‹ Cours d'homœopathieChapitre 16 sur 44 · IJ U DYNAMISME EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

IJ U DYNAMISME EN GÉNÉRAL

qu’est-ce que l’univers?

Dans mes précédentes leçons, je vous ai dit que quand je vous aurai développé les principes de la nouvelle doctrine, énoncé sa méthode, retracé avec fidélité les moyens, les ressources qu’elle a à sa disposition, elle vous apparaîtra alors dans tout son jour comme une réalité et non comme une fiction.

En raison de la nature des problèmes que la science médicale examine et du but vers lequel elle tend, nous nous voyons obligés d’entrer aujourd’hui dans quelques considérations philosophiques. Car, il s’agit de logique médicale et celle-ci n’est, vous le savez, qu’une partie de la logique générale.

Ne vous attendez pas cependant en lisant les travaux de Hahnemann d’y trouver la division scientifique que je vais établir en faisant ce cours.

Les pensées abondaient tellement chez Hahnemann, les idées se succédaient avec une telle rapidité qu’il n’avait que le temps de les confier au papier.

A scs disciples revenaient la Lâche et l’honneur tout à la fois de reprendre en sous-œuvre l’édifice et de relier entre

— MB —

elles les différentes parties qui sont restées inachevées par le fondateur.

Les faits, quelque nombreux et quelque bien observés qu’ils soient, ne constitueront jamais un corps de doctrine. Ils n’en sont et n’en peuvent être que les matériaux.

Chacun d’eux, semblable au bloc de pierre onde marbre qui doit entrer dans la construction d’un édifice, possède, il est -vrai, sa valeur intrinsèque; mais, pour que l’édifice soit complet, ils ont besoin d’être coordonnés dans une même pensée et pour une destination commune.

Au milieu de l’anarchie qui règne aujourd’hui en médecine, j’aurai la hardiesse de poser encore une fois devant vous le problème médical et de le soumettre à votre appréciation.

Une maladie étant donnée, la guérir.

Ma réponse suppose deux choses :

1° La connaissance du milieu dans lequel nous vivons, c’est-à-dire des éléments qui constituent chacune des parties du grand tout.

2” La connaissance de l’homme, des phénomènes qu’il présente et du lien qui l’attache à l’univers.

Pour résoudre le premier terme du problème, il faut remonter le cours de l’esprit humain et nous placer en face du monde extérieur.

L 'univers avec toutes ses merveilles a besoin d’être interrogé convenablement, sollicité, provoqué même avant de révéler ses secrets à l’expérimentateur froid, sérieux et habile qui sait le contraindre de répondre aux questions qu’il lui adresse.

Il faut, tout en observant les phénomènes , savoir distinguer ce qui leur appartient en propre et ce qui est. commun à plusieurs; il faut, tout en recueillant les faits et les rapprochant d’après certaines ressemblances, savoir découvrir leurs analogies fondamentales et les rattacher a une idée

mère, une idée générale, sans laquelle une science, quelle qu’elle soit, ne peut être conçue.

Des limites sont imposées à noire puissance, je le sais, aussi ma témérité n’ira-t-elle pas jusqu’à chercher à les franchir, bannissant, moi le premier, ces hautes et sublijnes spéculations par lesquelles l’esprit humain cherche à

remonter aux causes premières, à pénétrer la nature, l’es-

sence des choses et à expliquer tout. Seulement, il nous est bien permis de n’envisager que d’une manière générale leu rapports qui existent entre l’homme et l’univers, de démê- „ 1er, de suivre les liens profonds qui unissent son histoire à celle du globe et du milieu dans lequel il vit, de nous enquérir de ce que chacun des modificateurs qui nous entourent peut avoir d’utile , et en quoi il est appelé à ajouter à notre bien-être..

Disons-le de suite. Si nous ne pouvons pas concevoir le but déterminé vers lequel tendent tous les êtres, du moins pouvons-nous constater qu’au milieu de l’harmonie universelle, notre monde" constitue une unité, un tout, pour ainsi dire, dans lesquels se confondent toutes les parties qu’il contient, comme lui-même constitue à son tour une partie de l’univers.

Cette pensée s’applique aussi bien aux êtres vivants qu’à tout ce qui compose le monde matériel, les forces elles-mêmesou puissances qui font le principal ressortde l’existence, s’assujettissent à cette loi d’harmonie universelle. C’est Y harmonie qui constitue la condition essentielle de la vie, c’est elle qui préside à son existence, par le concours unanime de deux êtres d’un sexe différent qui, pour procréer, doivent être dans des conditions favorables.

C’est, par les lois de l’harmonie, de l’unité dans la tendance, que l’individualisme organique se développe et finit par s’anéantir, pour jouer un nouveau rôle dans l’harmonie universelle; idée que les anciens philosophes expri-

maient par leur macrocosme ou grand monde et microcosme ou petit monde, considérant l’homme comme un petit univers, un monde individuel, comme une miniature du grand monde, où toutes les parties ont une tendance caractérisée, ayant pour but le soutien de l'harmonie individuelle.

Cependant, messieurs, quoique tous les êtres créés sc .développent à l’aide d’une évolution commune, la science de l’homme et la science de l’univers, quelque nombreux que soient leurs points de contact, ne sauraient se confondre. Quoique l’homme fasse partie du grand tout, il est lui-même, et on ne saurait en donner une autre idée.

Si nous envisagions un moment le point de départ do l’intelligence humaine, nous ne trouverions qu’une science qui les embrassait toutes, confusion inévitable à une époque où l’homme commençait à s’interroger, à s’observer tout en observant et en interrogeant l’univers.

Mais à mesure que l’esprit humain s’étendit et progressa, les exigences furent plus grandes. Comme d’un côté les causes d’altération de la santé furent plus nombreuses, de l’autre, les besoins et les moyens de secours ont dû croître proportionnellement aux progrès de la civilisation.

Les sciences une fois apparues se développèrent et se perfectionnèrent en raison de leur importance et du degré d’intimité avec lequel elles embrassent les corps de la nature, et de la profondeur à, laquelle elles cherchent è pénétrer l’essence et les propriétés de la matière.

Toute science a une direction et un but, ù nous de connaître son domaine et ses limites.

Ainsi la chimie vous révélera les combinaisons qui se passent entre les molécules mémo de. la matière.

Avec la physique, vous pourrez connaître les propriétés sensibles des corps, mais n’oubliez pas que, dans les merveilles de la nature, le physicien sans préjugés ne voit rien que le pouvoir de la nature, que les lois permanentes et

variées, que les effets nécessaires des combinaisons différentes d’une matière prodigieusement diversifiée.

Pour mesurer des distances, calculer les mouvements, peser les masses, vous avez l’astronomie.

Pour les lignes et les surfaces, vous avez la géométrie.

Puis enfin vous avez la météorologie, l’histoire naturelle qui comprend la botaniqueet la zoologie, l’homme à part, et tant d’autres sciences que je ne me donne pas la peine d’énumérer ici, etc.

Je suppose que chacune de ces sciences vous soit connue, que vous en ayez fait une étude spéciale, ce ne serait pas suffisant pour résoudre le problème que j’ai posé au commencement de cette leçon.

Car, messieurs, à tort vous tenteriez d’expliquer les actes de lavie par les lois de la chimie et de la physique. Autant vaudrait prétendre avoir trouvé la raison des ondulations sonores ou lumineuses, celle des phénomènes célestes, celle des combinaisons des corps dans les lois qui régissent les phénomènes vitaux.

Comme je vous le disais, toutes les sciences sont sœurs, elles se prêtent un réciproque et continuel appui, tous leurs progrès sont solidaires.

Toutes doivent venir en aide à la médecine, mais la médecine ne peut être et ne sera jamais sous la dépendance d’une des branches des connaissances humaines,

Ce que nous leur demandons à ces différentes sciences, c’est de nous faire connaître les rapports qui les lient avec l’homme, co microcosme, l’objet principal do notre étude. Sansremonter aupourquoi, nous voulons savoirquels sont les effets et comment ils se produisent dans l’organisme humain, soit à l’état physiologique, soit à l’état pathologique.

Car, messieurs, il n’est pas un organe, pas un appareil.

pas un système organique qui ne soit modifié, altéré quelquefois par un agent extérieur. La différence ne gît que dans la nature des sensations, des douleurs et des troubles fonctionnels éprouvés, dans le plus ou moins d’altération et dans l’atteinte plus ou moins prédominante d’un organe ou d’un appareil.

L’observation et la théorie, tels sont, messieurs, les deux grands moyens de connaître, destinés à s’éclairer l’un par l’autre et à se servir mutuellement de contre-épreuve. C’est par l’alliance indissoluble de ces deux moyens qu’on arrivera à mettre un terme à ces disputes sans fin entre les observateurs et les théoriciens purs, car chacun d’eux ne défend son opinion avec autant d’opiniâtreté que parce qu’il ne voit qu’une moitié de la vérité.

Selon Hahnemann , chaque modificateur externe est dans un rapport déterminé d’avance avec l’homme. C’est admettre implicitement que les corps, les causes, les êtres que ce monde renferme, agissent nécessairement de la manière dont nous les voyons agir, soit que nous approuvions leurs effets, soitque nous les désapprouvions. Les tremblements de terre, les volcans, les inondations, les maladies contagieuses et non contagieuses, les disettes, sont des effets aussi nécessaires, ou sont autant dans l’ordre de la nature , que la chûto des corps graves, que le cours des rivières, que les mouvements périodiques des mers, que le souffle des vents, que les pluies fécondantes, en un mot, que tous ces effets favorables pour lesquels nous nous plaisons à louer et à remercier quoi? une Providence dont les bienfaits sont loin d’égaler souvent les maux que nous essuyons, les dangers que nous courons.

V ordre de l’univers, messieurs, n’est qu’une suite de mouvements ou d’effets nécessairement amenés par des causes ou des circonstances qui nous sont tantôt favorables et tantôt nuisibles; nous aimons, nous approuvons les unes et

nous réprouvons, ou nous nous plaignons des autres.

Observons bien et nous -trouverons que la nature mit constamment la même marche , c’est-à-dire que les mêmes causes produisent les mêmes elïets, tant que leur action n’est pas troublée par d’autres causes qui forcent les premières à produire des effets différents.

Mais ces autres causes, quoiqu’inconnues pour nous, n’en sont pas moins naturelles et nécessaires. C’est, donc à tort que nous nous en étonnons, que nous crions au miracle, les attribuant "à une cause bien moins connue que toutes celles que nous voyons agir sous nos yeux. En effet, l’existence d’un être surnaturel ne prouverait rien de plus.

Nous, médecins, qui étudions la nature et ses lois, nous cherchons à nous rendre compte de ce que nous voyons, non en recourant à des causes surnaturelles qui, bien loin d’éclaircir nos idées, ne feraient que les obscurcir de plus en plus et nous mettre dans l’impossibilité de nous entendre nous-mêmes, mais bien en nous efforçant de démêler l’action des causes naturelles.

Pour cela, nous invoquons la raison, nous faisons appel à notre intelligence, cette même intelligence qu’invoquent ceux qui, au lieu d’avouer leur peu de lumières sur les agents naturels, vont chercher hors de la nature, c’est-àdire dans les régions imaginaires, un agent bien plus inconnu que cette nature, dont ils pourraient au moins se former quelques idées. Aussi sommes-nous loin de nous imaginer que dans la formation de l’univers, ce n’est que l’espèce humaine que la nature s’est proposée pour objet et pour fin.

Il faut être, convenez-en, d’un esprit surnaturel pour enseigner que l’espèce humaine n’a été faite que pour admirer les ouvrages de son créateur et l’en glorifier. S’il en est ainsi, il a visiblement manqué son but, puisque selon

les théologiens eux-mêmes, l’homme sera toujours dans l'impossibilité de connaître ce créateur et dans l’ignorance la plus invincible de son essence créatrice. Donc un être qui n’a point d’égaux, ne peut être susceptible de gloire; la gloire lie pouvant résulter que de la comparaison de sa propre excellence avec celle des autres.

D’un autre côté puisque ces esprits surnaturels nous représentent ce créateur comme tout puissant, comme le maître de l’univers, qu’a-t-il besoin des hommages d’aussi faibles créatures que nous ? Et ce qu’il y a de plus clair et de plus évident, c’est que loin d’être glorifié, il est perpétuellement offensé par ceux même qui se flattent de le servir le mieux.

Admettre un être surnaturel comme l’auteur des phénomènes que nous voyons, n’est-ce pas les attribuer à une cause occulte? Qu’est-ce qu’un être surnaturel? qu’estce qu’un pur esprit? ce sont des prétendues causes dont nous n’avons aucune idée.

Si nous, médecins, nous admettions un être surnaturel comme le moteur de l’univers, nous ne poumons admettre aucun trouble, aucun désordre relativement à lui, attendu que toutes les causes qu’il aurait faites, n’agiraient que d’après les propriétés, les essences et les impulsions qu’il leur aurait données. Car, s’il est moteur, s’il est partout, si, comme on le dit, il remplit tout de son immensité et que rien ne se fasse sans lui, il est bien clair que ce serait le regarder comme l 'auteur du désordre et de toutes les maladies qui affligent l’espèce humaine. Ce serait lui alors qui dérangerait la nature, qui serait le père de la confusion. Cette déduction ne vous paraît-elle pas logique? n’est-il pas évident que s’il est l’auteur de tout, s’il est partout, il est en min, par conséquent il agit avec moi, il se trompe avec moi, il est malade en même temps que moi, il combat même avec moi son existence, en un mot il participe à toutes mes souffrances tant physiques que morales.

Vous voyez, Messieurs, où peuvent nous conduire ces hypothèses, en morale, en religion, comme en médecine, quand on ne veut pas s’attacher à la réalité. En eiïet, s’il est l’arbitre des choses, s’il est le dispensateur unique des événements de ce monde, quel compte affreux n’a-t-il pas à nous rendre quand il vient de nous frapper dans ce que nous avons de plus cher, quand il vient enlever à notre affection, à notre amour, une mère, un père, un enfant, etc.....

Et qu’on ne vienne pas arguer de notre impuissance à con- ~ naître et à comprendre ce qu’on nomme le pur esprit ou l’essence créatrice, que cet absolu des absolus doive exister! Car, si comme on le dit, son intelligence, ses vues, ses idées n’ont rien de commun avec celles des hommes, il est inutile que nous cherchions à juger soit en bien, soit en mal, de ces vues, à raisonner sur ces idées, ù admirer cette intelligence, puisque ce serait juger, admirer et adorer ce dont on ne peut soi-même avoir aucune idée.

Ne vous étonnez pas, messieurs, de m’entendre émettre des opinions qui sont déjà celles de peuples entiers. Aussi a-t-on eu raison de dire : Vox populi vox Dei? Ef pourquoi n’émettrai-je pas mon opinion? De quel droit un autre homme viendrait-il m’imposer la sienne? Si la conduite de ce pur esprit est un mystère pour nous, il n’en est pas moins un pour ceux qui l’admettent. Si ses desseins, ses pensées sont impénétrables pour moi, ils ne le sont pas moins pour ces faiseurs d’hypothèses. De quel droit alors voudraiton nous faire croire et admirer des desseins qui leur sont entièrement inconnus èi eux comme à moi et qu’ils ne comprennent pas plus que moi. Dans l’ignorance où nous sommes des causes premières, ayons au moins quelqu’indulgenco pour ceux qui ingénuement confessent ne pouvoir ajouter foi à des rêveries et à des conjectures que tout semble contredire, Cessons toute persécution puisque persécuteur et

persécute émettent et défendent des opinions incompréhensibles, indémontrables, du moment où elles ont trait à des pensées et à des voies impénétrables.

ba raison et l’observation de tous sont-elles plus infaillibles que la raison et l’observation d’un seul?

Pourquoi et comment la certitude scientifique jailliraitelle plutôt d’une multitude d’esprits faibles par nature que de l’esprit d’un seul? Pourquoi toujours invoqueren faveur de l’existence d’un être mystérieux le simple bon sens ou 1 opinion publique , cette insensée reine du monde, comme l’appelle Pascal?

J’apprécie et je respecte même beaucoup l’opinion de chacun, mais ce n’est pas une raison pour les accepter toutes et faire abnégation de mon jugement. D’abord, le sens commun n’est pas le bon sens. En second lieu, comme il n’est toujours que le résultat de l’action qu’exercent la science et l’expérience sur les idées de la multitude , il s’ensuit que l’opinion publique monte ou descend avec L’élévation ou la chute de la science.

Les hommes ont beau se passionner pour des erreurs dont ils sont depuis longtemps en possession et au triomphe desquelles ils sont intéressés, les hommes passent, les vérités seules restent debout. Méfions-nous toujours de ce qu’on est convenu d’appeler sens commun , majorité, opinion vulgaire, car, c’est à l’aide de ces appellations qu’on propage et défend l’erreur , aussi bien dans les sciences qu’en politique, en morale et en religion : eh bien ! moi, j’ai la prétention d’appartenir au petit nombre ou il la minorité, mais minorité qui raisonne, qui juge et qui n’admet pas de faits sur cette simple considération, à savoir que leurs devanciers les ont admis. Je suis de ceux qui pensent que la liberté illimitée des opinions, et je le dis ii haute et intelligible voix, du moment où elles ne s’attaquent et ne combattent (j ue des opinions, est appelée toujours il produire le plus

grand bien. L’abus qu’on peut faire de cette liberté ne serait un mal qu’autant que ces opinions se traduiraient en actes nuisibles et repressibles. Et dans ce cas, loin de la défendre, je serais le premier à protester de toutes mes forces contre toute tentative de cette nature.

Mais avouons que nous avons encore une infinité de secrets à arracher à la nature, avouons que si la science nous a mis en possession de vérités inattaquables, elle possède toujours de ces vieilles idoles, que le vulgaire vénère sans trop savoir pourquoi et qui doivent disparaître avant que leur base soit complètement ruinée par les vers.

Le pouvoir ne peut interdire le libre examen des doctrines, car, de cet examen dépend le bonheur des peuples. Aussi n’appartient-il qu’au génie médical de se tracer à lui-même ses règles. Tout médecin qui, par amour pour la vérité, sait alfronter les préjugés et toutes les haines de corps a droit à notre estime et à notre respect.

Deux intelligences- se valent. Peut se dire intelligent tout homme qui a des idées, des pensées, des volontés, lesquelles demandent des organes, lesquels organes demandent un corps.

Ne soyez donc plus étonné maintenant que l’univers soit toujours dans l’ordre, puisqu’il ne peut y avoir de désordre pour lui. Quand nous nous plaignons du désordre, notre machine seule est en souffrance. Cela est si vrai que ce qui est ordre pour un être, peut être désordre pour un autre.

Ne soyez plus étonné de voir régner un certain ordre dans la nature et dans le monde, car ce serait vous étonner de ce qu’il puisse exister quelque chose : ce serait douter de votre propre existence.

Ne soyez pas surpris que les mêmes causes produisent constamment les mêmes ell'ets, ni choqué de voir du désordre, car ce serait oublier que les causes venant à clian-

gerou à être troublées dans leurs actions, les effets ne peuvent plus être les mêmes.

Nous dire que l’univers est totalement inexplicable sans un être surnaturel , n’est-ce pas reconnaître que, pour expliquer ce que l’on entendit comprend fort peu, on abcsoin d’une cause qu’on ne comprend, ni n’entend point du tout. C’est ainsi que les puristes d’esprit prétendent démêler ce qui est obscur, en redoublant l’obscurité. (C’est un palliatif à l’ignorance, rien de plus.)

Toutes ces merveilles de la nature devant lesquelles on s’extasie et devant lesquelles je m’extasie, moi, le premier, ne prouvent, ni l’existence, ni la grandeur d’un être surnaturel, mais bien l’ignorance où nous sommes des vraies causes; elles prouvent seulement que nous n’avons pas les idées que nous devrions avoir de l’immense variété des matières et des effets que peuvent produire les combinaisons diversifiées à l’infini dont l’univers est l’assemblage. Cela prouve tout simplement que nous ignorons ce que c’est que la nature; que nous n 'avons aucune idée de ses forces, lorsque nous la jugeons incapable de produire une foule de formes et d’êtres dont nos yeux, même armés de microscopes, ne voient jamais que la moindre partie.

La nature , dont l’essence est visiblement d’agir et de produire, pour produire comme elle le fait sous nos yeux, w’a pas besoin d’un moteur invisible, bien plus inconnu qu’elle-même. La matière se meut par sa propre énergie, par une suite nécessaire de son hétérogénéité; la diversité des mouvements ou des façons d’agir, constitue seule la diversité des matières.

Nous dire que le monde ne s’est pas fait lui-même, qu il no peut pas y avoir d’effet sans cause, c est oublier que I univers est une cause, qu’il n’est point un efiet. 11 est la cause de tous les phénomènes que nous observons ; tous les êtres qu il renferme sont des effets nécessaires de cette cause qui quel-

quefois nous montre sa façon d’agir, mais qui bien plus souventnous dérobe sa marche. L’univers n’est donc point un ouvrage; il n’a point été fait, parce qu’il était impossible qu’il le fût. Le monde a toujours été; son existence est nécessaire. 11 est, en un mot, sa cause à lui-même.

Je vous le répète, messieurs, le mouvement est dans l’essence de la matière , c’est ce que Halinemann a traduit par dynamisme, c’est-à-dire un grand principe moteur agissant sur tous les êtres et sur toutes les substances, et dont la seule force organique règle l’étendue et les mouvements.

En effet, si nous ressentons les effets que les matières ou les corps font sur notre organisme, si nous en avons des perceptions et des idées, si nous leur assignons des propriétés, ce ne peut être que par la diversité des impressions ou des mouvements que ces mêmes corps communiquent à nos organes. Si cet objet agit sur nous, cette action ne peut avoir lieu qu’en produisant des effets ou phénomènes connus, et il ne peut produire ces effets ou phénomènes en nous, s’il n’est lui-même à l’état dynamique, c’est-à-dire animé d’une force intime, d’une puissance qui tient à sa nature.

Ainsi, je ne peux voir un objet sans que mes yeux en soient frappés; je ne puis donc concevoir la lumière et la vision, sans une force, un mouvement dans le corps lumineux, étendu, coloré, qui vient agir sur ma rétine et se communiquer à mon œil. Si je flaire un corps, il faut que mon odorat soit impressionné par les parties qui s’exhalent d’un corps odorant. Si je veux entendre un son, il faut que le tympan de mon oreille soit frappé de l’air mis eu mouvement par un corps sonore qui n’agirait pas s’il n’était mu lui-même.

C’est ce qui a fait dire à Halinemann que « la production de tout changement morbide quelconque suppose dans la substance médicinale la faculté d’agir, et dans la force vitale qui anime l’organisme l 'aptitude à être affectée par elle, que les altérations manifestes de la santé qui ont lieu dans les

idyosincrasies, ne peuvent point être mises uniquement sur le compte de la constitution particulière du sujet, qu’on était obligé de les rapporter en même temps aux choses qui les ont fait naître, et dans lesquelles doit résider la faculté d’exercer la même influence sur tous les hommes. » Organ. § 117, p. 200. D’où il suit évidemment que m’armant de la pensée d’Halmemann, j’ai raison d’admettre que sans force ou sans mouvement, sans une puissance quelconque en un mot inhérente à la matière et à laquelle il donne le nom de Dynamisme, nous ne pourrions ni sentir, ni apercevoir, ni distinguer, ni comparer, ni juger les corps, etc.

Comment puis-je être averti ou assuré de ma propre existence, si ce n’est par les mouvements ou phénomènes actifs que j’éprouve en moi. Je suis donc forcé de conclure avec Hahnemann que le dynamisme, ou force, activité, puissance, énergie, mouvement de la matière, comme on voudra, est aussi essentiel à la matière que l’étendue, et qu’elle ne peut être conçue sans lui. Que ce dynamisme, d’une essence impondérable, cl’une nature inconnue, étroitement lié à la matière, est Y âme du monde physique et la source de toute vie. Qu’il participe non-seulement à la conservation de tous les êtres, mais encore aux différentes productions des règnes de la nature. Que tout médecin qui n’acceptè pas la loi du dynamisme est appelé à marcher au hasard. Qu’il lui suffirait d’observer dans le corps humain les phénomènes tant physiologiques que pathologiques, pour être convaincu qu’ils sont régis par une force inconnue dans sa nature, il est vrai, mais dont les résultats peuvent être appréciés, force une et indécomposable quoique multiple dans ses manifestations.

Oui, messieurs, les corps organisés ne sont que certaines modifications spéciales de la matière avec lesquelles le dynamisme parait s’unir en plus ou en moins grande quantité, soit à Y état libre, soit à Y état latent.

Chez les animaux, le dynamisme est à l’état libre, et comme chez l’homme cette force ou puissance jouit le plus de perfection et d’expansion, il n’est pas étonnant que ce soit l’homme, ce roi de la nature vivante, à organisation la plus compliquée, qui offre les souffrances les plus diverses et les plus graves, c’est ainsi qu’Hahnemann compte à lui, plus particuliers, la Syphilis, le cancer, les fièvres de toute nature, Yépilepsie, la folie, en un mot, toute la classe des affections morales. Quoique la pathologie embrasse toute la nature vivante, puisque tout ce qui vit est susceptible de tomber malade, il est bien clair, cependant, que les lois et phénomènes pathologiques ne peuvent pas être les mêmes pour tous les êtres organisés; plus la vie d’une espèce est simple et infime, et moins elle est sujette à souffrir. C’est vous dire que la vie organique et animalé est en raison des éléments plus ou moins compliqués qui la composent.

Ainsi, dans les chrysalides, clans les œufs, dans les animaux asphyxiés, dans les végétaux , pendant l’hiver, et dans les graines dont quelques-unes peuvent germer après des siècles, comme on l’a vu par les grains de blé trouvés dans les ruines de Pompéi, dans ces corps, dis-je, le dynamisme existe ù l’état latent. Bref, il est répandu partout, il pénètre tout, s’identifiant plus ou moins intimement avec toutes les modifications de la matière. Ce qu’il y a cle plus dans les organismes supérieurs, où les facultés sont nombreuses et complexes, ce sont les sens qui servent à maintenir les relations de l’organisme avec le monde extérieur.

lvn attribuant ainsi divers degrés de vie ou de dynamie à tout ce qui est créé, c’est reconnaître implicitement les rapports qui existent entre tous les objets créés, et qui les rendent jusqu’à un certain point dépendants les uns îles autres. C est reconnaître que chacun des êtres créés, contraint de sacrifier une partie de son individualité au bien général, revient enfin au grand tout dont il est une partie,- pour re-

naître, tôt ou tard, sous une forme nouvelle et avec des qualités différentes.

En effet, la mort qui, au premier coup d’œil, paraît être un contraste de la nature diamétralement opposé au but de l’existence, non-seulement ne trouble pas la loi d’unité et d’harmonie universelle, mais encore, elle constitue sa base et son principal ressort. L’existence d’une seule espèce de créatures douées d’une vie éternelle, suffiraitpour ébranler l’équilibre général; car, du moment où cette espèce détruirait sans cesse, par l’assimilation, les autres combinaisons organiques, et qu’elle ne rendrait jamais ce qu’elle se serait approprié, cela étant, l’ordre universel serait troublé, renversé.

Vous voyez de suite, messieurs, comme avec le dynamisme, l’horison s’agrandit, puisqu’il embrasse non-seulement les faits de la médecine, mais encore ceux de la nature entière. Tel est le privilège des hommes de génie, d’offrir dans leurs œuvres une unité qui ne se brise jamais impunément. C’est cette unité que l’on retrouve dans la doctrine de Hahnemann. Unité de principes théoriques, unité d’action pratique, unité enfin, de tendance dans la fusion de la grande unité qui est l’Univers. Avant de traiter de la physiologie, je consacrerai la prochaine séance à vous esquisser l’histoire de la médecine jusqu’à nos jours.

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