nourritureet rendent des excréments comme elles faisaient dans leur état de larve.
L'état de nymphe est plus ou moins long, suivant les espéces et suivant les saisons, car la chaleur contribue beaucoup à accélérer, comme le froid contribue à retarder leur métamorphose, et on peut la retarder ainsi plusieurs années ; mais on ne sait pas encore quelles sont les limites qui pourraient leur être mortelles par un trop long retard.
Les nymphes des vers de mouches restent nymphes pendant quinze à vingt jours et quelquefois davantage.
Les chrysalides des chenilles qui sont nues sans coque, comme celles des papillons de la famille onze, sont plus promptes à se métamorphoser que celles qui font des coques : elles muent et deviennent papiilons au bout de quinze à vingt jours pendant l'été; il n’y a que les chenilles des individus qui se sont transformés en chrysalides en automne qui ne muent en papillons qu'après l'hiver ou au printemps suivant.
Permi les chrysalides qui s’enferment dans une coque, il
CLASSE DES INSECTES. — ÉTAT DE NYMPHE. 291 y en à qui, comme celles du ver à soie, deviennent phalènes après quinze à vingt jours; mais beaucoup d’autres, comme le sphinx, le paon, etc., ne deviennent phalènes que Pannée suivante, vers le mois de mai, et on à remarqué que celles dont la coque est fort dure et d’un tissu plus serré, restent dans leur état de chrysalide pendant deux, trois ou même quatre ans.
Lorsque toutes les parties de la nymphe ont acquis leur dernière solidité et perfection, elle travaille à se débarrasser de la peau membrareuse qui Penveloppe, et en gonflant et désenflant successivement, comme elle avait fait dans ses mues pendant son premier état de larve, sa tête et son corselet qui sont encore assez mous pour se prêter à cette action, elle parvient à déchirer ou à faire éclater cette membrane que l'air a desséchée et rendue cassante. Dans nombre de nymphes cette membrane a, dans sa partie supérieure, deux ou trois rainures ou sillons où elle est plus mince, de sorte qu’elle se fend aisément par ces endroits. Cette enveloppe une fois déchirée ou entr’ouverte, l’animal qu’elle renferme s’aide de ses pattes qui, sortant au dehors, en tirent facilement le reste de son corps comme d’un fourreau, et il voit le jour sous la forme d’un volatile ou d’un insecte parfait.
Quelques insectes, outre cette peau de la nymphe, ont encore une coque à percer, soit que cette coque soit un tissu de fils de soie comme dans la plupart des phalènes des familles 142 à 19, soit qu’elle soit membraneuse ou cartilagineuse comme dans les mouches à deux ailes, et dans quelques genres de la famille des mouches à scie, de celle des ichneumons et de celle des abeiïlies, ou en partie soyeuse, en partie terreuse comme dans le fourmi-lion et quelques genres de scarabées.
Cette coque soyeuse des phalènes n’est point fermée par
l'extrémité qui regarde la tête de la phalène, et par où elle doit sortir; la chenille, en la filant, laisse une ouverture qui est cachée par des fils plus lâches et contournés en anneaux qui suflirait pour empêcher les insectes d’y entrer, mais qui s’écarte facilement lorsque la phalène, après lavoir humectée pour en décoller les fils, force légèrement avec sa tête pour en sortir, en se débarrassant aussi par ce moyen de sa peau de nymphe qui reste au dedans de louverture; on trouve donc dans ces coques deux dépouilles, celle de la larve ou de la chenille, et celle de la nymphe.
Dans les espèces d’insectes dont la nymphe, outre sa propre peau, est enfermée dans une coque cartilagineuse, le volatile fait sauter la partie supérieure de cette coque,comme une espèce de calotte hémisphérique quisouvent se divise en deux demi-calottes, ce qui s'exécute sans beaucoup de force de la part de lPinsecte parce que la trace marquée par un silion de cette calotte était auparavant circulaire, traversée par un autre sillon vertical, qui au moment où la peau de la larve s'était durcie pour envelopper sanymphe d’unecoque, étaient restés mous et tendres, afin que le volatile pût aisément en sortir.
Au moment où l’insecte ailé sort de sa coque, son corps est humide, plus gros, d’une couleur moins vive qu'il ne le sera par la suite:ses parties sont encore un peu mollasses et souvent ses ailes sont comme chiffonnées; mais, au bout de quelque temps, l'air, en desséchant cette humidité superflue, fortifie ses membres, leur donne plus de consistance, rembrunit leurs couleurs; ses ailes se déploient et l’insecte est en état de voler et de prendre son essor. Ce développement des ailes, surtout dans quelques papillons et quelques demoiselles qui les ont communément chiffonnées, a étonné quelques observateurs ; il n’est cependant dû qu’à un effet bien naturel de Pexpansion de Pair;
pendant que l’air extérieur sèche ces ailes à la surface, Pair intérieur, poussé par les trachées qui rampent dans leur tissu qui est encore humide et mou, les étend, et quand elles sont une fois étendues, les membranes dont elles sont formées se dessèchent bientôt, et prennent par là une roideur qui les soutient dans cet état. Cette action de Pair intérieur des trachées est prouvée par le boursouflement ou lemphysème qui arrive quelquefois aux ailes des insectes toutes les fois que l'air intérieur s’épanche entre les deux lames qui forment l'épaisseur de ces ailes, à peu près comme les deux épidermes forment l'épaisseur des feuilles dans les plantes.
3° Érar. VOLATILES OÙ INSECTES PARFAITS.
Le troisième état où parviennent les insectes immédiatement après celui de nymphe, est communément celui de volatile, ou au moins, pour ceux quin'ont pas d’ailes, comme sont quelques femelles de la famille (7) des punaises, celui d’insecte parfait et en état d’engendrer.
Leur figure présente beaucoup de différences : les uns, comme les scarabées, semblent cuirassés ou couverts entièrement d’une croûte dure et cartilagineuse qui emboîte toutes leurs ailes, de manière qu’ils n’ont rien moins que Pair d’un insecte ailé. Cette croûte à laquelle sont attachées les extrémités des muscles, semble tenir lieu des os auxquels sont fixés les muscles des quadrupèdes , des oiseaux, etc., avec cette différence que les quadrupèdes et les oiseaux ont les os placés dans lintérieur de leur corps et couverts par les muscles, au lieu que ce sont ces os, ou la croûte qui les remplace, qui recouvre les muscles dans les insectes, à peu près comme dans les crustacés.
Les autres insectes ont le corps plus ou moins mollasse,
mais toujours crustacé et cartilagineux, au moins dans quelqu’une de ses parties, comme la tête, le corselet ou les pattes.
Le corps des insectes est généralement composé de quatorze anneaux ou intersections, qui sont eux-mêmes rassemblés en trois corps qui forment trois parties principales dans ces animaux , savoir: la tête, le corselet et le ventre.
Ce sont ces intersections qui leur ont fait donner le nom d'insectes, entoma. Arist.
La tête est ordinairement plus petite que les deux autres parties, savoir: le corselet et le ventre. On y distingue trois parties principales : les antennes, les yeux et la bouche.
Tous les insectes ont deux antennes, même le scorpion aquatique, nepalis. Arist., qui les à si menues et si petites que nombre d'auteurs les lui ont refusées en prenant même pour elles les deux premières pattes.
On en connaît peu lusage. Quelques auteurs croient qu’elles pourraient bien être organe du sens de lodorat; mais on peut soupconner, avec plus de fondement, qu’elles sont, comme les pieds, un des organes du sens du toucher dans les insectes, car lorsque ces animaux marchent, ils les étendent en avant en les remuant presque :continuellement comme pour sonder le terrain; quelques-uns même les ont dans un mouvement continuel assez vif, tel est l’ichneumon, auquel on& donné pour cette raison le nom de vibrion, vibrio, Ad., mouche vibrante, mouche à antennes vibratiles. Que
La position de ces antennes sur la tête n’est pas la même dans tous les genres. Quelques-uns les portent en devant et un peu au-dessous des veux, tel est le genre du scarabée, scarabœus, Lat. D’autres les ont presque sur le sommet de la tête, entre les deux yeux, comme les papillons et Ja plupart des mouches. Dans d’autres, elles semblent partir du