VINGT-DEUXIÈME LEÇON
Organes de la fructification.
Messieurs, nous venons d'employer trois leçons aux organes de la végétation, et je suis loin de vous avoir tout dit.et tout montré en cette partie, puisque mon intention n’est que de vous ouvrir les portes de la botanique et de vous laisser beaucoup à apprendre par vous-mêmes. Aujourd’hui, nous allons traiter avec la même brièveté des organes de la fructification, qui sont à peu près aussi nombreux et non moins diversifiés que ceux de la végétation. La raison qui nous a fait adopter la division en organes de la végétation et en organes de la fructification, proposée par De Candolle, paraît faible en apparence; mais, pour peu qu’on y réfléchisse, on . voit que cette division a été posée par la nature même. Il n’est pas entré dans son plan de créer pour les végétaux des organes permanents de reproduction comme elle en a créé pour perpétuer les animaux quand elle a trouvé bon de les faire paraître sur Ja terre. Elle a fait pour les végétaux quelque chose de plus étonnant, de plus merveilleux que pour les animaux; elle a voulu qu'à des époques constantes, précises, une partie des rameaux, des feuilles, qui jusque-là servaient à la végétation, changeassent de destination, qu'ils se métamorphosassent sur des points déterminés en enveloppes souvent brillantes, gracieuses, odorantes, pour entourer, protéger le mystère de la fécondation et la formation des graines destinées à perpétuer le règne végétal. Ce mystère est d’autant plus merveilleux, que, pour l’opérer, la nature fait
naître des organes nouveaux pour chaque génération dans les végétaux, tandis que dans les animaux les organes de la génération persistent aussi longtemps que les individus.
Messieurs, il y a longtemps que la métamorphose accidentelle, passagère s’observe sur les plantes; mais la métamorphose constante, périodique des organes de la végétation en organes de la fructification, quoique aussi ancienne que les végétaux, n’avait pas été distinguée, n'avait jamais été considérée comme une loi naturelle par les botanistes, quand, il y a bientôt un demi-siècle, un homme de génie, GOETHE, célèbre poëte allemand, en a démontré l'existence : depuis lors, elle a été confirmée par l’observation, et aujourd’hui la métamorphose des feuilles en fleurs et en fruits est une doctrine des mieux établies en botanique. Tenez donc pour certain, messieurs, que tous les organes qui nous restent à examiner auraient continué d’être des rameaux et des feuilles si la nature ne leur eût dit : « À telle époque et sous telle influence, vous vous transformerez en fleurs et en fruits. »
Pour l’anatomiste, ce changement d’organes de la végétation en organes de la fructification n’a pas d'importance, ce sont toujours les mêmes organes élémentaires qui agissent dans les fleurs et dans les fruits comme ils auraient agi dans les rameaux et dans les feuilles ; mais, pour le physiologiste, c’est très-différent ; il voit que les forces physiques y amènent d’autres formes, d’autres symétries, que les forces chimiques s’y développent d’une autre manière, que de nouveaux produits s’y forment, que de nouvelles réactions s’y établissent, et qu'en résumé l'analyse trouve dans la fleur et dans le fruit des substances qu'elle ne trouvait ni dans le rameau ni dans la feuille.
Les jeunes rameaux et les jeunes feuilles se trouvent, par l'effet de la métamorphose, représenter dix formes ou modifications qui toutes ont reçu des noms qu'il faut vous rendre familiers, parce qu’ils désignent, les sept derniers surtout, des organes sur lesquels sont fondés les genres, les ordres ,
les classes, et qu’on ne peut mentionner un caractère qui ne soit fourni par l’un d’eux. Voici le nom de ces organes rangés dans l’ordre inverse de leur importance en botanique : 1° pédoncule, 2° bractée, 5° spathe, 4° réceptacle, 5° fleur, 6° calice, T° corolle, 8° nectaire, 9 étamaine, 10° pishl. Les trois premiers de ces organes ne servant guère que dans les descriptions spécifiques, je vais commencer par vous en donner une idée, afin de n’y plus revenir.
1° Pédoncule. On nomme ainsi le jeune rameau qui, ralentissant son élongation et le développement de ses feuilles, produit des fleurs. Le pédoncule est simple s’il ne se ramifie pas, et porte les fleurs sessiles, fig. 89, a. Si le pédoncule se ramifie une seule fois, alors il prend le nom de pédoncule commun, fig. 90, a, et les ramifications celui de pedhcelle, mèmefigure, b. Si le pédoncule se ramifie deux fois,
Fig. 90.
il conserve son nom de pédoncule commun, les premières ramifications, fig. 91, b, prennent celui de pédoncule partiel, et les secondes ramifications, c, celui de pédicelle; de sorte que, quel que soit le nombre de ramifications d’un pédoncule, c'est toujours la dernière, celle qui porte immédiatement la fleur, qui retient le nom de pédhcelle. Si vous nele savez déjà, l'usage vous apprendra que pédicelle signifie petit pédoncule.
Mais, dans certaines familles , le pédoncule commun ou partiel est arrêté dans sa ramification, dans son élongation; |
son extrémité s’épaissit, s'élargit en plateaux plan, concave ou convexe, fig. 92, a, et a reçu le nom de réceptacle. Les familles des Synanthérées, des Dipsacées et quelques autres ont un réceptacle de cette nature, couvert d’un nombre dé fleurs plus ou moins considérable,
Fig. 91. Fig. 92,
2% BPractée. On appelle ainsi la feuille la plus voisine d’une fleur. La bractée n’est pas toujours assez métamorphosée pour n'être plus reconnaissable; mais elle est presque toujours très-rapetissée, souvent modifiée dans sa forme, fig. 89, b, plus souvent réduite à l’état d’écaille, fig. 91, Sa couleur, ordinairement verte, prend le vif éclat des fleurs dans quelques Labiées, et plusieurs plantes monocotylédones ne brillent que par la couleur éclatante de leurs bractées.
3° Spathe. On manque de preuve pour assurer que la spathe remplissait la fonction de feuille avant la métamorphose, et il serait difficile de lui trouver une autre destination que celle d’être un organe protecteur qui enveloppe les fleurs dans leur jeunesse. La spathe est fréquente dans les plantes monocotylédones; dans les Palmiers, elle est de grandeur et texture très-diverses. Dans les Liliacées, la spathe est manifeste parmi les plantes dont les fleurs sont réunies en tête, comme dans l’Oignon , le Poireau, les Amaryllis, les Crinum, etc. Dans les Aroïdées, fig. 95, le spadice b, chargé de
fleurs, est enfermé dans une spathe soit verte, soit diversement colorée et odorante, blanche et ornementale dans la Calla æthiopica , fig. 95, a. Apprenez, en passant, que parmi les Arum exotiques il y a quelques espèces dont le spadice devient d’une chaleur étonnante au moment de la fécondation. À mesure que vous ferez des progrès, vous aurez occasion d'examiner si ce que les botanistes nomment spathe dans les Liliacées, et ce qu’ils nomment stipules dans les Magnoliers, dans les Figuiers sont des choses réellement différentes, et si le nom d’hibernacle ne leur conviendrait pas mieux.
Après le pédoncule, la bractée et la spathe , nous allons passer à la fleur, à tous les organes qui la composent et qui ont le plus complétement subi l'effet de la métamorphose.
4° Fleur, appareil merveilleux que la brillante imagination de Linné a fait appeler lit nuptial, dans lequel s'opère le mystère de la fécondation. Les botanistes laissant ordinairement aux poëtes l'honneur de chanter la beauté, le charme et le mérite des fleurs, j'arrive de suite à vous avertir que, pour le botaniste , ce n’est pas ce qui éblouit, qui charme dans une fleur, qui en constitue l'essence, le caractère; pour lui, une fleur est complète par la présence d'un pishl et d’une éfamine , parce que ces deux organes seuls sont indispensables pouropérer le mystère de la fécondation, d’où résulte la production des graines destinées à perpétuer
Fig. 93.
Fig. 94.
l'espèce. Je vous présente, fig. 94, une fleur des plus simples et en mème temps complète, c’est celle de l'Hippuris palustris un peu grossie; elle est composée d’un pistil composé lui-même d’un ovare a , d’un style b surmonté d’un Shigmate ©, puis d’une étamine composée d’un filet ou filament d et d’une anthère e.
Mais les fleurs sont rarement aussi simples que celle de V Hippuris ; la corolle ou les pétales en font souvent un ornement par leur grandeur et leur éclat; les étamines et les pistils peuvent s’y trouver en grand nombre; enfin un organe polymorphe, que Linné a nommé nectaire, peut se rencontrer aussi dans les fleurs. Le nectaire, malgré toutes les formes qu’il puisse prendre et la place qu’il puisse occuper, se reconnait toujours en ce qu’il n’est jamais ni calice, ni corolle, ni pétale, ni étamine, ni pistil. Nous allons commencer à faire sérieusement de la botanique en fixant bien nos idées sur les places respectives qu'occupent les organes que je viens de nommer dans la fleur la plus compliquée ; plus tard, nous verrons les modifications. Je mets sous vos yeux, fig. 95, la coupe verticale d’une fleur grossie de Renoncule, Ranunculus bulbosus, et nous allons en énumérer