‹ Cours d'homœopathieChapitre 43 sur 44 · HÉRÉDITAIRES · texte numérisé non relu

HÉRÉDITAIRES

FIN DU COURS. — DERNIER CONSEIL POUR LA PRÉPARATION DES MÉDICAMENTS ET LE CHOIX D’UN PHARMACIEN.

Messieurs ,

Nous avons aujourd’hui à étudier les moyens d’arriver à r extinction des maladies héréditaires.

Pour atteindre ce but, il faut :

1° Modifier le milieu qui favorise leur développement.

2° Modi fier leur modede transmission afin d’en tarir la source.

Les premières indications seront remplies en suivant les préceptes que nous donne l’hygiène, nous l’avons déjà dit. Ainsi corriger nos habitudes de vie , qui souvent sont fort pernicieuses, — réprimer la dissolution de nos mœurs, — éteindre la misère qui règne dans certaines villes, — s’opposer 11 la réunion et à la trop grande concentration d’hommes sur un point-, l'état militaire, parexemple, estcertainement le principal foyer de la gale, — bannir la prostitution, foyer principal où s’alimentent la syphilis et lasycose; ou si on ne la bannit pas, la soumettre à des réglements extré-

mement sévères, car, clans ces maladies, tout moyen prophylactique doit avoir pour résultat d’éloigner et d'isoler le plus qu’on le peut les sujets.

L’absorption en général, celle du virus en particulier, se fait si promptement, qu’il est impossible d’accorder la moindre vertu préservatrice h un agent dont l’emploi serait postérieur à l’infection. *

Cette immunité ne pourra être obtenue que dans un temps fort long , alors qu’on aura reconnu la nécessité de faire suivre un traitement prophylactique à ses enfants. Il en sera alors pour ces affreuses maladies comme il en est aujourd’hui pour la variole. Elles n’existeront plus que de nom ou seront excessivement rares. La maladie étant prise dans sasource, elle ne pourra se développer et l’organisme sera encore moins propre à se laisser contaminer.

Que de jeunes personnes qui, sous les apparences d’une santé florissante, nourrissent au dedans ce germe meurtrier , qui, se développant avec l’âge, les enlève dans leur printemps ou les condamne à une vie d’infirmités ! Nos statistiques noustapprennent que la moitiée des enfants meurent avant d’avoir atteint la huitième année.

Telles sont les principales indications hygiéniques. Il en est d’autres qui se puisent dans le devoir réciproque et dans la force morale qu’on acquiert en face du tableau affligeant des infirmités humaines.

Que peuvent être, je vous le demande, ces enfants qui proviennent d’un mariage dont les conjoints plus ou moins infectés déjà , ont contracté une de ces trois maladies virulentes, car elles sont rares ces unions pures de toute souillure.

Ces innocents seraient exposés, dès leur entrée dans le monde, à traîner la vie la plus misérable, tant an physique qu’au moral, si, grâce à l’homœopalhie, nous n’avions pas des moyens sûrs et rationnels dé détruire les différents

germes qu’ils apportent en naissant et dont les ont gratifiés les parents en leur donnant le jour. C’est le principe d'un vice inter ne qui ronge le fruit enco evert.

C’est ainsi que le sol est jonché de fruits gâtés qui tombent peu après la floraison.

Suivez dans leur enfance ces malheureux qui ont été conçus par des parents atteints de psore, de syphilis ou de sgcose , ont-ils une santé parfaite? hélas I non! Les intermittences de santé qu’ils présentent, ne sont que des haltes momentanées que la maladie leur laisse.

Cele est si vrai, que si vous suivez avec un soin scrupuleux les différentes transformations subies parla maladie générale dont ils ont reçu le germe, au moment môme de la conception, vous les verriez toujours malades.

Les «ns présentent un teint blafard recouvert quelquefois de petites couleurs vermeilles comme plaquées — une bouffisure générale du système lympathique, que les parents se plaisent souvent à vous faire admirer, prenant ces tissus engorgés , comme un type de santé et de conformation parfaite. Cette pauvre mère ne se doute pas que l’objet de sa tendresse, qu’elle pressesi tendrement dans ses bras , puisse être infecté et ce qui pour elle fait son admiration, n’est pour nous que l’indice, sinon d’un arrêt de mort, du moins de souffrances continuelles, ce que nous lisons sur tousses traits etsur tous ses organes. D’autres sont atteints de gourmes qu’on ne doit plus regarder comme un bénéfice de lanature, puis d’ophthalmies scrofuleuses etd’ engorgements glandulaires.

Plus tard, au moment où s’achève la deuxième dentition et ôù commence la puberté, se déclarent les phthisies, les épilepsies, l’hystérie, les déviations de la colonne vertébrale, enfin toutes les formes du rachitisme connues. Quelques années s’écoulent et alors de vingt à quarante ans apparaissent surtout les affections des bronches et, des poumons,

commo les bronchites, les pneumonies , les pleurésies auxquelles succède une phthysie galopante qui enlève le sujet en peu de temps.

C’est de quarante à cinquante ans surtout que vient se révéler l'infection organique. Ce sont les affections cancéreuses d’une part et les affections abdominables chroniques d’autre part.

En face d’affections chroniques aussi nombreuses et aussi horribles qui sont cause que les enfants naissent, portant en eux un germe de mort, nous devons nous élever contre toute union lorsque nous reconnaîtrons chez les deux ou chez l’un des contractants la présence de ces miasmes. Faites comprendre, messieurs, aux personnes qui vous entourent toute la valeur que nous attachons à cette manière de voir. Ne craignez pas d’annoncer et d’énumérer les suites funestes qui pourraient résulter d'un tel assemblage de dégoûtantes infirmités , et peut-être arriverez-vous ainsi à éveiller l’attention, de manière qu’on pourra regarder à deux fois, avant de consentir à épouser quelqu'un qui ne réunirait pas les conditions sanitaires voulues. C’est, comme vous le voyez, un grand sujet de réflexion et de méditation pour l’humanité entière.

J’avais donc raison de dire en commençant ma première leçon sur la prophylaxie, que l’homœopathie, en créant la méthode prophylactique, touchait de près à la morale et à la politique, puisqu’en jetant un nouveau jour sur une foule de points de la plus haute importance, elle tend au bien-être, au bonheur de la famille et de l'État. Ayons le courage de notre opinion, et arrivera un moment où l’homme aura assez de respect de sa propre dignité et de celle de son semblable, pour éviter tout moyen de propager un ennemi aussi redoutable, car si les parents transmettent tant de germes de mort à leurs enfants, cela vient ou de ce que n’étant pas suffisamment éclairés sur la nature

contagieuse de la maladie qu’ils portent, ou de ce que trop oublieux d’ eux-mêmes et de leur produit, quand ils s’abandonnent à la débauche et à la dépravation, ils n’ont pas pris toutes les précautions et tous les soins voulus pour prévenir la maladie ou s’en débarrasser ensuite.

Les secondes indications, messieurs, se puisent dans notre matière médicale et sont surtout pharmaceutiques. Connaissant l’énergique influence sur l’économie de tous les agents thérapeutiques et surtout des principaux, nous pouvons en faire de précieux modificateurs du dynamisme, atténuant leur violence, si besoin est, fixant leur mesure, réglant et modérant leur usage. En effet, qu’y a-t-il d’extraordinaire à ce qu’un agent approprié, c’est-à-dire choisi sur l’indication de ses effets pathogénétiques et introduit dans l’économie sous cette forme de miasme, analogue à celle présumée de l’élément morbide, n’y détermine, selon la diversité des appréciations, une modification favorable des dispositions vitales? Peu importe que les uns considèrent cet agent médicamenteux comme venant neutraliser le germe , ou que les autres pensent que le médicament ne sert qu'à satisfaire à l’avance les réceptivités ou susceptibilités organiques qui favorisent, dans leur pensée, l’invasion des symptômes morbides. Peu importe ces diverses opinions, pourvu que nous arrivions à dégager l’économie des éléments ou conditions morbides d’où pourraient naître un jour les symptômes.

Nous n’attendrons pas, pour adresser nos médicaments, que les miasmes se soient développés dans l’organisme de manière h souiller la peau, considérant ces productions morbides comme le résultat d’un travail intime moléculaire miasmatique et non pas comme la cause primitive du malaise général qui accompagne ordinairement ce genre d’aflections cutanées suivant leur gravité. Nous nous occuperons moins alors de faire disparaître ces productions morbides

que nous observons à la surface de la peau, que de procurer au patient objet de nos préoccupations, les éléments d’une nouvelle vie-, de tacher de ranimer en lui ou de ramener à ses conditions normales le dynamisme, en opposant au principe morbide un principe médicamenteux d’une puissance analogue afin de suspendre ou d’anéantir les phénomènes morbides.

Quant aux enfants , le traitement prophylactique n’est autre qu’un baptême régénérateur, par lequel on se propose d’éteindre jusque dans les profondeurs de l’organisme, toutes les maladies à l’état de germe ou d’incubation. A cet effet on emploie des médicaments dits antipsoriques , anti-syphilitiques et anti-sycosiques, qui, expérimentés sur l’homme en santé, ont donné des phénomènes multiples et analogues h ceux qui sont le produit d’un de ces trois miasmes délétères , dont l’enfant naît infecté.

Cette action résolvante des semblables , se déduit par analogie de celle de la vaccine, par rapporté la variole, fait si fécond en révélations précieuses, et dont le but est d’annuler ou de neutraliser dans l’organisme les dispositions il contracter la variole , au moyen d’une affection analogue qn’on y fait naître.

La vaccine , en effet, dont le virus est analogue à celui de la variole même, a pour but d’affaiblir la violence de l’affection, de modérer l’envahissement de celle-ci et d’en restreindre l’action extérieureaux seuls points deson insertion. Les réapparitions encore assez fréquentes de la petite vérole sur les vaccinés, viennent, selon nous, de ce qu’on se sert exclusivement du vaccin pris sur l’homme et non sur la vache; en second lieu, de ce que très-souvent l’inoculation s’est, mal faite, la vaccination n’ayant produit qu’un faux bouton. Ai-je besoin d’ajouter que ce vaccin, pouvant être infecté de la syphilis, de la psore , de la sycose ,

doit perpétuer indéfiniment les germes de ces affreuses maladies ou de leurs transformations.

Le procédé homæopathique dérive pour ainsi dire du procédé idiopathique, d’après ce principe irrécusable 'et d’une admirable fécondité à savoir, que les divers agents thérapeutiques sont des agentspathogénétiques , susceptibles de développer dans Féconomie les divers symptômes morbides et qu’ils ont effectivement la propriété (comme le virus-vaccin à l’égard de la variole) de guérir préventivement les symptômes morbides analogues à ceux qu’ils ont le pouvoir de produire sur l’homme sain, c’est-à-dire de faire cesser la prédisposition de l’organisme à contracter de tels symptômes.

Que l'élément morbide existe en nous à l'état latent , ou qu’il manifeste sa présence par des symptômes, le même principe nous guidera dans les deux cas, et l’exacte appropriation des moyens pour l’atteindre dans ces conditions, diverses en apparences, mais semblables au fond, offrira une égale garantie de succès dans les deux cas.

Comme la peau est le siège naturel et primitif de la psore on peut chercher à convertir les maladies dont le germe est intérieur en maladies cutanées, et une fois développées, les laisser se résumer, se résoudre, s’éteindre d’ellesmêmes.

Le traitement prophylactique que nous proposons aujourd’hui, a, du reste, une certaine analogie avec celui qui se pratique d’une manière empirique à la naissance de certains animaux. Ainsi nous connaissons tous les succès qu’on obtient avec la fleur de soufre ou l'eau soufrée, donnée en boisson aux jeunes chiens, dans le but de les préserver de la maladie dont ils naissent entachés, moyen excellent qui réussirait constamment, si au lieu de s’en tenir au soufre,

1 anti-psorique le plus précieux, il est vrai, on recourait à d'autres anti-psoriques convenablement préparés.

Ne veut-on pas atteindre le mètovc but, obtenir le môme résultat quand, pour les végétaux eux-mêmes, on répand sur les blés et sur les prairies, des cendres , plâtres et composés de toutes sortes. Dans ces derniers temps, quelsmoyens n’a-t-on pas préconisés pour préserver le raisin et la pomme de terre des maladies qui menaçaient de nous en priver à tout jamais. M. le docteur Gastier, dans son Traitéde prophylaxie, raconte le fait suivant puisé dans un recueil d’observations curieuses, publiées en 1558, par son auteur sous le titre de: Ranerii Solenandri consiiia médic., i n-4° ! 11 y a donc de cela trois siècles; voici le fait:

« Sol en and er ayant eu connaissance du fait de guérison de la lèpre sous l’une des formes diverses où les Grecs, les Latins, les Arabes, nous ont présenté cette maladie (la forme n’est pas déterminée dans l’historique du fait que je reproduis), par laboisson de l’eau où l’on avait fait séjourner une vipère pendant longtemps, afin que ce breuvage devint, pour le malheureux lépreux auquel on le destinait, un moyen de le délivrer de la vie, fut engagé par cette expérience h faire manger à des lépreux la substance, même de la vipère. Il réussissait, par ce moyen, dit-il, mieux que par les sudorifiques, les mercuriaux , l’eau de Banières généralement conseillée dans ce cas. Cependant, voulant atténuer l’action trop énergique et l’emploi répugnant d’un tel remède, il imagina de le faire passer par l’économie d’un autre animal. En conséquence, il faisait manger h ses lépreux des poulets nourris de la substance de vipère coupée en morceaux, et tués pour l’usage de ses lépreux, au moment où la chute des plumes attestait l’action sur la

peau de l’animal, du venin médicamenteux Sans faire

remarquer la valeur d’un tel fait au point de vue homœopathique, qui n’est point ici en question, je me bornerai à dire que le venin ainsi atténué opérait bien, opérait beaucoup mieux et. plus efficacement que sous la forme subs-

laïUielle, au rapport de l’observateur, le docteur Solenander, qui en fait lui-mêmela remarque. » Traité de prophylaxie. p. 83 et 84.

Chacun, messieurs, peut sans plus d'inconséquence, sans dérogation à ses propres principes, sans froissement d’amour-propre, sans rien changer, pour l’instant, à ses convictions ni à sa pratique médicale dans le traitement des maladies, se livrer à la pratique prophylactique. La seule croyance, dit le docteur Gastier, que nous exigions pour entrer avec ardeur et conviction dans les voies de la prophylaxie que nous ouvrons à tous, est : 1° la reconnaissance indéniable d’une disposition morbide originelle plus ou moins analogue à celle dont nos pères ou auteurs médiats ou immédiats ont offert les symptômes. Nul doute au moins n’existe sur la réalité de ce fait. 2° la reconnaissance indéniable des effets pathogénétiques des agents dont elle use, c’està-dire de la propriété dont ils sont doués, de déranger l’harmonie des fonctions normales. Ce deuxième fait est tout aussi incontestable que le premier.

Maintenant, peu importe au fond la forme ou manière d'être sous laquelle on considère le principe morbide dont on reconnaît V existence; qu'il soit pour les uns un vice humoral dont une sorte de dépuration puisse seule délivrer l’économie; qu’il soit pour d’autres une certaine disposition de la fibre organique, trop rigide ou trop relâchée, trop faible ou trop forte; qu’il consiste pour d’autres dans un miasme où virus morbide existant dans l’économie, ou qu’enfin ce principe morbide, inné, héréditaire, ne soit qu’un désaccord vital, une désharmonie essentielle , peu importe l’hypothèse, l'admission de ce principe incontestable suffit.

De quelque manière également qu’on interprète le mode d’action des agents employés à la guérison préventive des affections héréditaires; que ce mode d’action procédant du principe similia similus, opère homéopathiquement, ou qu’il

opère dans le sens desdoclrines diverses de l’allopathie, cela est presque indifférent, La seule chose importante à nos démonstrations, c’est le fait expérimental de la puissance pathogénétique des médicaments; or, un agent pathogénétique susceptible de provoquer, au sein de l’économie, divers symptômes composant ou constituant Yétat pathologique qu’on veut détruire dans son principe , qu’est-il autre chose, sinon un moyen approprié à la fin qu’on se propose ‘! un moyen de satisfaire le besoin de l’économie, soit en y pourvoyant préventivement par un agent approprié, soit en modifiant ses dispositions innées par un développement convenable de la vitalité, et en la maintenant dans un élat permanent de résistance, soit en modérant relativement l’action des influences morbides auxquelles on veut les soustraire. Tel est le résultat qu’on doit attendre des agents pathogénétiques.

Même but, mêmes principes, mêmes moyens doivent donc, dans un intérêt semblable, rallier sur ce point tous les médecins à une pratique commune; ceci dit, voici en quoi consiste le traitement :

On prend Yenfant vers l’époque la plus rapprochée de sa naissance, au moment oit l’organisme, vierge encore de toute influence étrangère, sera plus apte à recevoir les impressions et à être modifié par elles.

De plus, il est indispensable d’agir directement sur l’enfant lui-même, comme on le fait de la vaccine à l’égard de la variole; car, rien ne prouve jusqu’à présent qu’une inoculation pratiquée sur la nourrice ou sur la mère le préserverait à coup sûr de la petite vérole. Tous les quatre, cinq ou six jours au plus, on soumet l’enfant, soit par olfaction, moyen prompt et fugace, soit par ingestion, mode que je préfère, à l’usage des antipsoriques, syphilitiques et sycosiques suivants, proposés et reconnus comme les prophylactiques les plus sûrs et les mieux éprouvés. Ce sont jusqu’àprésent : sulphur, sepia, carbo-vegetabilis , metallum

album, atropa belladona, lacliesis, silicea, graphites, ealcarea carbonica, nitri-acidnm, lycopodium, thuia occidentalis, mereurius solubilis hahnemani, mercurius corrosivus, liepar snlfuris, phosphorus, aurum, baryta carbonica, nux vomica, causticum, rhus toxicodendrum, kali carbonicum, etc.

Contrairement à M. le docteur Gastier, qui se contente de donner tous les cinq ou six jours en une fois, un globule de la trentième dilution, quoiqu’il arrive, je donne d’abord de la première dilution, soit plusieurs globules soit une ou plusieurs gouttes, et je répète la dose matin et soir, pendant deux jours, afin d’être bien sur que le médicament, étant répété, c’est-à-dire étant plusieurs fois mis en rapport avec l'économie, ne serapas troublé dans sonaction par mille et une petites causes. Si vingt-quatre heures après la dernière dose, je n’ai obtenu aucun effet, qu’aucun symptôme ne se soit manifesté, je ne crains pas d’administrer, soit la triture mère, soit une première ou troisième trituration. Enfin, si aucune manifestation n’a lieu, je passe à un deuxième prophylactique et je me comporte à l’égard de celui-ci et de tous les suivants comme pour le premier.

Dans le cas où, sous l’influence d’un de ces agents prophylactiques, quelle que soit la dilution ou la dose, il surviendrait une aggravation quelconque, soit une éruption à la peau , comme boutons , papules, croûtes, bulles ou vésicules , on devra suspendre ou borner l’emploi du médicament, et laisser l’éruption suivre son cours naturel , puis une fois l’affection cutanée passée, on revient aux médicaments qui suivent, en se conformant aux préceptes que je viens d’indiquer. De même, s’il arrivait que sous l’influence d’un de ces prophylactiques, l’action venait à dépasser le degré souhaité, et que l’on juge à propos de l’arrêter ou de la resteindre, on aurait recours à deux substances différentes qui sont; camphora et spiritus nitri, reconnues toutes deux

comme antidotes ou susceptibles d’atténuer ou môme de suspendre complètement les effets produits par un des prophylactiques; il suffirait de les présenter plusieurs fois Tune ou l’autre sous chaque narine.

Du reste, jamais un traitement de cette nature ne devrait être entrepris sans qu’on en appelât à l’expérience et aux lumières d’un médecin homœopathe instruit et consciencieux, car les doses et les répétitions doivent varier en raison de la susceptibilité pins ou moins grande (pie l’on observe chez l’enfant. Ce n’est qu’en sollicitant d’une manière oonvenahle l’organisme, qu’on met celui-ci dans le cas de sentir neutralisé, annulé en lui tout miasme ou la disposition à en être de nouveau affecté; ou de repousser hors de son sein un élément morbide dont il est né sujet.

Si, contrairement à M. le docteur Gastier , j’emploie différentes atténuations jusqu’à effets évidents, c’est afin de m’assurer que le médicament a porté juste, a agi , en un mot, et comment puis-je avoir celte conviction, si ce n’est par les phénomènes qu’il produit, et que je constate. Cette manière de voir et cette conduite me paraissent d’autant plus logiques, d’autant plus justifiées, que nous nous comportons de la même manière à l’égard du vaccin, nous ne considérons un enfant parfaitement bien vacciné et par conséquent à l’abri de la petite vérole que quand le vaccin a pris, disonsnous. Aussi distinguons-nous le faux et le vrai vaccin et donnons-nous le précepte, dans le cas où nous n’obtiendrions qu’une fausse vaccine, de soumettre l’enfant à une nouvelle vaccination.

Comme, dans une question de faits, chacun fait autorité du moment où on peut se reposer sur la bonne foi et sur le savoir de ceux qui les fournissent, je vous parlerai de ma propre expérience et je vous dirai qu’à cette pratique je dois d’avoir déjà sauvé nombre d’enfants, tous d’origine des plus suspecte comme sont toujours les premiers sujets

d’essai, et qui à en juger par le sort qui avait été réservé à leurs aînés, auraient succombé inévitablement comme eux, puisqu'ils venaient au monde présentant les mêmes phénomènes. Ainsi parmi les deux cent cinquante observations qui me concernent, j’en ai recueilli surtout vingt des plus remarquables; toutes sans exception ont trait à des enfants chétifs, malingres, abandonnés par les médecins ordinaires et que les parents en désespoir de cause confiaient à rhomœopathic, nous suppliant de rendre à la vie le dernier rejeton qui leur restait quelquefois de neuf, dix, douze ou quatorze enfants qu’ils avaient eus et dont rainé de tous ces enfants n’avait jamais dépassé neuf ans , voués qu’ils étaient dès leur naissance à mille maux, comme la diarrbé, /’ hydrocéphale , le croup, les convulsions, etc., dont l’issue était plus ou moins prompte et constamment funeste. Je vous le répète, le succès a toujours répondu à mon attente.

Nous avons toujours eu à signaler le beau développement de nos petits malades, la teinte plus colorée de leur peau, la vivacité de leurs mouvements, l’énergie de leurs formes et avec une santé constante, la réunion de tous les signes extérieurs qui en sont'la manifestation vraie. Cette médication préventive eut de même un effet très remarquable sur. le moral de nos enfants. Ce qui se conçoit comme la simple conséquence de l’influence du physique sur le moral, et de la bonne 6anté en général sur les diverses opérations de l'esprit.

Beaucoup de ceux que j’ai soumis à la méthode prophylactique sont aujourd’hui en pension et montrent, je dois le dire, les plus heureuses dispositions, une remarque même que j’ai faite, c’est que je ne sache pas qu’il y en ait eu qui aient été éprouvés par une épidémie quelconque. J’ai été appelé bien souvent pour des indispositions légères et tout accidentelles, mais jamais pour des affections graves. Je dois dire aussi que par excès deprécaution tous les printemps, je

soumets ceux ou celles demespefcits malades qui m’ont paru les plus infectés , à un traitement prophylactiquededeux ou trois mois. Ils s’en sonttoujours parfailement trouvés. Vous dire de quelles précautions je dois m’entourer pour que ces enfants suivent exactement leur traitement est chose imaginable. Il ne se passe pas de jour où je n’aie maille à partir avec ces sœurs-infirmières qui dans les premières maisons d’éducation s'arrogent le droit de droguer et médicamenter les enfants comme elles l’entendent, c’est-à-dire à tort et à travers. Plus elles sont ignorantes, et plus elles se drapent dans leur nullité en ne faisant que de la polypharmacie sans aucune entente. Ah! messieurs, ce n’est pas une petite affaire que de lutter avec ces semblants de médecins, d’autant mieux qu’en général quoique ne brillant pas par l’intelligence, elles se piquent toutes d’avoir quelques notions en médecine et de soigner aussi bien et peut-être même mieux que nous, leurs petits malades.

Enfin messieurs, je vous le répète, tous ceux auxquels la prophylaxie a été appliquée au début de la vie, ont montré une constitution plus robuste et ont passé sans accident les époques critiques du premier âge , n’étant que rarement malades, c’est-à-dire résistant beaucoup mieux aux causes ordinaires de dérangement de la première enfance.

Je ne me connais pas un insuccès, et quand même quelquesuns de nos confrères n’auraient pas été aussi heureux, il me suffirait pour avoir raison, de constater une amélioration très-grande, en raison de ce qui se passe chez d’autres enfants placés en tous points dans les mêmes conditions. On ne peut d’ailleurs se montrer plus sévère à l’égard de nos moyens, qu’on ne l’est, à l’égard de la vaccine qui, malgré son action préservatrice bien connue, compte cependant des insuccès.

J’ai l’intention, du reste, un de ces jours, de publier toutes ces observations, et je pourrai les donner fort com-

plètes. étant autorisé par beaucoup de parents à citer les noms.

Je reviendrai sur ce sujet dans les conférences cliniques que je vous ferai. Je vous le répète, quand il s’Jagit d’établir une preuve de faits, les témoignages de l’expérience ne sauraient trop se multiplier; c’cst pourquoi je n’hésiterai pas à vous parler de ce que m’a fourni ma pratique individuelle, et vous serez émerveillé vous-mêmes de la promptitude avec laquelle ces résultats sont obtenus.

Ceqendant j’ajouterai à ces considérations un fait d’une très-grande importance. Il nous est arrivé très-souvent d’être consulté par des femmes dont les grossesses étaient constamment terminées par un avortement , avant le deuxième, le quatrième ou le cinquième mois. D’après notre conseil,-elles se soumettaient àl’ action prophylactique des antipsoriques, des autisyphililiques, des antisycosiques, pendant tout le temps de la gestation, et à leur grand étonnement, la grossesse marchait régulièrement, arrivait sans entrave au terme voulu , et l’enfant qu’elles mettaient au monde était dans d’excellentes conditions pour être soumis lui-même directement au traitement prophylactique.

Que de remords cuisants pour la mère, que de reproches elle doit s’adresser, quand, pour ainsi dire par sa faute, elle voit son enfant succomber entre ses bras. Le désespoir s’empare d’elle alors, mais il est trop tard, regrets inutiles, elle devait écouter la science.

Je fus consulté au commencement du printemps par un de mes confrères allopathes, un des agrégés de l’école, lequel avait eu connaissance de mes succès, au point de vue de la méthode prophylactique, et comme par l’ancienne médecine il avait perdu déjà deux enfants en basâge, il me pria de vouloir bien lui indiquer ma ligne de conduite. — Sa femme, qui était fille de médecin, etélevée en haine de l’homoeopathie, ne consentit jamais à sou-

mettre son enfanta la méthode prophylactique, aussi eûtelle la douleur, douze à quatorze mois après, de le perdre comme elle avait perdu les deux premiers.

Que de'mères seraient bien plus coupables aujourd'hui, si, pénétrées des grandes vérités que nous venons d’énoncer, elles laissaient leurs enfants voués tôt ou tard à une mort certaine.

Une fois que l’enfant aura épuisé la série des antipsoriques, on le laissera reposer plusieurs mois, et nous regardons comme une précaution utile, indispensable même, de répéter ce traitement plusieurs années de suite, trois ans, par exemple; comme on le fait pour la vaccine-, dont les succès, d’après l’expérience et l’observation, dépendent de cette répétition... On choisit en général le printemps pour commencer le traitement: c’est l’époque où l’ensemble de la nature est dans toute sa vigueur, où l’on remarque un travail général qui s’accomplit sous l’influence d’éléments nouveaux.

Si après avoir fait parcourir à l’enfant la série des agents prophylactiques, aucune éruption, aucun symptôme médicamenteux n’apparaissaient, ce qui n’arrive jamais, lorsqu’on a fait prendre exactement à l’enfant les médicaments comme je l’ai indiqué, on devrait s’en tenir là pour la première année, et afin de regarder l’effet préservatif comme étant bien assuré, c’est une raison de plus, comme je l’ai dit, pour répéter l’année suivante ce procédé antipsorique, afin de s’assurer le plus complètement possible de ses effets prophylactiques.

Du reste, les nombreux avantages qui résul tent de cette médication préventive dans le premier âge de la vie, sont, et je vous le répète à dessein, 1° d g fortifier Torganisme contre les influences extérieures, — d’activer le développement des organes, — de faciliter et de régulariser leur jeu, — de prévenir la plupart de ces indispositions graves

qui atteignent les enfants à cette époque cle la vie. Ces avantages sont d’autant plus marqués que la médication par elle-même est tout à fait inoffensive.- C’est, comme vous le voyez, messieurs, offrir à la santé en général des garanties précieuses, c’est régénérer 1 humanité.

Messieurs,

Je termine ce cours par un dernier conseil :

Aujourd’hui que vous connaissez les principes généraux sur lesquels repose la doctrine homœopathique, aujourd’hui que vous êtes initiés à sa physiologie, à sa pathologie, à sa matière médicale et à sa thérapeutique , il nous reste une des préoccupations les plus sérieuses, celle des préparations médicamenteuses. Elles entraînent des soins si minutieux et des difficultés si grandes, par la nature de la manipulation, par le choix des produits, par l’état de division où la matière se trouve amenée, par .l’impossibilité du contrôle matériel qui en résulte pour les hautes atténuations, qu’il est delà plus haute importance que vous ne comptiez que sur vous pour soumettre les médicaments à une sévère analyse. Il nous est difficile, je le sais, impossible même de nous livrer, dansl’état actuel des choses, à lapratique de la pharmacie sur une large échelle , c’est-à-dire de faire soimême tontes les préparations homœopathiques, avec l’attention scrupuleuse qu’elles comportent. D’abord parce que la loi s’oppose formellement, du moins jusqu’à présent, à ce que nous distribuions, même gratuitement, nos préparations homœopathiques.

En deuxième lieu , en raison de la quantité de préparations, il faudrait avoir un préparateur qui soit exclusive-

ment occupé à ce genre d’opération et un local tout particulier qui serait affecté à les recevoir. Alors autant donner sa confiance à un pharmacien , qui offre sinon plus, du moins autant de garanties.

Enfin, Messieurs, nos occupations de toutes les heures, de tous les instants, nous mettent dqns l’impossibilité de nous livrer à ce genre d’étude et de travail. Je nie qu’il se trouve un seul médecin qui fasse lui-même toutes ses préparations, comme nous entendons qu’elles soient faites: choix des appareils , local approprié , choix et récolte des substances dans des époques voulues et déterminées à l’avance, etc., etc.

Il nous reste certainement beaucoup de desiderata, mais loin de chercher à les feindre ou à les dissimuler, cherchons au contraire à les vaincre ou à les résoudre. Peutêtre arriverons-nous un jour, Messieurs, àavoir une pharmacie centrale qui préparera et exécutera, sous la haute surveillance d’une commission médicale déléguée à cet effet.

En attendant, et dans le cas où aucun pharmacien homceopathe, ne vous offrirait des garanties sérieuses suffisantes, surtout pour vous qui, avant de voufj livrer à la pratique de l’homœopathie, voulez tenter des expériences pures, afin de vous convaincre des vérités qu’elle renferme, il faut après avoir acheté les matières premières, dans une maison sûre, préparer vous-même les triturations et dilutions dont vous voudrez vous servir pour l’expérience, ce que j’ai fait moi-même.

Voici comment j’ai opéré : Après avoir accordé ma confiance à deux hommes bien connus par. tout le corps médical et pharmaceutique, pour le soin minutieux et consciencieux qu’ils apportent dans le choix e! la préparation des substances premières, U. Menier, et M. Porvault, fondateur de la pharmacie centrale de France, qu’il dirige

— Soi —

avec autant d'intelligence que d’habileté, je me suis lait livrer par eux les matières brutes. Vous conviendrez que là, il ne peut y avoir de fraude possible, d’abord parce que le nom seul de ces établissements est une garantie s u t lisante, en second lieu* par la facilité que nous avons de pouvoir analyser les substances et de nous assurer de la nature, de la qualité et de la bonté des produits.

Une fois les substances premières acquises* une fois que nous 'eûmes bien constaté qu’elles étaient ce que nous voulions, mon pharmacien et moi nous nous mîmes à faire les préparations secondaires. A cet effet, nous nous servîmes de ma clinique, local qui, comme vous le voyez, répond à toutes les exigences.

Sûr de mes médicaments comme je le suis, c’est avec bonheur que je les mots à la disposition de tout confrère qui m’en fera la demande; inutile d’ajouter que cette offre est toute gratuite, trop heureux de leur être agréable. Du reste, bon nombre déjà d’entre vous se sont adressés à mon pharmacien qui s’est empressé de vous fournir les moyens de vous livrer à des expériences sûres et sévères.

C’est, messieurs, parce que je me suis livré à ce genre d’expériences, en connaissant toutes les difficultés, que je cherche à vous prémunir contre les mauvaises préparations.

Je vous le répété, vous ne sauriez être trop scrupuleux sur le choix du pharmacien auquel vous vous adressez, car vous le comprenez, tous vos succès dépendront en grande partie du plus ou moins de soin apporté dans les préparations.

Que tous mes confrères ici présents, reçoivent mes remercîments pour l’assiduité avec laquelle ils ont suivi mon cours. Leur présence à chacune de mes leçons, en ajoutant plusde poids et d’autorité à ma parole, m’est un , sûr garant que j’ai atteint mon but, en comblant une lacune qui lais-

sait à nos adversaires le champ libre de la critiqué, saris avoir ni le droit, ni le loisir de répliquer.

Cependant, ma tâche n’est pas achevée : je me propose de consacrer une heure ou deux par semaine à une clinique homœopathique, appropriée à l’étude des élèves qui assisteront aux consultations gratuites.

Dans cette œuvre de propagande, dfe doctrine et de régénération médicale, j’ai le droit de compter sur le concours de confrères qui, Je l'espère, s’empresseront de venir me seconder.

Puissent, dans un avenir prochain, ma voix être entendue, mes aspirations être écoutées, et la classe souffrante, objet de nos préoccupations , trouver au milieu de nous des soins continus et désintéressés.

P. S. — Au moment de mettre sous presse, j’apprends par quelques étudiants en médecine, auxquels je donne mes soins, qu’une pétition a été adressée au doyen de l’École, pour qu’on m’autorisât à faire un cours à l’école pratique. — Quoique cette démarche honore ceux qui ont eu la hardiesse de prendre une telle initiative, je crains bien que leur demande ne soit même pas prise en considération.

Cédant aux instances de plusieurs de ces élèves, J’eus, le 12 novembre, une conférence avec M. Rayer, qui poliment s’excusa de ne pouvoir donner suite à leur demande. — Attendons des jours plus heureux.

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