Cours d'horticulture
La Société Royale d'Horticulture, fondée en 1827 par quelques amateurs et praticiens, se constitua définihvement, le 6 juillet, dans la fête florale donnée par son digne secrétaire perpétuel, M. le chevalier Soulange Podin, dans ses beaux et vastes jardins de Fromont.
C’est dans cette fête mémorable, honorée de la présence du Directeur de l’agriculture, du Président de la Société royale d'agriculture et de plusieurs grands dignitaires, que M. Soulange Bodin, ami des progrès, conçut l’idée de. joindre à son bel établissement un Institut Horticole dans lequel de jeunes élèves recevraient des leçons de théorie et de pratique d'horticuliure et des sciences qur sont en rapport avec elle.
Naturellement doué d'un esprit brillant et réunissant à une instruction aussi profonde que variée le goût épuré du génie du poëte et du peintre, M. Soulange Bodin, dans son projet d'Inshiution, s'était réservé l’enseignement de l’art des jardins paysagers, et avait proposé à M. Oscar Leclerc-Thoüin l’enseignement de Phorticulture.
M. Oscar Leclerc-Thoüin, à raison de ses nombreux travaux et occupations, n'ayant pu accepter la proposi-
(vi) tion de M. Soulange Bodin, me présenta pour le Cours d'horticulture théorique et pratique.
Admis en qualité de professeur de l’Institut horticole de Fromont, que Charles X venait de prendre sous sa protection en lu accordant le titre d’Institut Royal et en y fondant plusieurs bourses, je sentis tout ce que m’imposait cet honorable choix. Je savais tout ce qui m'avait manqué dans mes débuts dans l’art horticole et les études auxquelles j'avais été forcé de me livrer ; aussi, et avant tout, m'imposai-je l'obligation de faire entrer dans le plan de mon cours |
4° Des notions élémentaires des diverses sciences qui ont des rapports avec lhorticuliur é et qu doivent en éclairer la pratique ; | | |
2° La géométrie pratique élémentaire et la levée des plans ;
3° Les principes de la botanique, mais d’une botanique simple et purement élémentaire à l'usage des jardiniers ;
Et 4° l’horticulture proprement dite, ou l’'apphication des principes de ces sciences à l’art des jardins.
Ayant soumis le plan de mon cours à M. Oscar Leclerc-Thoüin , j'eus la bien douce satisfaction de voir que non-seulement 1l FORCE entièrement , mais qu'il le préférait même à cel du Cours de culture et de naturalisation des végétaux que M. André Thoüin, son oncle, avait professé au jardin des plantes; mais j'ai dà en retrancher la parte de botanique élémentaire, M. Soulange Bodin en ayant confié le cours à mon confrère et ami M. Guillemin , . naturahste au Jardin du ror.
(ix)
L'établissement de M. Soulange Bodin déclaré Institut Royal d’horticulture sous la protection et par ordonnance du Roi, plusieurs Préfets lui envoyèrent des élèves , et, le 1k mars 1829 , M. le Directeur de l'agriculture (M. le comte de Boisbertrand) vint en faire solennellement l'inauguration au nom du Roi, dans un discours qui donnait les plus belles espérances au dhrecteur de cet établissement.
Après le discours de M. de Boisbertrand, M. le vicomte Héricart de Thury, directeur des travaux pubhes et président des Sociétés royales d'agriculture et d'horticulture, exposa rapidement l'histoire de l'horticulture, ses progrès, les encouragements qu'elle avait successivement reçus de nos Rois ; il rappela les inshitutions horticoles déjà formées en Angleterre, en Allemagne, en Prusse, en Italie, en Russie, en Amérique et jusque dans les grandes Indes, et, dans sa péroraison , 0 félicita M. Soulange Bodin sur sa louable et courageuse entreprise, en lui annonçant le brillant avenir et les succès de la belle Inshtution Royale que lui devait la France. |
Puis je fus appelé à clore cette solennelle et mémorable séance par ma première leçon aux élèves de l'institut.
Tout allait pour le mieux : le nombre des élèves augmentat, des amateurs et horticulteurs assistaient
à nos cours, notre Directeur recevait les plus honorables félicitations sur sa belle institution, un journal publiait les leçons de botanique et d'horticulture avec les faits et observations de l'établissement.
Mars celui qui tient dans ses mains la destinée des. empires permat les trois journées... , et après seize mors d'existence, après des efforts sans exemple, après d’énormes sacrifices dans lesquels l'amour de la science et le dévouement de M. Soulange Bodin pour l’horticulture, abandonné à lui-même, l'avaient entraîné, linshitut de Fromont fut fermé.
Longtemps après, en avril 1845 , le conseil d'admunistration de la Société royale d'horticulture de Paris a bien voulu me permettre de reproduire mes lecons dans ses Annales.
C’est donc sous les auspices et à la faveur de la benveillance de la Société royale qu'au moyen d'un tirage à part je vais aujourd'hui publier le cours d’horticul- Lure que je professais à Fromont en 1830.
Mans 101, et avant tout, je crois devoir donner quelques éclaircissements sur des observations qu'on pourrait me faire au sujet de la marche que j'ai adoptée en voulant rendre mon cours plus complet.
Ainsi on y trouvera quelques leçons de botanique élémentaire , et peut-être, à ce sujet, me dwra-t-0n, vous n'avez pas professé cette science à Fromont. C'est vrai ;
el à cela je répondrai que mon ami M. Guillemin était chargé de cette partie de l’anstruction, que, comme al le faisait avec un développement qui n'aurait pu entrer dans le plan que je suivais, j'ai dû alors m'abstenir de parler de botanique , mais qu'aujourd'hui que je m'adresse à d'autres élèves, je crois devoir suivre le premier plan que je m'étars tracé, parce que je le crois bon et même nécessaire : ainsi je parlerai donc de botanique, mais de botanique élémentaire, pour inner les élèves dans les principes de cette science , leur en fre connaître l’état actuel, les difficultés , le moyen de les vaincre et ceux de rendre la botanique assez familière pour la faure entrer, autant qu'il est nécessaire, dans la pratique de l’'horticulture.
Quant à la marche que j'ai suivie, je dirai que j'ai dû d’abord considérer que, chez nous autres jardiniers, l'éducation première est presque toujours manquée; car, lorsque nous savons lire et écrire, et encore tant bien que mal, Cest déjà beaucoup : or j'avais, moi, vingt-trois ans quand le mot grammaire frappa mon oreille pour la première fois, et qu'un homme qui me voulait du bien me dit que je ne savais rien : et je ne puis encore oublier que le maître d'école de mon village m'avait dit à l’âge de douze ans : «Va-t'en, mon garçon, je ne peux plus rien t'apprendre. »
Aussi ma vie intellectuelle n’a-t-elle réellement commencé qu'à l’âge de vingt-trors ans, quand j'eus appris que je ne savais rien.
Depuis ce temps, et cela sans cependant cesser de travaller, de labourer, de planter et d'arroser, puisque
| ( xu ) c'était mon état ef que Je n'avais pas d'autre moyen d'existence, j'ai acquis peu à peu l'intelligence de quelques langues , étudié quelques arts, quelques sciences, fait quelques voyages; je me suis frotté avec des hommes instruits , et c’est à l’âge de soïxante-trois ans que j'ai été appelé à donner des leçons théoriques et pratiques d'horticulture aux élèves de l'Institut Royal de Fromont; mais alors, et en me rappelant combien de connaissances m'avarent manqué dans ma jeunesse, combien de temps précieux j'avars perdu ou mal employé, pendant combien de temps mon intelligence était restée engourdhe faute d’une étincelle pour la réveiller, combien peu de considération notre profession obienat alors dans la société , j'ai cru qu'il était de mon devoir de faire sentir aux jeunes élèves que la pratique seule de l’hornculture ne les conduirait jamais à l'exercer parfaitement sans le secours des diverses sciences qui la touchent, qui l’éclairent, qui en expliquent les résultats, et qui, finalement, la complètent ; j'ai pensé que ces connaissances, en ornant l’esprit de nos jeunes horticulteurs, les rapprocheraient des gens bien élevés et leur mériterment la considération qu'on ne refuse jamais aux hommes qui , dans leur profession, se distinguent par l'application de connaissances inconnues aux routimiers : telle a donc di être et telle a été la règle de la conduite que 7 ai sure , et je crois avoir bien fait, pour l'honneur de l'horticulture, en enseignant aux élèves horticulieurs ce que j'auras été trop heureux qu'on m'eût appris dans ma Jeunesse. | PorrTEau.