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CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

Messieurs ,

11 y a cinquante ans, quand parut la première édition de YOrganon ou Exposé de la Doctrine homéopathique, Hahnemann était loin de s’attendre à l’orage qui allait s’amonceler sur sa tête. D’où venait cette réprobation ? De la réforme radicale que ce grand homme apportait dans les sciences médicales.

En raison de l’hostilité apparente qu’il faisait aux anciennes doctrines, celles-ci le repoussèrent sans autre examen. Ses œuvres cependant ne furent pas de celles qui brillant un instant, s’éclipsent aussitôt.

Depuis si longtemps que la médecine était tiraillée en tous sens par mille systèmes à la fois, flottant entre le spiritualisme, le vitalisme et le matérialisme, l’éclectisme et l’empirisme. Depuis si longtemps que les médecins se livraient à des spéculations sans fin sur la vie et sur la manière dont elle se comporte, à seule fin de rechercher ce qu’il y avait à guérir dans les maladies, on devait s’attendre à ce qu’une voix aussi grave que celle d’IIahnemann fut entendue et écoutée. On devait lui savoir gré d’avoir d’un soufle renversé le vieil édifice médical et de

son bras puissant avoir anéanti à tout jamais les différents modes de traitements, pour y substituer une loi immuable et une thérapeutique nouvelle qui repose sur des principes non moins fixes.

Non-seulement, Messieurs, l’homœopathie cherche à remédier aux altérations en guérissant les maladies, à entretenir la santé et à conserver la vie; mais encore, par sa prophylaxie elle cherche à l'agrandir en se servant de moyens propres à préserver l’humanité des maladies chroniques, héréditaires et épidémiques.

llahnemann , Messieurs, est le premier qui ait reconnu aux médicaments une action spéciale absolue, en vertu de laquelle ils doivent déployer toute leur énergie, donnés à un homme bien portant.

C’était non-seulement déterminer les propriétés spéciales do tout agent thérapeutique, mais encore de tout agent hygiénique. C’était la réforme intégrale de l’art ‘de guérir.

Si la doctrine liomœopathique n’a pas encore acquis tous ses développements, elle le doit, Messieurs, à l’opposition puissante et acharnée qu’on lui a fait et qu’on lui fait chaque jour. llahnemann est mort, et aujourd’hui, comme il y a vingt, trente, quarante ou cinquante ans, les mêmes préjugés entourent sa tombe. Les mêmes passions s’agitent autour de sa mémoire.

llahnemann est mort, mais ses travaux restent debout, travaux qui tirent leur grandeur de l’objet qu’il avait en vue. 11 apporta à l’œuvre de la régénération médicale cet esprit sévère, élevé et impartial qu’on prit pour de la causticité, cette profondeur de vues et do pensées qui le distinguent si éminemment, cette logique simple, facile et brutale tout à la fois, qui ne soulïre pas la moindre réplique.

Ce qu’il y a de remarquable, c’est que la nouvelle doc-

Irino ira été on général combattue que par des raisonnements fallacieux, et jamais par des faits bien observés. C’est que, comme l’a dit Xavier de Maistre avec beaucoup de raison : « Tout écrivain qui se tient dans le cercle de la logique, ne manque à personne; il n’y a qu’une seule vengeance à tirer de lui, c’est de raisonner mieux que lui. »

Que sait le monde médical de la nouvelle doctrine?

Qu’ont pu apprendre les élèves de leurs professeurs, si ce n’est que Thomœopathie ne repose que sur des chimères, et sur deux ou trois cents qui m’écoutez, peut-être n’y en a-t-il pas vingt seulement, médecins ou élèves, qui soient parfaitement initiés à la nouvelle doctrine. Du reste, d’où viennent toutes les critiques rivales, de ce que les travaux de Hahnemann, quoiqu’éclos depuis près de cinquante ans, sont encore inconnus par les uns, c’est le plus grand nombre, incompris par les autres?

Que reproche-t-on à Flahnemann d’avoir donné à sa doctrine un air de mystère et de singularité en créant les doses infinitésimales?

Mais en dehors de ces petites doses sur lesquelles nous laisserons à chacun de vous sa croyance, nous proposant nous-mêmes d’y apporter des restrictions, s’est-on jamais demandé ce qu’Hahnemann entendait par Dynamisme? s’est-on appesanti sur sa théorie des maladies chroniques ? s’est-on donné la peine de vérifier sa loi des semblables et d’en appeler à l’expérimentation pure? se doute-t-on du progrès immense qu’il a fait accomplir à l’hygiène en créant sa prophylaxie ou médecine préventive?

Est-il permis denier encore aujourd’hui le pouvoir qu’a tout médicament de produire artificiellement des maladies analogues à celles qu’on rencontre dans les cadres nosalogiques quand on peut en appeler aux faits pour juger de la validité de la question.

N’est-ce pas ainsi que, contrairement à ses devanciers, Hahnemann a suivi une marche toute rationnelle, toute expérimentale. Homme de tact et d’inspiration, homme de réflexion et d’analyse, il savait que tout principe qui n’intéresse pas directement la pratique n’est qu’une vaine spéculation, et par conséquent n’est pas un principe; il savait que toute pratique, pour ne pas être aventureuse et incertaine, devait en appeler à l’observation, base de toute théorie.

Où est son crime? Serait-ce d’avoir échappé aux vieilles routines médicales, et nouveau conjurateur d’avoir brisé des idoles qu’on adorait depuis des siècles. Non ! son crime c’est d'avoir prouvé que chaque médecin au lit du malade, et suivant son caprice, faisait jouer à la nature un rôle différent; c’est d’avoir prouvé qu’on s’agitait, qu’on s’étourdissait tout en étourdissant les autres; c’est d’avoir prouvé que la gravité, le sérieux et le savoir faisaient place à la suffisance, à la routine et à l’art de bien gesticuler; qu’une mise irréprochable, un appartement somptueusement meublé, équipage et domestiques étaient plus qu’il en fallait pour guérir. N’est-ce pas la comédie qui se joue encore de nos jours; les rôles sont les mêmes, les acteurs seuls ont changés !

Peut-on de nos jours encore ajouter foi à toutes ces théories brillantes, développées dans un style fleuri et métaphorique? Peut -on accepter ces hypothèses hasardées que rien ne justilie, ces préceptes sublimes qui, au nom de la science et avec un titre d’emprunt veulent s’imposer à nous? Peul-on, en un mot, se laisser dominer par l’arbitraire, tandis que la raison vous ordonne de secouer le joug afin d’entrer dans une autre voie et de pouvoir respirer à son aise un autre atmosphère.

\ Y empirisme , ce maître grossier et implacable qui ne reconnaît aucune loi, qu’on lui demande ce qu’il est,

d’où il vient et où il prétend aller. En attendant, sa réponse, qu’on interroge le dogmatisme dont les vaincs prétentions sont de vouloir tout pénétrer , tout expliquer, et l’on sera surpris de voir avec quelle légèreté des maîtres, ou du moins qui passent pour tels, puissent créer ou donner leur adhésion à des systèmes qu’ils ne comprennent pas eux-mêmes, dans l’impossibilité où ils se trouvent de les approfondir.

Cette ignorance de leur art apparaît dans tout son jour en face des assertions mensongères sur lesquelles ils cherchent à appuyer leur thérapeutique sans règle aucune.

Ou’on définisse la fièvre de mille manières si l’on veut, qu’on donne sur la vie mille explications différentes si on le juge à propos, mais qu’on ne perde jamais de vue qu’à part toutes les distinctions subtiles que l’on peut établir, guérir doit être le but final et réel de l’art.

Quel est le médecin qui, aux prises avec les maladies, n’a passé les premières années de sa pratique à se torturer l’esprit pour trouver ce qui convient le’ mieux aux malades, n’ayant aucune loi fixe et précise pour diriger ses actes? Quel est celui qui, en face des diverses méthodes qui se sont offertes à son esprit, n’a pas reculé d’épouvante?

Malheur à celui qui étouffera ce dernier cri de la conscience, qui sera sourd à son appel !

Nous ne sommes plus, Messieurs, à une époque où l’on enchaîne les hommes par les idées les plus séduisantes. La plus belle hypothèse doit faire place à la réalité. Il faut des preuves et des preuves immédiates, ces preuves c’est à la doctrine homœopathique qu’il faut les demander; elle, au moins, satisfait l’esprit en cherchant à se rendre compte des faits qu’elle observe et qu’elle produit.

C’est à ceux qui doutent, de répéter les expériences de Hahnemann, de faire surgir de nouveaux faits, de les mé-

(1 i ter , de vérifier leur authenticité, et après 1rs avoir explorés sous toutes leurs faces, de se convaincre de la légitimité de la loi sur laquelle ils reposent. A ceux-là même je dirai : marchez vers la lumière, vers les œuvres grandioses de Hahnemann ; mais en hommes sensés et avertis n'acceptez ces œuvres qu’après mûr examen.

Moi le premier, qu’on le sache bién, je ne suis pas admirateur quand même des travaux d’Hahnemann. Ce grand homme n’était ni plus infaillible, ni plus inviolable qu’un autre. J’en donnerai la preuve.

Ce que je reproche à Hahnemann, c’est de s’être laissé dominer parlés idées religieuses, seule cause des quelques contradictions qu’on rencontre dans ses écrits. Comme homme, Hahnemann fut sublime; par ses malheurs, par sa résignation, par le courage avec lequel il a traversé les plus mauvais jours, par sa persévérance, par ses vertus, par ses immenses travaux surtout, il a droit à l’admiration de tous.

Comme médecin et comme savant, aujourd’hui que ses œuvres appartiennent à la postérité, la liberté d’examen nous appartient. C’est le privilège qui est réservé à tous les hommes célèbres. Tout homme de science ayant le droit d’apprécier, de juger et de critiquer les écrivains et leurs écrits, nous jugerons Hahnemann, et malgré la plus grand estime que nous professons pour sa doctrine, nous ferons une critique sévère et impartiale des parties qui nous paraissent défectueuses. Nous ne sommes pas de ceux qui nous laissons dominer par la fougue des savants, fasciner par des génies supérieurs, faisant abstraction de notre intelligence pour croire aveuglémentce qu’ils enseignent. Du reste, mon libre et intime examen ne saurait avoir rien d’irrespectueux, car, dans toutes les occasions, j’ai donné, autantqueje l’ai pu, témoignage de mon admiration sincère et de ma vive reconnaissance au génie de Hah-

nemann et ;i son immense action dans la science médicale.

A ceux qui ont l’habitude de trancher les questions de doctrine avec une outrecuidance sans pareille; à ces chefs de croisade qui tous les jours, à défaut d’une lutte sérieuse, entonnent la fanfare du triomphe, afin de faire croire à la foule qu’il n’y a plus qu’à nous faire les honneurs de la sépulture, il faut leur prouver et leur démontrer tout à la fois que \es principes sur lesquels repose notre doctrine , loin d’avoir reçu la plus légère atteinte, brillent d’un nouvel éclat.

A ceux qui s’étonneront ou me reprocheront de ne m’être pas placé au point de vue où s’était placé Hahnemann luimême, je leur répondrai que celui qui embrasse dans son ensemble une doctrine et qui veut en coordonner le tout, doit avant tout proclamer l’indépendance de la pensée et savoir ne pas marcher aveuglément sur les pas du maître.

Tout en le respectant jusque dans ses hypothèses , il ne faut pas oublier qu’il nous a légué la mission et le devoir, non de propager ses erreurs, mais de continuer ses travaux en les développant et en les dépouillant peu à peu des inexactitudes qu’ils renferment. Ne serait-ce pas se montrer on ne peut plus injuste à l’égard de cet illustre maître que d’exiger de lui qu’il eût achevé son œuvre? qu’est-ce qu’une vie d’homme , pour terminer un édifice aussi gigantesque?

Pour que la doctrine homœopathïgue devienne non seulement une science exacte du moinsautant que peut l’être une science qui se propose de combattre dans les maladies les erreursetles abus commis par les hommes, mais encore pour qu’elle soit facilement conçue et embrassée par la niasse, il faut la purger de tout préjugé et de tout système , il faut qu’en dehors de tonie spéculation elle repose sur une

vérité principe qui puisse établir la certitude des faits qu’elle proclame, des propositions qu’elle développe.

Celui dont le génie a découvert la loi des semblables , et dont le tact d’observation et l’assiduité d’application ont créé l’œuvre colossale de la matière médicale, savait que son œuvre était susceptible de perfectionnement et de marcher avec le progrès.

Toute doctrine renferme une inspiration dent doit se pénétrer le disciple qui veut obéir à la tendance du maître. Ce n’est pas à la lettre qu’il faut s’attacher, c’est le sens qu’il faut savoir saisir. Ce qu’Hahnemann nous a laissé de sa doctrine est plus que suffisant pour faire comprendre et développer sa pensée tout entière.

C’est, Messieurs, sous l’empire de la plus grande conviction et animé du désir d’être utile à mes semblables, que je me permets d’élever la voix pour répandre ces grandes vérités qu’Hahnemann le premier a mis au jour. Je serais heureux si je parviens , dans la mesure de mes forces, à apaiser certaines rancunes , à calmer ces haines qui n’ont aucune raison d’être, à désarmer toutes ces passions qui se sont déchaînées à la vue de ce géant , qui s’avançant d’un pas calme et digne , voyait à son approche crouler toutes les vieilles données médicales , et ceux préposés à leur garde, prendre la fuite et être obligés de se retrancher derrière ces remparts qu’on nomme les académies qui se donnent pour sauvegardes une justice et une loi à - elles.

Toute conviction pour être vive et profonde doit 1„ en appeler aux faits; 2° chercher à les rattacher aux lois générales de la nature.

Je m'efforcerai, Messieurs, dans l’exposé que je vais faire île la doctrine, de délimiter la discussion avec le plus de précision et de rigueur possible. J’agrandirai l’horizon du dynamisme en l’envisageant sous un jour nouveau; je traiterai de

la pathologie en général et des maladies chroniques en particulier; je combattrai les partisans de la réaction et de Y expectation; à propos de la matière médicale et de la thérapeutique, je vous ferai connaître la loi des semblables; je dirai ce que l’on doit penser des préparations hahnemaniennes, les réduisant à leur juste valeur. Cette vérité qu’il a mise au jour, à savoir : la dynamisation des médicaments est entachée de trop d’erreurs et surtout d’exagération pour qu’on ne cherche pas à la dégager de ce qu’elle peut avoir de subtile. Après avoir ainsi passé en revue les différentes branches de la science médicale, je finirai mon cours en abordant un sujet neuf pour beaucoup de personnes encore, je veux parler de la prophylaxie ou médecine préventive.

Que l’on m’écoute en dehors de toute prévention, et l’on verra que loin deme servir d’armes toujours faciles à manier quant on a à combattre des adversaires absents , j’ai voulu, les écrits de Habnemann à la main, montrer si, à l’exemple des Socrate, des Galilée, des Harvay : Hahnemann n’a pas droit à une reconnaissance éternelle. Mon seul désir, comme je vous le disais, c’est de voir cesser cet état d’anarchie qui règne aujourd’hui dans nos sciences médicales si belles, si admirables et qui, à plus d’un titre, ont droit au respect et à la considération universels. Ce but sera atteint, quand par une communauté de principes philosophiques, on fera converger tous les travaux et toutes les pensées dans la même direction et pour une même fin. Ces principes, je les proclamerai d’une manière générale, en attendant que d’autres, à la voix pins imposante, puissent rallier autour du drapeau homœopatliique les médecins engagés aujourd’hui dans mille routes contraires; qu’il soit porté avec éclat, et bientôt ils marcheront tous ensemble à la conquête de la vérité et au perfectionnement de la science. Alors rhomceopathir, comprise

et mieux jugée, reprendra sur les esprits l’ascendant que l’on aura vainement tenté de lui ravir et ressaisira, je l’espère, le rôle auquel ses destinées l’appellent.

Quel progrès immense elle aurait accompli déjà sans ce mysticisme dont on a cherché sans cesse à l’entourer. V homœopathie , pour prendre son essor, a donc besoin de s’affranchir de toutes ces théories métaphysiques sur lesquelles on voudrait la faire reposer.

Croirait-on, Messieurs, qu’il existe encore aujourd’hui des médecins se disant homœopathes, qui, sous l’invocation de la divinité, des saints, et de saint Thomas entr’autres, poussent la témérité, pour ne pas dire le ridicule, jusqu’à vouloir asseoir la science médicale sur l’autel et la faire dépendre de la religion. Vaines tentatives, derniers cris de désespoir et d’impuissance poussés par ces faux sectaires. Comme je craindrais , par dignité pour l’honneur professionnel, de pénétrer les motifs qui les font penser et agir de la sorte, qu’il me suffise de signaler ces hommes qui s'efforcent sans cesse d’exalter les esprits et d’exploiter à leur profit le fanatisme, en se parant du masque de la religion.

Les temps doivent changer ; nous sommes, Messieurs, à une époque aujourd’hui où il est permis d’établir l’empire de la raison sur la ruine des préjugés ; de même qu’il appartient à la presse de combattre les funestes tentatives du fanatisme religieux, et peut-être même d’en prévenir les fureurs, eu égard aux persécutions dont nos ancêtres incrédules ou dissidents ont été les tristes victimes ; de même, il est. du devoir de tout ami de l’humanité, quelle que soit la doctrine qu’il professe, d'opposer les idées naturelles aux idées surnaturelles, la sincérité et la conscience à la mauvaise foi et à l’hypocrite avidité des hommes qui, dans l’intérêt de leur fortune et de leur domination, seraient désireux de voir renaître sur la terre,

naguère alïranchie dit joug de ces préjugés, une jonglerie éhontée qui Unirait par envahir le inonde entier.

C’est ainsi que, dans les temps les plus éloignés, à l’époque de l'empire romain, tant de préjugés avilissants, tant de pratiques puériles et superstitieuses, passèrent de la masse du peuple ignorant jusqu’au palais des empereurs, obligés qu’ils étaient d’adopter les folies du peuple pour mieux le subjuguer.

Et cependant, Messieurs, il ne faut pas un grand jugement pour connaître les vérités les plus simples, pour rejeter les absurdités les plus frappantes, pour être choqué des contradictions les plus palpables. Nous nous donnerons la peine de sonder les principes religieux sur lesquels la science de ces prétendus médecins, dits spiritualistes, animistes s’appuie, et l’on sera forcé de reconnaître que ces principes, que l’on jugeait incontestables, ne reposent sur aucun fondement solide, ne sont que des suppositions hasardées , imaginées par l’ignorance, propagées par renthousiasme ou la mauvaise foi, adoptées par la crédulité timide, conservées par l’habitude qui jamais ne raisonne et enchaîne la véritable indépendance, et enfin révérées uniquement parce qu’on n’y comprend rien. « Les uns, dit Montaigne, font accroire au monde qu’ils croient ce qu’ils ne croient pas; les autres, en plus grand nombre, se le font accroire à euxmèmes , 11e sachant pas pénétrer ce que c’est que croire. »

A quoi nous servent, je le demande, ces profondes aspirations, ces nobles et sublimes espérances d’une autre vie, quand , avant tout, nous sommes appelés à conserver .celle que nous avons. L’homme a une destinée; c’est a lui a l’harmoniser le plus qu’il est en son pouvoir avec le milieu dans lequel il est appelé à vivre, jusqu’au moment fatal où d’autres harmonies seront nécessaires à son changement d’état. Nos malades n’exigent-ils pas de

nous autre chose que des élans poétiques, j’allais dire des rêveries ? Ne devons-nous pas seconder les efforts persévérants de ces quelques médecins philosophes qui ont fait entrer la médecine dans une ère nouvelle en brisant les entraves spiritualistes, animistes et autres.

Qu’il me soit permis ici de rendre justice à l’école de Paris, école matérialiste, à mon avis, la plus savante et la plus avancée, celle dont les travaux pourront un jour jeter un bien vif et bien brillant éclat sur la médecine, quand, après s’être consumée en efforts impuissants, elle se rangera sous la bannière de Hahnemann.

De même ont droit à notre reconnaissance tous les médecins physiologistes , comme les Haller , les Cabanis , les Laënnec, les Berard, les Magendi , les Béclard, les Cl. Bernard, les Nelaton, les Velpeau, les Bobin et tant d’autres qui, à force de travail, d’étude et d’expérience, arrivent, sinon à approfondir les lois générales qui régissent chacune de nos fonctions, dumoins cà en découvrir le mécanisme. Ces notions sont indispensables au vrai pathologiste, ainsi qu’au vrai thérapeutiste , qui , pour ramener par des moyens rationnels à leur état normal des fonctions troublées , doivent au moins connaître à quelles variations elles sont soumises , l’organisme subissant d’une manière incessante l’influence des circonstances les plus variées. En un mot, pour être bon pathologiste, il faut être d’abord bon physiologiste, et n’étudier toujours les phénomènes de la vie qu’en vue de l’application pratique. Tout médecin qui , au lit du malade, veut se frayer une route vers la vérité, doit en appeler à une analyse profonde. Après avoir étudié l’action des causes des maladies, après en avoir observé la marche , la durée , l’issue, toute son attention doit se porter sur les symptômes et c’est alors que le flambeau de la physiologie ne doit jamais l’abandonner; il complétera

me ses observations par la recherche sur les cadavres es altérations de tissus, et en combinant ensemble tous les résultats obtenus de ces différentes sources, il pourra en déduire un diagnostic sûr et un traitement rationnel.

Les écoles qui nous ont précédé, anatomo-pathologistes et autres, en créant les systèmes de localisation , ont rendu, il fautbien le reconnaître, un service signaléàlamédecine, en fixant le diagnostic sur des bases en quelque sorte inébranlables , ce qui vient de ce qu’elles se sont concentrées dans l’étude de chacune des manifestations de la vie. Je le répète, je n’accorde le droit de juger une maladie qu’à celui qui connaîtra parfaitement le corps humain, et qui, en outre, se sera rendu compte des actes ou des fonctions propres à chaque organe ou à chaque système organique qui saura coordonner le tout, sans oublier cette force vitale ou dynamie inhérente à la matière.

Du reste, Messieurs, je ne prétends rien innover : je suis intimement convaincu qu’il ne m’appartient pas de dire quelque chose de nouveau ; j’ajouterai même que, depuis bien longtemps, nous sommes réduits à glaner sur les pas de nos devanciers. Quel est celui qui, dépouillé des pensées des autres , resterait bien riche de son propre fonds? Cette vérité est plus applicable à la médecine peut-être qu’à toute autre science. « 11 y a des gens, dit Pascal, qui voudraient qu’un auteur ne parlât jamais des choses dont les autres ont parlé; autrement on l’accuse de ne rien dire de nouveau. Mais si les matières qu’il traite ne sont pas nouvelles, la disposition en est nouvelle. Quand on joue à là paume, c’est une même balle dont joue l’un et l’autre, mais l’un la place mieux. J’aimerais autant qu’on l’accusât de se servir de mots anciens, comme si les mêmes pensées ne formaient pas un autre corps de discours par une disposition différente;

aussi bien que les mêmes mots forment d’autres pensées par les différentes dispositions.

«Les bonnes maximes sont dansle monde; il ne faut que les appliquer. » (Pensées morales de Pascal, p. 22!).)

La vie de Hahnemann sera le sujet de notre prochaine séance.

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