DIX-NEUVIÈME LECON
Des membres et appendices des végétaux.
… Messieurs, après avoir reconnu, dans les deux séances précédentes, le nombre, la position relative des organes élémentaires dans le corps des plantes, nous allons employer celleci à reconnaitre et à énumérer les principaux membres que les organes élémentaires, en croissant et se développant, produisent sur la majorité des plantes connues : je dis sur la majorité, car il y a des plantes d’une telle ténuité, qu’elles paraissent n'avoir aucun membre; ce sont des prototypes comparables aux monades et aux animalcules de la zoologie ; d'autres, dont les membres sont restés à l’état plus ou moins rudimentaire : mais, en général, les végétaux sont munis de membres permanents et temporaires plus ou moins divisés sous différentes formes et consistances , qui fournissent aux botanistes les caractères par lesquels ils différencient toutes les plantes entre elles.
Vous voyez que la connaissance de ces parties et la manière de s’en servir constituent toute la botanique descriptive, et qu’en conséquence leur étude est d’une certaine importance, puisque sans elle on ne pourrait ni décrire ni caractériser les genres ni les espèces de plantes.
Le nom de membres, par lequel j exprime les ramifications des végétaux, n’est pas usité par les maîtres en botanique; je l'emprunte à la zoologie, qui l’emploie dans le même sens. Le nom appendices n’est pas nouveau en botanique , mais on ne l’applique encore qu'aux feuilles. Enfin les maitres dési-
gnent les membres et appendices des végétaux sous le nom d'Organes composés, faute de mieux sans doute, car les organes ne sont pas plus composés dans un rameau, dans une feuille que dans le corps de la plante.
De Candolle est, je crois, le premier et le seul botaniste qui ait divisé les membres et appendices des végétaux en Organes de la végétation et en Organes de la fruchfication. Cette division, contre laquelle l'anatomie et la physiologie pourraient s'élever , est cependant commode dans la pratique, et les apparences sont en sa faveur : ainsi les racines, les tiges, les rameaux, les feuilles sont les organes de la végétation; ils précèdent toujours, même souvent de beaucoup d'années, les organes de la fructification, qui sont les bractées, les spathes, les pédoncules, les fleurs et les fruits. |
Nous suivrons donc la division de De Candolle dans l’énumération abrégée des principaux membres et appendices des plantes, et adopterons avec lui les noms Organes de la végétation et Organes de la fructification, qui ont un sens défini, de préférence à celui Organes composés, employé par les maîtres du jour et qui n’exprime rien de précis.
Avant d'entrer dans l’'énumération de ces organes, je crois devoir attirer votre attention sur un point qui n'appartient à aucune division, et sur lequel il faut pourtant que vous vous fassiez une opinion : je veux parler du collet des plantes. Le collet est une ligne mathématique qui sépare la racine primordiale de la tige. Cette ligne a une grande importance dans la graine et pendant la germination ; elle est le premier nœud vital où se manifestent deux forces opposées, l’une qui détermine la croissance par en bas, l’autre qui la détermine par en haut. Après l'acte de la germination, d’autres nœuds vitaux, en nombre indéfini, se manifestent successivement sur la portion qui s'élève en tige, auxquels on a donné les noms d'œil, bouton, gemme, et qui remplissent à leur tour et toujours successivement le rôle du premier nœud vital; de sorte que ce premier nœud vital n’a plus la moindre importance
(oi4) dans les plantes adultes. Vous pourrez trouver, dans les ouvrages des botanistes mêmes, qu'on accorde une grande importance à ce premier nœud vital dans les plantes adultes, mais c’est une erreur; il s'est éteint aussitôt que d’autres nœuds vitaux l’ont remplacé. Nous en reparlerons quand nous en serons à la physiologie ; pour le présent, je me borne à vous dire que, dans la germination, le collet se fait assez souvent remarquer par un renflement, par une sorte de villosité, mais que dans les plantes adultes il n’en reste aucune trace, et que, si l'on veut que son nom signifie quelque chose durant la vie des plantes, on peut dire que le collet est à peu près l'endroit où finit par en bas la moelle centrale dans les tiges dicotylédones.
Organes de la végétation.
Racines terrestres. C'est, comme vous le savez, la partie des végétaux qui s'enfonce plus ou moins en terre pour y puiser la nourriture, tandis que la tige s'élève en l'air ou rampe sur le sol. Il y a des racines d’une infinité de formes, de dimensions très-différentes et de consistances diverses : les unes sont pivotantes, les autres traçantes; celles-ci sont charnues, celles-là sont ligneuses ; d’autres sont simples, d’autres se divisent peu et d’autres se divisent à l'infini; les unes meurent chaque année, quoique appartenant à des plantes vivaces, etc. Votre pratique vous mettant à même d'observer journellement la diversité des racines, je me borne à vous en mettre quelques-unes sous les yeux.
La fig. 27 donne une idée à peu près de toutes les racines naissantes de graines : elles sont généralement pivotantes ; mais, en peu de temps, elles prennent le caractère propre à leur espèce.
La fig. 28 représente celle d'un Poirier arrivé à l'état adulte, et donne une idée de celle de la majorité des arbres à feuilles caduques.
La Carotte, fig. 29, est une racine fusiforme, charnue.
Fig. 28. Fig. 29.
Le Navet blane, fig. 50, est une racine arrondie, charnue, presque hors de terre, et qui n’enfonce dans le sol qu’un fil à peine rameux.
La fig. 51 est un exemple applicable à tous les végétaux monocotylédonés, ligneuxetherbacés. Dans cette classe, toutes les plantes perdent leur pivot a peu de temps après leur germination, et il est remplacé par des racines latérales qui se développent successivement de bas en haut. C’est une grande loi que j'ai découverte, le premier, à Saint-Domingue avant 1800, et que, après mon retour en France, j'ai démontrée en séance de | Académie des sciences, en 18035-4.
Fig. 30. Fig. 31.
Les racines se distinguent encore des tiges aériennes en ce qu'elles n'ont pas d’yeux prédisposés à leur surface, et que,
quand elles se ramifient, c’est d’'unemanière adventice. Parmi ces racines , les unes sont douées de la faculté de produire facilement des drageons aériens, tandis que d’autres n’en produisent que difficilement ou jamais : ainsi les racines rampantes du Noyer ne drageonnent. pas, tandis que celles de l'Orme, de l'Acacia, de lAylante drageonnent avec beaucoup de facilité. Les racines de l Avicema indiquent leur direction traçante dans la terre par des productions en forme de chandelles qui s'élèvent sur le sol. Le Cyprès chauve, d’un certain âge, indique la direction des siennes dans la terre par des productions en forme de cônes creux ou bornes, hauts de 4 mètre et plus, beaucoup plus gros que les racines qui les produisent; cependant, quoique les racines offrent beaucoup de caractères, les botanistes les emploient,peu pour caractériser les plantes, parce qu’on les voit rarement et que trèspeu peuvent ètre conservées dans les herbiers.
Spongioles. Avant de quitter les racines terrestres, je dois vous dire un mot des spongioles. Ce nom n’est pas ancien; De Candolle l’a imaginé pour l'appliquer aux extrémités des racines terrestres quand elles poussent et s'allongent, parce qu'alors une partie d’entre elles sont spongieuses et plus grosses que la partie qui les précède. Ce que les pépiniéristes ont toujours nommé œguilles rentre dans les spongioles. En forgeant le mot spongiole, De Candolle à embarrassé bien des chercheurs; on a cru qu’il désignait un organe nouveau que ce botaniste avait trouvé au bout des racines, tandis qu'il ne désigne que l'extrémité menue d’une racine qui sallonge; de sorte que ce mot grossit la kyrielle des noms inutiles qui embrouillent la botanique.
Racines aériennes. Beaucoup de plantes produiraient des racines aériennes à différentes hauteurs sur leurs tiges si elles se trouvaient dans une atmosphère suffisamment chaude et humide : ainsi la Vigne, enfermée dans une serre à Ananas, produit souvent des racines aériennes en quantité sur ses rameaux, au-dessous des nœuds surtout; des Aroïdées,
( 247 ) des Orchidées, des Figuiers exotiques en produisent dans nos serres chaudes.
Crampons , griffes. On appelle ainsi des racines aériennes, courtes, simples ou rameuses, qui ont la propriété de s'attacher aux arbres, aux murs, et d'y maintenir les plantes qui en sont pourvues, telles que le Lierre grimpant, la Vigne vierge, le Figuierrampant : on juge que ces Crampons sont des racines, parce que, si on coupe dans le bas la tige de la plante qui en est munie, la partie supérieure attachée à l'arbre ou au mur vivra encore quelque temps au moyen des crampons qui tirent l humidité de leur support.
Suçours. Il y a un certain nombre de plantes parasites qui ont des suçoirs bien apparents, soit sur leurs racines, soit sur leurs iiges , et d’autres dont les suçoirs n’ont pas encore été étudiés ou sont difficiles à déterminer. Parmi les suçoirs bien apparents, on compte ceux qui se trouvent sur les racines aériennes des Loranthes, et sur les tiges des Cuscutes terrestres ; parmi ceux encore mal connus, on compte ceux qui se trouvent sur les racines des Orobanches, des Clandestines et ceux des racines aériennes des Orchidées épiphytes; de quelques Areïdées. Je ne connais aucun ouvrage où les suçoirs soient bien décrits . M. Mirbel, dans ses éléments de botanique, parle de ceux d’un Loranthus que je lui avais communiqué. D’après mes propres observations, je crois pouvoir assurer que les suçoirs des racines et des tiges ne se forment qu'aux endroits des tiges et racines qui peuvent s'appliquer sur une autre racine, une autre tige ou sur une pierre, et qu'ayant leur application sur ces corps les suçoirs ne paraissent nullement. Pendant mon séjour à Saint-Domingue, avant 4800, j'ai examiné et dessiné avec soin une Cuscute beaucoup plus grosse et plus grande que les Cuscutes d Europe. Je reproduis ici la partie de mon dessin qui en représente les suçoirs. Cette Cuscute ayant une autre manière de vivre que celle de France, je crois devoir vous en dire quelques mots.
La Cuscute de Saint-Domingue parait être la Cusceuta ame-
ricana, L. Elle croit et vit sur la tête d’un arbre haut d’environ 20 mètres, appelé Chène dans le pays, et qui est le Bignoma longisiliqua , BroT. Cette Cuscute produit beaucoup de graines qui peuvent lomber à terre et y germer; mais je me suis bien assuré qu'aucune jeune plante ne monte sur le grand arbre. Pendant six ans, j'ai vu chaque année la Cuscute se développer au temps des pluies dans les rameaux du Chène à 45 ou 18 mètres de hauteur, et bientôt en couvrir les ramilles et les feuilles d’un immense réseau jaunâtre, et, vers la fin dela sécheresse, ce grand réseau mourir, se dessécher, et un autre le remplacer quand la pluie arrive. Danslecommencement, jecroyais cette planteannuellecomme les autres Cuscutes, je ne pouvais m'expliquer comment elle pouvait se renouveler chaque année sur un si grand arbre : je l'ai donc examinée de plus près et me suis assuré que, tandis que la grande sécheresse faisait mourir toutes ses tiges et ses rameaux, beaucoup de ses bifurcations, qui sont plus grosses et plus charnues que les autres parties, ne mouraient pas, et qu’au temps des pluies, vers le mois d'octobre, ces bifurcations bourgeonnaient et reproduisaient la Cuscute; alors j'ai compris comment cette plante pouvait reparaître chaque année, au sommet d’un grand arbre et en couvrir les branches.
La fig. 52 représente une portion de tige de la Cuscute de Saint-Domingue, de grandeur naturelle, entourant une branche. On voit en a les nombreuses scutelles développées sur la partie qui était appliquée sur la branche et qui y ont laissé les impressions b b. La fig. 35 représente une scutelle trèsgrossie de la Cuscute, du fond de laquelle s’élève le suçoir en forme de langue qui s enfonce dans l’écorce de la branche et qui y adhère tellement que, lorsqu'onéloigne laCuscute, plusieurs de ces lames se détachent de la scutelle et restent engagées dans les plaies qu’elles ont faites à la branche, comme on le voit fig. 54.
Je n’ai étudié que très-superficiellement les suçoirs des Cuscutes de France ; mais j'ai lieu de croire qu’ils n’offrent pas de caractères aussi bien déterminés que ceux de la Cuscute de Saint-Domingue : au reste, je puis vous dire, en passant, que les observations les plus curieuses en botanique se font le plus souvent par des voyageurs dans les régions tropicales, où la végétation déploie une vigueur inconnue dans nos pays septentrionaux.
Tiges rhizomes. Ces deux mots veulent dire tige qui s’enracine, et, quoique toutes les tiges soient susceptiblesde s’enraciner plus ou moins facilement dans leur jeunesse, on ne les applique qu’à des tiges souterraines, simples ou rameuses, rampantes au-dessous ou près de la surface du sol ou au fond des eaux. Ces tiges ont encore pour caractère d’avoir des yeux latéraux, des racines à leur côté inférieur, de se détruire successivement par un bout tandis qu'elles s'allongent par l’autre, où elles développent leurs feuilles et leurs fleurs qui s élèvent dans Pair. Le plus franc exemple de tige rhizome sc
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trouve parmi les Nymphæa.LeChiendent des boutiques estun rhizome ; la griffe de l’Asperge est un rhizome; ce qu'on appelle tige dans cette plante n’est qu’ un grand pédoncule rameux, multiflore et annuel. Les Anémones d'Europe n’ont de vivace que leur rhizome.
Un bel exemple de tige rhizome est celle du Polygonatum, fig. 59. L’extrémité a se détruit successivement à mesure que l'extrémité b s’allonge, et chaque année une hampe florale c s'élève de la dernière scutelle formée : on a donné à ces scutelles le nom de Cachet, et à la plante celui de sceau de Salomon.
Fig. 35.
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Ce qu’on appelle ordinairement racine dans l’[ris-flamme , fig. 56, a, est un rhizome charnu dont les racines vraies b naissent en dessous. Vous voyez que dans cette plante, comme dans toutes celles de la section, les feuilles sont gladiées, imbriquées et distiques. Rappelez-vous que toutes les plantes à rhizome vrai paraissent voyager, puisque leur rhizome se détruit peu à peu par le plus vieux bout et s’allonge par le plus jeune.
Les botanistes voyant que la Pomme de terre, la Patate ont, sur les endroitsdeleurs racines gonflés entubercules, des yeux comme les tiges aériennes , rangent ces tubercules au nombre des tiges rhizomes. On voit bien qu'il y à un certain rapport entre un rhizome vrai et ces tubercules , mais il y à aussi des différences assez considérables : d’abord un rhizome vrai est toujours vivace; il a ou il a eu des yeux et des racines sur toute sa longueur, et toujours sa plus jeune extrémité produit des expansions qui viennent s épanouir à l'air; or, de tout cela, il n’y a que les yeux qui se retrouvent sur les tubercules de Pomme de terre, de Patate, de Topinambour, d'Oxalis. Si on plante ces tubercules, ils ne produisent pas de racines, ils ne grossissent pas, ne s'allongent pas ; tous leurs yeux se développent ou peuvent se développer en rameaux aériens aux dépens de leur substance, et ces rameaux bientôt vivent par les racines qui se développent à leur base, tandis que le tubercule planté se vide et se détruit. Voici encore une difficulté à laquelle les botanistes n’ont pas pensé lorsqu'ils ont arrèté qu'une racine de Pomme de terre serait dorénavant un rhizome J’ai planté le tuber-
cule a, fig. 37; l'un de ses yeux a développé la tige aérienne b, que j'ai coupée au-dessus de ses deux premiers nœuds après qu'ils eurent produit les deux faisceaux de racines que
Fig. 37.
représente la figure; parmi ces racines, les unes sont, comme toujours, restées menues et fibreuses , et les autres se sont gonflées en tubercules dans différents endroits de leur longueur; or il n'y a que les parties gonflées qui aient des yeux à leur surface; les parties non gonflées cccc n’ont pasd yeux, et cependant elles appartiennent à la même racine que les parties gonflées en tubercules ; et, commeune racine de Pomme de terre peut se gonfler en tubercule à deux , trois et quatre
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endroits différents et rester racine dans les autres parties, il doit vous sembler contraire aux saines idées de donner le nom de rhizome à la racine de Pomme de terre, d'autant plus que le mot rhizome signifie Je m'enracine, et que les tubercules de Pomme de terre ne s'enracinent jamais.
Messieurs, peut-être pensez-vous que cette petite digression sur l'application d'un mot est un peu oiseuse; mais je me hâte de vous rappeler que quand un mot à un sens bien défini, qu'il ne renferme qu'une seule idée, tel que celui rhizome, c’est une faute de l'appliquer à des choses auxquelles il ne convient pas. La fausse application des mots amène la confusion, les dissensions de toute espèce; son moindre inconvénient dans les sciences est de jeter de la défaveur sur les maîtres qui les professent et de diminuer ou tarir le goût dans ceux qui seraient disposés à les cultiver. Le mot rhizome convient parfaitement à une tige souterraine qui $'enracine ou produit des racines au fur et à mesure qu’elle s'allonge ; mais il est illogique de l’appliquer à un tubercule dénué des racines, qui ne produit jamais de racines, qui ne s allonge ni ne grossit jamais après sa plantation. — Pour nous, messieurs, qui devons, avant tout, suivre la raison toutes les fois qu'elle nous paraît évidente, nous reconnaissons qu'un rhizome vrai et un tubercule de Pomme de terre ont entre eux une légère analogie, en ce.que l’un et l'autre ont des yeux à la surface ; ét comme les analogies sont très-bonnes à rappeler en botanique, qu'elles aident souvent à faire d’heureux rapprochements, je pense qu’en désignant le tubereule de la Pomme de terre et tous ceux qui ont les mêmes caractères par le mot composé pseudo-rluzome, faux rhizome, on les séparerait des vrais rhizomes, tout en conservant l'idée qu’il y a quelque analogie entre eux.
Avant de quitter ce sujet, il convient que je vous fasse part d’une idée qui doit trouver sa place ici. J’ai pensé que, de toutes les racines qui naissent en faisceaux aux nœuds inférieurs d’une tige de Pomme de terre, les unes étaient
destinées à rester toujours fibreuses pour pomper la séve et l'envoyer dans la tige; que d’autres étaient destinées à recevoir des sucs élaborés par les feuilles et la tige, et à les conserver dans des endroits qui se gonflent en tubercules. Or, en examinant les racines de Pomme de terre sous ce point de vue, j'ai cru reconnaître que c’était toujours la première racine développée au milieu d’un faisceau, qui se gonflait en un ou plusieurs tubercules;*en 1851, trouvant que mon opinion était fondée, je l’ai démontrée et appuyée d’une figure prise sur une tige de la Pomme de terre hétéroclite, et publiée dans les Annales de la Societé royale d'horticuliure, tome 1x, page 206, pl. 1, fig. 4. Dans les deux faisceaux de racines de la fig. 537 que vous avez sous les yeux, vous voyez que dans l’un il n’y a que la racine centrale qui soit devenue tuberculifère et que les autres sont restées fibreuses; dans l’autre faisceau, il s’est trouvé deux racines centrales tuberculifères, et toutes les autres sont également restées fibreuses. Voici un fait vulgaire à l’appui de ceux-ci : tous les cultivateurs savent que les tiges de Pomme de terre produisent quelquefois des tubercules hors de terre; dans ce cas, la racine tuberculifère est ordinairement unique à chaque nœud, et, si par hazard il s’en développe d’autres par la suite, elles restent toujours fibreuses; donc il y a quelque chose à apprendre dans les racines de la Pomme de terre. Tiges-plateaux: Cette sorte de tige ne se rencontre guère que parmi les plantes monocotylédones, et plus particulière. ment dans la famille des Liliacées; elle est connue sous le nom de plateau en horticulture, et son analogie et ses fonctions l'ont fait placer au rang des tiges par les botanistes, malgré son très-peu de hauteur, relativement à sa largeur. La tige-plateau a pour caractère d’avoir des racines ordinairement simples en dessous, de porter des écailles en dessus, et, selon la loi générale, chacune de ces écailles a ou peut avoir dans son aisselle le rudiment d’une hampe florale ou d'un caieu.
La fig. 58 montre une coupe verticale dé Jacinthe. On voit en a l'épaisseur et la hauteur de sa tige, en b le sommet de la hampe florale qui est déjà reconnaissable longtemps avant qw'elle ne sorte de ses enveloppes écailleuses c, c. Dans l'exemple que je mets sous vos yeux, l’oignon en est sans
Fig. 38.
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doute à sa première fleuraison , puisque sa fleur se trouve centrale; mais, pendant les six années qu’un oignon de Jacinthe peut vivre, c’est par le centre qu'il commence à se détruire, et ses fleurs prennent naissance entre des écailles plus extérieures. Dans la jeunesse de l'oignon, ses racines étaient enee; chaque année, il en naït de nouvelles de plus en plus loin ducentre, quireste vide; de sorte que la place qu’occupent aujourd hui les racines d, d indique que l'oignon figuré n'avait pas moins de quatre ans. Les Amaryllis, les Crinum et beaucoup de Liliacées ont une tige semblable, plus ou moins épaisse.
Tiges aériennes. La NE fonction des tiges aériennes
est de porter des feuilles, des fleurs et des fruits. Les feuilles manquent ou restent à l’état rudimentaire dans quelques familles, dans quelques genres et dans quelques espèces : ainsi la famille des Cactées ne compte qu’un genre muni de feuilles: le genre Stapehia en est entièrement dépourvu. Les genres Euphorbe et Cacalie ont beaucoup d'espèces privées de feuilles. D'après l'importance que la physiologie attribue aux fonctions des feuilles dans la végétation , on explique tant bien que mal la végétation de ces plantes sans feuilles, qui, pour la plupart, sont d'une croissance lente et n’acquièrent jamais une grande hauteur; mais on n'a jamais tenté d'expliquer comment les gigantesques Casuarina de la Nouvelle-Hollande peuvent acquérir leurs énormes dimensions sans le secours de feuilles.
Il serait inutile que je vous entretinsse des innombrables formes et consistances que prennent les tiges aériennes; votre pratique vous donne tous les jours une idée de leur diversité ; vous savez déjà qu'il y en a d'annuelles et de ligneuses, de grandes et de petites, de rampantes sur le sol, de grimpantes, de volubiles à droiteouà gauche, de simpleset de rameuses, de cylindriques, d'anguleuses, d’articulées, d’ailées ; que, parmi les ligneuses , celles qui ne s'élèvent pas au-dessus d'environ 56 centimètres ont reçu le nom d’arbuste, celles dont la hauteur s'élève de 4 à 6 mètres celui d'arbrisseau, et qu’enfin celle des grands arbres a reçu le nom de #rone, et les plus grosses branches du tronc celui de bras. Quant à la durée des tiges, elle est très-variée ; il y en a qui vivent moins d’un an, d'autres qui vivent jusqu’à un ou plusieurs siècles.
Les rameaux ou branches des tiges naissent dans différents ordres dont les botanistes font souvent usage pour caractériser certaines familles et des espèces. Les rameaux peuvent naître 4° sans ordre appréciable; 2° alternes, en formant diverses hélices ; 3° opposés deux à deux, trois à trois, quatre à quatre; 4° lorsqu'ils sont opposés au nombre de cinq ou davantage, on les dit verticillés. Quand nous en serons aux
( 257 ) feuilles, nous verrons pourquoi les rameaux peuvent avoir ces différentes positions.
En présence des arbres de cet établissement, il est inutile de vous rappeler que la direction de leurs rameaux donne à la plupart d’entre eux un port particulier qui seul le fait reconnaitre ; ainsi le Peuplier d'Italie, ie Sapin, le Pin-pignon, leCyprès, le Thuya, etc., ont chacun un port spécial et qui ont reçu des noms que vous connaissez déjà. D’autres ont le port moins tranché; mais au moyen de l'observation et de la comparaison on finit par les distinguer. J'ai connu un habile pépiniériste qui distinguait presque tous les arbres fruitiers connus dans ma jeunesse par l’angle que leurs rameaux forment avec la tige.
Les botanistes distinguent quelques tiges par des noms particuliers; ils appellent chaume la tige du Blé et de toutes les graminées, et lui donnent pour caractère d'être fistuleuse et munie de nœuds. Je ne sais s'ils comprennent dans cette catégorie la tige du Bambou, qui égale en hauteur celle des plus grands arbres. La tige des Joncs a reçu le nom de chalumeau, caractérisée par son manque de nœuds. Remarquez, en passant, que la tige du Jonc est pleine, et que le nom de chalumeau en donne une idée opposée. La tige et les rameaux dela Vigne ont reçu le nom de sarment, et la famille celui de sarmentacées. La hampe ou la scape est une tige sans feuille qui porte les fleurs; exemple, les Amaryllis, le Pissenlit. La définition de cette espèce de tige rend difficile le classement de ce qu’on est habitué à appeler pédoncule dans les Cyclamen et dans quelques autres plantes.
Les maitres mettent au nombre des tiges ce qu’en horticulture nous appelons coulanis ou filets dans le Fraisier, fig. 59. À ce sujet, je vous rappelle que nous sommes convenus de suivre les maîtres tant que la raison serait de leur côté, mais que, quand le raisonnement ou l'examen ne serait pas en leur faveur, nous prendrions le bon sens seul pour guide : or l'examen montre clair comme le jour que les cou-
lants du Fraisier ne sont pas des tiges , puisqu ils prennent naissance dans les aisselles des feuilles inférieures de la tige, et sont, conséquemment, de véritables rameaux. Ces coulants
Fig. 39.
ou rameaux rampants ont des nœuds de distance en distance, et le rudiment d’un bourgeon à chaque nœud; mais, de tous ces bourgeons rudimentaires, il ne s’en développe alternativement que la moitié en nouvelles plantes qui s’enracinent en même temps que leurs feuilles se développent : de sorte que l’on compte sur un coulant une jeune plante a, puis un bourgeon avorté b, puis une jeune plante c, puis un bourgeon avorté d, ainsi de suite, et, quand les plantes sont enracinées, le coulant meurt, sa fonction est remplie. Cet avortement constant et alternativement de la moitié des bourgeons sur les coulants du Fraisier est inexplicable; et, quoique les naturalistes de nos jours n’admettent pas volontiers de causes finales , il leur sera difficile de se refuser à reconnaître que cet avortement régulier est dans le plan de la nature. Messieurs, je suis loin de vous avoir tout dit sur les membres des végétaux, puisque mon intention n’est que de vous ouvrir la porte de la botanique et vous engager à l’étudier vous-mèmes; cependant je dois vous avertir que quelques végétaux ont des membres tellement conformés, tellement semblables à des feuilles, que vous pourriez rester encore long-
temps dans l'erreur à leur égard, si, en terminant cette leçon, je ne vous en disais pas quelques mots.
Rameaux foluformes. Votre pratique vous a déjà appris que les rameaux dans le genre Epiphyllum et Bryophyllum, quoique ayant l'apparence de feuilles, n’en sont réellement pas; mais vous ne le savez peut-être encore que d’une manière empirique, et l’empirisme n’est pas de la science. Il faut donc que vous sachiez qu’en botanique on a deux raisons pour refuser le nom de feuilles aux rameaux foliiformes de ces plantes : 1° ces rameaux sont florifères, et jamais les véritables feuilles ne portent de fleurs ; 2° si on examine le point d'insertion de l’un de ces rameaux, on y trouve une écaille qui représente la feuille dans l’aisselle de laquelle le rameau s’est développé. Dans les acotylédons seuls on trouve des rameaux qui se développent ailleurs que dans l’aisselle d’une feuille; dans les mono et dicotylédons, au contraire, jamais lesrameaux prédisposés ne se développent que dans l’aisselle d’une feuille présente ou tombée, ou réduite à l’état d’écaille. I n’y a que les rameaux adventices qui percent l'écorce à des endroits non prévus sans être précédés de feuilles, et dont l’origine n’est pas encore clairement expliquée.
Voici deux exemples de rameaux foluformes que vous avez sans doute pris jusqu'ici pour de véritables feuilles. Je prends le premier dans le genre Ruscus. Toutes les espèces de ce genre ont les premières divisions de leurs rameaux foliiformes. L'exemple que je vous présente, fig. 40, appartient à l'espèce nommée Ruscus aculeatus, en français Fragon ou Laurier alexandrin. Dans cette plante ou dans toutes celles de son genre, les véritables feuilles sont réduites à l’état d'écailles & a, étroites et aiguës. De leur aisselle sortent les rameaux primordiaux 6 b et de ceux-ci naissent les rameaux secondaires c € c, qui ont la forme de véritables feuilles, que tout le monde prend pour des feuilles, excepté les botanisies, qui les considèrent, avec raison, comme des rameaux, 4° parce qu'ils sont nés dans l’aisselle
d'autant d’écailles d, d, d représentant autant de feuilles avortées; 2° parce que chacun d'eux porte une fleur e sur son disque, qui est ellemême dans l'aisselle d’une écaille.
Voici le second exemple de rameaux foliiformes: il est pris dans le genre Xylophylla et appartient à l'espèce Xylophylla angustifolia, fig. A, L'aspect de celui-ci n’a pas l'air aussi feuille que dans l'exemple précédent; cependant, à sa minceur et à sa forme, on pourrait le prendre pour une feuille, si l’écaille linéaire et aigué a, dans l'aisselle de laquelle il est né, et les fleurs qu'il porte sur ses deux bords, ne prouvaient pas sans réplique qu'il estun vrai rameau.
Messieurs , ceux d’entre vous qui feront des progrès dans l’étude de la botanique trouverontdanslegenre Phyllanthus des rameaux qui simulent des feuilles encore plus complétement que ceux que je viens de mettre sous VOS Yeux.