‹ Cours d'horticultureChapitre 3 sur 70 · PREMIÈRE LECON · texte numérisé non relu

PREMIÈRE LECON

Messieurs, le grand nombre de sociétés d’horticulture qui se forment de toutes parts, et la protection que les gouvernements leur accordent, vous prouvent que l’art que vous êtes appelés à exercer obtient de plus en plus l'estime des hommes. Cet art se rattache, en effet, à nos premiers besoins, et il ne faut pas le considérer seulement comme une source de Jouissances agréables : l'horticulture est en même temps une des sciences les plus utiles et les plus étendues; elle complète nos moyens de subsistance ; elle nous donne des moyens de rétablir, d'entretenir notre santé ; elle a le droit à la même considération que la botanique, qui l’éclaire sur la nature des matériaux qu’elle emploie, et que l’agriculture, qui ne tire souvent pas plus de richesse de tout un champ que l’horticulture n’en recueille d’une simple plate-bande.

Ce n’est pas seulement avec l'agriculture et la botanique que l’horticuliure est dans un continuel contact : une foule d’autres sciences physiques, chimiques, géométriques ; une foule d’autres arts, économiques, mécaniques, industriels, sont aussi en rapport avec elle. Elle leur dorine, elle leur

emprunte ; elle les aide, elle en est secourue; elle les éclaire , elle en est éclairée. Vos travaux journaliers, vos pratiques les plus communes en offrent, à chaque instant, la preuve ; mais l’aveugle routine , ce mal si diflicile à extirper , empêche d'y réfléchir. Cependant vous pouvez moins que jamais rester étrangers au mouvement général de la science, aujourd'hui que la masse des connaissances s’est si fort accrue, et que toutes les autres industries en profitent. Appliquez-vous donc à donner à votre profession la dignité convenable et à obtenir personnellement la considération que vos utiles travaux méritent.

Deux moyens vous y conduisent, l'instruction et Îles bonnes mœurs. J'aurais du nommer les bonnes mœurs en premier lieu, car le savoir même n’est rien sans elles.

La carrière ouverte devant vous est plus vaste qu'on ne l’imagine : pour la parcourir avec fruit, il faut d’abord que vous aimiez votre état avec passion; car un goût médiocre ne conduit qu à des succès médiocres. En ne mettant point de bornes à l'activité de votre esprit, les espérances d’un légitime avancement n'auront également point de bornes pour vous. Quand nous sommes péniblement occupés à la culture de la terre, c'est l'espoir d’une bonne récolte qui allége nos fatigues ; de même, en travaillant avec ardeur a la culture de votre esprit, vous serez soutenus par la pensée de tout ce qu'un esprit bien cultivé peut produire. Si l’horticulture a fait, depuis un certain nombre d'années, des progrès sensibles, elle est encore loin, surtout en France, des perfectionnements qu’elle doit atteindre. Jeunes comme vous êtes, vous aurez le double avantage de profiter, pour vous-mêmes, de ses améliorations successives et d'y contribuer à votre tour, lorsque, après avoir recueilli Les lumières qui vont vous être offertes dans cet établissement, vous irez mettre en pratique les principes que vous y aurez puisés dans ceux que vous serez destinés à diriger un jour.

Plus heureux que mes confrères et moi ne l'avons été dans notre jeunesse , vous arrivez à une époque où beaucoup de préjugés contraires aux progrès de l’instruction sont affaiblis ; dans un siècle de lumières et de raison, où l’on sait apprécier tout ce quiest bon et utile, où l’on rend hommage au travail et à l’industrie, où la culture est surtuut honorée ; mais l’estime et la considération que l’on est disposé à accorder à votre profession, il faut savoir les atureret les fixer sur vous-mêmes , autant par la régularité de vos mœurs et la dignité de vos sentiments que par la solidité de votre instruction et par cette modestie qui caractérise toujours le mérite. Sachez surtout séparer à Jamais cette professien estimable des idées d’abjection et de servitude avec lesquelles un petit nombre de personnes dominées par de facheuses traditions semblent la confondre encore. Le jardinier est légal du laboureur ; ils sont agriculteurs tous les deux, tous les deux pourraient être considérés comme les pères nourriciers du peuple : l’un mérite les mêmes honneurs que l’autre. Mais, quand, pour leur malheur , des individus ou des classes contractent des habitudes vicienses, le sceau de la servitude se grave nécessairement sur des fronts avilis par les vices.

Si, jusque dans ces derniers temps, la classe des jardiniers était tenue dans un état d’abaissement que votre jeunesse ignore ; Si les maitres étaient souvent confondus avec les hommes portant livrée, et les subalternes rejetés parmi les plus communs manouvriers, à quoi cela tenait-il?... Si les livres d'agriculture contenaïent et propageaient ces tris- «es impressions sur notre compte, lorsque ceux qui les écrivaient ajoutaient aux conseils donnés aux propriétaires sur le choix d'un bon jardinier cette singulière restriction (1) : « Mais prenez bien garde qu’il ne soit ivrogne ,

(1) Voyez, entre autres , le Nouveau cours complet «agriculture , puhlié par Déterville.

« voleur, paresseux , » à quoi cela tenait-1l?... Et n'est-ce donc pas que quelque chose dans notre conduite donnait leu à ces observations humiliantes ?... Depuis cette époque, sans doute, nos mœurs se sont beaucoup améliorées ; mais c'est un acheminement vers une plus grande perfection que de convenir que nous n’étions pas alors à l’abri de tout reproche; que, livrés à de mauvaises habitudes, beaucoup faisaient leur métier par routine, sans émulation, sans goût pour l'étude, sans se douter seulement qu'ils pussent mieux faire ; enfin qu'ils restaient comme volontairement plongés dans une ignorance qui les rendait esclaves de tous les vices que l’ignorance traine à sa suite... Mais tirons Île rideau sur ces temps déplorables ; je ne puis m’arrêter à la pensée qu’il existe de tels hommes parmi vous. Fixons donc plutôt notre attention sur l'époque actuelle, où la protection accordée aux études et les encouragements donnés aux talents facilitent au plus haut degré le dévelop. pement de toutes les capacités individuelles, et permettent à chacun de valoir tout ce qu’il peut valoir dans la sphère plus ou moins étendue ou il se trouve placé.

Grâce à ces circonstances favorables, je suis dejà temoin des changements les plus heureux. Les établissements que ma position me met à portée de fréquenter m'offrent de tous côtés des élèves appliqués et studieux, avides d’instruction, pleins de sentiments d'honneur, dignes de toute la confiance de leurs chefs et s'appliquant à l’obtenir. On sail aussi tout ce qu'ont acquis en civilisation, dejuis une vingtaine d'années, en Angleterre ainsi qu'en Allemagne , les jeures gens que l’on y appelle aujourd'hui candidats d’horticulture ; heureuse propriété d'expression. qui sépare et distingue l’étudiant du simple ouvrier, l'apprenti zélé de l'ignorant mercenaire ! Vous ne resterez point en arrière, messieurs, et Je Suis, au coniraire, persuadé que vous êtes jaloux de vous placer bientôt en tête

des plus babiles.

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Je vais vous indiquer rapidement la variété de connaissances dont vous avez besoin pour y réussir.

Outre le grand nombre d'opérations de culture que vous devez connaitre, puisqu'elles sont la base de votre état, les procédés et les pratiques de plusieurs arts mécaniques et industriels doivent aussi vous être familiers. Vous devez, avec les menuisiers et les charrons, savoir vous servir de la hache, de la scie , du rabot et du marteau; refendre et blanchir une planche ; faire une caisse et un coffre ; raccommoder vous-mêmes vos châssis, vos brouettes et les autres ustensiles de jardin : vous devez, avec les peintres, savoir couper et poser le verre ; faire le mastic et l’employer; préparer et appliquer les peintures les plus communes en gris et en vert ; étendre sur la toile ou sur le bois les enduits de goudron et de bitume : vous devez, avec les maçons et les fumistes, pourvoir, dans un moment urgent , à la réparation et au nettoyage des poëles et des conduits de fumée. Comment saurez-vous reconnaitre et choisir les bons outils, rejeter ceux qui sont mauvais, diriger au besoin la confection et la réparation de ceux qui sont moins usités dans les campagnes, si vous n’avez pas quelques notions claires de la trempe et du corroyage du fer et de l'acier ? Ces notions sont peut-être de celles auxquelles vous deviez le plus vous appliquer; car, dans les opérations les plus délicates de la taille , de la greffe et du bouturage, une foule d'inconvénients et de mécomptes peuvent résulter de lemploi d'instruments mauvais, ou mal préparés, ou chargés d'un oxyde dangereux capable de porter atteinte à la tendre organisation d’une plante précieuse. Vous devez, avec les physiciens , savoir le mécanisme et l'usage du baromètre, du thermomètre et de ’hygromètre ; vous devez connaitre les principaux phénomènes de la météorologie et de tous les signes qui précédent ou annoncent le chaud, le froid, le vent, la pluie, l'orage, la grêle, le beau ou le mauvais temps. Si vous

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ne vous leviez pas la nuit pour consulter l’état du ciel dans toutes les saisons et connaître la température de vos serres pendant l'hiver, ce seraitque vous n’auriez pas l’amour de votre état, et vous exposeriez votre réputation, vos intérêts et ceux qui vous seraient confiés. Vous devez savoir assez de dessin et de géométrie pour cuber une masse de terre, mesurer des surfaces et des capacités, lever le plan d’un terrain et dessiner un jardin. I faut que vous puissiez apprécier les diverses expositions d’un terrain et juger celles qui conviennent le mieux à telle ou teile nature de plantes; reconnaître, à fa vue, au toucher, au poids, à l'odeur, à la couleur et aux produits, la qualité dominante ou le défaut de la terre que vous vous proposez de cultiver : vous devez même savoir l’analyser au moins par l'un des moyens les plus communément employés, afin de la corriger s’il ya lieu, ou d’en tirer immédiatement le meitleur parti possible. Il ne vous est pas permis de ne pas connaître les principales substances qui composent la terre cultivable, et dans quelles proportions doivent être ces substances pour constituer telle ou telle terre. Vous devez connaitre jusqu’à un certain point l’anatomie des plantes et leur physiologie, c’est-à-dire le nom, la forme, la position de tous leurs organes et les fonctions qu'ils remplissent, les influences qu’ils exercent sur ce qui les entoure, et ce qu’ils éprouvent eux-mêmes des corps palpables et non palpables qui les environnent; il faut que vous ayez des notions suffisantes de géographie physique pour pouvoir vous faire une idée juste de ia température des divers climats et donner aux plantes exotiques qui vous arriveront le degré de chaleur auquel elles sont accoutumees.

Plus vous serez instruits, plus vous aurez de modestie, parce que vous aurez appris par expérience que le plus habile ignore toujours beaucoup et que le plus ignorant peut savoir quelque chose inconnue au plussavant. Comme

(%) il arrivera jJournellement que des personnes distinguées vous feront l'honneur de vous adresser la parole et de converser ou de correspondre avec vous, il faut que vous parliez et écriviez votre langue correctement , que votre langage soit simple et naturel, que vous ayez un maintien honnête et une mise décente.

Je passe actuellement au tableau des devoirs d’un horticulteur chargé de la conduite d’un grand jardin : chacun de vous pourra y reconnaitre ceux qu'il peut avoir à remplir et en faire une utile application à sa position particulière; chacun de vous, s’il profite de l’instruction qui lui est offerte ici, peut espérer de se trouver un jour à la tête d'un grand établissement... Vous n’auriez plus le temps alors de travailler constamment de vos propres mains; et si vous n’étiez pas le plus instruit et le plus adroit de votre atelier, le plus versé dans l’ordre des travaux et dans les details de l'administration, non-seulement vous ne pourriez pas diriger utilement vos ouvriers , mais vous ne pourriez pas même inspirer de confiance à vos propres élèves.

Les travaux d'horticulture se croisant et se succédant sans interruption d'une saison à l’autre , 1l serait difhcile de trouver une époque qui précisat le commencement de l’année horticole ; cependant , comme une partie des primeurs se préparent dès la fin d'août , que les grands mouvements de terre , les grandes plantations et tous les changements considérables se prévoient et se calculent pour l'automne , on pourrait fixer le commencement de l’année horticole au 15 act. D'ailleurs, c’est à cette même époque que le chef doit établir ou obtenir son budget, parce que c'est le moment d'acheter et d’amasser des fumiers, de commencer ses défoncements, de faire réparer et compléter ses équipages, et enfin de faire d’assez fortes dépenses : sil ne connaissait pas d'avance le crédit qui lui est ouvert pour toute son année , 1l ne ferait les choses qu'a moitié,

(8) dans la crainte de rester à découvert, et les travaux en souffriraient. [l est prudent, il est indispensable, quand on fait la répartition des sommes présumées nécessaires aux divers travaux de chaque saison , de réserver toujours un dixième pour les cas imprévus.

Ces choses étant ainsi réglées, l'horticulteur en chef déterminera le nombre d'ouvriers qu'il devra employer ; 1! choisira parmi les plus habiles celui qui aura le plus de droiture et de dignité dans sa conduite, qui aura de Îa fermeté sans rudesse , qui saura se faire obéir et respecter sans montrer de la hauteur, et il en fera son chef d’atelier. Quand, au bout de quelque temps, le jardinier en chef et son chef d'atelier auront bien étudie les facultés, l’intelligence et le savoir de chaque ouvrier, le premier mettra les plus adroits aux travaux auxquels ils réussissent le mieux : l’un est il heureux à la greffe, il le mettra à Ja tête des greffeurs; celui-ci bouture-t-il avec succès, 1l le mettra à la tête de cette partie ; un autre montre-t-il de l'intelligence dans la conduite des couches, il le mettra à la tête des primeurs, etc., et distinguera chacun d'eux par le titre de sous-chef, Ces distinciions établissent une sorte de hierarchie qui maintient la subordination , et elles imposent à ceux des horticulteurs qui en sont l’objet une sorte de responsabilité qui les engage à bien remplir leurs devoirs et à prendre un véritable intérêt au succès des opérations dont ils sont chargés. J’ai été moi-même élève, j'ai passe par tous les degrés de l’horticulture , et j'ai eu souvent occasion de remarquer combien les chefs entendent mal leur intérêt, en laissant croupir au rang des ignorants un ouvrier actif, instruit et d'une intelligence distinguée. Celui qui sent sa supériorité et qui se voit négligé se décourage souvent, et ne se croit plus , en quelque façon, obligé d'employer ses connaissances au profit de celui qui ne lui en témoigne aucune satisfaction.

Quand un jardin à de l'étendue et une certaine impor-

tance , il exige beaucoup de charrois : c'est done une économie d’avoir un cheval de trait à sa disposition pour le transport des fumiers, des terres, des foins, des bois, pour le ratissage et le hersage des grandes allées , enfin pour tourner un manége si, dans quelques circonstances fàcheuses, on est forcé d’avoir recours à l'eau de puits, qui n'est Jamais aussi bonne que l'eau courante, et encore moins que celle exposée pendant longtemps aux influences de l’atmosphère. Il faut que l’horticulteur en chef ait une serre fermant à clef pour serrer tous les outils, tels que bêches, ratissoires , râteanx, cordeaux, arrosoirs, etc. : le chef d'atelier en aura la clef dans sa poche; c'est lui qui, le matin , donnera à chaque ouvrier l'outil dont il aura besoin , et qui, le soir , exigera qu’on le rapporte dans la serre: Cet article est extrémement important, et le chef doit y tenir rigoureusement la main. Quant à la charrette, au tombereau, aux brouettes, barres, civières , aux caisses et aux pots vides, on les mettra sous un hangar à l’abri de la pluie dans-une cour fermant à clef. Les différentes terres servant à faire des mélanges, des compositions seront déposées par tas dans une cour où il y aura un hangar trèsaéré, sous lequel on transportera les mélanges destinés aux empotements journaliers. Les fumiers destinés aux engrais seront déposés dans un endroit creusé de quelques pieds, bien corroyé en glaise, afin que les eaux ne puissent s’en échapper. Les fumiers destinés aux couches et aux paillis seront, au contraire , déposés sur un endroit sec et élevé, afin qu'ils ne se pourrissent pas.

Tous les trois mois, l’horticulteur en chef fera l’inventaire de ses outils et ustensiles ; 1l se fera représenter ceux qui seront cassés ou hors de service, et rendra son chef d'atelier responsable de tout ce qui sera égaré ou perdu : cette dernière clause est nécessaire pour qu'il ne se perde jamais rien. |

L'horticulteur aura le plan de son jardin exécute sur

une assez grande échelle; toutes les parties seront marquées chacune d’un numéro particulier correspondant au même numéro, attaché à un arbre ou à un poteau placé sur le terrain, afin que les ouvriers se les reudent familiers et qu'ils puissent répondre sur-le-champ et avec certitude quand on leur demandera dans quelle partie du jardin ils travaillent, et pour qu'ils ne se trompent pas quand on les enverra travailler dans telle ou telle partie.

La journéesera diviséeen trois tiers ; les heures du travail et des répas seront réglées suivant les saisons, les localités et diverses circonstances que jene puis exposerici. L'heure du travail de chaque tiers sera annoncée par le son d’une cloche, et, immédiatement après, l'horticulteur en chef, ou son chef d'atelier , fera l’appel nominal des ouvriers; il aura pour cela un tableau où seront inscrits tous leurs noms, et 1l marquera ceux qui ne répondront pas, afin de retrancher, sur leur paye, le tiers du jour qui suit cet appel. Si un ouvrier manque souvent à l’appel , on doit lui en demander la raison ; s’il n’en donne pas une satisfaisante et qu'après l'avoir averti d'être plus exact il continue de s'absenter , 1l cesse de mériter aucune espèce d'intérêt et doit être congédie.

Il est économique de faire faire à la tache les travaux de terrasse, les défoncements, les fauchages, les tontes, etc., à condition qu'on aura continuellement sur les lieux un bomme de confiance qui exigera que ces travaux soient bien exécutés ; autrement, on serait exposé à être souvent trompé ; mais les semis, les plantations, les arrosements et mille autres opérations qui exigent des connaissances plus étendues, des raisonnements et des soins particuliers, ne peuvent se faire que par des ouvriers à gages ou à la journée.

Si, en faisant sa ronde, l'horticulteur en chef, ou son chef d'atelier, voit qu’un ouvrier de journée s'est ahsenté sans en avoir obtenu la permission, il faut, s'il ne présente

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pas d’excuse valable, le renvoyer sur-le-champ; car, outre que cet ouvrier commet réellement un vol, il peut être cause qu’une opération n’a@fa pas été terminée à temps, et qu'il en sera résulté une perte plus ou moins grande pour l'établissement.

L’horticulteur en chef et son chef d'atelier ne doivent jamais sortir sans avoir un calepin et un crayon dans la poche, pour noter les observations qu’ils feront dans la journée.

Pendant les courts jours de l’automne et de l'hiver, om fera veiller les ouvriers en employant chacun à ce à quoi il est propre : les uns feront des paillassons, raccommoderont les toiles, les autres les outils, les coffres, les caisses ; ceuxlà poseront des verres, les mastiqueront, feront de la peinture et peindront les panneaux ; ceux-ci couperont du plomb en lames, frapperont des numéros pour les semis, ou disposeront d'autres sortes d'étiquettes ; d’autres composeront des terres, prépareront des boutures, suivant la saison, avec des branches coupées sur divers arbres et arbrisseaux de pleine terre, et Les disposeront en petites bottes, espèce par espêce, qu'on mettra à moitié dans du sable, en atiendant l’époque de Îles planter ; d’autres éplucheront de l’osier, aiguiseront des piquets, feront des tuteurs, fendront des lattes pour faire des treillages ; enfin d’autres éplucheront les graines destinées aux semis du printemps, straufieront celles qui doivent l’étre, ou prépareront les plantes et les légumes qu'il faudra mettre en vente ou en consommation le lendemain , etc,

Chaque soir, après le départ des ouvriers, le chef d’ateher remettra à l’horticulteur en chef l’attachement des travaux de la journée et lui communiquera les observations qu'il aura faites ; tous deux s’en entretiendront et aviseront aux moyens d'apporter des perfectionnements ouù il yalieu, et s'entendront pour les travaux du lendemain. Cette espéce de consultation met l’esprit en repos sur ce qui est

2) fait et le tient en éveil sur ce qui reste à faire. Ensuite l’horticulteur en chef fera son Journal.

L'usage de tenir un journal de tout ce qui se fait dans un jardin ne parait pas être assez suivi en France : que d’observations perdues pour notre intérêt et notre instruction, faute de les avoir inscrites chaque jour! Combien nous serions plus instruits si les praticieus, en tenant un journal, se communiquaient réciproquement leurs observations sur tel ou tel procédé , sur telle ou telle doctrine regardée ou suivie comme une loi infaillible! C’est dans les colonies que J'ai le plus admiré la bonne tenue du journal des habitations et les avantages qui en résultent. Si, en arrivant chez un habitant, on lui demande quel temps il faisait, il ya cinquante ans, à pareil jour, il peut le dire surle-champ,etil dira en même temps tous les travaux exécutés dans la même Journée sur l'habitation : mais chez nous l’horticulteur ne profite même pas pour lui-même de toutes ses observations, parce que, ne les écrivant pas au fur et à mesure qu'elles se présentent , il en oublie la plus grande partie.

IL est loisible à chacun de donner à son journal la forme qui lui convient; cependant, comme il faut que ce recueil soit clair, précis et méthodique, on doit le diviser en cases et en colonnes proportionnées au nombre des articles qu’on aura à y insérer (1).

Après avoir rédigé son journal, l'horticulteur en chef n'est pas encore libre, il faut qu’il fasse sa ronde ; elle consiste à aller voir si toutes les portes sont bien fermées, à observer s'il ne se passe rien d’extraordinaire dans ses bâtiments, si les outils sont à leur place; à s'assurer du bon état de l'écurie et des bestiaux qu’elle renferme; à passer aux couches , aux chässis, pour voir si tout est

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(x) Vous trouverez ci-après un modèle de journal applicable à un jardin assez vaste réunissant l’utile et l’agréable.

ho) bien couvert et à l'abri des intempéries; à s'assurer que tous les panneaux vitrés sont bien arrêtés; à traverser les serres pour juger de leur température , de l’état des fourneaux, et surveiller les hommes auxquels la garde de nuit est confhee ; à vérifier si rien netraîne, et, enfin, s tout se passe selon l’ordre et la prudence.

Si la saison permet à l’horticulteur de se promener seul dans son jardin pendant le silence d'une belle nuit, et qu’il veuille repasser dans sa mémoire les travaux qu'ila faits, les projets qu il a concus , les améliorations qu’il médite, avec quelle clarté les idées se présenteront à son entendement! Comme il démélera facilement les avantages et les inconvénients de ses plans ! Que de traits de lumière viendront lui montrer la marche qu’il doit suivre dans ses opérations! Non, rien n’est aussi puissant que le silence d’une belle nuit pour épurer, pour agrandir et multiplier nos idées. Débarrassé des tracas, du bruit et des tourments du jour , l’entendement prend tout son développement, la sensibilité toute sa force, et nos conceptions en deviennent plus parfaites. Employez queiquefois ce moyen, messieurs, pour vous retremper et pour accoutumer voire esprit à la méditation; c’est aussi dans ces moments que l’homme, livré à lui-même , entre dans sa conscience, et jouit de tout le bien qu la fait.

Tels sont Les principaux objets sur lesquels j’ ai cru devoir attirer votre attention dans ce discours préliminaire, afin que vous soyez bien persuadés de l'étendue de la carrière ouverte devant vous, et que, pour la parcourir avec honneur et profit, vous avez besoin de meubler votre esprit et votre mémoire d’un grand nombre de connaissances diverses, en même temps que vous exercerez vos bras à executer le nombre encore plus grand et plus varié des opérations de l’horticulture.

Voici un modèle du journal dont je viens de vous parler : il vous sera loisible d’y faire les modifications que vous

V4 x (14) jugerez convenables à la position dans laquelle vous vous trouverez places.

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