QUATRIÈME LEÇON
Quelques considérai ions sur la science en général , sur la médecine et 1 liumœo-
pathie en particulier.
Témoignage des médecins en faveur de la doctrine homéopathique.
Messieurs ,
Avant d’aborder les points de doctrine qui intéressent directement l’homœopatliie, vous me permettrez d’entrer dans quelques généralités qui vous mettront mieux à même de juger de la valeur des questions que je vais traiter devant vous.
Chaque science, vous le savez , se propose un but différent, et comme chacune d’elles possède ses faits particuliers, des lois spéciales doivent en découler. Là où il n’y a pas de lois , il n’y a pas de science , de même sans lois, pas de progrès possible dans les sciences. Les faits les plus grossiers et les plus apparents ne seraient que des leçons de routine et d’empirisme, si l’on ne pouvait démêler et apprécier les rapports cachés qui existent entre-eux. Un observateur froid et impassible doit les recueillir, les compter, et en bon théoricien, savoir les interroger de manière à formuler des préceptes clairs et à les rattacher aux lois Hénérales de la nature.
Vouloir exiger de la médecine, en général, la perfection et l’immutabilité, c’est vouloir tenter l’impossible, c’est ne
pas connaître l’esprit humain; aussi le reproche qu’on lui adresse d’être la moins avancée, est-il peu fondé , attendu qu’aucune science n’est achevée, qu’aucune théorie par la même raison ne saurait être parfaite.
Mais à défaut d’une science absolue qui est refusée à l’homme, parce qu’elle lui donnerait une puissance intime. Nous devons prendre en considération surtout celles qui nous paraissent les plus avancées. Pour nous, la doctrine homœopatkique constitue un progrès réel , comme étant celle qui répond le mieux à un besoin spécial de l’humanité. En un mot c’est la doctrine qui satisfait le plus l’esprit autant que peut le satisfaire une science comme la médecine, qui, la première de toutes par son Lut, par l’objet de ses études, par l’immensité du champ de ses recherches, estappelée à sonder les mystères les plus profonds de la nalure, à résoudre les problèmes les plus ardus, à aborder les phénomènes les plus compliqués.
C’est en raison des difficultés que son étude présente , que le public ignorant se montre incrédule et ingrat envers elle, pour ne croire qu’à la chirurgie, c’est-à-dire à ces procédés opératoires et grossiers qui consistent à enlever un membre avec plus ou moins de dextérité. On voit, on sent, on est satisfait. Cela est si vrai que plus l’opération exige de pertes de substance, plus il y a effusion de sang , et plus l’opérateur est réputé meilleur chirurgien; peu importe que le malade succombe, la réputation de l’opérateur n’en souffrira nullement; car, ce qui a frappé avant tout, ce sont ces émotions diverses, ces scènes de déchirements, d’angoisses, de douleurs indicibles qui sont le fait de l’opération. Tout le prestige consiste dans l’attirail des instruments. On se gardera bien, comme je vous le disais, d’imputer la mort à l’opérateur et de l’accuser d’incurie, mais qu’un médecin garantisse; de l’opération la même partiemalade, il n’aura fait là que quelque chose de très ordinaire, comme si il n’y avait pas plus de
mérite à épargner aux malades le Seing et lu douleur , a leur conserver les membres intègres plutôt qu a savoir les mutiler avec plus ou moins d’art. Sans la médecine, la chirurgie ne serait qu’une affaire de mécanique , car , réduire les hernies, les luxations, les fractures, etc., etc., ce sont des moyens mécaniques, et non des procédés curatifs. C’est la médecine qui enseigne les lois vitales, les forces secrètes, invisibles et profondes qui régissent l’organisme. «Quand par eux: dit Hahnemann, on a besoin de recourir à des médicaments internes pour mettre fin à une fièvre violente provenant d’une grande meurtrissure, d’une délacération des parties molles, chairs, tendons et vaisseaux, quant il faut combattre la douleur causée par une brûlure ou par une cautérisation, alors commencent les fonctions du médecin dynamiste, et les secours de l’homceopathie deviennent nécessaires » Organ. § 186.
En effet c’est la médecine qui apprend à modifier la vitalité générale, à neutraliser les influences émanant de principes morbides. La médecine, semblable au corps vivant qui en est l’objet, a ses lois et ses causes à part. Elle accepte les données et les découvertes des autres sciences, mais comme le corps accepte les aliments, c’est-à-dire à la condition de les modifier avant de sé les approprier. Si la médecine n’a pas toujours reposé sur des bases solides, cela vient de ce que les observations étant incomplètes, et les expériences mal dirigées, le raisonnement devait être faussé. Mais aujourd’hui, grâce à l’homœopathie , ellq a posé certains principes, établi certaines lois qui sont autant de termes du problème dont elle doit chercher la solution.
Les mathématiques elles-mêmes qu’on est convenu de regarder comme la science par excellence, n’offrent pas plus de certitude à l’esprit. Car, d’où découlent ses principes, ses corollaires? ils découlent d’axiomes ou propositions indémontrables. Une simple affirmation leur suffit pour
discerner le vrai d’avec le faux, et pour arriver à la découverte des rapports dont l’ensemble constitue leur synthèse. Il est clair que les conséquences qu’on en tire ne peuvent avoir un degré de certitude plus élevé que celui dont jouissent ces axiomes eux-mêmes, qui ne sontsusceptibles d’aucune démonstration puisque c’est, une simple affirmation intuitive.
Le seul avantage qu’ont les mathématiques sur les autres sciences, dit le docteur Arreat, c’est de parler un langage plus transparent, plus simple, dépouillé de tout le brillant, de tout le coloris dont on aime à revêtir ses idées, et par la même raison, doué de plus de clarté, d’avoir toujours en vue ses principes, de ne jamais s’en écarter, et de rejeter sans pitié tout ce qui est sans rapports vrais avec ses axiomes.
Pythagore, vous le savez, admettait les nombres comme les principes des choses , et l’unité ou la monade comme le principe-mère.
Selon lui, Dieu représentait une unité absolue, la monade des monades. L’âme était un nombre qui se mouvait de lui-même.
Cette manière de penser vient de ce que les mathématiques n’embrassent qu’un seul ordre d’idées générales , ce sont les grandeurs qui pour elles constituent l’unité. La création elle-même est ramenée au type des grandeurs. Comme, principes, elle n’admet que ceux qui engendrent des grandeurs abstraites. Elle ne groupe et ne lie que les idées qui représentent les grandeurs. Tandis qu’en médecine, on est obligé de raisonner sur des idées qui se présentent à l’entendement avec des nuances qui peuvent en faire varier les rapports. Il ne faut pas oublier que la médecine est science et art tout à la fois, qu’elle a un objet propre spécial, indépendant des autres sciences naturelles, qu’elle a un champ d’observation qui n’appartient
qu'à elle, c’est donc à nous de le cultiver en lui-même et pour lui-même. Les principes de Hahnemann ont été tellement et si souvent défigurés, qu’il importe aux progrès ultérieurs de la nouvelle doctrine de remettre en lumière le point de vue véritable sous lequel on doit étudier l’homœopathie , et de rappeler le but unique que se proposait le fondateur dans la poursuite de sa réforme médicale. Aussi sans aucune réserve pour aucun de mes confrères, je me mettrai entièrement à découvert, et par la direction que j’imprimerai à mes leçons, j’espère enlever à la doctrine que je professe ce caractère d’étrangeté dont on aime à la revêtir.
Je n’aurai de respect que pour les principes immuables établis par Hahnemann, qui font la base et la toute puissance de la nouvelle médecine. Je ferai en sorte de suppléer aux développements que le réformateur n’a pu apporter dans ses œuvres. Il suffit qu 'Hahnemann nous ait tracé un plan, indiqué la route que nous devions suivre pour achever et perfectionner ce qu’il a si heureusement commencé. Pour bien juger de l’esprit qui l’anime et le dirige, il faut le lire et le commenter sans idées préconçues.
Comme les mathématiques, la médecine elle aussi, et surtout la médecine homœopatkique a ses axiomes , ce sont ses principes généraux qui, vus, aperçus dans leur ensemble plutôt que conçus à priori, découlent de l’ analyse et de la synthèse des faits observés. Après ses principes viennent sa méthode et ses moyens.
Ses principes indécomposables comme tout fait primitif et par la même raison indéfinissables de leur nature, expliquent les principes secondaires sans pouvoir être expliqués par eux.
f5es principes reposent sur le dynamisme vital, et sur la loi de similitude qui embrassent etrésumentla doctrine entière.
Pour se rendre bien compte de ce qu’/Za/memaun a voulu entendre par dynamisme , force ou puissance vitale , il suffit
d’observer attentivement tous les phénomènes qui se passent non-seulement dans l’organisme vivant, mais encore dans tout ce qui nous entoure pour se convaincre que toute manifestation se traduit par des mouvements, et comme l’idée de force est corrélative à celle de gouvernent, il s’en suit que pour nous, l’idée de la vie représente l’idée de force ou de puissance , lesquelles président à toutes les actions vitales aussi bien à l’état de santé qu’à l’état de maladie. Il n’est pas jusqu’aux médicaments dont l’action sur l’organisme pe puisse s’expliquer par l’idée de force ou puissance qui les animent. L’idée de force ou de dynamisme implique nécessairemeut l’idée, de l’agent qui les produit. De même que les corps vivants ne peuvent se concevoir sans une force vivante ou organique, de môme les phénomènes naturels qui sont du ressort de la physique, de la chimie et de l’astronomie supposent des forces ou puissances naturelles. Vérité incontestable, qui n’a pas besoin de démonstration.
Ainsi donc toute la doctrine de Hahnemann repose sur l’idée que l’on doit se faire du dynamisme, sans avoir la prétention de mettre en lumière le phénomène initial des mouvements interstitiels de l’organisme humain, ni la cause essentielle de ce phénomène. Le mystère de la création sera toujours quelque chose d’impénétrable pournous et qui confondra notre raison. Seulement la vie, c’est-à-dire le mouvement étant, c'est àl’homme une fois qu’il est en possession de ses forces à les utiliser et à découvrir les lois qui les régissentafin d’accroître son bien-être et de satisfaire tousses besoins. Mais ces recherches 'doivent se faire en dehors de toute idée spéculative. Car, n’est-ce pas toujours à ces théories conventionnelles que nous devons ces discussions interminables toujours funestes à la science médicale, en ce sens qu’elles la fontrcposcr sur des idées sans valeur.
Quant à sa méthode, elle nous indique la voie à suivre pour constater les eiïets purs des modificateurs externes
sur l’économie animale pour savoir reconnaître une maladie et lui assigner une dénomination qui soit en rapport avec les symptômes existants ; c’est elle qui doit diriger nos pensées et nos expériences.
Ses moyens peuvent être hygiéniques ou médicamenteux ; c’est à la thérapeutique que revient l’honneur et la tache tout à la fois de trouver les agents les plus propres à combattre les différents états morbides.
Messieurs, avant d’entrer plus avant dans le cœur de la question et afin de fixer davantage votre attention, permettez-moi de vous citer quelques passages des médecins les-phts célèbres, passages qui sont tous en faveur de l' homéopathie et qui vous prouveront qu’en dehors des corps savants, il se trouve des hommes qui ont su l’apprécier et la juger en termes souvent plus que flatteurs.
Le grand Hufeland , dont le nom vous est assez connu, le premier médecin du roi de Prusse, rendait justice à l’homœopathie en ces termes ;
« Elle fera disait-il, dans le Dictionnaire homéopathique, Berlin 1831, elle fera les praticiens plus attentifs à la séméiologie trop négligée jusqu’à ce jour, plus attentifs aux règles diététiques. Elle fera cesser la croyance à la nécessité des fortes doses ; elle introduira une plus grande simplicité dans les prescriptions, elle conduira à un plus sûr moyen d’essayer les remèdes et d’arriver à la connaissance deleurs propriétés.... J’ai vu souvent, ajoutait- il, et bien des gens dignes de croyance ont vu fréquemment aussi l’homœopathie se montrer officace dans les maladies graves, où toutes les autres méthodes avaient échoué
« Se laisser prévenir contre l’homœopathie, disait toujours le même médecin (dans Bayle, bibliothèque de thérap. T. II. P. 394) ce serait oublier qu’il est ici question d’un effet dynamique, c’est-à-dire d’un effet sur le vivant, etqu’on no peut apprécier ni par livres ni par grains. Quel esteeluiquia pu
déterminer pondérativement l’arome ou bien la quantité de virus nécessaire pour produire un effet quelconque ? Etendre une substance, est-ce donc constamment V affaiblir ? et le liquide qui l’étend ne peut-il pas devenir un véhicule qui développe en elle une propriété nouvelle, un mode nouveau d’action plus subtil que celui qu’elle possédait auparavant. »
Brera, le savant et célèbre professeur de Venise, après avoir rapporté plusieurs de ses guérisons dues à l’homœopatihe, ajoute « qu’il fut conduit à de telles expériences, surtout par la considération de ce passage d’Hippocrate, à lui indiqué par Blumenbach, alors son professeur à Gœttingue : Les maladies peuvent être parfois guéries par des moyens capables de produire analogie de mal ; ensuite par l’action du virus contagieux, et surtout de la vaccine et de la variole qui, étendus à un état presque immatériel et inoculés, développent une action tellement puissante, qu’elle multiplie à milliards les atômes contagieux introduits (Anthol. médic., septembre 1834).
LeI)T Roth , professeur à l’Université de Munich, dans son compterendu adressé au roi de Bavière, sur les résultats du traitement homœopathiquedu choléra en Allemagne, s’exprimeainsi: «En publiant les nombreux services que les homœopathes ontrendu à Prague, à Vienne et en Hongrie, dans le traitement du choléra, je dois faire observer que les médecins dontje faismention dans cet opuscule me sont nonseulement connus personnellement, mais encore ont droit à la plus honorable recommandation pour leur amour de la vérité, et pour ce sentimentd’honneur etde consciencequi leur est propre, etleurfaitéviter scrupuleusement dans leurs récits toutcequipourraityressemblerà de l’exagération.
« Le Docteur Botto professeur de clinique à la Faculté de Gènes, termina ainsi son discours de rentrée :
« A quel résultat final doit parvenir la méthode hahne-
manienne, actuellement répandue partout, je ne pourrais le déterminer; mais j’ai dans mon âme l’espoir qu’il sera inoui et immense. »
Vous citerai-je le témoignage public que sévit obligée de rendre à notre doctrine, la Faculté de médecine de Florence au sujet de la guérison extraordinaire du docteur Lazarini , ce doyen des médecins, qui, après avoir été condamné par toute la faculté et par lui-même, fut rendu à la vie par rhomœopathie.
Fletscher, professeur de physiologie il la Faculté d’Edimbourg, dans son traité de pathologie générale, rend hommage en ces termes à la doctrine des semblabes :
« Combien aisément les substances qui produisent diarrhée, hémorroïdes, gonorrhée, catarrhe de la vessie, diaphorèse, fièvre intermittente, laryngite, iritis, ptyalisme, etc., guérissent ces mêmes maux ! »
Mayrofer et le DT Zlatarounch, professeur à la célèbre académie Joséphine de Vienne, ne craignirent pas de faire les professions de foi suivantes:
« Depuis que les résultats que j’ai obtenus au lit des malades, au moyen des médicaments convenables, m’ont convaincu, dit Mayrofer, de l’excellence du principe homœopathique, simüia ' similibus curantur , l’homœopathie ne me paraît nulle part plus rationnelle que dans son empirisme, et la pratique ordinaire nulle part plus empirique que dans sa rationalité. Depuis que j’ai vu les médicaments homœopathiques, même à très-petites doses, opérer des effets instantanés dans les maladies les plus graves, l’homœopathio ne me paraît nulle part plus grande que dans la petitesse de ses doses, et l’ancienne école nulle part plus petite que dans la grandeur des siennes. Depuis que je connais la multiplicité des rapports physiologiques des substances médicamenteuses simples et l’infinio variété de leurs tendances curatives, l’homœopathie ne me paraît
nulle part plus variée que dans sa simplicité et la pratique ordinaire nulle part plus simple quo dans sa variété. Aussi me suis-je enrôlé sous le drapeau de l’homœopathie dégagée de ses paradoxes, de rhomœopathie pure, et dans la conviction de consacrer ma vie a une bonne cause, j’en resterai le chaud partisan et le zélé défenseur, en dépit de toutes les persécutions, de tous les mauvais traitements. i)
Quant au professeur Zlatarowich, c’est avec la plus grande naïveté qu’il raconte sa conversion:
« Je traitais, dit-il, du mercure et des effets physiologiques de cette substance, lorsque tout à coup, je m’aperçois que je fais la description à peu près exacte de la maladie vénérienne. Cette idée me traverse l’esprit comme un éclair, me frappe et m’interdit au point que je suis forcé de plier mes notes et de terminer brusquement la leçon, à la grande stupéfaction de mon auditoire.
« Rentré chez moi, je fais renvoyer tout visiteur pour ne pas être distrait, et, dans un état de vive agitation, je me mets à réfléchir à la découverte importante que je venais de faire. Je ne connaissais l’homœopatliie que d’une manière très-imparfaite, et j’avais contre elle les préventions communément partagées par ses adversaires. Cependant son principe me vint naturellement à l’esprit, et je cherchai avidement dans cette doctrine l’explication et la vérification générale de la particularité qui m’avait si vivement frappé dans les effets du mercure. Je vérifiai pour toutes les substances médicamenteuses la réalité de cette merveilleuse loi des semblables, loi thérapeutique générale et fondement de l’art de guérir. J’ai adopté depuis lors , sans restriction , la méthode homœopathique. »
Feu M. d’Amador, l’un des plus illustres professeurs de l’école do Montpellier, enseignait l’homœopathie dans ses
cours : « Pratiquement, disait-il un jour, l’homœopathie est une méthode de plus à ajouter au\ autres méthodes existantes, mais méthode qui surpasse généralement les autres. C'est un chemin de plus, mais plus droit, sur lequel on marche avec plus de célérité et de sûreté, de commodité même; ce chemin n'efface pas les voies anciennes, mais il conduit plus vite au Lut; théoriquement, l’homœopathie est pour nous congénère avec le vitalisme; que dis-je, c’est le vitalisme lui-même, largement appliqué à la thérapeutique. »
Le professeur Lordat, l’ex-doyen de la Faculté de Montpellier, s'exprimait en ces termes dans une lettre adressée au docteur Donné, et insérée dans le Journal de Médecine pratique de Montpellier.
« Je n’admets ni ne rejette l’homœopathie, que je n’ai pas eu le plaisir d’étudier; j’en ai entendu porter des jugements si divers, si opposés par des hommes graves, éclairés, que je dois rester en suspens jusqu'à ce qu’il me soit permis d’avoir un avis, c’est-à-dire jusqu’à ce que j'en aie fait un profond examen, d’autant plus que cette méthode a le suffrage d’un des maîtres les plus distingués, de M. d’Amador, professeur de pathologie et de thérapeutique générales. »
Jusqu’au professeur Andral, qui, malgré lui, est obligé de faire, dans le Bulletin de thérapeutique, 1835, l'aveu suivant : « Sans préjuger la question que les homœopathes ont soulevée dans ces derniers temps sur la propriété qu’auraient les agents curatifs, de déterminer dans l’organisme les maladies qu’en allopathie on se propose de combattre par eux, nous croyons que c’est une vue qu’appuyent quelques faits incontestables, et qui, à cause des conséquences immenses qui peuvent, en résulter, mérite au moins l’attention des observateurs. »
Pourquoi M. Andral, en donnant co conseil à d’autres,
ne l’a-t-il pas suivi lui-même. Toujours esprit de corps, toujours et toujours!
Le célèbre Broussais, en 1835, s’écriait dans sa chaire :
« Je ne connais dans les sciences que l’autorité des faits, et, en ce moment , j’expérimente l'homœopathie. »
Et comme un rire d’incrédulité accueillait ces paroles, Broussais reprit d’une voix vibrante, qui éteignit le sourire sur les lèvres : « Oui, j’expérimente l’homœopathie. Dans ses annales de la médecine physiologique, vol. XXIII, discours préliminaire, 1833, Broussais disait : « Hahnemann a eu beau jeu à critiquer l’ancienne médecine; la plupart des arguments qu’il fait valoir contre elle sont ceux-là même dont nous nous sommes servis pour la combattre. Il a donc dû nécessairement être écouté quand il s’est livré à la critique des anciennes méthodes de traitement... Si la doctrine iV Hahnemann nous offre le moyen d’obtenir mieux, loin de la repousser, nous devons nous faire un devoir de l’étudier et de l’approfondir dans son application au lit des malades... Nous avons fait quelques expériences avec la Belladone (dans les états phlogistiques) , à doses très-exiguës, et plusieurs faits déposent en sa faveur. »
Le docteur Imber t-Gourbexjre, professeur à l’école préparatoire de médecine de Clermont-Ferrand, porte le jugement suivant sur Hahnemann et sur sa doctrine ;
« Le célèbre thérapeutiste allemand a certes le droit d’être écouté quand il s’agit des propriétés curatives des médicaments. En France, à cette heure , nous sommes de vingt ans, au moins, en arrière des travaux de matière médicale qui ont été publiés à l’étranger, tandis que les thérapeutistes, comme Pereira, Giacomini, Weber, etc., sans s’enrôler sous la bannière d’IIahnemann, ont cité cependant avec respect et mis à profit les nombreux travaux de son école, et lui ont accordé, dans leurs traités élémentaires, une légitime hospitalité.
« Il faut bien pourtant qu’on le sache, je ne saurais, pour mon compte, trop proclamer cette vérité : l’école hahnemanienne offre aux médecins les ressources les plus précieuses pour le traitement des maladies.
« Toutes les recherches des observateurs sont venues confirmer sur tous les points, les vérités thérapeutiques signalées par Hahnemann.
« Plus j’étudie dans mon éclectisme les travaux de matière médicale de toutes les écoles, plus je suis étonné des conclusions favorables qui en sortent pour l’école hahnemanienne. Je mets au défi tout médecin sérieux et intelligent, qui voudra remuer à fond dans toute la tradition et l’observation moderne, de ne pas arriver par la logique des faits à la même opinion.» ( Gazette médicale de Paris, 25 novembre 1854.)
Le professeur Marchai de Calvi a publié dans la France médicale et pharmaceutique, l’article suivant :
« Il n’y a plus en médecine, et depuis longtemps, ni principe, ni foi, ni loi. Nous ponstruisons une tour de Babel, ou plutôt nous n’en sommes même pas là, nous ne construisons rien. La doctrine la plus générale qui existe est la doctrine homœopathique; cela est étrange et douloureux; c’est une honte pour la médecine , mais cela est... »
C’est douloureux! ! Quelle exclamation douloureuse, en effet, dans la bouche d’un professeur allopathe! !
« L’homœopathie, dit le professeur Montfalcon de Lyon, est un pas en avant, elle repose sur une donnée neuve et peut-être féconde; quelles que soient les révolutions qui l’attendent, elle laissera toujours, entre autres vérités, la démonstration du pouvoir très-réel, quoiqu’on en dise, de certains médicaments donnés à très-petites doses. »
Écoutez cette profession de foi du docteur Gardey, chirurgien-major en retraite, elle vous donnera la mesure de
ce que sont capables les hommes sincèrement dévoués à l’humanité-:
« Après, dit-il, une pratique médicale difficile et laborieuse, qui a duré plus de .38 ans, dans la marine militaire, sur les vaisseaux, dans les hôpitaux, et en dernier lieu comme chirurgien-major à Saint Pierre-Martinique... rentré dans mes foyers, quoique heureux du repos dont j’y jouissais, je ne pus rester étranger au progrès de la science, et , malgré moi, je me sentis entraîné à l’étude, comme si je devais trouver dans la connaissance de la vérité médicale la plus noble récompense de mes peines
« Je ne dirai rien des sensations diverses que j’ai éprouvées à la lecture des ouvrages de Hahnemann; les expressions me manqueraient pour peindre le bonheur que je ressentis en découvrant chaque jour davantage la vérité nouvelle qui m’était enseignée, je fus entraîné par la conviction la plus sainte, et désireux, moi aussi, de pratiquer cette intéressante doctrine que je trouvais si logique et si humanitaire, une fois encojp je me fis élève, et à 67 ans je me remis à l’étude comme aux plus beaux jours de ma jeunesse. »
Le docteur Devergie aîné, professeur honoraire des hôpitaux militaires de Paris, s’exprime ainsi dans l’avantpropos d’une brochure sur l’homœopathie :
« Quand l’homœopatbie vint élire domicile à Paris, je fis d’abord comme tous mes confrères, j’en ris, je dois l’avouer; je ne connaissais pas la matière médicale homœopathique. La réflexion ne tarda pas à me dicter, comme nécessaires, quelques investigations dans le domaine de cette doctrine nouvelle. Pendant mon long séjour en Allemagne, et surtout pendant six mois passés à l’Université de GœttingueQ 81 1), j’avais souvent entendu parler de Hahnemann, qui jouissait déjà d’une haute réputation comme chimiste et comme médecin. ïl me fut difficile de penser
qu'un homme d’une si grande célébrité pût être le créateur d’une œuvre dérisoire.
« Dix années d’expériences, quarante années d’existence et de propagation non équivoque, prêtaient déjà à l’homœopathie un grand appui et militaient en sa faveur. La lecture de VOrganon, et du Traité des maladies chroniques, fut pour moi un trait de lumière, et j’acquis la preuve irrécusable des travaux pénibles, des recherches immenses que dut faire Hahnemann pour établir la loi des semblables, ce pivot autour duquel doivent un jour se rallier tous les principes qui dominent la médecine... Les nombreuses guérisons obtenues sous mes yeux à F un des dispensaires homceopathiques, forcèrent ma conviction; quelque incompréhensible que fût Faction des médicaments à doses si minimes, je ne pouvais récuser les faits; il fallut bien les admettre. »
Retenez ces paroles du docteur Espanet, médecin trappiste de l’établissement de Staouëli (en Algérie) :
« Dieu m’a donné, dit-il, un esprit sévère dans l’appréciation des faits, et, faut-il l’avouer, j’étais arrivé à n’exercer plus qu’avec répugnance une science que ma raison trouvait plus prétentieuse qu’exacte, plus babillarde que
savante Malgré mon étonnement, les faits irrécusables
que ma clinique me fit palper du doigt et de l’œil me convertirent à l’homœopathie, à cette science exacte, à cette médecine digne et raisonnable. Je puis l’affirmer maintenant, dans Fhomœopathie est la santé des familles, la garantie du médecin consciencieux , le complément et la
certitude de l’art de guérir « Je ne travaille en faveur
de personne; je ne cherche le triomphe d’aucun système médical, mais seulement le triomphe de la vérité. Vitam impendere vero. Ce n’est pas à 40 ans et à la Trappe, après avoir successivement demandé la vérité à tous les systèmes, et s’être vu enlever une à une toutes ses espéran-
ces, qu’on s’engoue d’une utopie. A la sublime école du silence et de la retraite, les hommes et les doctrines se jugent avec indépendance et liberté. »
« A côté de notre antique médecine, dit le docteur Félix Audrij, ancien chef de clinique de M. Bouillaud, de cette médecine que l’expérience de tant de siècles, que l’autorité de tant de noms illustres a justement consacrée... à côté, dis-je, de cette médecine traditionnelle, ou plutôt en face d’elle, une médecine rivale s’est levée, dressant fièrement étendard contre étendard, prêchant une doctrine diamétralement opposée à sa doctrine, et prétendant substituer à ses armes, qu’elle qualifie de meurtrières, des moyens d’action impalpables, presque mystiques, et qui, de prime-abord, révoltent la raison et touchent au ridicule, sinon à l’impossible Cependant, chaque jour,
l’ancienne médecine voit ses rangs s’éclaircir; chaque jour enfin, la médecine nouvelle, ïhomœopathie, s’il faut l’appeler par son nom, étend et propage ses conquêtes.
« De cette marche lente, mais continue, de ces progrès incessants, de ces conversions à la médecine de Hahnemann, opérées jusque dans le sein même de nos Facultés, jusque parmi les élèves les plus distingués et les plus consciencieux, que conclure? si ce n’est qu’apparemment tout dans cette doctrine n’est pas illusion ou mensonge; que, sous des apparences antipathiques à notre raisonnement, quelque chose d’utile et d’acceptable se cache sans doute, quelque chose ayant droit aux investigations des esprits honnêtes et aux sympathies de ceux qui n’ont
d’autre intérêt que l’intérêt du bon et du vrai Cinq
ou six années d’observations cliniques ont achevé de me convaincre, et je n’hésite pas à déclarer franchement que les médicaments homœopathiques aux doses le plus ordinairement employées, c’est-à-dire jusqu’à la trentième atténuation, quand ils sont bien choisis et convenuble^
ment administrés,' agissent manifestement sur l’homme malade, et que, dans cette action, nous avons bien souvent la confirmation de l’axiome posé par Ilahnemann : Similia similibus ciirantur. »
Je voudrais, messieurs, pouvoir citer encore les professions de foi de M. Isidore Bourdon, de l’Académie de médecine, du docteur François, professeur à l’Université de Louvain, des docteurs Cartier, Variez 'e t Dugniblle qui appartiennent à l’Académie belge, et de tant d’autres praticiens éminents.
Mais je m’arrête et termine en vous apprenant ce que vous ignorez probablement, qu’aujourd’hui, la doctrine homœopathique domine dans V Allemagne, son premier berceau, qu’elle a des chaires ou des hôpitaux, en un mot, un enseignement officiel dans plusieurs villes d’Allemagne, que presque tous les princes et souverains allemands ont pour médecins ordinaires des homœopathes.
Ceci, il est vrai, ne prouve rien en faveur de notre doctrine, car on peut être souverain, et pour cela ne rien connaître à la médecine. Mais, comme malheureusement nous sommes encore à une époque où le prestige des honneurs, des dignités et des noms sonores ou des grands noms, produit un certain effet sur les masses, je suis obligé de signaler cette circonstance. Mais ce à quoi j’attache le plus d’importance, c’est qu’elle compte touj ours en Allemagne autant de journaux et d’ouvrages que sa rivale.
C’est que tous les médecins et chirurgiens de l’armée, en Autriche, sont homœopathes, à de très-rares exceptions.
C’est qu’enfin, la Saxe, fière et glorieuse, tout à la fois, de compter Ilahnemann au nombre de ses enfants et de voir renaître, sous le ciseau du sculpteur, des traits qui ont été si chers à tous ses compatriotes, lui éleva, à Leipsick, une statue monumentale.
En France, où le génie national, si prompt à concevoir, si audacieux et si brillant clans l’exécution, si avide de gloire, semble être destiné, par la nature des choses, à soutenir le premier rang qu’il a conquis, et à donner la dernière perfection aux grandes découvertes; en France, dis-je, notre doctrine est encore loin d’occuper la place qui, un jour, lui sera assignée parmi les découvertes qui font la gloire de notre siècle. Cependant, tous, nous avons fondé nos réputations et établi la gloire de notre doctrine sur un genre de maladies presque incurables. On essaie, comme on dit, de l'homceopathie, comme d’une dernière tentative à faire; obligés que nous sommes, à réparer l’insuccès ou les erreurs de nos prédécesseurs. Et chose incroyable! c’est que bon nombre de personnes, redevables à notre doctrine de tout ce qu’il y a de plus cher au monde, la santé, craignent de nous rendre justice visà-vis de leurs anciens médecins; elles ne se sentent pas le courage, pour des motifs que je ne cherche pas à approfondir, de leur avouer les beaux résultats qu’elles ont obtenu avec l’homceopathie, leur laissant croire que ces succès sont dus à l’ancienne médecine.
Il y a 30 ans, la France ne comptait qu’un seul défenseur, le docteur Desguidi, qui pratiquait à Lyon. Vous savez comme moi, que tous nos départements, aujourd’hui, et même nos colonies, comptent plusieurs médecins liomœopathes. Les grands centres même possèdent soit des sociétés, des journaux, des pharmacies spéciales et des dispensaires. Paris renferme des centaines d’homœopathes, sans compter bon nombre de médecins allopathes qui, voyant leur système échouer, proposent eux-mêmes à leurs malades d’essayer de l’homceopathie, ou, plus dissimulés et se déclarant partisans de toutes les doctrines, croient devoir traiter par les deux méthodes , et alors, prennent leurs médicaments dans les pharmacies ordi-
naires qui, très-heureusement, commencent à tenir des préparations homœopathiques.
Non-seulement rhomœopathie a déjà l'ait le tour de l’Europe, mais elle a déjà presque achevé le tour du monde.
En Russie, en Angleterre, elle a ses hôpitaux, ses journaux , ses sociétés , ses dispensaires et ses pharmacies spéciales.
Londres a, en outre, un 'enseignement officiel liomœopathique.
En Danemark, en Hollande, en Espagne, en Italie, elle est représentée de la manière la plus brillante; à Rome, à Naples, à Padoue, à Gênes, à Turin, à Parme, en Illyrie, les praticiens les plus distingués se font remarquer.
En un mot, toute TEurope compte de nobles et chaleureux champions de rhomœopathie, et ce qu’il y a de remarquable, c’est que, partout où elle est représentée, les plus illustres noms la patronent.
Aux Etats-Unis, elle règne en souveraine.
Au Rrésil, non-seulement l’homœopathie est reconnue, mais elle possède Académie et Faculté, avec le droit et le privilège exclusif de former des médecins homœopathes.
Enfin, comme preuve des progrès immenses accomplis par rhomœopathie, je vous dirai qu’aujourd’hui on compte plus de 4,000 médecins homœopathes, au moins 2 ou 300 ouvrages ou brochures ayant trait à la doctrine, et un grand nombre de journaux spéciaux destinés à la propager.
Si ces faits et ces aveux ne prouvent pas la supériorité de la doctrine, ils sont de nature toujours à éveiller l’attention de ceux qui, n’ayant pas de parti pris, cherchent en médecine une loi fixe, précise et invariable. Si, malgré ses imperfections et à peine sortie de l’enlànce, l’homœo-