DEUXIÈME LEÇON
Il Ali N ElVI A N N.
Messieurs,
Permettez-moi avant d’aborder toute question de doctrine, d’esquisser la vie du grand réformateur , m’engageant à faire ressortir les traits les plus saillants de son existence. Il faut que vous sachiez comment s’est élevé ce gigantesque édifice qu’on nomme la doctrine h omœ apathique , il faut que vous sachiez qu’Hahnemann, en architecte habile, présida lui-même à l’édification d’une œuvre aussi grandiose.
Vous tous, Messieurs, qui m’écoutez, serez les premiers saisis du plus grand, du plus profond respect pour notre illustre maître, quand je vous aurai décrit sa vie, énoncé ses travaux, quand je vous aurai retracé le tableau de cet homme de génie dont l’existence entière a été consacrée au soulagement de l’humanité souffrante.
C’est à vous, jeunes gens qui débutez dans la carrière, que je m’adresse avant tout. Vous, mes anciens condisciples, voulez-vous avoir des succès vrais, durables, voulez-vous avoir la récompense de vos labeurs, adressez-vous à l’Iiomœopathie, science positive, renfermant physiologie, pathologie, matière médicale, thérapeutique et prophylaxie,
science dont l’étude est pleine d’attrait. Venez, et tous nous nous consacrerons à la culture de ce champ vaste et fécond. 11 y a à glaner pour tous.
Hahnemann, messieurs, à ce nom que toutes les têtes s’inclinent, Hahnemann appartient encore à cette terre classique de l’Allemagne qui fut toujours le berceau et l’asile des sciences, et au souvenir de laquelle on se sent pénétré de vénération quand on se rappelle les noms des Guttémberg,des Kant, des Schiller, des Goethe, des Alex, deüumbold et de tant d’autres auxquels elle donna le jour.
Hahnemann ( Samuel-Chrétien-Frédéric ), naquit le 10 avril 1755, à Meissen, petite ville de Saxe, située au confluent de l’Elbe et de la Meissa. Des douze enfants que son père eut, il était le dernier. Son père (Chrétien, Godefroy Hahnemann) , était employé comme peintre sur porcelaine dans une des fabriques de Meissen. On lui doit même un traité sur la peinture à l’aquarelle. Nous remarquerons en passant, que quatre ans après II ahnemann,Q\\ 1759, naissait le grand Schiller, poète et médecin tout à la fois, dont l’anniversaire est fêté chaque année avec tant de pompe et d’éclat.
Le jeune Samuel Hahnemann passa les premières années de sa vie au sein de sa famille. Toujours' pris comme exemple parmi les enfants de son âge, enfant, il savait se faire écouter et obéir, alliant une volonté ferme et une énergie à toute épreuve avec une bonté et une douceur sans pareille. Que de fois il fut surpris abandonnant les jeux pour se livrer à l’étude et à la méditation. Tout dénotait en lui un caractère grave et studieux, un esprit solide et judicieux joint à une intelligence hors ligne.
Ses amis d’enfance, devenus plus tard eux-mêmes de grands personnages, se plaisaient à raconter combien une opinion, une idée émises par leur jeune camarade avaient de prix pour eux.
En face d’une aptitude si grande au travail, son père le fit
entrer à l’école, à l’âge de douze ans. Ses brillantes qualités ne tardèrent pas à attirer toute l’attention du directeur de l’école et à lui captiver toute sa bienveillance. Ici se rattache un des traits de sa vie qui prouve à quelle grande mission cet enfant plus tard devait être appelé.
Un certain jour de composition latine, le jeune S. Halinemann, non content de s’en tenir au texte dont le sujet était empreint de libéralisme, accompagna sa copie de réflexions et d’annotations qu’il avait puisées dans mille auteurs différents. Il concluait à la nécessité de réformes à apporter dans le mode d’éducation et d’instruction. Son professeur, que ces nouvelles idées choquaient probablement, habitue qu il était à marcher servilement sur les pas de ses devanciers, usa de son autorité en sa qualité de maître, pour condamner les vaines prétentions de son élève et le punir sévèrement de ce que quelques idées libérales eussent pu germer dans ce jeune cerveau. Gomme le despotisme nepeut avoir qu’un règne passager, les jeunes têtes de sa classe se soulèvent et à l’unanimité jurent de défendre et de délivrer leur camarade. Le directeur s’émeut et fait mander S. Hahnemann. Ce jeune homme exposa avec tant de lucidité, avec tant de précision les points qui lui avaient attiré la haine de son professeur, que le directeur, homme d’une grande érudition, homme d’un sens droit et d’un cœur loyal, nonseulement leva les punitions, mais reconnut en lui des sentiments si honnêtes, si purs et si élevés, sentiments si compatibles et même inséparables des idées de liberté, que le regardant fixement et heureux lui-même de l’écouter, allez, lui dit-il ; quoique enfant, maître vous êtes, maître vous resterez, a partir d’aujourd’hui vous êtes libre de suivre les classes que vous voudrez. Puis ,le docteur Muller, c’était le nom du directeur, prenant le jeune élève par la main, lo conduisit dans sa bibliothèque, mettant indistinctement tous les ouvrages qu’elle renfermait à sa disposition.
Son ardeur n'eut plus de bornes, jour et nuit étaient consacrés au travail. A l’âge de quatorze ans, il remplaçait déjà le professeur de grec dans ses leçons. C’est dans cette atmosphère de liberté que ses forces naissantes se développèrent à leur aise. Ses progrès furent tellement rapides que quand le père, dont la fortune était modeste, se présenta pour retirer son fils, afin de le lancer dans l’industrie, le docteur Muller s’y refusa et conserva à sa charge son jeune et brillant sujet, jusqu’à ce que ses études fussent complètement terminées.
Cloire et honneur soient rendus ici à cet homme de bien, à ce bienveillant et généreux docteur à qui la postérité devra un jour d’avoir eu dans S. Halmemann le premier réformateur de la science médicale.
S. Halmemann jugeant que la médecine était la seule profession qui allât à son caractère grave et sérieux, s’y voua corps et âme. Muni de vingt ducats que lui avait remis son père, il partit en 1775 pour Leipsick, il avait alors vingt ans.
Heureusement que l’instruction forte qu’il avait reçue, lui créait de grandes ressources pour l’avenir, car, que de privations, que de chagrins l’attendaient! Mais plein de courage, à peine fut-il installé qu’il employa scs loisirs à traduire en allemand des ouvrages anglais et français, et pour suffire au double travail des traductions et à celui des études médicales, il prend la résolution de dérober au sommeil une nuit sur deux.
Après deux années de travaux, il alla à Vienne, avec l’intention d’y suivre les hôpitaux, il arriva dans cette ville vers la fin de l’année 1777. Là encore il se mit à traduire en allemand les ouvrages anglais suivants :
1° Essais et observations physiologiques, de J. Stodtmami, in-8 ;
2° Essai sur /’ hydrophobie , de Nugcnt, in-<S ;
Essai sur les eaux minérales , de G. Falcaner, in-8.
4° La Médecine pratique moderne, de Bail, in-H.
A bout de ressources, il quitta Vienne neuf mois après pour LéopoLlstadt. Il sut si bien mériter la confiance, l’estime et l’amitié du docteur de Quarin, que cet éminent professeur, -non content de lui confier ses malades de fhôpital dont il était le directeur, se fit souvent remplacer par lui auprès de ses malades en ville. C’est à lui qu’il doit d’avoir connu le gouverneur de Transylvanie , qui, s’étant pris d’une étroite amitié pour lui, l’invita à venir A Hermanstadt , et le nomma son médecin privé et bibliothécaire en chef. Hahnemann n'était pas de ceux qui se contentent d: une simple autorisation, espèce de brevet d'incapacité , pour exercer la médecine ; il n’accepta donc que pour un temps, pendant lequel il sut mettre à profit sa nouvelle position, et, tout en se livrant à l’étude avec plus d’ardeur, il se créa rapidement de belles et nombreuses relations. 11 jouissait d’un si grand prestige, qu’il était non-seulement le médecin, mais le conseiller intime de tous les personnages d’une certaine importance, ce qui cependant ne l’empêcha pas de déserter Hermanstadt. Peu fait pour les honneurs et la cour, et d’un caractère trop fier pour se plier à toutes les exigences que lui commandait sa haute position, il quitta Hermanstadt et se rendit à Y Université d’Er- I au yen, dans l’intention d’y prendre le grade de docteur, et le 10 août 1779 il y soutint publiquement sa thèse inaugurale sous le titre de : Circonspeclus affectinim spasmodicormn ætiologicus et therapeulicus. Des aperçus nouveaux et d’une bien grande portée promettaient déjà pour l’avenir.
Désireux de plus en plus de s’instruire, et doué d’un de ces esprits ardents qui sont toujours à la recherche du nouveau, il se livra avec fureur à l’étude de la physique, de 1 histoire naturelle, et principalement de la chimie et de la minéralogie. C’est à ce moment qu’il traduisit en allemand les mémoires français qui avaient pour titre :
1° L Art de fabriquer les produits chimiques , de Demachy.
12'’ L Art du distillateur Jiquoriste , de Demachy et Dubuisson.
Après avoir habité successivement Hettstadt et Dessau , il se rendit en 1785 à Gommern, près de Magdejbourg, où, après six ans déjà de périgrinations, il occupa un poste de médecin public. La même année, un des pharmaciens de la ville s’estima trop heureux de lui donner en mariage sa fille Henriette Kuchler , de laquelle il eut onze enfants, famille nombreuse, comme on le voit, et beaucoup trop nombreuse pour qui n’a pas de fortune.
Au lieu de trouver dans la femme qu’il venait d’épouser tout ce qui forme l’apanage d’une âme jeune, grande et belle, vivacité et franchise, amour et générosité, abandon, courage et dévouement, il se trouva, au contraire, en face d’un caractère âcre, vindicatif, difficile et méchant, qui devait un jour faire payer bien cher son union avec S. Hahnemann.
Ayant passé avec sa femme l’année de 1786 à Leipsick, théâtre de ses premières luttes entre l’étude et le besoin, il consacra ses loisirs à l’étude de Y arsenic, poison dont les propriétés toxicologiques n’étaient pas encore parfaitement connues, et bientôt parut un opuscule ayant pour titre : Recherches sur l’empoisonnement par l’arsenic , preuves judiciaires pour le constater et, moyens d’y porter remède.
Non content de traiter des sujets scientifiques se rattachant à la médecine, il aborda l’année suivante des questions d’économie domestique, et, afin de vaincre les préjugés qui s’élevaient contre le chauffage par le charbon de terre, il arriva, par ses écrits, non-seulement à les vaincre, mais encore, par les modifications qu’il apporta à ce combustible, on put s’en servir pour le chauffage des fours. En 1787, il se rendit ù Dresde, et c’est dans cette ville qu’il reçut les
témoignages d’estime et d'affection de la part du docteur Wagner, du conseiller aulique Adelung et de Dasdorfs. Le docteur Wagner, premier professeur et médecin en chef de l’hôpital, lui était tellement dévoué que, pendant une maladie qu’il fit, il voulut que lui seul le remplaçât à son hôpital; c’est alors que, jouissant d’une grande réputation, il se vit à la tête d’une nombreuse et brillante clientèle , et qu’il acquit une renommée qui, grâce à quelques succès qu’il obtenait, commençait déjà à faire un certain bruit, ce qu’il devait aussi, du reste, à plusieurs écrits qui éveillèrent l’attention du monde savant. Les énumérer suffira pour en faire connaître toute l’importance. Ces travaux, qui parurent successivement, eurent pour titre :
1° Des Maladies vénériennes, et nouvelle préparation mercurielle. (Merc. solub. qui, encore aujourd’hui, conserve son nom.)
2° Insolubilité de quelques métaux et de leurs oxydes dans l'ammoniaque caustique. (V. le magasin de Baldinger de 1789.)
3° Moyens de reconnaître le fer et le plomb dans le vin.
4° Essais malheureux de quelques prétendues découvertes modernes.
3° Difficultés qu’on rencontre dans la préparation de l’alcali minéral par la potasse et le sel marin; moyens de les vaincre.
6° Influence que certains gaz exercent sur la fermenta tionduvin.
7° Aperçus nouveaux sur la bile et les calculs biliaires.
8° Moyen puissant d’arrêter la putréfaction.
9° Note sur le spath pésant.
10° Découverte d’un nouveau principe constituant dans la plombagine.
11° Recherches sur le principe astringent des végétaux. (V. les annales de Crell., 1789.)
bn outre, il traduisit en allemand les ouvrages français suivants :
1° L’Art du Vinaigrier de üemachy.
2° La Falsification des médicaments dévoilée par J. B. van den Sande.
Nous abordons, Messieurs, à un de ces moments de la vie où l’homme, après avoir donné à la société des garanties de savoir, d’expérience et de moralité, ébloui par la gloire, les succès, la réputation, la renommée, comblé de faveurs, entouré d’honneurs; où l’homme, dis-je, loin île renoncer à tous ces avantages mondains, semble, au contraire, les rechercher avec une avidité telle qu’on ne s’expliquerait pas cette ardeur si, connaissant la faiblesse humaine, on ne savait que l’homme n’est guidé dans cette voie et ne prise tant de faveurs et d’honneurs que dans un but de spéculation, tout en ayant le plus grand mépris pour ceux qui les distribuent.
Quoique arrivé au faîte des splendeurs, Hahnemann , Messieurs, était de ceux qui comprennent qu’on n’èst grand (pie par l'intelligence, noble que par les sentiments. En voulezvous la preuve, écoutez cette page admirable qui est certes une des plus belles de sa vie, et vous me direz quel est l’homme assez convaincu, assez plein d’abnégation, assez fort de caractère, pour fouler aux pieds toutes ces grandeurs, rentrer dans la vie privée, et préférer la misère à l’exercice d’un art mensonger. Cet homme, qu’on se plaît à appeler fou, est pour moi le sublime de la droiture, de la loyauté; pour agir ainsi, Messieurs, il fallait être \ us qu’un homme ordinaire, il fallait être N. Halinemam
Dans quelle circonstance cette détermination fut-elle prise ? La voici :
Hahnemann , depuis quelques jours, donnait des soins a un de ses meilleurs amis, dont l’état lui inspirait des craintes sérieuses. A une des dernières visites qu'il lui lit, le voyant en danger, il tenta un dernier effort, et ordonna
un ou plusieurs médicaments sur lesquels il comptait beaucoup, considérés comme héroïques par l’école officielle. Il revint le lendemain, son ami n’était plus.
Pour Heinemann , ce fut un coup de foudre ; malgré toute la responsabilité qui pesait sur lui, il sentait cependant qu’il n’avait aucun reproche à se faire. Il n’avait usé que de moyens reconnus et avoués par la masse comme les meilleurs. Cet insuccès suffit pour lui faire voir, sinon le néant de la médecine, du moins d’une de ses branches , la matière médicale et la thérapeutique. Il reconnut alors, et seulement alors, à quel incroyable degré d’imperfection se trouvait encore l’étude des propriétés patliogénétiques des médicaments. A partir de ce moment, sa conscience se révolta à l’idée de se livrer plus longtemps à l’exercice d’un art si pauvre en résultats. Plein de dédain pour ces formules ou ces recettes composées de plusieurs drogues différentes, qui ne représentaient, et ne représentent encore de nos jours (moins cependant aujourd’hui), que le vide médical, l’ignorance et l’inaptitude; il jura d’en appeler à la logique, à l’observation, à l’expérience, car jamais médecin avant lui n’était arrivé à connaître les spécialités de chaque substance médicinale, ne faisant usage que de mélanges.
Rentré chez lui pour l’heure de ses consultations, il trouva son salon plein de monde. Il fait savoir aux nombreux clients qui l’attendaient qu’à partir de ce jour, il renonçait à la pratique de la médecine. Instances, prières , rien ne put changer sa détermination. De ce jour, tout bonheur l’abandonna.
Bientôt un spectacle plus navrant encore devait raffermir dans la résolution qu’il venait de prendre : il s’agissait de sauver un de ses enfants, (U il était à bout de ressources. Moment suprême! une inspiration lui vint: un médicament fut donné, et l’enfant fut rendu à la vie.
Pourquoi et comment cette guérison avait -elle été obtenue? C’est ce qu ’Hanemann, penseur hardi , voulut pénétrer. C'est dans de pareilles dispositions d’esprit qu’il quitta Dresde pour revenir à Leipsick, en 1789. S’enfermant dans son cabinet, il ne devait en sortir, quatre ans plus tard, que pour nous dévoiler ce qu'il entendait par physiologie, par pathologie, matière médicale et thérapeutique.
Hanemann s’était déjà demandé si la première condition pour user avec avantage des substances médicinales, n’était pas de faire une étude approfondie de leurs effets sur l’organisme humain; si la deuxième n’était pas de choisir une organisation saine car toute expérience tentée chez des individus malade devait être dénaturée par mille influences perturbatrices inappréciables. Uyavaitdonc toutà créer dans cette branche de la médecine. Versé dans les sciences naturelles aussi bien que dans les sciences physiques, chimiques et métaphysiques, il se mit à l’œuvre avec un zèle, une constance et une persévérance, qui nous rappellent la vie des premiers disciples d’Hahnemann. Bientôt devait s’effacer le principe thérapeutique, ab usu in morbis; bientôt devaient disparaître de la matière médicale ces dénominations vagues et trompeuses que l’on donnait alors aux médicaments classés en purgatifs, astringents, diurétiques, sédatifs, sudorifiques, amménagogues, antispasmodiques, stimulants, aphrodisiaques, expectorants ou incisifs, émollients et analeptiques, contro-stimulants et tempérants, toniques, altérants, révulsifs sialagogues, etc. avant Hahnemann on ne s’était jamais demandé d’où provenaient ces secousses violentes de l’organisme une fois sous la puissance d’un agent thérapeutique destructeur , d’où provenaient ces crises factices qui souvent mettaientla vie en danger. On avait lecourage d’assister en simple spectateur à cette lutte terrible qui s’ établissait en în? le médicament d’une pari et l'organisme d’autrepart, et comme toute absorption
<lo substances médicinales donnait lieu à des phénomènes extrêmement variés et marquants, on prit l’eifet pour la cause, et les symptômes qui frappèrent le plus, servirent à dénommer chaque substance. Hahnemann le comprit et voulut s’en rendre compte, il prévoyait déjà que le médicament avait à jouer un rôle plutôt dynamique que mécanique.
Rien ne lui coûta alors pour arriver à ses fins. En proie à la plus grande misère et aux chagrins domestiques de toute espèce , il eut à lutter non seulement avec le mauvais destin mais encore avec sa femme qui opposée à ses idées ne cessait de lui reprocherd’avoir abandonné sa position première, ne comprenant pas qu’on préférât la médiocrité, la misère même à une vie brillante et lucrative, plutôt que de mentir 11 sa conscience. Ses amis même l’avaient abandonné, (ça devait être).
Hahnemann , sourd à toutes ces récriminations, poursuivait toujours le même but. Les cris seuls de ses enfants pouvaient, le distraire de ses études ; que de fois son cœur a saigné à la vue de ces petits êtres qui demandai: t à manger, devaient se contenter d’un simple morceau de pain ! et encore avait-il beaucoup de mal àlegagner par quelques traductions qu’il faisait d’ouvrages français , italiens et anglais en allemand et qui eurent pour titres :
1° Essai sur l’air pur et sur les différentes espèces d’air de Delametherie, (ouvrage français).
2n L’art de faire le vin, par A. Fabbroni, (ouvrage italien).
3° L’histoire d’AbeUardet d’Héloïse, de Baringtbon, in-8 , (ouvrage anglais).
4° Recherches sur la phtisie pulmonaire de M. Ryan,in-8, (ouvrage anglais).
3° L’Avis aux femmes, de J.Grigg, in-8 (ouvrage anglais).
0° Les annales d’ agriculture, d’Arthur Young, in-8, (ouvrage anglais).
Travaillant prèsque nuit et jour à son ancien métier de traducteur, Hahnemann fut obligé de chercher dans l’habitude delapipeun moyen de vaincre le sommeil pendant ses laborieuses veillées, et certes , loin de lui en faire un crime, nous ne saurions trop admirer la conduite de cet homme de bien.
Ce qu’il y a de remarquable, c’est que le premier fait qui le mit sur la voie, et qui plus tard devait donner naissance à la doctrine homceopathique, ce premier fait, dis-je, il le devait à une traduction qu’il venait de faire de la matière médicale d’un médecin anglais, Cullen, en 1790.
Un jour donc, traduisant l’article quinquina, il fut frappé des hypothèses sans nombre par lesquelles on cherchait à expliquer sa puissance fébrifuge. 11 n’en fallut pas davantage pour exciter en lui le désir d’en appeler h l’expérience, d’autant mieux que cette pensée si simple et si profonde tout à la fois, germait déjà depuis longtemps dans sa tête : « tu dois, se disait souvent le futur réformateur, observer la manière dont les médicaments agissent sur le corps de l’homme, lorsqu’il se trouve dans l’assiette tranquille de la santé. Les changements qu’ils déterminent alors n’ont pas lieu en vain, et doivent certainement signifier quelque chose, car, sans cela, pourquoi s’opéreraientils? Peut-être est-ce la seule langue dans laquelle ils puissent exprimer à l’observateur le but de leur existence. »
D’une constitution parfaite, quoiqu’habituéaux plus rudes privations, U s’administra le même jour une certaine dose de quinquina et , quel ne fut pas son étonnement de ressentir une fièvre très analogue à celle que ce médicament guérit le mieux, avec froid, chaleur, sueur ; ce ne fut pas tout : beaucoup d’autres symptômes et des plus variés, qui jamais n’avaient ôté relatés dans aucune matière médicale se produisirent.
A partir de ce moment une nouvelle voie s’ouvrit pour
Hahnemann. Cependant il doutait encore des résultats qu’il venait d’obtenir, craignant d’être le jouet de quelque illusion perlide; mais, s’étant soumis à de nouvelles expérimentations et le résultat étant toujours le même, il se demanda si le quinquina ne devait pas ses propriétés fébrifuges à la faculté qu’il avait précisément de produire une affection semblable, et si, les autres médicaments donnés à des individus sains, ne se comporteraient pas de la même manière , en développant des symptômes propres à chaque substance. Jour et nuit il se soumit à la pénible expérimentation des remèdes devant laquelle reculent tant de jeunes praticiens, se condamnant lui-même à des souffrances journalières et souvent cruelles, causées par l’injection répétée des poisons les plus actifs. Ajoutons que plusieurs de ses anciens confrères et amis, auxquels il fit part de ses observations, le secondèrent, en faisant sur eux les mêmes essais. C’est ainsi qu’il arriva à découvrir que si chaque médicament avait une face semblable, en produisant des symptômes saillants et à peu près identiques , il en avait une autre qui reflétait les nuances les plus variées, celles qui doivent être prises en considération par le médecin et qui servent à caractériser chaque substance employée.
Après le quinquina vinrent successivement le souffre, le mercure, la belladone, la coq du levant, la digitale, etc. , etc., et chaque expérimentation nouvelle venait con firme rln vérité du premier fait, llahnemann ne s’en tint pas aux substances connues et employées déjà depuis longtemps en médecine ; son expérimentation s’étendit encore sur l’argent , Yor, le platine, le lycopode, le sel marin, etc., en un mot, presque tous les produits de la nature à quelque règne qu’ils appartinssent, soit animal, végétal, ou minéral, n’ échappèrent pas à une sévère analyse, car d’elle dépendait la loi infaillible qui allait être appelée à gouverner la thérapeutique.
lin dix années il expérimenta (ii substances qui lui ser-
virent à fonder sa matière médicale pure, il lut soutenu, il est vrai, dans cette entreprise, comme je l’ai dit plus haut, par les membres de sa famille et par de zélés disciples.
Qu’ on ne croie pas d’ailleurs que les grandes ou petites incommodités qu’il contracta en essayant des médicaments, aient été préjudiciables à sa santé. « L’expérience prouve, au contraire, dit Habnemann, que les expériences ne font que rendre l’organisme plus apte à repousser toutes les causes morbides naturelles ou artificielles et qu’elles endurcissent contre leur influence. La santé en devient plus solide et le corps plus robuste. » (Organ. § 141.)
C/est donc après avoir répété mille fois ces expériences qu’il s’assura : 1° que le souffre produisait une éruption cutanée semblable à celle qu’il avait la propriété de quérir-,
que le mercure, dans son action puissante sur l’organisme, développait des symptômes analogues à ceux qu’il fait disparaître ordinairement; 3° que la belladone produisait des éruptions de plaques d’un rouge foncé , accompagnées des principaux symptômes caractéristiques, etc.; 4« que les memes effets se produisaient pour tout médicament soumis à l'expérimentation. Ce principe se vérifiant toujours, Hahnemann n’hésita plus à proclamer dans toute sagénéralité la loi homéopathique. C’en était fait, le vieil édifice de la science médicale était sapé dans sa base, plus de doute! l’art possédera maintenant un guide assuré. Là ne s’arrêtèrent pas ses travaux et encore moins les bienfaits de l’homœopathie.
Ses expériences de tous les jours, de tous les instants, de toutes les minutes, devaient l’amener à une découverte bien autrement admirable, qui grandira avec les Ages et devant laquelle nous devons tous nous courber , je veux parler de la prophylaxie, ou du traitement préservatif des maladies épidémiques , chroniques et héréditaires. L horizon est tellement étendu qu’il ne nous est pas donné
d’en assigner les bornes; à l’avenir seul revient le droit et l’honneur tout à la fois de porter un jugement définitif sur cette autre découverte, dont les bienfaits peuvent être immenses, les résultats incalculables.
Hahnemann, bien entend u, était de ceux qui croient avec raison que la vaccine préserve de la petite vérole, en substituant dans l’organisme, et d’avance, une action très analogue, et propre par cela-même à exclure toute influence de même nature. Armé de ce fait indubitable, il s’adressa aux médicaments dont l’analogie d’action , à l’égard des autres maladies contagieuses, paraissait être la même, et bientôt aux conjectures fit place la réalité. C’est ainsi qu’il obtient les plus grands succès en donnant en temps d’épidémie :
1° De la pulsatile pour préserver de la rougeole.
2° Du cuivre et de l’ellébore, pour éviter V atteinte dit choléra. Là encore le hasard l’avait parfaitement servi, lui grand observateur, il avait remarqué au moment où cette cruelle et épouvantable maladie sévissait, que tous les ouvriers qui travaillaient le cuivre étaient préservés de ce terrible /léau , nouvelle et excellente occasion pour lui d’expérimenter cet agent thérapeutique précieux.
3° il constata de même que la belladone préservait de la scarlatine , et pour arriver à ce résultat, il faisait prendre tous les 5 ou 6 jours, au moment où l’on était en pleine épidémie, des petites doses de belladone, c’est ainsi qu’une quantité d’enfants échappèrent à la contagion.
Le journal d’Hufeland est rempli de témoignages de médecins allopathes attestant que la belladone est le meilleur moyen préservatif et curatif de la scarlatine.
Le docteur Méglin de Colmar affirme le même fait (nouv. Journal de méd., Nov. 1821 .), etc. Du reste, nos confrères connaissent parfaitement cette découverte, seulement ils se gardent bien d’avouer où ils l’ont puisée.
Poiil1 Hahnemann, ces faitsavaient une très-grande signilication, une immense portée, c’était pour lui le point de départ d’une autre loi qui découlait de son principe similia simili-bits. . . Hahnemann l’entrevit; mais il était réservé à un de ses disciples favoris, un de nos vétérans enhomœopathie, monsieur le docteur Gastier ; il lui était réservé, dis-je, de formuler cette loi, de la proclamer dans toute sa puissance et d’en faire un des pivots les plus solides sur lesquels roulera la doctrine homceopathique. En elfet , la prophylaxie ou traitement préservatif est peut-être la plus belle conception qu’ait pu avoir un homme, et celle qui doit jeter le plus vif et le plus brillant éclat sur la nouvelle doctrine, (nous y reviendrons plus tard en traitant de cette question. )
Cependant, avant de tenter sur les malades 1’application de ce principe nouveau. Hahnemann se livra avec ardeur à des expériences de plus en plus concluantes et voulut bien le mûrir et l’approfondir avant de le mettre aujour : il en était là, quant en 179! Y Académie des sciences de Mayence et la société académique de Leipsilt rappelèrent dans leur sein.
11 venait alors de traduire en allemand un traité anglais de chimie médicale et pharmaceutique de D. Mouro et les observations chimiques sur le sucre de E.Itingby.
Non seulement Hahnemann appliquait à la recherche du gigantesque problème qu’il s’était posé, tout son talent d’observation et son érudition vaste et profonde, mais, doué d’une infatigable ardeur, il publiait à Francfort à la même époque un ouvrage ayant pour titre : (l’Ami de la Santé). Parurent plus tard la première partie d’un dictionnaire de pharmacie , puis plusieurs mémoires ayant pour titres :
1» Moyen de prévenir la salivation et les effets désastreux du mercure. (Biblioth. de Blumenbach).
2». Préparation (lu sel de Glauber. (Annales de Oeil.)
3". Préparation du jaune de Cassel, etc., etc.
-1». Addition aux moyens d’explorer la pureté du vin. (Archives de Scherf).
oo. Sur la nouvelle méthode de Hahnemann, pour essayer le vin et sur la nouvelle liqueur probatoire. (Journal de Trommsdorff.) ; et une quantité d’autres articles, insérés dans les écrits périodiques.
Malgré déjà tant de travaux, tant de fatigue, Hahnemann , Messieurs, n’était pas au bout de ses chagrins. Après avoir vaincu tous les obstacles, que vous connaissez, après avoir surmonté toutes les difficultés, bien d’autres tourments l’attendaient encore. Elevé à l’école du malheur, il avaitappris à lutter. Une âme trempée comme la sienne, loin de reculer devant le danger, allait au devant, et affrontant tous les périls qui bien tôt allaient s’amonceler sur sa tête, pour récompense, il aura d’une part, la jalousie et souvent la haine de ses confrères, d’autre part l’ingratitude des hommes, tristes lots qui encore aujourd’hui nous sont restés en partage.
Le moment étant venu de faire tourner au profit de la science et surtout de l’humanité, une découverte qui n’était. que le fruit de son travail et de sa persévérance, il se rendit à Gorgentlial en 1794, petite ville qui doit s’enorgueillir d’avoir la première reçu les bienfaits de l’homœopathie. A peine installé, il fut nommé médecin en chef d’un hospice d’aliénés, dont le duc Ernest de Gotha était le fondateur. A son début, scs succès furent tels que l’opinion publique s’en émut. Ce qui causa une certaine sensation surtout, ce fut une guérison qu’il obtint sur un homme de lettres nommé Khockenbring, auquel une épigrammo de Kotzebuc avait dit-on fait perdre la raison.
En 1790, il publia un manuel à l’usage dos mères.
Hahnemann, poursuivant ses recherches sur les propriétés curatives des médicaments, ne tarda pas à s’aper-
cevoir que ceux-ci aux doses énormes où il les donnait, amenaient une aggravation des symptômes morbides, momentanée il est vrai, mais qui ne nécessitait pas moins la plus grande réserve dans leur administration. Voyant cela, il diminua successivement et de plus en plus les doses employées dans l'ancienne médecine. Tout d'abord, et cela en 1793, il resta-bienau-clessous de ces infinitésimaux, dont l’action a été et est encore de nos jours, avec raison, l'objet de tant de doutes; et cependant qui m’expliquera l’actionpréservative et prolongée du virus- vaccin dont la quantité est inappréciable en poids. Ce fait n'est-il pas tout aussi surprenant, tout aussi singulier ? Ce ne fut donc que guidé par une longue expérience, par la force, l 'impulsion d’observation et non par caprice d’imagination où par idée préconçue, qu’il arriva par des réductions successives , après avoir prescrit grammes et centigrammes, à ne plus prescrire que milligrammes et ses fractions. Et comme pour arriver à des atténuations médicamenteuses pareilles, il fallait une exactitude rigoureuse, Hahnemann eut l’heureuse idée soit de mélanger le suc actif des plantes avec de l’alcool, principe conservateur par excellence, soit de pulvériser lessubstances et d’y additionner du sucre de lait dans des proportions déterminées.
11 crut reconnaître que les quantités exiguës qu’il employait, quelque minimes qu’elles soient, développaient encore une action pathogénétique bien suffisante, ce qu’il attribua au mode de préparation qu’il avait suivi. La quantité médicamenteuse n’avait disparu que pour faire place à des changements dans la qualité et à une puissance toute virtuelle qui ne devait son énergie, suivant Hahnemann, qu’à l’acte de secouer les liquides et de broyer les substances. Comme pour moi cette manière de voir me paraît entachée d’exagération, je me propose, Messieurs, de vous démontrer dans les leçons suivantes, qu’on peut et qu’on
doit même employer [des doses massives sans pour cela déroger à la loi homœopathique.
Hahnemann avant de révéler au monde savant la nouvelle découverte qu’il venait de faire, voulut attendre, et ce ne fut qu’un an plus tard, alors que les faits se multiplièrent, qu’il publia ses observations.
La plaisanterie d’abord fut seule à accueillir ces nouvelles données en thérapeutique, qui par le merveilleux et le prestige qui les entouraient, firent oublier le principe immuable sur lequel ils reposaient, principe qui en dehors et malgré elles, reste et restera toujours debout.
On se demande quelintérêt aurait eu Hahnemann à se couvrir de ridicule, en défendant les doses infinitésimales, si véritablement elles ne lui avait pas donné un résultat favorable.
Enfin ! quoi qu’il en soit, aux plaisanteries succédèrent la jalousie, la haine, et les persécutions de toute sorte de la part des pharmaciens. Les succès de Hahnemann grandissant de jour en jour, ces derniers s’assemblèrent, gagnèrent à leur cause quelques médecins envieux et jurèrent la perte de ce grand réformateur , qui suivant une marche toute expérimentale, n’entrevoyait de salut pour sa doctrine, que dans un examen très attentif des faits.
Hahnemann, on le comprend, ne pouvait, surtout au début , s’en rapporter qu’à lui-même pour le choix et la préparation des médicaments. Les obstacles qu’il rencontrait, les difficultés qu’on lui suscitait, les pièges qu’on lui tendait, les embûches qu’on lui dressait, n’étaient certes pas de nature à faire naître en lui le désir de s’en rapportera cette classe d’apothicaires dont le passé devait rompre d’une manière si subite et si tranchée avec les idées nouvelles.
En Allemagne comme en France, la dispensation même gratuite des médicaments est interdite. Hahnemann qui avait en vue l’intérêt de l’humanité bien plus que celui de quelques particuliers, passa outre, et loin de se laisser ar-
rôler et dominer par ce point de la législation, il continua comme toujours à préparer et administrer lui-méme les agents médicamenteux qu’il employait.
A tout prix, il fallait se défaire de cet audacieux , car que devenir en face d’une doctrine qui s’annonce devoir guérir les maladies avec des doses minimes : la loi à la main, ^apothicaires le poursuivent à outrance, et force lui fut de quitter Gorgenthal, et de venir se réfugier à Brunswick. La haine de ces derniers le poursuivantjusque dans cette dernière ville, il n’eût que le temps de fuir et de se retirer à Keingslutter , en 1798. A son arrivée, toutes les passions se déchaînèrent, les uns par jalousie , les autres par crainte de voir tomber leur pharmacie , tous se soulevèrent et se liguèrent de nouveau. On en appela contre lui à d’anciens réglements non abrogés, par lesquels tout pharmacien conservait le monopole exclusif de la préparation et 'de la dispensation des médicaments. Au même moment paraissait un opuscule ayant pour titre : des Formules en médecine, qu’il avait mis, en 1800, en tête de la traduction allemande d’un formulaire anglais qui avait paru à Londres en 179-4.
Traqué encore une fois , plutôt que de subir une condamnation, il préféra se rendre dans une autre ville , afin de continuer ses expériences et il choisit alors Hambourg pour son lieu de résidence , mais avant de partir, il publiait, en 1803, un autre opuscule, ayant pour titre : les effets du café. 11 n’était pas encore installé que déjà des rivaux, ou mieux des envieux, les pharmaciens entête, lui signifiaient de quitter la ville dans les 24 heures , ou sans quoi il s’exposait à recevoir de leur part les plus grandes vexations. Ce qüi surtout, médecins et pharmaciens, les exaspérait le plus, c’était de voir la quantité de malades qui chaque jour faisaient queue à la porte deHahnemann. Voyant
ce grand homme résister à tout, ils arrivèrent à faire rendre des édits, et poussé à bout, il vint exercer ù Èclembourg en 1804. Là encore ses ennemis implacables, les pharmaciens, s’ agitèrent el lui proposèrent de faire ses préparations. Hahnemann refusa net , il ne pouvait ni ne devait confier ses instruments de guérison à de tels adversaires, qui étaient trop intéressés à ce qu'il essuyât des revers. Le but étant manqué, trompés dans leurs espérances , ils jurèrent de s’en venger et tous les moyens leur furent bons. Les misérables !! ils auraient sacrifié volontiers à leur intérêt particulier et à de mesquines passions l’avenir de tout progrès scientifique. Toutes leurs manœuvres vinrent se briser aux pieds de Hahnemann qui, ne se laissant pas décourager par les attaques violentes qui surgissaient de toutes parts contre lui, poursuivait toujours le même but; que son nom soit à jamais honoré ! Pour toute réponse, il fit paraître en 1803, sous le titre de Fragmenta de viribus medicamentorum positivis , sive in sano corpore humano observatis , deux volumes qui renfermaient la symptomatologie de 0 substances.
A partir de ce moment, une ère nouvelle s’ouvre pour la matière médicale , et comme avant lui personne n’avait encore défini d’une manière exacte le mot nïédicament , ce ut pour la médecine et la physiologie le signal d’une révolution complète.
En 1803, parurent deux opuscules intitulés :
1° La Médecine de l’expérience.
2° Esculape dans la balance.
Ces fragments écrits avec verve, dénotent non seulement une grande profondeur de pensée, mais encore une vaste 'érudition. Toujours est-il qu’ Hahnemann , pendant tout le cours de son existence n’a pu trouver un seul homme qui se soit senti assez fort pour se mesurer avec cet athlèted’un autre genre.
Quelque rudes que fussent les épreuves auxquelles on voulut le soumettre, aucune puissance au monde ne l’aurait fait dévier de la voie dans laquelle il s’était engagé. Aux persécutions il n’opposa, dans le principe, que du calme, de la patience et une noble résignation , il ne répondit aux calomnies que par le mépris et le dédain ; guérir, telle était sa faute !
La position n’étant plus tenable à Eclembourg, il alla pratiquer à T or g au, en 1807, et, un an après, c’est-à-dire en 1808, il adressait à un médecin de haut rang, qui n’était autre qu ’Hufeland, une lettre ayant pour titre : Sur l’urgence d’une réforme en médecine. Il terminait par ces graves paroles : « Il fallait que quelqu’un ouvrît la lice et je l’ai fait; la voie est frayée aujourd’hui. Tous les hommes de conscience peuvent la suivre; si cette méthode que la contemplation calme de la nature et le mépris des préjugés consacrés m’a fait découvrir, est en contradiction directe avec tous les dogmes de nos écoles, comme autrefois les prédications lancées par Luther, du haut de la chaire de Witemberg, l’étaient avec l’esprit de la hiérarchie sacerdotale, la faute n’en est ni à mes vérités, ni à celles de Luther; réfutez-les ces vérités, si vous le pouvez, en faisant connaître une méthode curative plus efficace encore, plus sûre et plus agréable que la mienne; neles réfutez pas
par des mots dont nous n’avons que trop déjà mais, si
l’expérience vous prouve, comme à moi, que ma méthode est la meilleure, servez-vous-en pour guérir, pour sauver vos semblables, et faites-en honneur à Dieu. »
La même année, en 1808, parut un Mémoire ayant pour titre : Valeur des systèmes en Médecine, considérés surtout eu égard à la pratique qui en découle.
L’année d’après, en 1801), il publia deux opuscules intitulés:
Le premier : Réflexions sur les trois méthodes accréditées de traiter les maladies;
Le second : Conseils à un aspirant en doctorat.
C’est en 1810 qu’il donna son Organon de l’art de guérir ou exposition de la doctrine médicale homœopathique.
Neuf ansplus tard, en 1819, parut la deuxième édition ; toutes deux étaient précédées d’une introduction ayant pour titre :
lre Coup-d’œil sur les méthodes allopathique et palliative des écoles qui ont dominé jusqu’à ce jour en médecine.
2e Exemples de guérisons homœopathiques opérées involontairement par des médecins de l’ ancienne école.
Cet ouvrage, marqué au sceau du génie et le plus beau monument des sciences médicales, fut traduit dans toutes les langues , en français, en anglais, en italien, etc.; on compte aujourd’hui six éditions allemandes et quatre éditions françaises ; c’est sans doute à elles que l’on doit la grande quantité de médecins homœopathes qui sont aujourd’hui dans tous les pays.
C’est pendant son séjour à Turgau qu ’Hahnemann s’occupa de constituer sa doctrine, résolu plus que jamais à poursuivre, sans relâche, l’œuvre qu’il avait commencée. Quoique moins en but à la jalousie de ses confrères, à la colère et à la haine des pharmaciens, il se vit obligé, cependant, d’abandonner cette ville, et, pour la troisième fois, on le voit reparaître, à Leipsick , en 1811 ; mais, alors, en véritable réformateur et possédant déjà une réputation immense. Assuré désormais de la bonté de sa cause, il la défendra envers et contre tout : le professorat d’un côté, la pratique de l’autre; la polémique d’une part, la critique d’autre part, il suppléait à tout, il embrassait tout; aucune préparation, aucun article, aucun fait n’échappaient à son œil investigateur et à son esprit d’observation. Jusqu’en 1820, il professa et pratiqua publiquement l’homœopathie dans eette ville ,
Animé d’une conviction profonde, c’est, alors qu’il répondit à ses adversaires, avec cette chaleur, ce feu pétulant dont tout homme d’honneur se sent épris, quand, frappé dans sa délicatesse et dans sa conscience, il est obligé de repousser les imputations les plus calomnieuses.
C’est donc en proie à la plus juste à la plus louable indignation, qu’Hahnemann a dû proportionner la vigueur de la défense à la violence de l’attaque. Loin do lui en faire un reproche, nous ne saurions trop admirer aujourd’hui son courage. A ce moment, ne comptant que fort peu de confrères, partisans ou amis, force lui était d’entrer seul en lice. Toute sa critique, du reste, n’a d’autre but que de ruiner, dans l’opinion publique, tous ces . hommesà systèmes qui, voulant expliquer lamaladie et la mort par un ou deux agents, faussent l’observation, l’expérience, et compromettent la science et l’art.
Tête encyclopédique par excellence, il était permis à Hahnemann de parler et de juger en maître. Aussi chacun de ses écrits porte-t-il le cachet du génie! A la fin de la même année 1811, il publia Je premier volume de la matière médicale pure, dont six volumes ont paru depuis successivement, et, le dernier, en 1821. Il est vrai de dire que scs disciples les plus dévoués et ses amis les plus zélés contribuèrent, pour une bonne part, à cette œuvre formidable, qui ne renferme pas moins de cent mille symptômes variés. C’est peut-être la mine la plus riche que nous sommes tous appelés à exploiter, aussi est-elle sur lo point de compter trois éditions : en 1814 avait déjà paru un opuscule ayant pour titre : Dissertatio historico-medica de helleborimo veterum.
Le bruit que faisait Hahnemann par ses écrits, par ses cours et par sa pratique qui n’était que couronnée de succès ; ce bruit, dis-je, porta ombrage au corps médical et
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surtout au corps pharmaceutique. Ce dernier organisa une cabale et mit en jeu les moyens les plus subtils , les plus lâches et les plus vils pour faire tomber ce colosse contre lequel se ruaient inutilement toutes leurs menées. Leur fureur fut au comble quand ils virent une foule de médecins de tous les pays venir implorer les secours d’Hahnemann pour des maladies dont ces malheureux étaient atteints et contre lesquels leur médecine avait été impuissante. C'est ainsi qu’il guérit les docteurs Aégidi, Péterson et le docteur Necker, à qui Naples doit d’avoir, une des premières, reçu les bienfaits de la nouvelle doctrine. C’est donc en dépit de l'opposition la plus violente et la plus scandaleuse, qu ’Hahnemann formait ses disciples, dont le nombre était déjà grand, qu'il guérissait ses malades, dont l’affluence devenait menaçante pour ses adversaires. C’est au milieu de tant de travaux et d’occupation de toute sorte qu'il publia, en 1819, la deuxième édition de son Onjanon.
Comme, depuis longtemps, le duc Ferdinand, h la vue des périls qui entouraient Haknemann et des embûches qu’on lui tendait, lui avait offert un asile à Anhaït-Koëthen , Hahnemann finit par accepter, en 1820, et c’est avec la plus grande distinction qu'il fut accueilli ,par le duc qui avait compris tout ce que laréforme dl latin emann avait de grand et de progressif. Pendant quatorze ou quinze ans qu’il vécut dans cette résidence, avec le titre de conseiller aulique, il acquit une célébrité telle, qu’il no lui était plus possible de satisfaire toutes les exigences des malades qui, jour et nuit, assiégeaient sa porte, de répondre à toutes les demandes qu’il recevait de mille points du globe; douco recompense pour un homme qui, dans les premiers temps de son séjour à Anhalt-koëtlien, se vit poursuivi, jusque dans celte dernière retraite , par la haine pharmaceutique, Comme la loi ne pouvait plus avoir priso sur sa personne, ils imaginèrent de soulever la populace contre lui. De toute
part, eux et leurs agents répandirent les bruits les plus contradictoires. Les uns font courir le bruit qu’il empoisonnait ses malades , les autres qu’il les trompait en ne leur donnant que des substances inertes. A force d’argent, de basses et d’infàmes calomnies, ils parviennent donc à ameuter cette vile populace qui, en voulant à ses jours aujourd’hui, sera demain la première à l’acclamer.
Non-seulement il est raillé, insulté, poursuivi dans les rues à coups de pierre, mais on se rue sur sa demeure, on vocifère, les barrières sont brisées, les carreaux volent en éclats, les portes faiblissent sous les efforts et les coups répétés des assaillants, et déjà l’entrée menace de céder quand arrive l’autorité. A elle seule Hahnemann dut son salut, et, dans les premiers temps, elle fut obligée d’intervenir pour permettre aux malades de se présenter et leur donner accès auprès d’ Hahnemann.
A la vue d’un tel scandale, Hahneman eut le cœur rempli d’un tel chagrin et le dégoût s’empara tellement de son esprit, qu’il se promit de ne plus sortir, ni même de se montrer en public. A ses amis, qui lui demandaient pourquoi il ne repoussait pas les injures personnelles qui lui étaient faites. « Elles ne peuvent m’atteindre , leur disait-il, et d’ailleurs ne suis -je pas toujours le même homme que vous avez connu autrefois? Alors, on m’en, censait, aujourd’hui on m’injurie; pourquoi serais-je plus sensible à d’injustes reproches que je ne l’ai été à des louanges méritées. »
Mais l’effervescence populaire, se calmant peu à peu, fit. place à un véritable engouement. On ne savait trop exalter son nom. L’amour qu’on semblait lui porter était en raison directe de la fureur qui avait guidé leur folle entreprise.
En 1823 fut publiée une seconde édition de la matière médicale pure. Quand on vit Hahnemann donner indistinctement ses soins à toutes les classes, riches ou pauvres, ses succès
se multipliant, c’est à qui aurait voulu lui parler, le voir, le toucher, à tel point que l’autorité, la même qui, quatorze ans auparavant, le défendit contre l’agression de ces misérables, était obligée d’intervenir, aujourd’hui, pour le mettre à l’abri de ce flot populaire qui , dans son entraînement frénétique, n’aurait pas laissé un instant de repos à ce respectable et vénérable vieillard, le regardant comme xm père pour eux. Il fut sourd aux ovations comme il l’avait été aux insultes, et tout son temps fut employé à l’achèvement d’immenses travaux.
Pendant 16 ans les maladies chroniques furent celles qui attirèrent doublement son attention; 1° à cause de leur grand nombre; 2° à cause de la résistance très grande qu’elles opposent à tout traitement.
C’est toujours à force de travail et de persévérance , aidé d’une longue et pénible expérience qu’il finit par résoudre ce problème qui encore de nos jours, reste inextricable pour beaucoup de personnes, et dont la découverte est à mon avis un des plus beaux fleurons de la couronne de notre maître. Selon lui, toute affection chronique, est entretenue par un miasme ou principe miasmatique essentiellement destructeur, lequel ne cessera d’envahir l’économie qu’autant qu’on l’aura combattu par des moyens bien appropriés : grande vérité que l’ancienne école cependant n’avait jamais soupçonnée. Saisi de cette idée, Hahnemann appela à son secours toutes les données médicales connues jusqu’à ce jour, et fort de ses connaissances et de ses recherches, il fit paraître, en 1828, son magnifique ouvrage sur les maladies chroniques , en 3 volumes, intitulé : Doctrine et traitement Iwmœopathique des maladies chroniques.
Cette année là mourut sa femme Henriette Kuchler rongée par les remords d’avoir été aussi injuste envers Hahnemann dont la réputation, la gloire, compensaient bien alors tous les malheurs qu’ils avaient pu essuyer.
Il fit paraître on 1831 un opuscule qui avait pour titre : I Allopathie ou un mot d’avertissement aux malades de toutes les classes.
C’en était fait, Messieurs, Hahnemann ôtait parvenu à reconstituer l’art de guérir sur la vraie, sur la seule base véritable quipuissejamais exister, puisque sa doctrine repose sur la loi universelle qui préside à la conservation de tous les êtres , à la satisfaction de tous leurs besoins, qui mjle et fixe la condition de leurs rapports.
Ses nombreux écrits, ses succès plus nombreux et plus brillants encore donnèrent à son nom un retentissement tel que déjà de tous les points du globe on accourait à Kœthen. Les disciples qu’il avait faits et qui déjà s’étaient disséminés dans l’Europe entière portaient si haut leur maître,, parlaient avec tant de chaleur de sa doctrine que les plus grands personnages, les savants de tous les pays se donnèrent rendez-vous chez cet illustre réformateur. Hahnemann alors partageait son temps d’une part avec ces hôtes de distinction qu’il accueillait toujours avec la plus grande affabilité, et d’autre part entre ses malades dont le nombre grandissait de jour en jour. Parmi ces derniers se trouvait une Française du nom de Mélanie d’Hervillv. Comme cette femme joua un certain mais triste rôle dans les derniers moments de S. Hahnemann, quelques mots dus aux renseignements que j’ai dû prendre , éclairciront la question et suffiront pour justifier Hahnemann aux yeux de la postérité.
Mademoiselle d’Hervilly, curieuse de connaître cet homme dont le nom avait déjà retenti plusieurs lois a ses oreilles, jura d’aller le consulter.
Pour cette femme, l’occasion de se signaler était belle. Elle partit donc seule et sous des liabits d’emprunt, elle rumina le moyen de se faire épouser par Hahnemann, car, elle avait promis en quittant Paris, de ne revenir que portant son nom.
Elle fit tant et si Lien qu ’Hàlmemann consentit à se laisser épouser le 18 Janvier 1835. Elle pouvait avoir de 38 à 40 ans, tandis que lui en avait 81. Dans toute la joie de son cœur de porter un nom aussi illustre, elle ne songea plus qu’à l’exploiter; elle comprit que pour jouer son rôle, il fallait qu’elle soit sur un théâtre plus grand, aussi usa-t-elle de toute son autorité pour décider Hahnemann à venir en France habiter la capitale. Ce vieillard aurait bien cédé de suite à ses instances, mais il fallait trouver le moyen d’échapper à la population qui, à la nouvelle de son départ , se rassembla et voulut le retenir de force. Ce même peuple qui 13 ans auparavant le poursuivait dans les rues à coups de pierre, voulait aujourd’hui le retenir à tout prix. A l’opposition la plus acharnée, à la jalousie "la plus scandaleuse, à la haine la plus invétérée avaient succédés l’enthousiasme, l’admiration et une reconnaissance sans borne.
Hahnemann afin d’éviter quelques collisions sanglantes entre l’autorité et la population s’esquiva grâce à un déguisement la nuit, et put se dérober ainsi aux regards des habitants et. aux sollicitations de ses amis. Le lendemain, des que l’on connut la fuite du vieillard, il y eût une véritable émeute au point que pour apaiser cette agitation, on dut promettreà bientôt le retour du vieux docteur.
Le 23 Juin 1835, Paris, avec orgueil, reçut Hahnemann dans ses murs. Sa présence en Franco aurait pu donner un essor bien plus grand à sa doctrine si Mademoiselle d’Hervilly, ( madâme Hahnertiann al ors, qui s’était préposée à la garde de son mari, n’eût, par un sentiment que je ne veux ni expliquer, ni pénétrer, dérobé Hahnemann aux visites et aux regards des confrères qui voulaient le voir et s’entretenir avec lui. Comme il ne put jamais obtenir, malgré ses instances, de soumettre sa doctrine à des épreuves publiques et légales, force lui fut de s’en teniràune
clientèle, fort étendue. Les pauvres furent même les premiers à recueillir les bienfaits de la nouvelle doctrine, car pour eux, il avait ouvert un dispensaire où il donnait des consultations gratuites.
Jusqu’à ses derniers moments, ce grand homme conserva à peu près toute sa vigueur intellectuelle, toute son énergie morale, ce qu’il devait bien certainement aux expérimentations nombreuses auxquelles il s’était soumis et qui ont dû avoir sur lui l’effet prophylactique que nous attribuons aux agents thérapeutiques.
Une chûte qu’il fit dans l’hiver de 1843 , en cherchant dans sa bibliothèque, fut cause que le 2 Juillet de la même année Hahnemann rendit le dernier soupir , laissant après lui un nom et des travaux impérissables.
A nos larmes doivent se mêler des regrets et des regrets bien plus amers encore , ceux de n’avoir pu accompagner ce père de la médecine jusqu’à sa dernière demeure. Chose étonnante!!! on se plut à taire non seulement sa mort, mais encore l’endroit qui a reçu les dernières dépouilles de cet homme de bien. Où repose cet homme de génie ? personne ne le sait. On se perd en conjectures sur le motif qui a pu guider sa femme à en agir de la sorte.
Toujours est-il qu’a la mort d Hahnemann elle ne îougit pas de se donner comme son successeur. Par dignité d’une part et par humanité de l’autre , on fit cesser un scandale que réprouvait l’opinion publique, l’honneur prolessionel et la mémoire d’ Hahnemann-.
Messieurs,
Mon intention à la première séance , était d’entrer dans le vif de la question, d’aborder ce qui interesse directement l’homœopathie et de traiter du Dynamtme en
général, ne voulant pas abuser de vos moments. Mais plusieurs de mes auditeurs de lundi dernier, à qui j’avais fait part du désir qui m’animait, de passer sous silence le défi académique dans la crainte de réveiller quelques haines, de blesser quelques susceptibilités, plusieurs dis-je, me prièrent, me supplièrent même dans l’intérêt de la médecine en général et de rbomœopatliie en particulier, du moment ou le défi avait été lancé du haut de la tribune académique, d’ij répondre publiquement. Devant des désirs aussi franchement et aussi sincèrement exprimés, je me vois obligé de rendre ma réponse publique.