‹ Cours d'horticultureChapitre 33 sur 70 · VINGTIÈME LECON · texte numérisé non relu

VINGTIÈME LECON

Armures des plantes.

Messieurs , un certain nombre de végétaux sont plus ou moins garnis de soie, de laine, de poils, d’aiguillons, d’épines , surtout dans leur jeunesse , et quelquefois pendant toute leur vie. Toutes ces armures sont probablement utiles ou défensives pour les plantes; mais les épines et les aiguillons deviennent offensifs pour nous quand nous voulons nousrendre maîtres de celles qui en sont pourvues. Ces organes ne paraissent pas indispensables à la végétation, puisqu'ils manquent sur beaucoup de plantes et qu'ils ne sont que temporaires sur d’autres ; les botanistes ne leur assignent pas une grande importance physiologique, mais ils s’en servent dans leurs descriptions spécifiques. Voici quelques-unes de ces armures.

Duvet soyeux et laineux. Le nom de ces armures porte leur définition ; il suffit de vous en montrer quelques exemples pour vous rappeler que vous les connaissez parfaitement: j'ai à vous prévenir seulement qu’on les rencontre plus souvent sur les tiges et les feuilles des plantes herbacées que sur les plantes ligneuses.

Poils. Les poils sont simples ou rameux, mous ou roides, obtus ou piquants, vides ou contenant une liqueur tantôt visqueuse, odorante, tantôt délétère ou brülante. La différence dans leur structure est assez constante dans différentes familles, et cette différence concourt à les caractériser. Vous aurez peut-être de la peine à ranger an nombre des poils les

écailles qui couvrent les tiges et souvent les feuilles des Élæagnées ; mais, à mesure que vous ferez des progrès en botanique, vous reconnaîtrez qu’elles ont la même origine que les poils, qu’elles ne tiennent qu’à l’épiderme.

Aiguillons. Les aiguillons sont des poils pleins qui prennent un large empâtement sur l’épiderme qui leur donne naissance, ainsi qu’à tous les poils et duvets. Le Rosier offre le plus bel exemple de cette sorte d’armure, fig. 42. [ci la plupart des aiguillons se recourbent vers leur extrémité, acquièrent une grande dureté à l’extérieur, et leur intérieur est plein de tissu cellulaire ou subéreux. Preuve qu'ils ne tiennent qu’à l’épiderme, c’est qu’on les détache aisément sans occasionner de déchirure, et qu’on ne voit à la place qu'une granulation, comme le représente la fig. 42 en a et b.

Le plus curieux exemple d’aiguillon est celui fourni par uu arbre des tropiques, connu sous les noms de Bots jaune,

Fig. 42. Fig. 43.

de Massue d Hercule, que les hotanistes ont {raduits par ceux

de Xanthoxylum clava Herculis. C’est un arbre de la grosseur du corps humain, haut de 25 à 30 mètres, à écorce lisse, parsemée d’aiguillons coniques, fig. 45, hauts et larges à la base, de 5 à 4 centimètres, extraordinairement durs. Pour peu qu’on touche à l’un de ces aiguillons, une force élastique (de l'air comprimé, sans doute) le lance à plusieurs mètres de distance. Le dessous est très-lisse, et je n’ai jamais pu trouver comment ces aiguillons tiennent à l’écorce.

Messieurs, les soies, les laines et les aiguillons ne sont qu'une modification de poils dont l’origine est dans l’épiderme ou dans la couche cellulaire sous-épidermique; de sorte que leur caractère essentiel est de n’avoir aucune communication directe avec le bois, tandis que l’épine n’est que du bois. Mais entre l’aiguillon et l’épine viennent se placer des feuilles et des stipules métamorphosées en piquants simples, doubles ou triples, dont l’origine tient du bois et de l’épiderme, et que les botanistes n’ont pas encore distingués scientifiquement de l’aiguillon ni de l’épine. Ces piquants mériteraient d'être distingués par un nom qui indiquât leur double origine; mais, puisque cela n’est pas fait, nous continuerons de leur donner le nom général de piquants, quoiqu'il soit équivoque.

Piquants. L’Acacia blanc, Robinia pseudo-acacia, à constamment ses deux stipules métamorphosées en deux piquants très-offensifs, fig. 44, a, tandis que la feuille qui les sépare, dont la figure ne représente que la base du pétiole b, reste constamment à l’état normal. Si l’on fend verticalement l’un de ces piquants, on trouve que sa base est creuse et qu’elle contient une stipule avoriée qui émane du bois, tandis que le reste du piquant paraît n’émaner que de l’épiderme comme un simple aiguillon, et servir de fourreau à la stipule avortée et mème être la cause de son avortement.

Dans le genre Épine-vinette, Berberis, la première feuille d’un nœud se métamorphose toujours en un piquant à une, deux ou trois pointes, fig. 45, tandis que les feuilles de son

aisselle conservent leur forme normale; ici le piquant lire

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son origine du bois comme toutes les feuilles , et il ne renferme rien qui puisse le faire comparer au piquantdel’ Acacia.

Dans le Groseillier épineux , Ribes, la première feuille d'un nœud et une ou ses deux stipules subissent constamment la mème métamorphose, fig. 46. Quelquefois une des stipules, ou toutes les deux, avortent tout à fait; alors le piquant n’a qu’une ou deux pointes. La fig. 46 appartient

au Ribes speciosum; ses trois pointes sont les plus longues du genre.

Épines. La définition de l’épine ne laisse aucune équivoque ; c’est toujours, dit-on, l'extrémité d’un rameau, d’un

pétiole ou de quelque autre partie avortée. Cependant il y a des épines sur la tige, sur les pétioles de plusieurs Palmiers, sur certaines feuilles qu’on ne peut pas attribuer à un avortement ; car ce mot renferme l’idée d’un manque de quelque chose , l’idée qu’une chose est restée inachevée. Sans doute, il y a des épines causées par un avortement visible; mais il y en a aussi de causées par un excès de végétation. Ainsi, quand nous rabattons les grosses branches sans épines d’un fort Oranger, il en repousse d’autres plus vigoureuses armées d’épines meurtrières ; quand nous semons des pepins de Poirier, les jeunes arbres conservent ou poussent des épines jusqu’à l’âge de dix ou douze ans, et c’est justement quand leur végétation devient modérée qu’ils n’en produisent plus; enfin il y a des plantes qui produisent des épines pendant toute leur vie, sans qu'il soit possible d’y apercevoir le moindre avortement. En délaissant l’idée d’avortement dont on abuse en botanique, il serait plus sage de définir l’épine une continuité piquante du bois qui la porte.

Dans le Prunellier, Prunus spinosa, fig. A7, il y a d’autant plus de rameaux terminés en épine que la plante est moins vigoureuse, et c’est peut-être cet arbrisseau qui a donné aux botanistes la première idée de dire que toute épine était le produit d’un avortement. On voit, en effet, que les feuilles se rapetissent progressivement en se rapprochant du sommet, comme si la nourriture leur manquait.

Dans les Féviers, Gleditscha, les épines ne sont pas terminales ; elles naissent avec et sur les rameaux à une certaine distance au-dessus des feuilles, et sont dites suraxillaires, fig. 48. L’épine c n’est âgée que de quatre mois; avec les années elle s’allongera, se ramifiera considérablement et deviendra une armure très-meurtrière sur le tronc de l’espèce appelée Gleditschia ferox. On pourrait croire que les épines des Gleditschia sont d’une espèce particulière; mais, comme on les voit quelquefois munies de feuilles, les botanistes Îes rangent parmi les rameaux avortés.

Enfin il y a des pétioles, des pédoncules qui se terminent en épines. Ainsi, dans l’Astragalus tragacantha , fig. 49, c'est le pétiole commun a qui est terminé en épine; dans l’Alyssum spinosum, c’est le pédoncule : ce dernier cas est le plus rare.

Fig. 48. Fig. 49.

Vrilles. Les vrilles sont des armes de simple garantie qui ne sont ni défensives ni offensives; mais, par leur moyen, plusieurs plantes qui ramperaient sur le sol s’élèvent avec les plus hauts arbres, en s’accrochant dans leur branchage. Les vrilles sont des espèces de mains formées de filets simples ou rameux plus ou moins longs, qui tendent naturellement à s’enrouler autour des corps qu’ils peuvent saisir. Il y a des familles, des genres, des espèces armées de vrilles, et les botanistes en tirent de bons caractères. On a remarqué que les vrilles naissent sur diverses parties des plantes, ce qui donne le moyen de les diviser en cinq sortes : 1° les caulinaires, 2° pétiolaires, 3° pédonculaires, 4° foliaires, 5° corollaires; en voici quelques exemples.

Vrille caulinaire. C’est ainsi que l’on désigne les vrilles qui naissent sur les rameaux des plantes, comme dans les Cucurbitacées.

Vrille pétiolaire. On appelle ainsi celle qui termine le pétiole ailé de la Gesse odorante, Lathyrus odoratus, fig. 50, a;

( 267 ) ici elle est deux fois trifurquée, mais elle est moins compliquée dans d’autres légumineuses. Beaucoup de Bignones grimpantes, un certain nombre d’autres plantes ont le pétiole commun terminé en vrille.

Fig. 50.

Vrille pédonculaire. L'adjectif de celle-ci indique qu’elle

Fig. 51.

peut remplacer en tout ou en partie le pédoncule des fleurs. Ainsi, dans la Vigne, fig. 51, l’une des deux branches a de la vrille pourrait porter du Raisin, former la grappe , et l'autre branche rester vrille. Quand une vrille de Vigne ne porte pas de Raisin, c’est qu’il y a avortement dans ses deux bouts; on en a la preuve en examinant à la loupe l’extrémité b, on y trouve de petites écailles qui recouvrent autant de germes qui n’ont pu se développer.

Une vrille ou une grappe de fleurs ou de grains dans la Vigne étant toujours diamétralement opposée à la feuille, au lieu d’être terminale ou axillaire comme dans le plus grand nombre de plantes, les botanistes ont cherché à ramener ce cas particulier à la loi presque générale. En cherchant, ils ont trouvé, dans les solanées, dans les borraginées, que des rameaux usurpaient la place des fleurs et rejetaient celles-ci de côté, et qu'alors elles paraissaient latérales. D’après cette manière d'expliquer la position latérale de certaines fleurs, ils ont établi la théorie des usurpations et ont rangé sous cette règle les vrilles et les grappes de la Vigne en disant qu'elles étaient nées terminales, mais qu’un sarment ambiheux, né d'un œil latéral, les a jetées de côté et en a pris la place. Cette manière de voir est pittoresque, sans doute; mais “est-elle sensée? Je ne le crois pas; car, pour admettre de l'ambition, des usurpations dans les plantes, il faut leur accorder une volonté et quelques-uns de nos défauts ; et comme jusqu’à présent les végétaux sont tenus pour des êtres absolument passifs, entièrement soumis aux agents extérieurs, la théorie des usurpations ne peut leur être appliquée que poétiquement, mais jamais sérieusement. Pour nous, messieurs , continuons &e croire que, quand une vrille ou une fleur de terminale devient latérale, c’est tout simplement par l'effet de la végétation.

Dans les Passiflores, la vrille est axillaire et non extraaxillaire comme dans la Vigne; on la dit pédonculaire parce qu'on la vue, mais très-rarement, porter des fleurs. Je vous

( 269 ) présente, fig 52, un nœud de la Passiflora Loudon muni de sa feuille, de ses deux stipules, d’une vrille a, d'un jeune bouton de fleur b, et vous voyez que la vrille et le bouton

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