‹ Cours d'homœopathieChapitre 13 sur 44 · LE DIRECTEUR-GÉRANT C.-A PHILIPPE · texte numérisé non relu

LE DIRECTEUR-GÉRANT C.-A PHILIPPE

Encore un mot sur un procès qui produisit une certaine sensation en raison du retentissement qu’il a eu.

Quelques mois auparavant, un journal, /'Union Médicale,

que je ne connais pas, se croyait en droit, au nom d’un certain médecin, que je connais encore moins, de venir, non -seulement, contester une preuve de faits dont l’évidence était facile à saisir, mais encore injurier impunément le corps des homœopathes, ce qui passe toute raison comme toute bienséance.

Quoique les négations et les injures soient de bien pauvres arguments scientifiques et ne décèlent que l’impuissance et les mauvaises passions, plusieurs de nos confrères, se croyant atteints dans leur honneur, leur réputation, leur dignité, en appelèrent à la justice pour se disculper des mensonges et des calomnies que l’on faisait peser sur eux.'

On feignit ne voir là qu’une attaque à la science en général, et, par conséquent, les plaignants furent renvoyés des fins de leurs plaintes. Ce fut alors un prétexte, une occasion, pour nos adversaires, disposant de tous les organes de la publicité, d’entonner, chaque matin, leur chant triomphal.

Quelle honte! je n’hésite pas à le dire, pour la médecine

française que ceservilisme médical dont nous abandonnons

l’appréciation aux hommes de bonne foi. Peut-on croire

que certains esprits, non contents de nier une loi, une idée,

un fait, parce qu’ils ne peuvent les concevoir, s’arrogent

le droit d’injurier, d’attaquer dans leur honneur et leur considération ceux qui les admettent. Et l’on voudrait nous imposer silence, étouffer notre voix; oh! jamais! non, jamais !

Pour ma part, sans le bien juste et bien naturel mépris que j’ai eu pour l’attaque et le journal qui l’avait accueillie, sans de nombreux amis qui ont paralysé mes premiers mouvements, j’aurais, je vous le jure, répondu à nia manière à ces invectives, je serais venu troubler leur innocente joie, car, du moment, Messieurs, où la loi se regarde comme impuissante à sévir sur ceux qui, sans prononcer

votre nom, se permettent d’attenter à votre honneur et à votre réputation par des injures et les imputations les plus calomnieuses, du moment où la passion, l'intérêt, la contrainte ou la peur peuvent être les seuls guides, tout homme doit trouver en soi assez d’énergie pour repousser l’agression et se faire justice à soi-même. — Je dirai avec M. Prevost-Paradol ( Débats , 14 septembre 1859) :

« Il est bon que la justice humaine ait sous les yeux de pareils exemples et qu’elle les regarde lorsqu’elle est tentée de se croire infaillible... La vie sauvage, avec tous ses périls, mais avec son droit de libre défense, ne devientelle pas préférable à la plus brillante des sociétés polies, si celle-ci n’est plus qu’un piège pour l’innocent que sa foi dans la justice a désarmé d’avance. »

L’homme convaincu , messieurs, qui prend fait et cause pour une idée, du moment où il la croit appelée à servir l’humanité, doit faire abnégation de sa personne et se regarder comme le martyr de cette idée. — Que de découvertes qui doivent d’avoir triomphé à la courageuse persistance avec laquelle les ont défendus ces hommes de courage et de conviction.

Par cela seul qu’une critique coupable, acerbe et toujours injuste s’est souvent déchaînée contre nous; — par cela seul qu’un défi académique a été porté à l’homœopathie avec l’intention de ne jamais le tenir, j’ai le droit, aujourd’hui, d’interjeter appel et de demander raison de la conduite qu’on a tenue à notre égard.

Pourquoi vouloir juger une doctrine sans la comprendre et la connaître, la condamner sans l’avoir étudiée? Pourquoi ces fausses insinuations, ces critiques malveillantes; est-ce dans le but d'influencer celte jeunesse, médicale sur laquelle repose l’avenir de la science, cette jeunesse qui n’a encore aucun engagement d’amour-propre, qui n’a aucune découverte, petite ou grande, imaginaire

ou réelle, à protéger, qui n’a pas do position à défendre.

S’il en est ainsi, vis-à-vis de la science, vis-à-vis de cette jeunesse, une double satisfaction nous est due, et, au refus de nous donner la satisfaction que nous demandons, je me propose, en faisant cette clinique, d’opposer aces affirmations dénuées de preuves, à ces arguments sans motif, un examen réfléchi, détaillé de la nouvelle doctrine , tellequ’elleso présente à mon intelligence, c’est-à-dire dans les conditions dans lesquelles je l’ai conçue et adoptée. Quel immense dédommagement ce sera pour moi, si je parviens à réconcilier, rapprocher des confrères qui, tous, sont animés d’un seul désir, sont poursuivis par une seule pensée, consoler, soulager et guérir l’humanité souffrante.

Que de médecins qui ne connaissent notre doctrine que par oui-dire, et qui, imbus des idées de la vieille école , ne se sont jamais donné la peine de vérifier, notre pharmacodynamie. Ce n’est pas qu’ils aient grande confiance dans leur matière médicale; oh! non, loin de là; mais l’habitude les ayant enchaînés à elle, ils font l’application de leurs principes beaucoup moins par conviction que parce qu’ils n’ont rien appris qui pût les remplacer, pour ma part, j’en connais beaucoup qui sont dans ce cas.

Qu’on ne s’attende donc pas, de ma part, à une diatribe contre des confrères qui professent des opinions contraires aux nôtres.

L’ancienne médecine a eu sa raison d’existence , puisqu’elle a vécu jusqu’à nos jours, qu’elle a eu des partisans et que c’estelle qui, aujourd’hui encore, rallie le plus de croi/ants. Le même fait ne se reproduit-il pas dans le monde des idées sociales et religieuses? Est-ce une raison, parce que nous nous croyons appolés à une mission régénératrice, pour ne pas reconnaître tout le bien, tout le progrès accompli par les religions du passé. Non, certes! Loin de traiter de rêveurs, d’extravagants, d’exagérés ou d’absur-

des ceux qui les ont créées ou défendues, nous les regardons commes les hommes les plus capables, les plus savants, des hommes d’élite, en un mot.

La médecine qui repose sur des idées synthétiques de même nature, quoique s’appliquant à des faits d’un autre ordre, devait nécessairement subir les mêmes vicissitudes. Mais, loin de méconnaître le rôle qu’a rempli l’ancienne médecine et les services qu’elle a pu rendre, je me borne à constater son insuffisance. Je me garderai donc bien d’étouffer les vérités traditionnelles et de refuser les dons du passé, (le n’est jamais nous qui comparaîtrons aux assises de la science pour avoir enrayé ou brisé tout mouvement progressif. Je le répète, messieurs, je respecte trop les convictions, quelles qu’elles soient, pour y porter atteinte. Du moment où un médecin entre dans une voie, il ne peut y entrer, j’aime à le croire, qu’avec connaissance de cause.

Cette bienveillance que je témoigne envers mes confrères, je regrette de le dire, ne s’est pas montrée la même à notre égard, et si, aujourd’hui, messieurs, nous prenons le titre et la qualité d’homœopathes , si notre enseignement repose sur la dénomination homœopathie, cela vient uniquement de cette espèce d’ostracisme lancé par nos confrères contre nous.

Je ne discuterai pas ici les raisons qui les ont fait agir de la sorte, ayant le plus grand mépris pour ces petitesses d’une critique mesquine. La passion, vous le savez, est une si mauvaise conseillère. Mais seulement je leur dirai : Ne sommes-nous pas tous médecins , n’ avons-nous pas subi les mêmes examens, n avons-nous pas passé par les mêmes épreuves avant d’arriver au grade de docteur. Les sciences fondamentales comme les sciences accessoires, telles que chimie, physique, anatomie, histoire naturelle , pathologie, phisiologie, accouchement, médecine légale, etc., etc., ne nous

sont-elles pas aussi bien connues et ausfji familières à nous qu’à vous , ne sommes-nous pas les premiers à rendre justice aux belles découvertes de ce siècle, à favoriser et à proclamer le progrès partout où nous le rencontrons sous nos pas. Nos rangs ne se grossissent-ils pas tous les jours. Ignorez-vous le grand nombre de médecins qui depuis 30 ans ont déserté la médecine scolastique pour passer à l’hoinueopathie,etqui aujourd’hui sontau nombre de 4000; en un mot, n’appartenons-nous pas tous plus ou moins à cette grande famille de savants progressistes. A ce titre, Messieurs, nous méritons d’être écoutés. Ils ne l’ont pas voulu, qu’est-il arrivé! c’est que les homœopathes , c’est-à-dire ceux qui acceptent, soit en totalité, soit en partie, la réforme apportée dans les sciences médicales par Ilahnemann, forts des idées qui les animent, se sont posés résolument en face de leurs adversaires, dressant fièrement étendard contre étendard, soutenant de jour en jour unelutte grande etsolennelle, il est vrai, mais inégale, puisque leur position officielle permet à nos adversaires de nous dénigrer , de nous insulter môme sans qu’il nous soit permis de répondre.

Aujourd’hui que vous connaissez le molif qui me fait entreprendre ce cours, je continuerai dans la prochaine séance, où je traiterai de la médecine en général.

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