‹ Cours d'horticultureChapitre 43 sur 70 · CAR. NAT · texte numérisé non relu

CAR. NAT

Racines vivaces sortant d’un bulbe arrondi, simples, fasciculées, peu ou point rameuses.

Tiges, ordinairement plusieurs, herbacées, droites ou divergentes , fistuleuses , rameuses dans la partie supérieure , légèrement velues, longues de 10 à 40 centimètres.

Feuilles toutes alternes, les radicales pétiolées, divisées en trois ou cinq lobes palmés, subdivisés en lobules inégalement incisés et dentés; les caulinaires inférieures également pétiolées, souvent à trois ou cinq lobes comme les radicales, ou pennatifides à trois segments éloignés trifides incisés ; enfin les supérieures sessiles, à trois ou cinq divisions lancéolées ou linéaires.

Fleurs jaunes, pédonculées, solitaires, terminant les ramifications des tiges.

Calice coloré, velu à l'extérieur, composé de cinq folioles ovales, réfléchies.

Corolle composée de cinq pétalesobovales insérés au réceptacle par un onglet.

Nectaire en forme de petite lame écailleuse, bilobée, insérée sur l’onglet de chaque pétale.

Étamines en grand nombre, moitié moins longues que les pétales, insérées de même au réceptacle; filets plus longs que les anthères, qui sont oblongues ou linéaires , à deux loges.

Pistil. Ovaires nombreux, comprimés, convexes, sessiles, couvrant le sommet du réceptacle; style court ou nul; stigmate oblique, papilleux.

Péricarpe. Plusieurs carpelles secs, monospermes, obovales, comprimés, mucronés, indéhiscents, contenant chacun un grand périsperme charnu dans le bas duquel est logé un petit embryon dicotylédoné dont la radicule est tournée du côté du point d’attache du carpelle.

Après une description de cette nature , on ajoute l’habitat, c’est-à-dire le lieu où croît la plante décrite, l’époque de sa fleuraison , celle de la maturité de ses fruits, ses propriètés dans les arts économiques , industriels et en médecine. Quand vous aurez fait de cette manière cinquante des-

(314) criptions de plantes appartenant à cinquante familles différentes, vous pourrez vous dire botanistes.

Mais il y a deux sortes de botanistes : il y en a qui se bornent à décrire les plantes comme je viens de faire, et, par suite, à réunir en genres celles qui offrent le même caractère général dans leurs fleurs; puis ilyenad’autres, beaucoup moins nombreux , qui s’occupent de diviser les genres établis en ordres et les ordres en classes. Ceux-ci ont besoin d'employer beaucoup plus de combinaisons que les premiers ; nous allons avoir peut-être occasion d’en dire quelques mots.

Des méthodes et systèmes en botanique.

En 1700, Tournefort a relaté dans ses Institutiones rei herbariæ (1) le nom et l'historique d’environ cent quarante botanistes qui l’avaient précédé depuis Hippocrate, qui vivait 459 ans avant Jésus-Christ, et on ne voit pas qu'aucun de ces botanistes ait rangé les plantes dont il parlait selon une méthode tant soit peu rationnelle. Presque tous étaient médecins, et la plupart divisaient les plantes en raison de leurs vertus vraies ou supposées : ce ne fut qu’en 1500 que Conrad Gesner institua les premiers genres d’après des caractères tirés de la fleur, et les autres botanistes l’imitèrent jusqu'à ce que Tournefort parut. Alors ce botaniste, de beaucoup supérieur à ses prédécesseurs, remit toute la botanique au creuset, reconstruisit les genres et les basa sur des caractères mieux étudiés tirés de la fleur et du fruit. Si Tournefort est entré dans la bonne voie en établissant les genres, il a été moins heureux en établissant ses nombreuses sections et ses vingt-deux classes; presque tous ses rapprochements sont systématiques ou arbitraires; néanmoins sa

(1) Cet ouvrage n'a paru qu’en 1719; mais sa dédicace au grand roi Louis XIV portant la date de 1700, on à lieu de croire que Tournefort l'avait terminé à cette époque.

méthode, étant la première qui méritt ce titre en botanique, a été accueillie en France avec une grande faveur et suivie dans les écoles pendant près d’un siècle.

Tournefort jouissait de la gloire d’illustre botanistequand, passant dans une rue de Paris, en novembre 1708, il fut pressé entre un char (plaustrum) et un mur, et en mourut à l’âge de cinquante-deux ans.

La renommée de Tournefort était encore dans toute sa splendeur que déjà s'élevait, dans le Nord, un naturaliste dont la célébrité devait bientôt effacer celle de tous ses prédécesseurs. La Suède eut l'honneur de voir naïtre le grand LINNÉ, le premier législateur de toute l’histoire naturelle , le premier qui ait bien défini l’espèce , le genre, et classé les minéraux, les végétaux et les animaux d’après des caractères inobservés avant lui. Le premier peut-être il s’apergut , il comprit que les plantes pourraient être classées selon leur affinité organique , et il s’occupa longtemps de cette classification, qui est la méthode naturelle; mais, absorbé par l’enseignement de toutes les branches de l’histoire naturelle , il ne put donner assez de temps aux méditations indispensables pour établir les fondements de cette méthode, qui, disait-il, est la véritable science à laquelle il travaillerait toute sa vie. — Quoique les sexes des plantes fussent vaguement connus ou soupçonnés avant Linné, il eut la gloire d’avoir mis la question hors de doute, et, pour généraliser la connaissance de l’existence des sexes dans les plantes, il imagina la classification la plus ingénieuse et en même temps la plus simple qui ait jamais paru, à laquelle il donna le nom de Système sexuel, dans lequel les étamines (organes mâles) fournissent les caractères des classes, et les pistils (organes femelles) fournissent les caractères des ordres. La simplicité du système sexuel est telle qu’il peut être appris en vingt-quatre heures , et il est d’une ordonnance telle que toutes les plantes connues et inconnues y trouvent à l'instant leurs places avec assurance, de sorte que ce sys-

( 316 ) tème est plus commode qu'aucune autre méthode pour les commençants et pour les botanistes de second et troisième ordre qui s’en tiennent à la connaissance des espèces et des genres; quant au petit nombre de botanistes de premier ordre qui s'occupent exclusivement du perfectionnement de la méthode naturelle, aucun système artificiel ne peut leur sourire, et ce n’est pas pour eux que Linné a imaginé le sien.

Quoi qu’il en soit, le système sexuel a fait plus de botanistes qu'aucune autre méthode. La renommée de Linné ne repose cependant pas sur son système, elle repose sur ses immenses travaux dans toutes les branches de l’histoire naturelle, sur l’état où il les a trouvées et sur celui bien différent dans lequel il les a laissées. Jamais aucun botaniste n’a eu autant de disciples et d’admirateurs , et aucun naturaliste , depuis Aristote , n’a reçu de son souverain autant de marques d'intérêt que Linné.

Né au sein d’une religion éclairée qui n’efface pas ses ministres du rang des citoyens, Linné tint le jour d’un père qui, dévoué aux autels, exerçait les fonctions sacrées de pasteur dans un village de la Smolande. Ce fut dans ce village, le troisième jour de mai 1707, que le jeune Linné ouvrit les yeux à la lumière, et, après avoir illustré son nom, sa patrie, la médecine et les sciences naturelles, il s'endormit pour l’éternité à Upsal , le 10 janvier 1778, année fatale par la mort des quatre grands philosophes Linné, Rousseau, Haller et Voltaire.

Messieurs, quoique le système sexuel n’ait pas le mérite scientifique de la méthode naturelle, il a pourtant au-dessus d'elle l'avantage de conduire l’élève plus promptement et moins péniblement à la connaissance des espèces et des genres de plantes; c’est par lui que j'ai commencé, et, quand je suis arrivé à la méthode naturelle, j'étais beaucoup plus en état d'en comprendre et vaincre les difficultés que si j'eusse commencé par elles. L'état de la science des végétaux ne me permet plus aujourd’hui de vous développer le mécanisme

(317) de ce système, mais je vous en laisse le tableau sous les yeux,

afin que vous ayez le loisir de le méditer et de reconnaitre combien il est d’une application facile.

* A] .r CLEF DU SYSTEME SEXUEL DE LINNE.

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