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MATIÈRE MÉDICALE

CE QUE L’ON DOIT ENTENDRE PATI MÉDICAMENTS. — EXPÉRIMENTATION PURE. — COMMENT HAHNEMANN TROUVA LA LOI DES SEMBLABLES.

Messieurs,

Maintenant que nous savons dans quels cas les secours de l’art peuvent être réclamés, il nous reste à connaître les instruments de guérison, à limiter leur emploi, leur proportion, c’est l’objet de la matière médicale ou de la pharmacologie.

Constatons d’abord un fait: c’est que, tout agent thérapeutique tend à modifier l’organisme humain, qu’il soit à l’ état physiologique ou à l’ état pathologique, il tend à le modifier d’une manière qui lui est propre, et qui diffère selon Yagent employé, selon sa force, c’est-à-dire selon le degré de sa puissance modificatrice, selon la dose à laquelle on le donne, le temps pendant lequel on le prend, selon l’impressionnabilité plus ou moins grande des individus, en un mot, selon une foule de circonstances qui doivent être prises en considération.

Cette action spéciale qu’a tout agont thérapeutique sur l’organisme se reconnaît aux symptômes qu’il développe, aux

modifications plus ou moins profondes qu’il apporte dans l’économie. Il pourra donc concourir, suivant la dose à laquelle on l’administrera, et suivant Y opportunité de son emploi, soit à la perte, soit à la conservation de l’individu.

La preuve logique, irrécusable que cette action est bien due au médicament employé, se tire, comme vous voyez, de la relation de cause à effet , entre l’agent thérapeutique employé d’une part et les phénomènes qui se manifestent dans l’organisme d’autre part. Maintenant que nous avons dit ce que l’on doit entendre par dynamisme , vous saurez rattacher ces phénomènes à la grande loi que nous avons posée dans le principe, c’est le seul moyen pour arriver à constater et à démontrer d’une manière irréfragable les propriétés positives des agents thérapeuthiques.

11 n’y a pas de puissance au monde, en tant que puissance spirituelle ou virtuelle, capable d’empêcher un agent thérapeutique d’agir sur l’organisme, une fois en rapport avec lui, et de l’opprimer en raison du peu de vitalité qu’il trouve. Tout médicament ne cesse de développer son action que quand il a parcouru ses phases , à moins qu’il ne soit enrayé dans sa marche par un autre agent thérapeutique. Mais sans cela, une fois introduit dans l’organisme, il donne lieu à une série de phénomènes qui, depuis leur origine jusqu’à la fin, s’enchaînent mutuellement.

Avant Hahnemann, chaque auteur faisant plier ses observations et ses expériences sous le poids de ses vues étroites en physiologie ou en pathologie, construisait un système pathologique quelconque, auquel devait s’adapter plus ou moins bien la matière médicale. C’est ainsi que furent conçues et créées les matières médicales de Cullen, de Schwilgué, de Murray, d' JlUdenbrand et de tant d’autres, voire même celle de MM. Trousseau et Pidoux.

Surgit Hahnemann qui, lui, nous donne une idée nouvelle

du médicament.

« Quœ corpus more iiutriunt, alimenta :'Quce vcrè sanum hominis statum (vel parvâ quantitate ingestâ) in œgrotum, ideoque et cegrotum in sanum mu lare valent, médicamenta appelantur. »

(Fragmenta de viribus medicamentorum positivis, etc. Samuele Hahnemann).

Suivant Hahnemann donc, tout corps, tout agent susceptible de nourrir un être vivant est un aliment; est appelé médicament, .au contraire, tout agent qui, administre à l’homme sain ou appliqué de quelque manière que ce soit sur un corps vivant, est capable de développer dans son organisme un état morbide et de ramener à la santé un homme malade.

Ainsi, dans la définition nouvelle du médicament, nous trouvons comme premier caractère, Y identification du poison et du médicament, l’un et l’autre étant de leur nature inassimilables.

Contrairement à ses devanciers, Hahnemann lait reposer la notion du médicament sur l’idée de force, de puissance, de dynamisme, en un mot, sur la faculté que possède tout agent toxique de rendre malade l'homme bien portaul, et de ramener à la santé celui qui est malade.

Ce qui distingue Y expérimentation pure, de toutes les tentatives incomplètes faites avant le fondateur de l’iiomœopathie, c’est, d’une part, la méthode qui préside à cet ordre de recherches et qui consiste dans l’observance d’un certain nombre de règles et de préceptes; d’ autre part, c’est la doctrine générale à laquelle cette méthode se rattache, qui est soutenue par elle; cette doctrine est celle du dynamisme.

Comme la nouveauté d’un principe ne gît jamais dans son énoncé, ce qui, pour moi, constitue la découverte dans la manière dont Hahnemann a conçu l’expérimentation pure, c’est que les principes émis par lui peuvent se ré-

soudre en une application pratique , ayant ses règles et ses lois.

Ainsi pour Hahnemann, tout médicament est une puissance morbifique, tous les véritables remèdes ne sont que des puissances capables de produire dans l’organisme une maladie artificielle analogue et de faire cesser et anéantir au moyen de celle-ci la maladie naturelle semblable.

Ce n’est pas seulement de leur plus grande force que dépend leur efficacité, mais bien de leur plus grande affinité pour la maladie ou de leur plus grande ressemblance avec elle.

Hahnemann, après avoir créé sa théorie des maladies chroniques, divise les médicaments en quatre grandes classes : 1° les médicaments psoriques; 2° syphilitiques; 3° sycosiques , ce sont ceux qui répondent surtout aux trois causes occasionnelles des maladies comme la psore ou la gale et ses dérivés, la syphilis et la sycose; 4° sont appelés médicaments apsoriques , ceux qui se trouvent en similitude de symptômes avec la maladie répondant à une indication principale autre que les précédentes.

Hahnemann reconnaissait aux médicaments comme aux maladies ou causes morbides , deux sortes d’effets:

1° E/fets primitifs qu’il appelait encore effets directs ou positifs ;

2° E/fets consécutifs qu’il désignait encore par secondaires , indirects ou de réaction.

« Toute puissance, dit Hahnemann, qui agit sur la vie, tout médicament qui désaccorde plus ou moins la force vitale, produit dans l’homme un certain changement qui représente Y effet, primitif du médicament. » Pour admettre les e/fets consécutifs , il recourait à une hypothèse, à savoir que dans un temps, donné, notre force vitale venant à se réveiller, chassait la maladie.

Je vous ai déjà signalé les contradictions qu on rencon-

tre dans les ouvrages dTIahnemann, c’esl-à-dire , messieurs, que nous ne pouvons pas plus admettre pour les médicaments, une supposition aussi gratuite , que nous ne l’avons admise pour les maladies. Dans l’un et l’autre cas nous rejetons toute idée de réaction , toujours en raison du sens qu’on veut lui donner. Il me semble que la force vitale aurait eu plus beau jeu de déployer tout d’abord son énergie contre l’influence de la force médicinale plutôt que d’attendre que ragent pathogénétique ait parcouru son évolution et ait laissé les traces les plus profondes de son passage dans l’économie, avant de révéler sa présence.

Quel jugement porteriez-vous, par exemple , sur une armée qui, destinée à protéger, conserver et défendre une ville ou une citadelle, loin de repousser une attaque ennemie, laisserait assiéger la place et ouvrirait même les portes, se promettant, nouveau Don Quichotte, une fois l’ennemi disparu, de reparaître ensuite sur les lieux et de faire valoir sa vaillance.

Tel est le rôle qu’on veut faire jouer à la force vitale! N’est-il pas plus sage de s’abstenir de toute interprétation à l’égard des phénomènes que nous observons,, puisqu’il nous est impossible œ. approfondir les rapports entre les symptômes comme effets primitifs et consécutifs.

Un médicament produisant tel effet ou tel autre suivant la dose à laquelle on le donne, et suivant l’impressionabilité du sujet qui le prend, il n’est pas rare de voir le même médicament produire, suivant les individus, des effets tout à fait opposés. C’est pourquoi nous ne devons envisager l’effet pathogénétique comme nousl’avons faitpour la maladie naturelle, que dans sa totalité et non dans ses parties. Polir nous, les effets primitifs et les effets consécutifs ou réactionnels représentent le même produit émanant de la même source médicamenteuse, après la disparition desquels effets loulrentre dans l’ordre et dans l’équilibre.

De même qu’à l’état .physiologique, l’air, Veau, le calorique, le froid, la lumière, Y électricité, pour agir sur toute l’économie et produire des effets généraux, ne doivent pas moins être regardés comme' pouvant n’affecter primitivement qu’un ou plusieurs points de l’organisme, de même les médicaments produiront des résultats identi-

ques.

Dès l’instant que leur action est suivie d’un résultat, ce résultat peut être d'abord local ou général; il variera, du reste, chez les divers individus, suivant le degré de vitalité dévolue aux organes qui deviennent l’aboutissant de toutes les impressions et suivant les propriétés actives ou dynamiques des médicaments. Et quand même leur influence se ferait sentir tcrut d’abord à Yorganisme entier , leur action sera plus forte sur certains organes, parce qu’elle y est immédiate; Y excès et le défaut de calorique, par exemple, impressionnent surtout la peau; Yair , les voies respiratoires ; Y électricité, le système nerveux, etc., etc. Tout modificateur de l’économie peut donc produire primitivement une action soit locale, soit générale; la théorie et l’expérience sont là pour nous le prouver. Les médicaments, comme les maladies, comme les agents naturels, peuvent donc envahir et s’étendre à tout le corps, soit qu’ils partent d’un ou de, plusieurs points de l’organisme.

C’est pourquoi, comme nous savons que tous \cs phénomènes qui se passent chez un sujet soumis à l’expérimentation sont inhérents à un ou plusieurs de ses organes ou à

un système tout entier, pour envahir ensuite et peu à peu l’organisme, tous nos eiforts doivent avoir pour but la recherche des troubles fonctionnels. Il est, par conséquent, de la plus haute importance pour nous, de savoir quels sont les organes dont le jeu a été entravé, les modifications que l’appareil de lalocomotion a éprouvé; quels sont les nerfs dont la sensibilité a reçu une atleinlc, les phénomènes qui s’ae-

complissent dans 'Y acte de la digestion, dans lu système vasculaire, et dans la sécrétion'! etc., etc.

Toute expérimentation en général doit donc être basée sur T élément anatomo-physiologique, car, avec les ressources que nous offrent aujourd’hui la physique et la chimie avec ses réactifs puissants, le microscope et Y anatomie pathologique, nous devons après chaque expérience examiner le caractère du sang, de Y urine, de la salive, etc., etc. On arrivera peut-être de cette manière à se rendre un compte plus exact de tous les phénomènes biologiques qui se passen t dan s l’organisme. Agir ainsi, c’est vouloir ramener notre doctrine à des faits positifs. Nous devons encourager l’expérimentation sur les animaux, non pas en ce qu’ils pourraient nous éclairer sur le mode de leurs sentiments et de leurs sensations, mais en ce que nous pourrions découvrir sur le cadavre de l’animal qui serait tué et immédiatement examiné dans toutes les circonstances et dans toutes les phases de la maladie médicamenteuse.

Ces belles découvertes que nous promettent Y anatomie, la physiologie , la pathologie, la thérapeutique et la pharmacodynamie des organismes animaux mettront à découvert les rapports des effets médicamenteux avec les tissus, les organes ou parties d’organes, les systèmes vasculaires et nerveux, etc. Hahnemann, du reste, dans sa matière médicale pure,t. III, p. 124, se flatte d’avoir fait des expériences tant sur Yhomme que sur les animaux, ce qui ne l’empêchait pas de mettre à profit Y observation clinique, seulement il ne pouvait s’en contenter par la raison qu’on a beaucoup de difficulté è démêler ce qui est le propre du médicament et ce qui appartient à la maladie.

Car, il faut bien le dire, l’expérience clinique sur laquelle se repose 1 ancienne médecine n’est qu’une méthode indirecte, insuffisante et souvent trompeuse. Ainsi de ce qu’un moyen thérapeutique, sans réussir, n'aura pas nui dans une

maladie, la pneunomie, par exemple, l’école officielle en conciliera de son opportunité dans une autre maladie qui, quoique de meme ordre , présente des symptômes tout à fait différents , comme siège, comme manifestation, etc., de ce qu’une personne aura échappé à un danger en exposant volontairement sa- vie, en concluerez-vous que d’autres puissent de même exposer impunément leurs jours? Non, certes! et cependant c’est ce que fait l’ancienne médecine qui, par ses antiphlogistiques, ses purgatifs, ses dérivatifs, ses vomitifs et autres, ne fait qu’affaihlir le malade ou ajouter à la maladie, rien déplus. Sans cette thérapeutique incendiaire, nous n’aurions peut-être pas aujourd’hui à déplorer la mort de M. de Cavour, qui a été saigné neuf fois en un mois, sans compter le grand bain qui a été comme le dernier coup de grâce.

Selon Uahnemann , l’observation clinique ou pathologique peut se comprendre dans deux cas :

Dans le 1er, elle sert à venir déposer en faveur des résultats fournis par l’expérimentation; c’est donc une grande autorité, puisqu’elle vient confirmer, élargir et compléter la loi posée par Hahnemann. Dans ce cas, la guérison qu’on obtient par la médication ah usu in morbis , n’est rien autre que la contre -épreuve de l’essai du médicament sur l’homme en santé.

Dans le 2% nous nous en servons dans les maladies désorganisatrices comme le cancer , la phthisie, la carie des os, le ramollissement du cerveau et de la moelle épinière , parce que jamais un expérimentateur n’a eu ni l’épouvantable audace, ni l’infâme témérité de pousser ses expériences jusqu’à cette dernière limite. Seulement de même que ces maladies représêntent pour nous le dernier terme, la dernière période d’étals morbides antérieurs, auxquels participent tous les tissus organiques; de même nous concluons d’après les effets pathogénétiques connus de nos médica-

ments, que donnés à plus fortes doses et plus souvent répétés, les mêmes résultats de désorganisation auraient pu se produire.

Du reste nous avons encore la toxicologie qui vient heureusement compléter ou rendre plus parfait le tableau des symptômes patJiogénétiques, que, dans certains cas, nous n’avons fait qu’ébaucher.

C’est ainsi que pour être fidèles à notre Ici, nous administrons les médicaments qui, non-seulement répondent le mieux aux symptômes locaux de la maladie, mais encore à l’ensemble de tous les signes par lesquels se traduit cet état dynamique morbide.

Pour atteindre ce résultat et arriver à connaître d’une manière exacte les propriétés médicamenteuses, l’ observation clinique étant insuffisante , Hahnemann en appela à r expérimentation pure et directe, il administra des médicaments à des gens bien portants et recueillit avec grand soin tous les symptômes auxquels donnait lieu cette administration. Le moyen auquel eut recours Hahnemann était le seul rationnel , et nous n’avons à nous étonner que d’une chose, c’est qu’avant lui, cette voie qui était la plus sage et la plus directe, n’ait pas été explorée dans le sens qu’il indique. « Aucun médecin, dit Hahnemann , à ma connaissance, autre que le grand et immortel A. Haller, n’a

dans le cours de vingt-cinq siècles, soupçonné cette méthode si naturelle, si absolument nécessaire et si uniquement vraie, d’observer les effets purs et propres de chaque médicament , pour conclure de là quelles sont les maladies qu’il serait apte à guérir. Haller seul, avant moi, a compris la nécessité de suivre cette marche.» (Organon, § 108.)

En ell'et, que peut nous apprendre, de son action sur l’organisme vivant, l’étude des caractères zoologiques, botaniques, physiques et chimiques de chaque médicament? Les vertus curatives d’un médicament ne pourront jamais être de-

duites ni de leur forme, ni de leur couleur, ni de leur saveur, ni de leur composition, comme le voulaient les anciens médecins et comme le veut encore aujourd’hui l’école officielle qui, de ce que certaines substances présentent

une saveur amère, prenant le quinquina pour type, en conclut faussemeut qu’elles doivent avoir les mêmes propi ietes curatives, ou de ce que certains corps offrent une ou plusieurs compositions communes, juge à propos de les considérer tous comme jouissant des mêmes propriétés curatives.

Que nous recourions à la physique et à la chimie pour connaître leurs propriétés individuelles , leur composition , leur action moléculaire ou de masse les uns sur les autres, très-bien, mais ces sciences ne vous diront jamais que d’une manière imparfaite ce qu’un végétal ou un minéral, chacun suivant le caractère propre de son invisible nature, peut produire en fait de changement, dans l’état de Phomme vivant dont l’organisation, quoique soumise aux mêmes lois qui régissent les corps inorganisés , établit une grande différence entre eux et lui.

’ Si vous aviez à porter un jugement sur l'un de nous, au point de vue moral et intellectuel, que feriez-vous? Vous interrogeriez, vous sonderiez, n’est-il pas vrai, toutes nos facultés les unes après les autres, tenant un compte trescxact des phénomènes que vous observeriez, et ce ne serait pas une raison parce que tel système organique l’emporterait sur tel autre,, pour que vous vous croyiez en droit de n’envisager que lui et de ne considérer l’organisme que sous ce rapport. Tel système plus développé que les autres pourra amener, il est vrai, un e modification dans l’organisme, mais sans pour cela les étouffer entièrement. Ainsi, règle générale, que les hommes grands, forts, vigoureux brillent peu par leu- intelligence, cela est vrai; que les hommes de génie, 1~ savants au contraire se fasson remarquer par une petite stature, une complex.on faible,

délicate, cela est encore vrai ; mais est-ce une raison pour nier chez le premier toute manifestation intellectuelle, et chez le deuxième toute aptitude physique? Non, certes ! Chaque être humain ne tire son individualité que de la prédominance de telle faculté sur telle autre, de là une dilférence dans les résultats.

De môme, vous ne devez pas juger d’une substance par le principe immédiat qu’elle renferme, attendu que ses propriétés spéciales particulières ne sont que la résultante de tous les principes qui la constituent.

Je vous en ai dit autant des maladies qui devaient fixer votre attention, non-seulement par les caractères communs qu’elles présentent, mais encore par les signes particuliers, caractéristiques qui sont assignés à chacune d’elles, ce qui en fait autant d’individualités. Je vous le répète, messieurs, Y incertitude dans laquelle sont plongés les médecins praticiens ne vient que de ce qu’ils ignorent le mode d’action des médicaments.

L'organisme sain sera donc le seul à vous révéler la puissance des propriétés pathogénétiques des médicaments, mais à la condition de ne pas poursuivre ces recherches jusque dans les profondeurs des tissus organiques, à moins que ce soit, comme je vous l’ai dit, sur les animaux. On comprendra facilement notre réserve. Qui oserait , par des expériences continues et répétées, porter une criminelle atteinte aux jours de son semblable?

Seulement il est permis de pousser les expériences encore assez loin, pour conclure que le médicament employé possède des propriétés beaucoup plus étendues encore que celles qui nous avaient été révélées par Y expérience pure , et comme entre les propriétés pathogénétiques et les propriétés thérapeutiques du même médicament, il y a une corrélation manifeste, la conséquence rigoureuse à tirer la voici :

Puisque pas un médicament ne porte avec lui le cachet du ses propriétés, et qu’il ne nous est pas possible de les deviner de visu, Y expérimentation pure sera le seul moyen de parvenir à déterminer les vertus positives de toute substance médicamenteuse.

Pour ceux qui veulent s’y soumettre, Hahnemann nous fait connaître :

1° Les conditions physiologiques , hygiéniques et atmosphériques qui favorisent Y action d’un médicament sur l’homme sain ainsi que sur l’homme malade.

2° Celles qui pourraient contrarier et même neutraliser l’action médicamenteuse au point d’annuler l’expérience.

Pour les premiers, Hahnemann veut que les médicaments soient donnés à des individus en apparence sains, je dis en apparence, car, qui pourrait se flatter de l’être, si on était imbu des vérités que je vous ai développées en traitant des maladies chroniques. Dans l’état actuel de la science nous sommes obligés de considérer comme sain en apparence celui qui ne ressent aucune douleur, celui dont toutes les fonctions s’accomplissent parfaitement, celui dont la texture organique ne présente à nos moyens d’investigation aucune altération.

Il faut savoir, messieurs, qu’il existe une limite pour la santé comme pour la maladie. Et tous tant que nous sommes, nous sentons, sans pouvoir le définir d’une manière précise, le moment ou la santé nous échappe et où commence la maladie. Les conditions d’existence dans lesquelles nous vivons, sont tellement variables qu’il ne faut pas s’attendre à trouver un état de santé parfait, absolu, idéal, en un mot. Cet état ne peut être que relatif et répondre par conséquent à Y état physiologique, c’est tout ce que l’on peut exiger.

Hahnemann veut, en outre, que les médicaments soient

expérimentés tant sur des hommes que sur des femmes, afin de mettre en évidence les changements relatifs au sexe qu’ils sont aptes à produire. Il exige de celui qui désire se soumettre à l’expérience qu’il ne se livre à aucun travail fatigant de corps ou d’esprit; qu’il ne se mêle en rien aux agitations politiques, religieuses ou autres; qu’il apporte un frein à ses passions désordonnées, qu’il bannisse les débauches et toute préoccupation d’affaire quelle qu’elle soit.

Comme conditions hygiéniques, il assigne un régime trèsmodéré, des aliments simples, nourrissants, sans épices autant que possible. Il condamne les racines, les salades, les soupes aux herbages, les légumes verts, en général, et ne fait exception que pour les petits pois, les haricots verts, et même les carottes comme n’étant pourvus que d’une énergie ou puissance médicinale très-faible. La boisson devra être aussi peu stimulante que possible, et l’on bannira tout autre agent thérapeutique, tant que durera l’expérience, parce que doué de vertus différentes, il pourrait annuler l’action du premier.

Les conditions atmosphériques sont celles qui doivent vous faire éviter toutes les variations de température. De plus, jamais une expérience ne devra être tentée en temps d’épidémie. Enfin, la dernière et la plus essentielle des conditions, c’est que le sujet de l’expérimentation jouisse d’un degré cl’ intelligence nécessaire, afin de s’observer avec un soin scrupuleux, de saisir les moindres phénomènes qui surgiraient dans son organisme et de pouvoir décrire d’une manière claire et compréhensible ce qu’il éprouve; car, lo plus petit changement survenu dans son état mérite d étre noté. — Il faut donc une aptitude spéciale, ce qu’on n; rencontre pas toujours, — sans compter tous les sacrifices qu’on est obligé de s’imposer, — en raison seulement de ces conditions, l’action médicatrice pourra être plus ou moins sensible et plus ou moins longue.

Il est inutile d’ajouter que des conditions opposées h celles que je viens de vous tracer, suffiraient pour annuler plus ou moins complètement l’expérience. — Cela pourrait venir de l’emploi de moyens infidèles, — de la mauvaise préparation des agents mis en usage, — du mauvais état physiologique et surtout idiosyncrasique du sujet soumis à l’expérimentation, lequel jouirait d’une sensibilité si obtuse, qu’il ne ressentirait aucun effet, médicamenteux. Ou bien, 11 pourrait encore arriver que le sujet, sans être précisément malade, soit dans cet état qui n’est ni la santé, ni la maladie, et qui lui permet, malgré cela, de se livrera toutes les occupations de la vie ordinaire, sans plus de gêne. Dans ces conditions, quelque maladie chronique qui sommeillait dans l’organisme peut se réveiller et alors donner le change à l’expérimentation. On a vu souvent des états anormaux du tube intestinal, les aigreurs de l’estomac, par exemple, entraver le développement de toute maladie médicinale.

Que de substances végétales dont V action se trouve annulée de cette manière! En un mot, il en est des médicaments comme de tous les agents morbides, des symptômes ne peuvent se manifester qu’à la condition qu’il existe, chez la personne soumise à l’expérience, une certaine prédisposition à être éprouvée par eux.

De plus, le résultat d’une expérience ne doit être publié qu’après avoir fait connaître le sexe, l 'âge, les habitudes, le tempérament et les idiosyncrasies du sujet de l’expérimentation. De même, on n’oubliera pas de noter dans quelle saison de l’année et sous quelle latitude l’expérience a été faite, car on doit s’attendre, en s’adressant à des individus si différents et se plaçant dans des conditions non moins différentes, à enregistrer des symptômes également très-différents , mais dont les résultats ne varieront cependant que du plus ou moins. Chaque médicament no doit

représenter que la moyenne des symptômes les plus saillants, qui se sont manifestés le plus souvent et presque toujours les mêmes dans les expériences nombreuses entreprises à cet effet. C’est ainsi qu’au nombre de tous les médicaments que contient la matière médicale, s’en trouvent certains qu’on nomme polychrestes, qui s’élèvent à 2-4, et en demi-polychr estes, au nombre de 3G, ainsi appelés, parce qu’ils ont été employés d’une manière complète et fort étendue, et que leurs effets pathogénétiques correspondent à un grand nombre d’états morbides qui se présentent à l’observation.

Ce n’est que beaucoup plus tard, qu’Hahnemann divisa, comme je vous l’ai déjà dit, les médicaments en antipsoriques, antisyphilitiques et antisycosiques, division issue de sa doctrine des maladies chroniques. C’était afin de désigner d’une manière plus spéciale ceux qui s’adressaient plus particulièrement à l’un ou l’autre des trois miasmes chroniques.

Toute la difficulté, pour appliquer un agent médicamenteux, consiste, vous le savez déjà, à trouver, en dehors des caractères communs à plusieurs médicaments , ceux qui sont propres, spéciaux à chacun, sans cependant lui appartenir d’une manière exclusive, de manière à les opposer au groupe de symptômes morbides qui céderont devant ce nouvel envahissement d’un autre genre.

Cependant, messieurs, il faut bien l’avouer, l’étude de la matière médicale présente des difficultés inouïes, et telles que le médecin homœopathe lui-môme, qui devrait être initié aux principes de sa doctrine, éprouve très-souvent des moments de découragement.

Pour arriver à la connaissance de la matière médical# et acquérir le diagnostic des médicaments, comme celui des maladies, il faut étudier d’abord les effets pathogénétiques, comme les maladies d’après leurs analogies, leurs carac-

tïres généraux, après viennent les caractères différentiels.

Devant des matériaux aussi immenses que ceux que nous présente la pharmaco-dynamique, ce n’est qu’en étudiant avec soin la symptomatologie de chaque substance et en comparant entre eux les effets pathogénétiques, que vous arriverez à vous bien pénétrer du principe de la similitude; ce n’est que par une série d’expériences qu ’Hahnemann a été conduit à poser en principe, que tout agent thérapeutique était doué d’une action absolue, abstraction faite de l’individu auquel on le donne, que cette action, était subordonnée à la dose employée et à Y impressionnabilité du sujet. Ainsi, toute personne qui voudra se soumettre à des expériences pures, devra , si une première dose n’a pas produit d’effet déterminé, doubler la dose le lendemain, le surlendemain et môme les jours suivants, jusqu’à la manifestation de phénomènes évidents.

Lorsque vous vous proposerez de faire naître àes exanthèmes ou des pseudo-membranes, dans le but de rechercher les symptômes des médicaments dans les maladies chroniques , vous devrez, suivant le conseil qu’en donne Hahnemann , faire prendre au sujet de l’expérimentation, deux ou trois doses par jour et assez fortes , afin de produire des effets sensibles. N’est-ce pas de cette manière qu’on devrait diriger ses expériences en fait d’expérimentation avec les eaux minérales et ne pas se contenter do leur application ab usu in morbis.

Vous vous rappelez, messieurs, qu’en faisant la biographie d' Hahnemann, je vous ai dit de quelle manière il était arrivé à découvrir cette grande loi des semblables qui aujourd’hui gouverne la thérapeutique. Vous vous rappelez que c’est en traduisant la matière médicale de Cullen , que, frappé des définitions les plus contradictoires par lesquelles on cherchait à expliquer l’action fébrifuge du quinquina, l’idée lui vint, pour mettre fin à tant d’opinions

divergentes, de prendre du quinquina et de noter les phénomènes qu’il pourra produire. Cette pensée à peine éclose, le voilà qui à tout hasard s administre \q même jour une certaine dose de quinquina et qui répète cette expérience plusieurs jours de suite. Prodige! Qu’observe- 1- il? Des phénomènes d’intermittence. Mais le doute et l’incrédulité furent les seuls à accueillir ces premiers effets, attendu que ce pouvait bien n’être qu’une simple coïncidence. Cependant le premier pas était fait, la voie était tracée, il n’y avait pour Hahnemann qu’à s’y engager de plus en plus, et bientôt ce ne fut plus le quinquina, mais presque toutes les substances connues en médecine qui furent soumises à V expérimentation. C’est ainsi qu’il arriva, comme je vous le disais, non-seulement à assigner des propriétés vraies, des caractères fixes et parfaitement déterminés aux substances considérées comme héroïques dans certains cas et infidèles dans un plus grand nombre; mais encore, il tira de l’oubli une infinité d’agents thérapeutiques qui, par l’ancienne médecine, étaient délaissés comme n’étant d’aucune utilité en médecine, et dota la matière médicale de nouveaux médicaments dont les propriétés n’avaient même pas été soupçonnées avant lui, considérés qu’ils étaient comme substances inertes.

Chaque expérience nouvelle venant confirmer sa première tentative, c’est-à-dire chaque médicament produisant des symptômes pathogénétiques semblables aux symptômes pathologiques qu’ils étaient destinés antérieurement à guérir, il en conclut alors très-légitimement que ce résultat ne s’obtenait qu’en vertu de la loi de similitude.

Où voyez-vous rien dans cette conclusion tracée par l 'observation et V expérience, qui puisse nous le faire taxer de fou et d’ extravagant ? Je vous le demande, messieurs, en dehors de tout esprit de parti, n’était-ce pas au contraire le fait rationnel, calculé d’un homme sérieux et positif.

La première pensée ne dénote-t-elle pas une profondeur de jugement qui, à elle seule, aurait suffi pour le marquer au sceau du génie, si plus tard il ne s’était chargé luiméme de nous prouver par ses écrits qu’il n’existait qu’un S. Hahnemann.

Avant d’aller plus loin, je dois vous faire connaître :

1° Le nom des médicaments employés en homœopathie ;

2° Le mode suivi pour leur préparation.

Ce sera l’objet de notre prochaine séance. Comme je ne traiterai la question que d’une manière fort générale, ceux qui voudront l’étudier dans ses détails auront recours au Codex ou Pharmacopée pratique et raisonnée, par M. Georges P.-F. Weber. — Paris, 1854.

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