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TRAITEMENT DES MALADIES CHRONIQUES DE LA RÉACTION

Messieurs ,

Je crois vous avoir suffisamment démontre dans la dernière séance, que les maladies chroniques reconnaissaient plusieurs causes, la psore, la syphilis, la sycose, qui, quoiqu’inconnues dans leur essence, n’en présentaient pas, moins un caractère spécial, fixe, un cachet particulier que l’on retrouve toujours dans chacune d’elles.

Contrairement à ce qu’on vous enseigne, à savoir qu’il n’y a que dans certaines maladies spécifiques primitives (comme la syphilis, par exemple), que cette cause doit avoir une certaine valeur, ce qui fait qu’en dehors de la syphilis, vous négligez complètement la valeur étiologique quand il s’agit de thérapeuthique.

Nous professons, nous, que le seul obstacle qui s’oppose à la cure radicale d’une maladie, reconnaît une des trois causes que je vous ai fait connaître. Delà, pour nous, le précepte : 1° d’écarter autant que possible la cause qui, par la persistance de son action, pourrait entretenir et aggraver la maladie qu’elle a produite; 2° de choisir un

médicament ou un ordre de médicaments eu rapport avec Vétiologie et la symptomatologie.

Si je ne me trompe, ce peu de valeur que vous attachez à Y étiologie vous a conduits à accorder aux états morbides une mauvaise classification et à tirer, par conséquent, vos indications thérapeuthiques , non pas des symptômes que présente chaque maladie individuelle, mais bien du nom que vous lui octroyez arbitrairement d’après l’idée fausse que vous vous faites sur sa nature.

«Avant d’entreprendre, dit Hahnemann, la cure d’une maladie chronique, il est nécessaire d e rechercher avec le plus grand soin si le malade a été infecté de la syphilis ou de la gonorrhée; car, s’il en était ainsi, le traitement devrait recevoir une impulsion spéciale en ce sens, et même ne point avoir d’autre but, s’il n’existait que des signes de syphilis ou de sycose, ce qui est fort rare aujourd’hui. Mais, dans le cas même où l’on aurait à guérir lapsore , il faut également chercher à savoir si une infection de ce genre a eu lieu, parce qu’alors, il y aurait complication des deux maladies, ce qui a lieu quand les signes ne sont pas purs ; car toujours ou presque toujours, lorsque le médecin croit avoir sous les yeux une ancienne maladie vénérienne, c’est principalement une complication de syphilis et de psore qui s’oiïre à lui, le miasme psorique interne étant la cause fondamentale la plus fréquente des maladies chroniques, que trop Souvent les aventureuses manœuvres de l’allopathie viennent encore défigurer et monstrueusement exaspérer.

«Quand on prend, ajoute Hahnemann, des informations de ce genre, il ne faut pas s’en laisser imposer par les assertions des malades et de leurs parents, qui assignent pour causes aux maladies chroniques, même les plus graves et les plus invétérées, un refroidissement subi longues années auparavant, une frayeur eprouvee jadis, un

effort, un chagrin, etc. Ces causes sont beaucoup trop petites pour engendrer une maladie chronique dans un corps sain, l’y entretenir pendant des années entières et la rendre plus grande d’année en année, comme il arrive à toutes les affections chroniques provenant d’une psore développée. Des causes bien autrement importantes que celle-ci doivent avoir présidé à la naissance et aux progrès d'un mal chronique grave et opiniâtre, et celles qui viennent d’être énumérées sont propres tout au plus à tirer un miasme chronique de son assoupissement léthargique. » (Organon, § 206, p. 243 et 244.)

Pour la psore comme pour la syphilis et la sycose, nous sommes en possession de nombreux agents thérapeutiques dont chacun répond aux différentes formes que la maladie peut revêtir.

Seulement, pour déterminer le médicament avec précision, vous devrez toujours : 1° avoir en vue l’hérédité; 2° remonter aux antécédents du malade, car rarement un malade atteint d’une maladie chronique se présentera à vous en premier lieu, c’est-à-dire que vous ne le verrez presque jamais, tant que les trois miasmes ou virus seront encore dans leur forme primitive, ce ne sera qu’après avoir suivi pendant longtemps et sans aucun- succès des traitements allopathiques qu’il aura recours à vous, bien heureux encore quand il n’apas contracté des habitudes hygiéniques pernicieuses. Pour guérir un tel malade, les données sont tellement complexes et obscures qu’on n’y arrive qu’après des médications et des recherches de toute nature. Force vous sera alors de démêler ce qui est le propre des miasmes.

Ainsi, la psore elle-même, quoique présentant des symptômes qui s’enchaînent l’un à l’autre par des chaînons presque imperceptibles depuis la plus légère tache cutanée jusqu’à la tubérosité lépreuse, depuis le plus simple corysa

jusqu’à la carie des os de la face, depuis la plus simple vésicule jusqu’à Y ulcère le plus rongeant, depuis lu raideur partielle des membres jusqu’à la contracture de tout l’individu , depuis l’ œdème des extrémités inférieures jusqu’à cet a /freux gonflement connu sous le nom de pieds d’éléphants, — quoique, dis-je, toutes ces maladies aient une même origine (la psore), on peut encore, d’après les symptômes qui prédominent dans tel ou tel cas, en faire un tableau distinct, détacher du groupe les formes particulières, afin d’avoir une individualité morbide assez complète.

Hahnemann, parlant d’un sujet infecté de syphilis et de gale, dit « des expériences précises et des guérisons que j’ai obtenues de ces sortes d’affections compliquées, m’ont convaincu qu’elles ne résultent pas d’une amalgamation de deux maladies, mais que celles-ci existent simultanément dans l’économie, occupant chacune les parties qui sont en harmonie avec elle. En effet, la guérison s’opère d’une manière complète en alternant à propos le mercure et les moyens propres à guérir la gale, administrés tous aux doses et sous le mode de préparation convenables. » Organon, § 40, p. 137.

Vous devrez, messieurs, vous renseigner sur les médications antérieurement suivies. Force vous sera ensuite de connaître non-seulement la forme actuelle de la maladie chronique, mais encore ses formes passées. De plus, il faut que vous sachiez toutes les circonstances de la vie , capables d’ajouter à la gravité des maladies chroniques , d’en favoriser le développement et d’entraver la guérison. Hahnemann place en première ligne les peines et les chagrins qui poursuivent le riche comme le pauvre, celui qui travaille comme celui qui vit dans l’oisiveté, les considérant comme une cause destructive de la vie; il y attache même une telle importance qu’il vous conseille de ne jamais entreprendre le traitement, si nous nous apercevons que le malade sans empire

sur lui-mêmè, s’abandonne sans frein à la tristesse et au chagrin. 11 vous recommande d’entreprendre avec la même réserve, la guérison de certaines maladies que présentent des individus faibles, énervés, épuisés par la débauche. Chez ces malades, l’organisme est tellementdéprimé, qu’il reste peu d’espoir de guérison.

Enfin, messieurs, n’entreprenez jamais un traitemeht quel qu’il soit, que quand le malade vous aura accordé le temps nécessaire, et qu’il se sera engagé à suivre très-exactement le régime que vous lui aurez imposé.

Quoique Hahnemann nous défende dans aucun cas, quel que soit celui des trois miasmes ou virus que nous ayons à traiter, de recourir h des moyens thérapeutiques locaux ou externes, je vous ai déjà dit ce que nous devions en penser.

Dans le cas où vous vous trouveriez en présence de plusieurs miasmes, votre traitement sera dirigé d’après le degré de gravité relative des maladies que vous observerez, et j’ajouterai que tout médicament étant doué d’une puissance pathogénétique spéciale ou générale doit être en rapport de similitude avec ce qu’il y a de général , ou de ce qu’il peut y avoir de spécial dans l’éccnomie où vous vous proposez de l’introduire.

Vous attaquerez donc successivement suivant leur ordre de gravité : I" la psore; 2° la syphilis; 3" la sgeose.

V impressionnabilité de votre malade sera votre guide dans le choix, la dose et Y atténuation du médicament. Vous ne donnerez jamais qu’un seul médicament à la fois. A mesure que les symptômes s’effaceront, vous éloignerez le médicament. Si, en raison de l’ancienneté de là mala die, vous vous trouvez dans la nécessité de répéter ou de varier vos agents thérapeutiques, ne les administrez jamais au même degré d’atténuation; vous auriez commencé par exemple votre traitement par les hautes atténua-

fions qu*il serait de votre devoir, répétant le médicament, de le donner à une plus basse. De môme, commençant par les basses atténuations, vous seriez obligé, le répétant, de recourir à de plus élevées. Du reste, j’y reviendrai plus tard en parlant des cas.

Suivant Hahnemann , la sycose est le miasme qui engendre le moins de maladies chroniques, et qui n’entraîne de suites que de loin en loin.

Cette maladie des fies a été fort répandue selon lui, pendant les guerres qui eurent lieu de 1809 à 1814, mais, à dater de cette dernière époque, il a remarqué qu’elle est devenue de plus en plus rare.

Les principaux médicaments qui devront être adressés à cette maladie sont, à l’intérieur, le thuia occidentales etl’acide nitrique, et il convient dayis les cas les plus invétérés et les plus graves de toucher une ou deux fois par jour les plus gros fies avec le suc entier des feuilles fraîches de thuia étendu de parties égales d’alcool, et de les couvrir avec de la charpie sèche, lorsqu’ils fournissent un suintement.

Le deuxième miasme chronique, ditHahnemann, bien plus répandu que la sycose et qui depuis près de trois siècles et demi alimente beaucoup d’autres affections chroniques, est la maladie vénérienne proprement dite, ou la maladie chancreuse (syphilis). La guérison de cette affection n’offre cependant de difficulté que dans le cas où elle est déjà compliquée avec une psore fort développée. On la trouve rarement associée à la sycose, mais alors elle l’est ordinairement à.la psore.

Dans le traitement de la maladie vénérienne, il faut distinguer trois états : 1er, lorsque la maladie n’existe encore qu’avec son symptôme local propre, le chancre, ou, après la suppression de ce dernier, a\ec l’autre symptôme local

tenant lieu de l’affection interne, le bubon ou poulain. Il est très-rare que le coït impur soit suivi immédiatement d’un bubon , sans que des chancres aient précédé; presque toujours le bubon ne survient qu’après la destruction extérieure du chancre. Le 2e état à distinguer, c’est quand elle est seule à la vérité, c’est-à-dire non encore compliquée avec un second ou troisième miasme chronique, mais privée de son symptôme local , le chancre ou le bubon. 3*, quand elle est compliquée d’une psore développée, soit que le symptôme local existe encore, soit qu’il ait été détruit.

Dans le Ier cas, vous devez considérer le chancre et le bubon comme des manifestations externes de la syphilis interne, et dans la crainte -de les répercuter en n’employant exclusivement que des moyens topiques externes, vous devez surtout donner des médicaments à l' intér ieur. IJahnemann prétend que tant que ces manifestations existeront, il n’y a aucun danger pour que la syphilis interne vienne à éclater. Il s’est évidemment trompé, il a voulu dire que tant que la syphilis se manifestait au dehors on ne devait pas craindre ses ravages intérieurs, car ses manifestations témoignent assez qu’elle a éclaté; toujours est-il que l’affection cutanée est un moyen d’apaisement pour les souflrances. Ceci nous expliquerait jusqu’à un certain point l’innocuité et peut-être même la nécessité de la syphilisation dans certains cas spéciaux.

En ne vous écartant pas de ces préceptes, vous obtiendrez facilement et en peu de temps une guérison radicale.

Dans le 2e cas, c’est-à-dire lorsqu’elle s’annonce avec des ulcères au voile du palais, à l’arrière-bouche, avec les symptômes d’une periostose ou d’une exostose, vous arriverez encore à triompher d’une manière certaine et durable avec des préparations mercurielles et autres.

Le 3e cas offre plus de difficultés, c’est celui où la syphilis est compliquée d’une y ale développée ou de l’une des nombreuses maladies chroniques que la psore sommeillant dans l’organisme a puissance d’engendrer.

l’our guérir la syphilis , vous devrez d’abord adresser à la psore le médicament antipsorique le plus homœopathiquo à l’état morbide présent ( soufre , silice, phosphore, lycopode , foie de soufre, etc.), varier et répéter les médicaments jusqu’à ce que l’état du malade soit amendé; vous pourrez alors administrer une ou plusieurs doses d’un médicament mercme/ jusqu’à ce que les symptômes syphilitiques s’améliorent. Vous devez insister sur cette médication et recommencer j usqu’à complète guérison. Vous comprenez, messieurs, que traitant la question d’une manière générale, je ne puis entrer dans de plus grands détails. Ce sera plus tard le fait d’une clinique spéciale.

Je ne veux pas, messieurs, quitter ce sujet sans vous dire ce que l’on doit entendre par réaction.

Jusqu’à présent ce n’est que d’après des vues toutes spéculatives sur la vie que nos physiologistes et nos pathologistes, voir Hahnemann lui-même, avaient été conduits à ne voir dans l’acte vital qu’une réaction de l’organisme contre les modificateurs externes, admettant en dehors de l’organisation une force supérieure, intelligente qui, grâce à l’énergie dont elle était douée, devait tendre sans cesse à la guérison eu temps de maladie. Ils en avaient conclu qu’à la première impression que ressent l’organisme sous l’influence d’un agent morbide, ou c’est la force qui est en défaut pour pouvoir combattre et lutter (en faisant un être à part), ou à cette impression succède une révolte de ce môme organisme, provoquée par la force vitale elle-même, contre cet agent morbide, espèce de lutte qui s’établit et à laquelle ils avaient jugé à propos de donner le nom de réaction, de triomphe de la nature, de nature médicatrice, tous

mots ronflants, d’où deux actions opposées ou antagonistes, l’une primitive, l’autre sèiondaire.

Seulement ni Hahnemann , ni scs disciples, pas plus que ceux qui les ont précédés, n’ont pu nous définir ce qu’ils entendaient par cette force qui échappe à toutes nos investigations, à toutes nos perceptions.

Ilalmemann, tout en créant son dynamisme vital et voulant l’assimiler à quelque force mystérieuse et providentielle, ne s’aperçut pas, malgré son vaste génie, qu’il tombait dans l’erreur de ses devanciers, en admettant dans l’homme un dualisme essentiel et radical, que cette conception toute gratuite était celle qui»sous une autre appellation régnait dans les écoles vitalistes et spiritualistes.

C’était comme elles reconnaître une nature médicatrice, tandis que pour nous, dynamisme vital résume l’être humain, le tout, l’ensemble de l’organisation. Il n’est autre chose pour nous, que l’activité propre des corps organisés, se révélant par des phénomènes uniformes et constants, au milieu de la diversité des influences extérieures. Concevoir le dynamisme vital de cette manière, et admettre qu’il y a résistance vitale, tant que l’organisme n’a pas été étouffé par la maladie, c’est émettre un fait et rien de plus. Mais ce que je nie, c’est que dynamisme soit l’expression d’une force intelligente qui suscite une lutte pathologique, lorsque tout son rôle n’est que passif.

J’;ii, messieurs, un mien ami, philosophe profond, physiologiste distingué, homme debeaucoup d’esprit, qui dans un autre ordre d’idées, à propos du libre arbitre, partageant complètement ma manière de voir sur ce sujet, a traite la question avec non moins de verve que de vérité, faisant intervenir l’histoire d’un certain marron, et le fait est exact, qui, se trouvant en lutte ouverte avec ce prétendu libre arbitre, se vit, lui marron, sur le point de gagner la partie en étouffant, l’organisme.

Du reste, voici ce passage qu’il a bien voulu détacher de son livre qui doit paraître prochainement.

« Un docteur, que vous connaissez, promenait, un soir, deux de ses enfants sur le pavé de Paris. Au coin de la rue, un marchand de marrons découvre sa rôtissoire, et une épaisse fumée enveloppe les trois promeneurs. La conversation roulait, je crois, sur la candidature de M. X. (c’était du temps des élections). L’odeur de cette fumée intempestive chatouille agréablement les papilles nerveuses du nez des deux enfants. Aussitôt la conversation cesse, le candidat est relégué au troisième ciel, malgré le bon vouloir du libre arbitre des trois promeneurs, et il ne s’agit plus pour le moment que d’acheter des marrons. Cependant, le cas était grave; depuis une heure à peine on sortait de tahle, et le docteur philosophe faisait observer, non sans raison, que les marrons étaient déjà par eux-mêmes de digestion difficile, sans compter que le moment était mal choisi. Bref, le libre arbitre des deux enfants n’a pu s’accorder avec celui du père, et comme nous étions sous l’empire du suffrage universel, les enfants l’ont emporté , le père a dû payer deux sous de marrons.

« Chemin faisant, le docteur est invité à prendre part à la fête, autrement dit, à puiser dans le sac, il s’y refuse d’abord ; mais un marron des plus appétissants, présenté par la main des Grâces, entraîne son libre arbitre, et il succombe non pas à la tentation du marron, mais à la tentation de ce sexe à qui tu dois ta mère , pour parler comme à l’Académie.

a Le marron est accepté, à la condition absolue que ce sera le dernier. — La promenade est finie: on rentre. — La pipe au long tuyau est fumée: on se couche. — Mais voici bien une autre histoire! Le marron, qu’on croyait anéanti, ressuscite, et demande raison au libre arbitre de son intro-

duction, à lui, marron, à cette heure de la journée, dans un estomac peu disposé à le recevoir, et qui se refuse absolument à lui donner aide et protection.

« Le libre arbitre , reveillé en sursaut, ne comprend pas d’abord la raison de ce trouble, qui menace de bouleverser de fond en comble toute la machine soumise à son impulsion. Mais le marron redouble ses lamentations, il fait si bien, que le libre arbitre n’aperçoit d’autre salut que dans

la fuite par la croisée. En vain lutte-t-il de tout son

pouvoir contre un ennemi aussi méprisable: il veut fuir, il veut s’échapper, et la croisée est la seule issue qui se

présente à lui. Il s’y précipite mais un secret instinct

de conservation l’arrête ■ il s’y cramponne. Cependant l’espace l’attire, l’entraîne ! Que le marron fasse encore un mouvement agressif, un seul, et c’en est fait du docteur et de son libre arbitre.

«Tout à coup, l’estomac, resté jusqu’alors passible spectateur de cette lutte horrible, intervient. Il prend en pitié les deux adversaires : il demande un verre d’eau, puis deux, puis trois. A cette condition, mais à cette condition seulement, il pourra laisser passer le malencontreux marron, auteur de tant de méfaits. Le libre arbitre se hâte d’accepter le marché, et, revenu de son égarement, il put reprendre

ses fonctions jusqu’à nouvel ordre.— Eh bien M. Prou-

dhon, car c’est à lui que s’adresse mon ami, que pensezvous de ce marron, qui se permet de lutter contre votre libre arbitre et de le terrasser? Le docteur avait cependant, lui, assez d’intelligence pour s’élever jusqu’à la conception de votre découverte. Que faisait son libre arbitre, dans une circonstance aussi périlleuse? Croyez-vous qu’il lui fût possible de saisir le moindre raisonnement? Avait-il seulement la conscience de son existence? Et pouvait-il s’empêcher d’être invinciblement attiré vers cette croisée, autour de laquelle se concentraient en désordre, toutes çes

pensées? » (Considérations sur la famille, la justice et la liberté, par M. A. B.)

L’histoire de ce marron, c’est l’histoire de la pathologie entière.

En effet, toute maladie représente pour nous un trouble apporté dans l’état d’équilibre du dynamisme organique et non virtuel, par un corps étranger dynamique, c’est-à-dire doué d’une certaine force, d’une certaine puissance, de propriétés particulières à lui spéciales.

De là des perturbations qui surviennent dans les mouvements et dans toutes les actions vitales. Si le dynamisme ne dépend pas de la matière, comme le veulent les animistes, les spiritualistes et Hahnemann lui-même, on conviendra bien avec moi qu’il ne peut toujours pas se concevoir sans elle.

Et comme la matière est composée de parties solides et de parties liquides, de parties dures et de parties molles et peut-être même de parties fluidiques, il s’ensuit que ce dynamisme éprouvera autant de lésions multiples, qu’il y a de multiplicité de tissus dans l’organisation humaine.

Quelle différence de vue, messieurs, avec l’école animiste ou spiritualiste qui veut, faire dépendre les maladies de Vaine, cette puissance occulte et immatérielle qui, selon ces médecins, apporte d’une manière directe et par sa volonté immédiate plus ou moins de trouble à telle ou telle partie de l’organisme! — Les vitalistes sont-ils plus autorisés à attribuer les maladies à une altération toute particulière d’un principe ou fluide vital qui tient le milieu entre l’esprit et la matière? Non certes! tant qu’ils ne nous auront pas justifié leur hypothèse, qui est toute gratuite, nous ne devons pas en faire plus de cas que de celle des spiritualistes. N’cst-il pas plus logique, je vous le demande, de considérer le trouble vital comme ayant son point de départ dans V altération d’une des parties constituantes de

l’organisme, altération qui pourra être simple ou compliquée, suivant les tissus atteints et la cause qui aura sévi sur ces mêmes tissus.

Il n’est plus possible aujourd’hui dans la production des maladies, de subordonner l’ altération des fluides ou liquides organiques, à celle des solides et vice-versâ, on est obligé de convenir qu’il y a simultanéité dans l’altération de ces deux éléments organiques.

Un peu plus de réflexion de la part de ceux qui admettent la réaction , aurait suffi pour leur faire voir que les symptômes et autres manifestations morbides ne peuvent être à la fois Y expression de la maladie et celle de la vitalité en lutte contre le mal. — En effet, si les symptômes sont l’expression sensible ou dynamique d’un état morbide , ils ne peuvent être en même temps celle de la résistance vitale ou dynamique, ils ne peuvent être en un mot des signes réactionnels , par la raison toute simple, qu’une seule et même chose ne peut exprimer à la fois deux modes ou deux choses essentiellement distinctes et différentes entre elles. N’est-on pas en droit de se demander pourquoi la majorité des médecins considèrent encore aujourd’hui les phénomènes pathologiques, et surtout ceux qui signalent la terminaison d’une maladie, comme le mécanisme dont se sert la nature bienfaisante ou médicatrice pour arriver à la guérison? Mais d’abord si le principe vital seul est attaqué, comme ils le disent, pourquoi tant d’efforts, de trouble et de désorganisation de la matière, pourquoi toutes ces médications adressées exclusivement h. la nature? En deuxième lieu , puisque ce principe vital est si fort , si puissant, et surtout si intelligent, ne serait-il pas plus simple, plus rationnel de sa part, d’opposer de prime abord une résistance telle qu’il ne fût jamais permis à Y élément morbide de l’atteindre? Qu’est-ce qu’un principe vital, je vous le demande, qui dépend à ce point de la matière, qu’il ne peut exister qu’à la condition qu’elle

existe la première, si ce n’est la matière elle-même à létal dynamique.

Si véritablement cette force rationnelle existait, ne lui saurions-nous pas plus gré de nous faire échapper au danger, en écartant toute cause morbide , plutôt que d’attendre dans une impassibilité complète et avec une complaisance coupable, que la maladie soit incarnée en quelque sorte à l’organisme entier avant d’allumer la fièvre et d’amener des désorganisations; si c’est ce qu’on entend par réaction. « Quel est l’homme de bon sens, dit Hahnemann , p. 44, introduct. à l’Organon, qui voudrait imiter la rjrossière nature dans ses efforts conservateurs ? Ces efforts sont précisément la maladie elle-même. » Quelle pensée profonde ! réfléchissez-y bien !

Ceci vous prouve qu’ Hahnemann lui-même, en invoquant la réaction comme le nec plus ultra des procédés de guérison, avait bien pou foi dans ce modus agendi , puisqu’à chaque page il se contredit lui-même, comme je vous en donnerai des preuves en traitant de la thérapeutique, et pour ne citer qu’un passage que je prends au hasard, il dit, p. 53, t. I, Maladies chroniques : « Dans les maladies

miasmatiques chroniques, la nature suit la même marche

L’affection interne entière persiste pendant toute la vie, comme je l’ai déjà dit, et croît même d’année en année, lorsque l’art (et souligné encore, vous entendez) ne réussit pas à l’éteindre et à la guérir d’une manière radicale. »

Malheureusement non, messieurs, nous ne réagissons pas contre les éléments extérieurs; dans le drame morbide qui se joue tous les jours sous nos yeux, ce qui a été pris pour phénomènes réactionnels ou crises salutaires , n’est pour moi que l’expression des modifications puissantes que peuvent faire subir à l’organisme tous les agents externes pathologiques ou médicamenteux. C’est toujours, messieurs, l’histoire du fameux marron; ces crises ne sont toujours que de simples

modes ou phénomènes pathologiques, variables suivant le sujet, suivant les maladies, c’est-à-dire les causes morbides, suivant les médicaments ou agents curatifs , etc., etc., heureuses ou fatales suivant les signes organiques qui accompagnent leur terminaison. Voilà ce que sont les crises.

Donc toute la question entre les écoles dont je viens de citer les noms, voire même l’école homœopatiqueet moi, est de savoir si nous devons reconnaître ou non une nature intelligente, protectrice, médicatrice, réparatrice et tout à fait indépendants de la matière, qu’on l’appelle âme, esprit, force vitale, principe vital comme on voudra. Inutile de vous donner une réponse, vous pressentez déjà par le développement qui précède, que je refuse à tout principe vital de cette nature le pouvoir de réagir, en un mot de combattre les effets destructeurs des agents externes. C’est à nous médecins et à nous seuls qu’est dévolu le rôle de veiller à la garde de la santé, au maintien de la vie humaine.

En supposant même que le corps soit doué de celte force virtuelle qu’on aime à lui voir, je vous le demande, quelle autre force extérieure mettrez-vous en parallèle avec elle. La force médicamenteuse , me direz-vous ? Mais où estelle cette force, quelle est sa forme, par quoi se révèlet-elle, tant que le médicament n’est pas en rapport avec l’organisme, c’est-à-dire avec la matière ?

Il n’a de puissance modificatrice, il ne jouit de propriétés dynamiques qu’autant qu’il peut agir sur l’élément matériel ou organique et par contre amener une modification dans l’élément vital, puisque nous avons vu que dynamisme et matière ne font qu’un. Vous reconnaîtrez donc avec moi que si nous nous plaçons au point de vue des écoles dites vitalistes ou spiritualistes , et que nous donnions au mot force le sens que lui donnent ces écoles, comme pour elles le médicament n’est pas doué d’une force de môme nature que celle qui nous anime, en raison des éléments purement

matériels, disent-ils, qui le constituent, nous ne pouvons dans ce cas admettre que la vie ou force vitale obéisse à des farces extérieures qui seraient d’une nature tout à fait différente. Je vous avoue donc que je ne connais pas de farce médicatrice et éliminatrice particulière qui ait une loi fixe pour intervenir à temps dans le cours d’une maladie, et réaijir , comme on le dit, par ses moyens propres, mystérieux. Je ne connais qu’une force gardienne aveugle de l’organisme, qui est assez coupable pour faire le même accueil à tous les principes morbigènes quels qu’ils soient, et de plus, les laisser s’introduire dans tous les secrets détours de l’économie. ,

Qu’il me serait aisé de faire la critique de toutes ces théories, si, m’appuyant d’une pratique de près de 15 ans, tant comme chirurgien militaire que dans les hôpitaux et hospices civils de Paris et dans ma clientèle privée, sans compter les années que je passai à l’école de mon maître, M. le docteur Gastier et de mon père qui compte 40 ans d’exercice, je venais demander à ces faiseurs d’hypothèse et à mon père lui-môme, où est la réaction chez des pauvres malheureux atteints de gale , de syphilis, de sycose, de choléra, de fièvre jaune, de peste, etc., etc. Dans la syphilis par exemple, dont tous les actes de l’organisme sont entachés, doit-on considérer les chancres, les plaques muqueuses , les tumeurs gommeuses, les syphilides, les exostoses et tout le cortège des lésions et perturbations dynamiques qui caractérisent l’évolution de cette affreuse et dégoûtante maladie, doit-on considérer, dis-je, tous ces symptômes comme l’expression pure de la force vitale en voie d’expulser le principe morbifique? Faudra-t-il donc s’alarmer cii voyant disparaître toutes ces manifestations morbides'! Non, messieurs! Fit si jamais il vous arrivait pareil fléau, montrezvous toujours très-heureux do voir les symptômes disparaître de plus en plus; car, un des principaux caractères

du vice syphilitique imprimé à l'organisme par ïinlluence morbide, c’est de s’étendre et d’envahir l’organisme de jour en jour.

Alléguera- t-on que ces maladies sont exceptionnelles !

Prenons les maladies éruptives : où voyez-vous le moindre signe de réaction? Parmi ces phénomènes locaux el. généraux, lesquels de ces désordres doivent vous représenter la nature bienfaisante et médicatrice? Ce que l’observation, par exemple, me fait découvrir, c’est que l’organisme, une fois sous l’empire de ce miasme ou principe morbide, attend tout passivement qu’il ait accompli son évolution, que le mouvement fébrile qu’il a éveillé se soit passé, qu’en un mot, le travail phlegmasique soit terminé avant de revenir à son rithme normal, trop heureux de ne pas succomber, non parce qu’il a lutté, mais bien parce qu’il est obligé fatalement de subir l’action plus ou moins prolongée de l’ennemi qui est venu le visiter et l'étouffer, c’est toujours, messieurs, l’histoire du fameux marron !

Où trouverez-vous davantage une réaction dans ces fièvres typhoïdes où le miasme destructeur semble, pendant un temps déterminé révéler ses ravages, jusqu’à ce qu’il ait accompli une évolution voulue, prévue d’avance, dépendante du miasme lui-même. — De même que l’organisme, en raison des éléments sains qui le constituent, peut se trouver en mesure, non de lutter, mais bien de résister à l’attaque incessante, de même, s’il ne porto pas en lui, soit naturellement, soit par l’ingestion préalable d’agents médicamenteux, s’il ne porte pas, dis-je, de quoi se mettre en mesure contre cette agression, il court grand risque de succomber. Préserver l’humanité des maladies épidémiques, tel est encore le but de la prophylaxie.

La réaction est-elle plus évidente chez ces victimes du cancer, de la phthisie, des scrofules, etc. Les personnes qui sont atteintes de ces terribles maladies ne sont-elles

pas immolées aussitôt que l’une d’elles vient à sévir sur l’orgaiflsme, à moins qu’on ait recours, à temps, à une médication bien appropriée pour anéantir le fléau.

Par quoi se révèle la réaction ou la résistance vitale, je vous le demande, chez un malheureux atteint d’accès épileptiques, lequel, à l’approche d’un nouvel accès, vous priera à grands cris et en grâce, de lui enlever l’existence ou de le délivrer de cette cruelle maladie. Voilà, par exemple, une de ces affections psoriques par excellence, car, qui peut croire que, le plus souvent, la moindre peur ou la moindre contrariété suffiront pour amener un tel bouleversement dans le système nerveux? Il faut bien admettre, dans ces cas, une prédisposition ou une infection générale, les effets désastreux et épouvantables ne répondant nullement à la cause déterminante qu’invoquent les traités de pathologie.

La réaction est-elle plus évidente chez ces aliénés, dont les premiers degrés de folie se sont manifestés à la suite du moindre excès, d’un amour contrarié ou d’une perte d’un parent, d’un ami, etc.

Sera-ce un effet de la réaction, toutes ces complications qui surviennent à la suite de lésions par cause externe; ainsi, est-ce la nature médicatrice qui engendre ces suppurations, ce délire, ce tétanos, ces diathèses purulentes, ces ulcères, ces tumeurs, ces hémorrhagies abondantes et répétées, ces accès de fièvre pernicieuse dont on n attend jamais en vain le troisième accès.

Même à la suite d’un simple refroidissement, où est la réaction, par quoi se traduit-elle lorsque toutes les activités fonctionnelles se trouvent ainsi brusquement interrompues et refoulées.

Citer, en faveur de la réaction, le fait de la main qui s échauffe au sortir do l’eau froide, c’est admettre un fait et rien de plus. Je ne vois là qu’un e/fel tout mécuniquc. Qu’y

a-t-il d’étonnant que le sang qui a été refoulé brusquement par une impression froide, revienne à la circonférence avec une intensité proportionnée à l’impression qu’il a reçue et à la compression qu’il a subie. En deuxième lieu, la température ambiante étant plus élevée que celle de l’eau, la main tend à se mettre en équilibre avec le milieu dans lequel elle se trouve. Au lieu de ne laisser votre main que quelques secondes, laissez-la quelques heures, et vous me direz si jamais vous voyez réaction survenir. De même, prenez une balle élastique, lancez-la au loin, elle rebondira d’autant mieux que vous ne ferez que la projeter avec une certaine force; mais, au lieu de cela, tenez-la comprimée pendant un certain temps, elle perdra ses propriétés élastiques. De cette manière, on se rend compte comment, dans certains cas, les fractures communitives, par exemple, le froid continu rend de si grands services, afin de suspendre et même prévenir toute inflammation, de même que, dans d’autres cas que nous ferons connaître plus tard, le chaud continu peut aussi être un excellent moyen.

Et ces malheureux en proie depuis des années et même pendant toute leur vie à des névralgies qui ne leur laissent pas un moment de repos, croyez-vous que, dans leurs paroxysmes, ils aient grande confiance dans votre réaction.

Si dans ses ouvrages Hahnemann paraît dans certains passages faire tant de cas de la réaction, et même faire reposer les guérisons entièrement sur elle, cela ne vient, comme je vous l’ai déjà dit, que de la fausse direction qu’on a imprimée à son enfance en l’élevant dans la plus grande superstition religieuse, car lé passage suivant vous prouvera encore combien, en dehors de ces idées mystiques et quand il était assez heureux pour s’en dégager et être lui-même, vous prouvera, dis-je, combien il y ajoutait peu foi.

« Jusqu’ici, dit-il, on n’a fait qu’imiter la puissance vitale conservatrice abandonnée à elle-même, qui, reposant uniquement sur les luis organiques du corps, n’agit non plus qu’en vertu de ces lois, sans raisonner et réfléchir ses actes. On a copié la grosse nature , qui ne peut pas, comme un chirurgien intelligent, rapprocher les lèvres béantes d’une plaie et les réunir par première intention; qui, dans une fracture, est impuissante , quelque quantité de matière osseuse qu’elle fasse épancher, pour redresser et affronter les deux bouts de l’os; qui, ne sachant pas lier une artère blessée, laisse un homme plein de vie et do force succomber à la perte de toutson sang; qui ignore l’art de ramener à sasituation normale la tète d’un os déplacé par l'elfet d’une luxation, et rend même en très-peu de temps la réduction impossible à la chirurgie par le gonflement qu’elle excite dans les alentours; qui, pour se debarrasser d’un corps étranger violemment introduit dans la cornée transparente, détruit l’œil entier par la suppuration; qui, dansune hernie étranglée, ne sait briser l’obstacle que par la gangrène al la mort ; qui, enfin, dans les maladies dynamiques, rend souvent, parles changements de formequ’clle leur imprime, la position du. malade beaucoup plus fâcheuse qu’elle ne l’était auparavant. 11 y a plus encore: cette force vitale non intelligente admet sans hésitation dans le corps les plus grands fléaux de notre existence terrestre, les sources d’innombrables maladies qui affligent l’espèce humaine depuisdes siècles, c’est-à-dire les miasmes chroniques, la psore , la syphilis et la sycose.Bien loinde pouvoir débarrasser l’organisme d’un seul do ces miasmes, elle n'a pas même la puissance de l’adoucir; elle/e laisse, au contraire, exercer tranquillement ses ravages jusqu’à coque la mort vienne fermer les yeux du malade, souvent après de longues et tristes années de souffrances.

« Comment l’ancienne école, continue Hahnemann, qui

se dit rationnelle, a-t-elle pu, dans une chose si importante que la guérison, dans une œuvre qui exige tant de méditations et de jugement, prendre cette aveugle force vitale pour son institutrice, pour son guide unique, imiter sans réflexion les actes indirects et révolutionnaires qu’elle accomplit dans les maladies, etc., etc. » V. Organon, introduction, p. 32, 33, 34 et 33.

Avouez, messieurs, qu’il n’est pas possible de trouver un plaidoyer plus éloquent et plus vrai en ma faveur! Viendra-t-on maintenant invoquer comme preuve de la force médicatrice ou réactionnelle, ce qui se passe en chirurgie dans un cas de fracture ou de lésion extérieure quelconque? à ces esprits superficiels qui ont l’habitude de ne juger les choses que sur les apparences, je leur dirai que du moment où toutes les parties de l’organisme sont fatalement ou nécessairement assujetties au déploiement obligé d’une série de phénomènes physiologiques, se succédant dans un ordre déterminé, sans quoi il n’y aurait pas vie; du moment, disje, où ces phénomènes de recomposition incessante sont admis, pourquoi ne pas reconnaître qu’une partie lésée, une fracture, par exemple, ne puisse être consolidée au bout d’un certain temps, puisqu’ à chaque instant du jour, les conditions de notre organisation, je dirai plus, de notre existence, veulent que des matériaux nouveaux et homogènes soient répartis dans tout notre être.

J’ai entendu souvent encore vanter la réaction dans les phénomènes dits physiologiques, mais sachez, messieurs, que tout acte physiologique même, tout en obéissant aux lois qui le régissent, peut, non-seulement modifier l’économie, mais Y altérer à, un point que sa perte devient inévitable. Voyez ce qui se passe à l’état normal dans l’acte de la copulation, quand l’exaltation est passée, quand l’extase et le ravissement ont succédé aux désirs érotiques. A cette excitation mutuelle et réciproque, au summum de vo-

lupté ou d’orgasme qui revient à chacun des sexes, fait place bientôt un sentiment de faiblesse et d’ accablement qui se prolonge plus ou moins et rend l’homme tout languissant. Cet acte, vous le voyez, retentit sur l’organisme entier, et est loin de s’accompagner de réaction, du moins, d’après les effets qu’on ressent.

Prenez l’acte de la digestion et vous observerez les mêmes résultats, l’impression sera en raison de la qualité et de la quantité des aliments, et en outre, en raison du plus ou moins de susceptibilité des individus.

Ainsi, les écarts de régime, tout en donnant naissance aux maladies du tube digestif, portent leur action sur tout l’organisme, et sont loin de provoquer ce qu’on appelle une réaction.

Voyez quel retentissement différent peut avoir sur l’économie entière un changement plus ou moins brusque de température, qui aura, de préférence, atteint tel organe plutôt que tel autre.

Il en est de même des passions qui, quoiqu’elles aient leur siège dans certaines parties de l’organisme, font souvent payer un tribut bien cher à l’organisme entier, selon le moment où elles se manifestent, le temps qu’elles se prolongent, le degré où elles sont arrivées, selon qu’elles porteront à la joie ou à la tristesse, qu’elles seront vives, ardentes ou froides et raisonnées.

Tous ces faits vous prouvent donc que nous ne réagissons en aucune manière, soit à l’état physiologiquo, soit à l’état pathologique.

L’idée la plus générale qu’on doive se faire d’un état morbide, c’est évidemment de le considérer comme le résultat de l’oppression de l’organisme par un agent extérieur, lequel tend à, envahir et à détruire plus ou moins, suivant son essence, son être ou ses propriétés particulières.

Abstraction faite de toute idée préconçue, observons,

et nous verrons que toute maladie variera dans sa marche suivant la cause qui l’aura engendrée, suivant l’aptitude constitutionnelle de l’individu ou son idyosincrasie, en un mot , suivant mille et mille circonstances et influences que vous trouverez relatées dans tous les traités de pathologie interne et externe. Les tendances dites conservatrices de la vie sont donc subordonnées à l’action plus ou moins vive, violente ou prolongée d’un principe morbide.

Ce que les médecins appellent réaction n’est pour moi qu’un effet de Y organisation ou un travail pathologique. Nous sommes constitués, je vous l’ai démontré, pour vivre dans un milieu donné; à mesure que nous nous éloignons de ce milieu, que nous rompons le rapport harmonique qui existe entre nous et le reste de l’univers, nos parties matérielles en souffrent et par suite la vie, car elle dépend, nous l’avons vu, des parties constituantes de l’organisme. C’est pourquoi principe morbide et principe médicamenteux peuvent développer l’un et l’autre, une série de symptômes caractéristiques dont la manifestation doit suivre une marche graduée et régulière.

Concluons, messieurs.

Ces idées nous amènent tout naturellement à repousser l’expectation, la considérant comme la négation de la science en général et de la médecine en particulier (mais nous y reviendrons en traitant de la thérapeutique), à repousser toute intervention de la nature médicatrice ou de force vitale, car ce serait tomber dans les mêmes errements que nos devanciers les animistes, les spiritualistes ou les vitalistes, qui, en face d’une guérison spontanée, crient au mi'j acle, au prodige, attribuant toute cure à un être cliirn trique, mystérieux et à part, force vitale, principe vital, ess1 net vitale, etc., nous la repoussons comme étant uneo,»df alhm directement opposée aux lois de la nature.

Toute guérison même spontfynfe est naturelle et i ut par-

faitement s'expliquer, soit par l 'évolution naturelle de l’élément, morbide en raison de ses propriétés dynamiques, soit par l'introduction au sein de l’économie d 'agents thérapeutiques ou curatifs doués, de même, de propriétés dynamiques capables de contrebalancer ou de faire équilibre aux premières. En traitant de la loi de similitude et des médicaments, nous dirons ce que nous entendons par effets curatifs ou thérapeuthiques, et comment nous l’entendons.

On ne me persuadera jamais que des hommes aient en eux une force immatérielle indépendante de la matière , laquelle, dans un moment donné, aurait le pouvoir à elle seule d’opérer telle ou telle guérison, de faire tel ou tel prodige. Car, pour en agir ainsi, il faudrait qu’elle eût la faculté de créer instantanément de nouvelles causes capables de produire des effets opposés à ceux que les causes ordinaires peuvent opérer, il faudrait supposer que ces mêmes hommes aient reçu le pouvoir de changer ou de rectifier subitement le plan de la nature ou de l’univers, pouvoir que n’aurait pas l’essence spirituelle elle-même de laquelle on nous fait dépendre, puisque, dit-on, elle est immuable.

Ce que je ne comprends pas parfaitement, c’est que ceux qui non-seulement croient aux prodiges, mais qui encore se disent en pouvoir d’en opérer pour les autres, n’en opèrent pas d’abord pour eux quand ils sont malades ou autrement. Ceci s’adresse aussi bien aux magnétiseurs, aux spiritistes , aux animistes, aux somnambules qu’à tous les faiseurs d’hypothèses en général.

Si vous me voyez, messieurs, tant insister sur cette question, c’est afin de repousser cette assertion fausse et mensongère de certains spiritualistes ou animistes, qui nous donnent comme preuve d’une essence spirituelle ou surnaturelle les guérisons spontanées accompagnées ou non

de désordres plus ou moins considérables, do mutilations plus ou moins grandes. Avouons que c’est une singulière preuve que celle par laquelle on croit qu’une puissance peut être scellée par les maladies, par les souffrances, par les tortures de toute sorte.

11 faut voir, messieurs, les choses de saiîg-froid et ne pas se laisser emporter par son ardeur ni son enthousiasme, car l’enthousiasme, môme au prix de la mort, ne prouve rien, sinon que le fanatisme est plus fort quelquefois que l’amour pour la vie. N’a-t-on pas vu souvent des imposteurs mourir avec le plus grand courage? Aussi succomber pour une opinion ou des principes ne prouve pas plus la vérité, la bonté de ces opinions ou de ces principes que mourir dans une bataille ne prouve le bon droit du prince aux intérêts duquel tant de gens ont la folie de s’immoler.

Il fut un temps, messieurs, où moi le premier, confiant dans la parole du maître, sans expérience, je faisais à la nature tous les honneurs d’une guérison, idées que je développai et soutins dans ma thèse inaugurale. Je ne savais pas alors que je ne faisais que formuler un fait l’acte de guérison, ou mieux, d’évolution de l’élément morbide. Tout mon tort était de prendre l’effet pour la cause; car l’idée la plus générale, comme je le disais plus haut, qu’on doive se faire d’un état morbide, c’est évidemment de le considérer comme le résultat de l’oppression de l’organisme par un agent extérieur. S’il en était autrement, ces efforts réactionnel* qu’on invoque seraient moins étouffés qu’ils le sont. C’est pourquoi dans toute maladie, l’opportunité du médicament doit être relative h son plus ou moins de gravité et à sa période plus ou moins avancée.

Nous traiterons dans la prochaine séance des médicaments.

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