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DIVISION NOMS EXPLICATION F : EXEMPLES

SYNOPTIQUE. - DES CLASSES. DES CARACTÈRES CLASSIQUES. Fleurs visibles ou phanérosames.

Fleurs hermaphrodites.

Etamines distinctes entre elles et du pistil. / MonaNDRIE. Fleurs à une seule étamine. Balisier. | DianDRie. Fleurs à deux étamines. Véronique. TRIANDRIE. Fleurs à trois étamines. Froment.

TETRANDRIE. Fleurs à quatre étamines. Scabieuse. PENYANDRIE. Fleurs à cinq étamines. Sureau.

HExANDRIE. Fleurs à six étamines. Lis.

LR HEPTANDRIE. Fleurs à sept étamines. Marronnier. , Etamines OGcTANDRIE. Fleurs à huit étamines. Daphné. d'unelongueur \ ENNÉANDRIE. Fleurs à neuf étamines. Laurier. indéterminée. DEécANDRIE. Fleurs à dix étamines. Rhododendron. DoD£cANDRIE. Fleurs de douze à dix-neuf éta-| Éuphorbe. mines. i IcosaNDRIE. Fleurs de vingt à cent étamines | Rosier. { 3 insérées au calice.

| PorxANDRIE. Fleurs de vingt à mille étami-| Pavot. \ nes insérées sous le pistil.

; ù Diny AMIE. Fleurs à quatre étamines dont ,Thym. : Etamines deux plus longues.

d une longueur TETRADYNAMIE. Fleurs à six étamines dont |Chou. déterminée. quatre plus longues.

MonaADELPHIE. Filets des étamines réunis en| Mauve. un seul corps.

DrADELPHIE. Filets des étamines réunis en | Haricot. Étamines réu- deux corps: : ae nies entre elles PoLyADELPHIE. Filets des étamines réunis en Oranger. ou avec le pistil. plus de deux corps.

SYNGÉNESIE. Etamines réunies par les an-| Soleil. thères. :

GYNANDRIE. Etamines réunies au pistil. | Orchis. Moxnoecie. Fleurs mâles et fleurs femelles Noyer. sur la même plante. à DioEcie. Fleurs mâles sur une plante et Epinard. Fleurs unisexes fleurs femelles sur une autre ou diclines. lante. ' PoLrxcAMIE. Fleurs mâles ou femelles et! Erable. fleurs hermaphrodites, sur une, deux ou trois plantes différentes.

Fleurs invisibles SAC LAURE ou cryptogames.

Fleurs nulles ou inconnues. Mass

VINGT-TROISIÈEME LEÇON.

De la méthode naturelle; son apphcation en botanique.

Messieurs, si la Suède s’honore d’avoir vu naître le grand Lin, le premier naturaliste qui ait su établir les genres, réunir les genres en ordres et Les ordres en classes dans toutes les branches de l’histoire naturelle, la France peut se glorifier, à son tour, d’avoir donné le jour au célèbre ANTOINE- LAURENT DE JussIEU, le père de la méthode naturelle, quoiqu'il ne lui en ait pas donné le nom. Cet illustre botaniste, après de longues et profondes méditations, a publié, en 4789, un livre intitulé, Genera plantarum secundum ordaines naturales disposita, dans lequel il a déposé une quantité prodigieuse de vues et d’aperçus nouveaux qui ont entièrement changé la face de la botanique et l’ont rendue scientifique de systématique qu'elle était. Les éminents botanistes français et étrangers se sont empressés d'adopter les principes développés par Jussieu ; et, depuis 1789, la botanique, devenue scientifique, a fait plus de progrès qu’elle n’en avait fait pendant dix siècles.

Quoique la méthode naturelle soit une des belles conceptions de l’esprit humain, ne croyez pas, messieurs, que ce soit une chose parfaite; vous pouvez même vous persuader qu'elle ne lesera jamais, car, quelle que soitla perspicacitédes hommes supérieurs, ils ne connaîtront jamais complétement tous les replis du vaste plan de la nature. Jussieu et ses successeurs, voyant un certain nombre de plantes réunies naturellement en différentes familles, ont fait et font des efforts

( 319 ) pour réunir aussi en familles celles qui paraissent isolées ; et, s'ils réussissent en quelques endroits, il en est un plus grand nombre où les liens leur manquent absolument. Néanmoins la méthode naturelle est la seule qui mérite l’épithète scientifique, puisqu'elle fait connaitre les rapports près ou éloignés qui existent entre les végétaux connus. Voici le tableau ou la clef qu’en a donné l’illustre Jussieu en 1789.

Tableau des ordres naturels selon Jussieu.

AEQTYEEDONSe 0. 0, . RAI ete de are 11e, Fougère. FI hypogynes. . . .. 2°. Blé, MonocoryLEDONSs. | eurs apé- ) Fismines périgynes.. . . .. 3e. Palmier. tales. épigynes. . . . . . 4e. Orchis.

épigynes. . . . . . be. Aristoloche.

us Etamines périgynes.. . . . . 6. Laurier.

apétales hypogynes. . . . . 1°. Amarante.

hypogyne.. SN 4 AE dE rise De périgyne.…. . . . . Fe ododendron.

Corolle Anthères DicoryLEDONS, . . monopétales. en | soudées. 10e. Laitue. SPISYVE- + \ Anthères libres. 11°. Scabieuse.

Fleurs périgynes.. . + - . 12e. Carotte.

polypétales. se hypogynes. M 13°. Pavot.

Hene à HD 14°. Pécher.

Plantes à. . “tdiclimes. 201 0e 15°. Noyer.

Ce tableau est suffisant pour ceux qui connaissent déjà la botanique et la signification de ses termes; mais il est trop laconique pour des élèves de votre âge, et vous êtes en droit de me demander de vous le développer en d’autres termes. C'est, messieurs, ce que je vais tâcher de faire en reprenant l’une après l’autre les quinze classes qu’il renferme, et en ajoutant à chacune d’elles un exemple pour en faciliter l’intelligence.

CLASSE [. — Acotylédons, Jus.; Cryptogames, Lin; Agames de quelques auteurs.

Les végétaux rangés dans cette première classe sont considérés comme les plus simples du règne végétal dans leur organisation ; ils ne montrent ni étamines ni pistils reconnaissables sur leurs rameaux, ni cotylédons sur leur embryon ou corps reproducteur, On nomme spores, sporules, gongyles, ce qui représente les graines dans ces plantes, divisées

en plusieurs familles, telles que Zichens, Alques, Champr gnons, Mousses, Lycopodes, Fougères. La fig. 100 représente la fructification d’une Fougère, Polypodium crenatum. Le nom de la classe, acotylédons, signifie embryon sans cotylédon, cryptogames signifie mariage caché, et agames signifie sans mariage.

CLASSE Il. — ÆEmbryons monocotylédons; Fleurs sans corolle; Étamines hypogynes, Jus.; Phanérogames, Lin.

Les végétaux des deuxième, troisième et quatrième classes sont d’une organisation plus compliquée que ceux de la première classe, mais moins que dans les classes des dicotylédons. Le nom monocotylédons indique que l’embryon n’a qu'un cotylédon, et l'expression éfamines hypogynes signifie que les étamines ont leur point d'insertion (mieux d’exsertion) au-dessous du pistil, comme dans les Graminées , fig. 101. Le nom phanérogames signifie mariage vi-

sible, apparent, et se donne à toutes les plantes dont la fleur est manifeste. Quoique toutes les plantes monocotylédonées se distinguent assez bien à leur aspect des plantes dicotylédonées, elles ont encore deux caractères plus sûrs qui les en distinguent : 4° la radicule des monocotylédons périt peu de

(am)

temps après la germination, et la plante ne continue de vivre que par des racines latérales qui se développent successivement; 2° la tige et les rameaux des monocotylédons ont des trachées répandues dans toute leur épaisseur, tandis que dans les dicotylédons les tiges et les rameaux n’ont de trachées que dans leur étui médullaire.

CLasse III. — Æmbryons monocotylédons; Fleurs sans corolle; Etamines périgynes, Jus.

Dans cette classe, l'embryon n’a encore qu’un cotylédon, mais le point d'insertion des étamines est changé : étamines périgynes signifie étamines insérées autour de l'ovaire sans y adhérer; alors il faut qu’elles soient insérées sur le calice ou sur la corolle; mais la méthode naturelle n’admet pas de corolle dans les monocotylédons. Quelque éclatante que soit la fleur d'une Tulipe, quelque volumineuse que soit celle du Lis, les éminents botanistes n’y voient qu’un calice et point de corolle. La règle établie est que, quand les étamines et le pistil ne sont entourés que d’une seule enveloppe, cette enveloppe est un calice. Vous apprendrez par la pratique sur quoi cette règle est fondée. Je dois encore vous prévenir que la méthode naturelle admet dans une même classe des calices et des corolles infères et supères, ou, ce qui est la même chose, des ovaires supères et infères, ou enfin des ovaires libres et des ovaires adhérents. Ainsi je vous présente une fieur de Tulipe, fig. 102, dont l'ovaire est supère; pour s’en assurer, il faut fendre cette fleur du haut en bas, et on s’assure de deux choses ; d’abord on voit que les étamines sont insérées au bas du calice, fig. 105, a, et que l'ovaire b est libre ou supère. Pour mieux fixer vos idées, je vous présente aussi une fleur de Narcisse, fig. 104, où l'ovaire est infère ou adhérent avéc le bas du calice, et vous voyez dans la coupe un peu grossie, fig. 405, que les étamines a sont insérées dans le haut du tube du calice. Cette différence d'insertion sur le même organe est sans valeur dans les caractères clas-

UE

siques; mais elle en a beaucoup dans les caractères génériques, un peu moins dans les caractères ordinaux.

CLASSE IV. — Embryons monocotylédons; Fleurs sans corolle ; Etamines épigynes, Jus.

Ici l'embryon est encore à un seul cotylédon ; la fleur est toujours sans corolle, mais l’insertion des étamines est changée; au lieu d’être dessous ou autour du pistil, elle est sur le pistil même. Vous voyez, en effet, dans la coupe d’une fleur d'Orchidée épiphyte, le Phagus bicolor, fig. 106,

Fig. 106.

l’étamine a portée par le pistil b, prolongement de l'ovaire c.

Aïnsi la seule différence dans l'insertion des étamines à permis à de Jussieu de partager toutes les plantes monocotylédonées en trois classes, divisées chacune en plusieurs ordres basés sur d’autres caractères moins généraux tirés la plupart de la composition du fruit.

CLassE V. — Embryons dicotylédons; Fleurs sans corolle ; Etamines épigynes.

Dans cette classe, ainsi que dans toutes les suivantes, l’embryon est muni de deux cotylédons ; dans celle-ci la fleur est sans Corolle, comme dans les monocotylédons, et les étamines

( 324 ) sont insérées sur le pistil. Pen deplantesserangent dans cette classe : je vous donne pour exemple la fleur de l’As'istolocha sipho, fig. 107, dont le calice, que tout le monde prend pour une corolle, est supère; s’il parait infère dans la figure, c’est que la fleur est naturellement pendante. Dans la fig. 108,

Fig. 107. Fig. 108.

on a fendu le tube du calice pour montrer que les étamines a sont sessiles ou adnées autour d’un gros corps qui surmonte l'ovaire b dans le calice, et paraît constituer un stigmate à trois branches c.

Messieurs, je prévois une question que vous êtes endroit de me faire et à laquelle je vais répondre d'avance. Vous pouvez me dire : Vous nous apprenez que l'embryon joue le premier rôle dans la classification des végétaux selon la méthode naturelle, d’abord par son absence, puis par sa présence avec un seul ou avec deux cotylédons; vous ajoutez qu'il est renfermé dans la graine et qu’il est souvent trèspetit : or, s’il faut toujours examiner l'embryon d’une plante pour la rapporter à la classe à laquelle elle appartient , la classification que vous nous enseignez est impraticable; car, si pour classer mille plantes il faut commencer par examiner mille embryons pour savoir s’il y a un ou deux cotylédons,

aucune constance, si opiniâtre qu’elle puisse être, ne pourra y tenir. À cela, je réponds que votre pratique dans cet établissement a déjà dû vous rendre ou vous rendra bientôt capables de reconnaître au seul aspect d’une plante si elle appartient aux acotylédons , aux monocotylédons ou aux dicotylédons. Chacune de ces trois grandes divisions, les deux dernières particulièrement, a un caractère extérieur, sinon facile à dire, du moins facile à saisir par les yeux, qui sert à les distinguer. L’examen de leur embryon n’est plus qu’une pierre de touche pour confirmer la prévision qu'on s'était faite. Ainsi, quand vous aurez examiné l'embryon de quatre familles des monocotylédons et l’embryon de douze familles des dicotylédons, vous n’aurez plus besoin de consulter l’embryon d’une plante pour la rapporter à sa classe.

CLasse VE. — Embryons dicotylédons ; Fleurs sans corolle ; Etamines périgynes.

Tous les végétaux de cette classe ont leurs étamines insérées sur le calice. Dans quelques ordres, le calice est muni d’appendices qui simulent une corolle. Je vous donne pour exemple de la sixième classe la fleur du Pimelea decussata, fig. 109, dont le calice a passe pour une corolle aux yeux du monde, et vous voyez dans la coupe, fig. 110, que les éta-

Fig, 109. Fig. 110.

mines 6 sont insérées dans le haut du tube calicinal. Souvenez-vous que l'insertion périgyne admet des germes infères et des germes supères. Dans l’Hablitaia tamnoides , fig. 111, le calice n’est pas tubuleux, et l’on voit, fig. 112, que les étamines sont insérées à sa base.

Fig. 111. Fig. 112.

CLASSE VIT. — Æmbryons dicotylédons ; Fleurs sans corolle ; Etamines hypogynes.

Ici les étamines sont insérées sous le pistil; elles sont quelquefois distinctes, quelquefois réunies par leurs filets, quelquefois portées par un tube hypogyne qui s’évase comme une corolle au-dessus du calice; de sorte que, contrairement à son plan, Jussieu s’est cru obligé de donner à ce tube coloré le nom de corolle. Je vous présente pour exemple de cette classe la fleur du Plantago media grossie, fig. 113. La coupe, fig. 114, montre que les étamines sont insérées au bas du tube corolliforme, au-dessous de l’ovaire.

Casse VIT. — Embryons dicotylédons ; Fleurs monopétales; Corolles hypogynes.

Le dernier ordre de la classe précédente, en admettant un tubehypogyne pétaloïde, était un acheminement à une véritablecorollemonopétalehypogynequi formelecaractèredistinet de celle-ci. Jusqu'ici, les étamines étaient immédiatement hypogynes, périgynes ou épigynes; elles vont continuer de l'être, mais d'une manière médiate, c'est-à-dire au moyen d’une corolle monopétale, parce que, partout où existe une corolle monopétale, c’est toujours elle qui porte les étamines dans le bas ou dans la partie intermédiaire ou supérieure de son tube; de sorte que, par rapport à l'insertion, quand Jussieu a dit corolle hypogyne, périgyne, épigyne, c’est comme s’il avait dit éfamanes hypogynes, périgynes, épigynes par l'intermédiaire d’une corolle monopétale. Pour mieux faire comprendre cette disposition, je vous présente une fleur de Labiée, Saluia hmbata , fig. 115, dont la coupe, fig. 116, montre l'insertion hypogyne a (sous le pistil) de la corolle, et les étamines b insérées sur le tube de cette corolle. Par exception, les deux étamines, dans cette espèce, sont insérées à la partie antérieure au lieu d’être à la partie posté-

Fig. 115 et 116.

( 328 ) rieure du tube. Les plantes qui se rangent sous cette huitième classe étant très-nombreuses et ayant des fleurs très-diverses, j'ajoute comme second exemple une fleur de Liseron, fig. 417, dont la coupe, fig. 148, montre l'insertion hypo-

gyne de la corolle et celle des étamines.

Fig. 117. Fig. 18.

CLASSE IX. — Embryons dicotylédons; Fleurs monopétales ; Corolles périgynes. |

La corolle périgyne indique qu’elle est insérée au calice et qu’elle porte les étamines. Je vous présente ici pour exemple la coupe d’une fleur d’Axzalea sinensis, fig. 149.

Fig. 119.

( 329 ) Les étamines a sont insérées tout au bas de la corolle et y tiennent si peu, qu’on peut avoir des doutes si elles sont périgynes ou hypogynes. Quand il y a des doutes sur l'insertion de la corolle ou des étamines, c’est par l’examen des mêmes

organes dans les plantes voisines ou congénères qu’on lève la difficulté.

CLAssE X. — ÆEmbryons dicotylédons; Fleurs monopétales ; Corolles épigynes; Anthères soudées.

La corolle épigyne indique qu’elle est insérée sur l'ovaire et qu’elle porte les étamines ; mais, ici, ces étamines ont les anthères soudées entre elles, ce qui, joint à la corolle épigyne, distingue les nombreuses plantes de cette classe, composée de la grande famille des Synanthérées dites Composées, parce qu'il y a ordinairement un grand nombre de fleurs réunies dans un calice commun, Jus., involucre ou calathide selon d’autres. Voici une tête de ces fleurs prise sur l Anthemis ruthenica , fig. 120, et une fleurette de Doronic, fig. 121, assez grossie pour montrer la réunion des anthères en un cylindre autour du style.

Fig. 120. Fig. 121.

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CLassE XI. — Embryons dicotylédons ; Fleurs monopétales ; Corolles épigynes; Anthères distinctes.

Vous voyez que cette classe ne diffère de la précédente que par ses anthères distinctes ou séparées les unes des autres; mais ce caractère, qui semble d’une faible importance, en entraine d’autres dans les organes de la végétation qui mettent une très-grande différence dans la structure et dans l’aspect de presque toutes les plantes qui appartiennent à la onzième classe, et les distingue tout à fait de celles qui appartiennent à la dixième. Je vous donne pour exemple de la onzième classe la fleur du Pavetta indica , fig. 122. La coupe de la même fleur un peu grossie, fig. 125, montre que la corolle est épigyne ou insérée sur l’ovaire, et que les étamines a a sont attachées dans le haut du tube; mais cette

Fig. 122, Fig. 123.

ea

dernière attache n’est pas un caractère classique , elle n’est

qu'un caractère spécifique quelquefois générique, et elle peut, dans d’autres plantes de la classe, avoir lieu sur tout autre point du tube de la corolle.

CLasse XIT. — Embryons dicotylédons ; Fleurs polypétales ; Étamines épigynes.

Vous venez de voir que, au moyen des étamines soudées et des étamines distinctes, la corolle monopétale a fourni quatre classes dans la méthode naturelle par ses trois insertions hypogyne, périgyne, épigyne, et par les anthères libres et soudées, Maintenant, le rôle de la corolle monopétale est fini; nous ne la retrouverons plus que par exception (eh! où n’y a-t-il pas d’exceptions?) dans les légumineuses. Les corolles polypétales ne portant les étamines que très-rarement et toujours par exception, la méthode naturelle n’y a pas égard ; de sorte qu’elle reprend ici l'insertion immédiate des étamines en épigynes, hypogynes et périgynes. Cette douzième classe comprend lé groupe très-naturel de plantes connues sous le nom d'Ombelhfères : je vous en donne pour exemple la fleur de la Carotte, fig. 124, et vous donne la

Fig. 124. Fig. 125.

preuve, fig. 125, que les pétales et les étamines sont insérés sur le pistil.

CLASSE XIIT. — Embryons dicotylédons; Corolle polypétale; £tamines hypogynes.

Il me semble inutile de vous expliquer encore les termes

qu a employés Jussieu pour exprimer les caractères de ses

classes ; vous devez maintenant les comprendre aussi bien que moi; vous devez voir que la fleur de Renoncule, qui nous a tant occupés dans la dernière leçon, fig. 95, se rapporte par-

( 332) faitement à cette treizième classe, qui comprend des plantes à fleur d’un aspect très-divers, mais qui toutes ont la corolle

polypétale et les étamines hypogynes. Voici la coupe d’une fleur d’Oranger, fig. 126, fort différente de celle de la Re-

Fig. 126.

noncule, et où vous voyez pourtant que les pétales et les étamines sont insérés au-dessous du pistil.

CLASSE XIV.— Embryons dicotylédons; Corolles polypéieiss Etamnnes périgynes.

Nous avons déjà vu que l'insertion périgyne admet des ovaires supères et des ovaires infères ; on trouve des uns et des autres dans la quatorzième classe, et l’auteur s'en est servi pour établir des ordres ou des sections. Les plantes de cette classe étant très-nombreuses, et leurs fleurs ayant des aspects très-différents, je vous en présente ici quatre sortes pour modèle. Voici d’abord une fleur du Prunier, fig. 127. L'insertion périgyne des étamines ne s’y distingue pas trèsbien; mais, si on la fend du haut en bas, on voit parfaitement, fig. 128, que son ovaire a est supère, et que ses éta-

( 309) Fig. 127. Fig. 128.

mines b sont insérées à l’orifice du tube calicinal, et sont, par conséquent, périgynes. Je vous montre, fig. 429 , la

Fig. 199.

coupe verticale d’une fleur de Poirier; ici l'ovaire a est infère ou adhérent, le calice charnu se resserre au-dessus de l'ovaire, puis s’évase en forme de coupe b, et les étamines c se trouvent insérées à l’orifice de cette coupe calicinale. Dans la famille des Acacias, les espèces se ressemblent plus par les organes de la végétation que par ceux de la fructification; leurs fleurs, très-diverses par le nombre

( 3349 | de leurs parties, se ressemblent cependant toutes par l’insertion périgyne, soit immédiate, soit médiate au moyen d’un tube corolliforme entier ou divisé. Voici l’une des fleurs de l’Acacia leucocephala, fig. 150, dont la corolle est polypétale. La fig. 151 montre que les pétales et les étamines, dont trois seulement sont figurées , sont insérés à l’orifice du ca-

Fig. 130. Fig. 131. Fig. 132.

lice. Si vous dépecez une fleur de Pois de senteur, fig. 452, qui appartient à la famille des Légumineuses , vous y trouverez les étamines périgynes et en même temps diadelphes.

CLASSE XV. — Embryons dicotylédons ; Fleurs sans pétales; Etamines idiogynes.

Vous comprenez parfaitement à présent les deux premiers termes de cette classes le troisième signifie que les pistils sont séparés des étamines, c’est-à-dire que les pistils se trouvent dans une fleur et les étamines dans une autre, soit sur le mème individu, soit sur des individus différents. D’après cette définition, il n’a plus été possible à Jussieu d'employer dans cette quinzième et dernière classe la relation qu’il avait trouvée entrelepistiletl’étamine pour classer les plantes phanérogames; il n’yavait plus ni hypogynie, nipérigynie, niépigynie possible. D’après la définition de cette classe, les Amentacées et les Conifères s’y rangent parfaitement, et je vous en donne un exemple dans les deux fleurs séparées du Noi-

setier, fig. 153; vous voyez en a une fleur femelle tirée de b, et en c des fleurs mâles disposées en chaton ; mais Jussieu leur a joint des plantes qui ne répondent nullement au titre de la classe.

Voilà, messieurs, un aperçu des quinze classes sous lesquelles Jussieu à rangé les ordres naturels qu’il avait trou- 4 vés ou formésdans les végétaux. Nous ne nous occuperons pasde ces ordres, parce que la nature de nos leçons ne nous permet pas d'entrer dans d'aussi grands développements, et que, d’ailleurs, ainsi que je l’ai fait jusqu'ici, je ne veux que vous ouvrir la porte des diverses sciences que je vous signale, et vous laisser beaucoup à apprendre par vous-mèmes. Il n’en sera plus de même quand nous en serons à la culture; je vous dirai alors tout ce que je croirai nécessaire que vous sachiez. Nous allons achever cette leçon par des considérations générales sur la méthode naturelle, sur les changements que divers botanistes ont cru devoir lui faire subir, et par l’exposé de quelques difficultés à résoudre et de faits non encore observés.

Quand Jussieu a publié, en 1789, les ordres naturels qu’il avait trouvés ou formés dans les végétaux, disposés selon une méthode qu'il n’a pas qualifiée autrement qu’en disant qu'elle était établie au Jardin du roi depuis quinze ans, ce grand botaniste, aussi modeste que savant, n’a pas dit que cette méthode était la méthode naturelle ; il savait bien que, si la nature a une méthode, jamais l'intelligence humaine ne parviendra à en connaître suffisamment le plan et encore moins les replis. Néanmoins la distribution des ordres naturels est une œuvre de génie; elle a été reçue avec acclamation par tous les éminents botanistes français et étrangers. Dans cette distribution , Jussieu a ouvert une ère nouvelle

( 336 ) dans la manière d’étudier les végétaux, des idées nouvelles à ceux qui s’occupent de familles et de classement; enfin il a montré à tous que, pour que la botanique cessât d’être systématique et devint une véritable science, il fallait étudier les végétaux sous tous leurs rapports. Les admirateurs de Jussieu, et ils étaient en grand nombre, dans leur enthousiasme , donnèrent à la distribution de ses ordres le nom de méthode naturelle, qu'il s'était bien gardé de lui donner, et le nom est resté. Ce nouveau titre a été pris au sérieux par les botanistes de deuxième et troisième ordre, par les gens du monde qui réfléchissent peu, qui n’analysent rien ; mais les botanistes de premier ordre ne virent dans la distribution de Jussieu que la porte ouverte d'un nouveau champ immense à cultiver, où eux et leurs descendants devront blanchir sans espérer de jamais parvenir à découvrir la méthode naturelle, qui doit être une chose sans défauts. En effet, depuis 1789 que Jussieu a ouvert ce champ, des botanistes de grand mérite, français, anglais, allemands, l’ont parcouru, l'ont exploité avec ardeur ; les résultats de leurs recherches, de leurs combinaisons ont été publiés. Nous voyons qu'ils ont souvent fait autrement que Jussieu, qu'ils l'ont même quelquefois corrigé; mais, au lieu de chercher simplement à perfectionner son œuvre , ils se sont laissé dominer par le goût du siècle en histoire naturelle, qui est de diviser, subdiviser jusqu’à l’atome , de multiplier sans raison les noms à l'infini, et, un peu d’amour-propre s’en mêlant, au lieu de travailler en commun, ils se sont fait chacun une méthode particulière tellement compliquée, tellement hérissée de noms inutiles ou barbares, qu'il faut à un commençant une constance à toute épreuye pour les suivre et les comprendre. La manie de diviser la matière, de multiplier les noms est arrivée à un tel point dans toutes Jes branches de l’histoire naturelle, que les naturalistes ne s’entendent mème plus entre eux, et que les bons esprits sont forcés de désirer qu’un nouveau Linné vienne rendre à cette

(357 ) belle science la clarté et l’attrait dont on n'aurait jamais dû la priver sous prétexte de la perfectionner.

Messieurs, ce que je viens de vous dire de l’état actuel de l'histoire naturelle, de la botanique en particulier, ne doit pas vous décourager : vous pouvez apprendre autant de botanique qu’il en faut pour votre profession, sans vous occuper sérieusement des classifications qui changeront toujours, parce que la méthode naturelle ne sera jamais trouvée; si vous arrivez à savoir ce qui constitue une espèce, un genre, une famille, vous serez suffisamment botanistes. L'étude des plantes est par elle-mème pleine d’attraits, et les petits problèmes à résoudre pour arriver à la connaissance des genres et des familles procurent de grandes jouissances. Voici un échantillon des nombreux noms inutiles que vous trouverez sur votre chemin.

Vous savez déjà que le mot calice désigne l’enveloppe extérieure d’une fleur, et que le mot corolle désigne son enveloppe intérieure : ces deux noms nous ont été transmis par Linné et par Jussieu; ils sont consacrés par les poëtes ; ce sont des autorités qui me semblent assez respectables : eh bien, vous trouverez , daus les ouvrages aujourd'hui accrédités, qu’un calice est un périgone simple, et que le calice et la corolle ensemble forment un périgone double. Linné et Jussieu appelaient les divisions du calice foholes calicinales ; aujourd’hui on a exhumé de je ne sais quel vieux aut: ur le mot sépale pour le substituer à celui de fohole, et il arrive que, d’après la définition que De Candolle a donnée du sépale, on l’applique toujours où il ne convient pas. Le calice jJui-mèême est devenu calathide, le réceptacle est devenu chinanthe ; le fruit seul a reçu tant de noms que je renonce à vous en commencer l’'énumération. Jusqu'à la publication des ordres naturels, on ne comptait que trois parties dans l'embryon, c’est-à-dire le ou les cotylédons , la radicule et la plumule; depuis lors, les botanistes ayant vu que l’embryon prenait quelquefois des formes étranges, ils lui ont

appliqué les noms de Scutellum, Vitellus, Bacillus, Blastus, Blastophorus, Epiblastus, Hypoblastus, Macropodius, Macrocephalus. Enfin la multiplicité de noms inutiles introduits par les maîtres dans la botanique, depuis bientôt un demisiècle, a pour résultat de dégoûter, d’éloigner de cette science aimable les personnes qui, sans vouloir se casser la tête, auraient des dispositions à la cultiver en amateurs et jouir des douces et innocentes impressions qu’elle est de nature à faire naître.

Messieurs, après vous avoir prévenus que vous trouverez en étudiant la botanique une infinité de noms inutiles qui vous embarrasseront plus ou moins, je dois aussi vous prévenir qu'il y a des végétaux qu’on ne range sous les lois établies jusqu'ici par les botanistes qu’en faussant la règle ou en dissimulant leurs caractères différentiels ; ainsi les caractères de la végétation forcent les botanistes à ranger plusieurs guttifères parmi lesdicotylédons, quoique l'embryon de ces grands arbres manque de cotylédons. La fleur visible des Cuscutes force également les botanistes à placer ces plantes parasites parmi les phanérogames , quoique leur manque absolu de cotylédons marque leur place parmi les acotylédons. L’embryon des graminées offre des caractères que n'offre pas celui des cypéracées, et cependant les caractères de la végétation forcent les botanistes à dissimuler cette différence et à conserver ces deux familles immédiatement près l’une de l’autre dans la classe des monocotylédons. D’autres exceptions moins importantes se découvrent journellement qui montrent la difficulté ou plutôt l'impossibilité de rendre jamais la méthode naturelle parfaite; mais cette méthode naturelle, que les maitres s’efforcent en vain de faire arriver à la perfection, est une occupation qui a l’avantage de les obliger à étudier les végétaux sous tous les rapports et de les conduire à les mieux connaître que par tout autre moyen : c’est ainsi que, quoique la perfection morale soit uneillusion, il est toujours très-avantageux que les sages et les législa-

( 559 ) teurs fassent des efforts pour y faire arriver le genre humain.

L'examen des embryons inclus ou renfermés dans les graines, dont les maîtres font uniquement usage pour établir les premières et grandes divisions parmi les végétaux phanérogames, laisse quelque chose à désirer, et que la germination fait connaitre. L’embryon fournit certainement les caractères les plus généraux et les plus constants; mais enfin il varie lui-même dans certaine limite, tantôt en donnant du poids à la valeur des organes de la fructification , tantôt en en donnant à la valeur des organes de la végétation, ce qui oblige les maîtres en botanique, tantôt à dissimuler certaines difficultés, tantôt à avouer des exceptions aux règles établies. La germination lève ces embarras et met la vérité au grand jour ; elle est un puissant auxiliaire pour bien juger les apparences douteuses , et les maîtres devraient toujours s’en servir comme d’une pierre de touche avant d'établir leurs règles. D'ailleurs, quand on est réellement naturaliste, on éprouve de grandes jouissances en voyant se développer ces petits êtres; les idées s’agrandissent, s’épurent en examinant, en suivant le premier acte de la vie dans des êtres passifs, soumis aux seules lois de la nature, et qui cependant exécutent des mouvements, suivent des directions comme si une volonté individuelle et raisonnée les dirigeait. Vous êtes, messieurs, on ne peut plus heureusement placés pour voir un grand nombre de germinations ; il vous suffira de porter une attention active sur Les semis que plusieurs d’entre vous exécutent périodiquement dans cet établissement, et d'examiner le mode que suit chaque espèce dans son développement. En attendant, je vais faire passer sous vos yeux quelques germinations pour votre instruction générale, puis pour vous guider dans cette sorte d'étude, puis enfin pour vous éclairer sur la valeur des règles établies par les maîtres.

(340) Germination de cinq plantes dites monocotylédonées.

1° Germination du Coco, Cocos nucifera, Lan. Dans ce Palmier et dans beaucoup d’autres, l'embryon se trouve logé dans l'épaisseur d’une noix osseuse très-dure, qui ne se divise pas, et la radicule de cet embryon se trouve dirigée vers l'intérieur de la noix, fig. 154. Alors c’est à peu près comme si la radicule n'existait pas, puisqu'elle ne peut sortir de la noix pour s’allonger en racine et plonger en terre; mais la noix est pleine d’eau destinée à se changer en partie en un périsperme blanc qui tapissera l’intérieur de la noix, et l’autre partie est destinée sans doute à nourrir la radicule incluse. Dans la germination, cette radicule a se gonfle, devient

charnue et creuse comme une bourse, prend le volume et la forme d’un œuf de poule; la plumule ou tigelle sort par le trou de la noix, et, ap rès avoir produit un premier et court mérithalle, s’épaissit en tigelle b b dans le brou du Coco et

( 34) finit par le traverser. À la base de son épaississement, la tigelle émet des racines latérales c qui ne tardent pas à se multiplier, s’allonger, percer le brou du Coco si dur et coriace qu’il soit pour aller s'implanter en terre et nourrir le jeune Cocotier.

Observation. On remarque dans cette germination 1° que la radicule prend une forme inusitée et ne remplit pas les fonctions attribuées aux radicules; 2° que, si on veut absolument trouver un cotylédon à l'embryon, il faut en faire un avec la première écaille b de la jeune tige; mais la seconde écaille a le même droit à cette dénomination, et cependant les maîtres la lui refusent par la seule raison que la règle a établi que l'embryon du Cocotier ne doit avoir qu'un cotylédon. Selon moi, messieurs, l'embryon du Cocotier n’a pas de cotylédon , et voici sur quoi je fonde mon opinion : d’abord on n’en à jamais vu dans un embryon inclus de Cocotier; c’est à priori qu'on a établi qu'il en avait un; l’écaille à du bas de la tigelle , étant un produit de la germination , ne peut être prise pour un cotylédon, puisque tous les dons existent avant la non et qu on les observe sur les embryons inclus.

2° Germination de l Asperge, Asparagus officinalhs, Lix.,

Fig. 136. fig. 155. Dès que la radicule a s’allonge, il se forme une protubérance en b d’où doit sortir la tigelle. Bientôt cette protubérance se fend, fig. 156, a, et il en sort la tigelle b, tandis que la radicule c s'ailonge; le cotylédon d reste engagé dans le périsperme corné de la graine, qui ici est fendue.

Observation. Quoique cette graine s'élève quelquefois à fleur de terre dans la germination, son cotylédon prend rang cependant parmi les coty-

lédons hypogés. Les graines d'Asperge varient dans leur forme, et le cotylédon n’est pas toujours aussi allongé que celui de la fig. 156.

5° Germination de lOignon, Abu cepa, Lin., fig. 137. Graine grossie, fendue longitudinalement, montrant le cotylédon vermiculiforme, courbé dans un périsperme corné, et la radicule a plus grosse et cherchant à s’implanter en terre. Dans la fig. 138, la germination est plus avancée, la radicule a se distingue par son épaisseur ; le cotylédon b à pris du développement en dehors de la graine, il tend à se redresser , emportant le test et le périsperme de la graine dans lesquels son sommet reste fortement engagé. La fig. 139

Fig. 137. Fig. 138. Fig. 139.

montre la germination encore plus avancée; je vous la pré-

sente au temps où la plumule commence à se montrer. A cette époque, le cotylédon a a a pris un développement considérable et le caractère épigé; ils’est complétement redressé, et il a enlevé la graine D dans laquelle son sommet reste engagé et se dessèche. La base c du cotylédon enveloppe ou forme la tigelle qui s’épaissit à la base pour former l'Oignon. La radicule d s'est beaucoup allongée, mais elle a diminué de grosseur, va bientôt périr comme celle de toutes les monocotylédonées , et sera remplacée par des racines latérales e qui vont se développer en grand nombre sous le plateau du nouvel Oignon; enfin, à une hauteur déterminée f, le cotylédon se fend et la plumule g sort par cette fente.

Observation. Le cotylédon de l'Oignon est un de ceux qui prennent le plus grand développement dans la germination, et peut-être le seul qui élève si haut la graine dans laquelle son sommet reste engagé. Le nom de plumule donné à la pousse g ne lui convient guère; celui de figelle lui convient encore moins, et pourtant il n’y a que ces deux noms pour désigner ces sortes de pousses très-variables entre elles.

4° Germination d’une Laïiche, Carex glauca, Scor., fig. 140. On voit en a une moitié de graine grossie, en b le périsperme, et en c le cotylédon qui ne prend pas d’accroissement et reste hypogé; le bout qui regarde l’ouverture de la graine s’allonge en racine d et produit en même temps un premier mérithalle e plus ou moins long, menu, roide et dur, au sommet duquel se développe la jeune plante f, qui émet de suite de nouvelles racines pour remplacer la première.

Observation. Le mérithalle e, variable en longueur, mais toujours menu, dur et roide, parait d’une nature étrange dans une plante naissante où toutes les parties sont tendres et succulentes. Ce mérithalle a dû sortir de l'embryon entre le cotylédon et la radicule; maïs je n'ai pas reconnu la fente par où i] a pu s'échapper. Cette germination montre que, dans les Cypéracées, l'embryon est logé au bout inférieur du

périsperme, mais que le périsperme ne l'entoure pas comme dans l’Asperge, l'Oignon et mille autres plantes.

5° Germination du Blé, Triticum vulgare, Wirx. Messieurs, cette germination va nous mettre dans un désaccord considérable avec les maitres. Les caractères de la végétation les forçant de placer les Graminées immédiatement à côté des Cypéracées, ils sont obligés de dissimuler la différence énorme (botaniquement parlant) qu'il y a entre les embryons de ces deux familles, différence qui saute aux yeux, puisque, d’un côté, l'embryon n’a qu'un cotylédon, et que, de l’autre, il en a deux, mais que la loi posée à priori ne leur permet pas d’avouer. Voyons. Je vous présente la coupe d’un grain de Blé grossi, fendu dans le sens de son sillon et coupant l'embryon longitudinalement, de manière à ménager la moitié de toutes ses parties, fig. 141. Vous voyez que cet embryon est logé obliquement au bas et en dehors d’un grand périsperme farineux, comme vous le savez; a est son grand cotylédon, b son petit cotylédon, c sa radicule, d sa plumule; enfin e représente le périsperme. La fig. 142 mon-

( 545 ) tre l'embryon du Blé en germination éloigné du périsperme. a représente la plumule ou tigelle composée de feuilles en-

Fig. 141. Fig. 142.

gainantes et engainées, D le grand cotylédon, c le petit cotylédon placé un peu plus bas que le grand. Dès le commencement de la germination, des protubérances se manifestent autour et au-dessus de la radicule primitive; ces protubérances ou bourses se fendent, se déchirent, et de chacune d'elles sort une racine velue d. Ce genre de radification est général chez les monocotylédons; Richard l’appelait endorhize (racine naissant en dedans), et il appelait exorhize (racine naissant en dehors) la radification des dicotylédons, où l’on n’observe pas cette sorte de bourse, que M. Mirbel nomme coléorhize.

Observation. Quand l’examen, quand l'observation démontre que l'embryon du Blé, du Mais, de l’Orge, de l’Avoine, et sans doute de toutes les Graminées a deux cotylédons inégaux, pourquoi ne pas le dire? Pourquoi ne pas avouer que les organes de la végétation forcent les botanistes à rapprocher les Graminées des Cypéracées, quoique l’embryon des unes soit monocotylédon et l’embryon des autres dicotylédon? Est-ce qu’une règle posée par les hommes et

pour leur commodité peut forcer la nature à s y conformer ? Est-ce que les botanistes, en dissimulant la vérité quand elle n’est pas favorable à leurs règles, croient qu’elle ne se fera jamais jour? Il vient de paraître un ouvrage élémentaire de botanique par l’un des premiers maîtres, élevé à la meilleure école, très-habile lui-même et plein de bonne foi; eh bien, ce maître, au lieu de convenir que la grande loi des monocotylédons et dicotylédons n’est pas sans exceptions, a mieux aimé, dans l'embryon de l’Avoine qu'il a figuré, changer ou taire les noms des parties de cet embryon que de convenir qu'il a deux cotylédons. Ainsi il a fait avec Richard un hypoblaste du grand cotylédon ; il à pris une feuille de la gemmule pour en faire un cotylédon. Quant au petit cotylédon, aussi visible que le grand, il l’a figuré deux fois, mais il n’en a pas parlé, ne lui a pas donné de nom; c’est une pierre d'attente, ou plutôt un point de nouvelle discussion.

Messieurs, en histoire naturelle, il faut dessiner, décrire les choses telles qu’elles sont : si elles cadrent avec les règles établies par les maitres, tant mieux; si elles ne cadrent pas, il faut avoir le courage de le dire.

Germination étrange de trois plantes.

6° Germination du Nélumbo, Velumbium luteum , W., fig. 145. Noix de Nélumbo montrant, en a, un petit trou Fig. 145.

( 347 ) dont nous parlerons dans la séance prochaine. La fig. 144 montre l'embryon à deux cotylédons. On voit, fig. 145, le même embryon en germination. Les deux cotylédons & a se sont écartés; ils sont unis plus que de coutume par leur base, parce qu'ils manquent de radicule ; cependant ils se gonflent dans l’eau, la tigelle b s’élève rapidement en déchirant une membrane stipulaire € qui l’enveloppait, et, comme la radicule manque absolument dans cet embryon, la tigelle émet promptement des racines latérales qui la remplacent.

Observation. Le manque de radicule dans l'embryon du Nélumbo est une chose peut-être unique en dehors de la famille; aussi les botanistes ont-ils expliqué diversement la structure de cet embryon. Gærtner faisait un wfellus des deux cotylédons ; Jussieu n’y en voyait qu'un seul. Richard, qui avait une manière particulière d'expliquer les embryons extraordinaires, appelait les deux cotylédons macropode. Quant à la membrane stipulaire c du Nélumbo, il parait qu’elle n’a encore été vue que par moi; sa présence est d’autant moins étonnante, que toutes les Nymphæacées en ont une semblable au pied de chaque mérithalle de leur rhizome. Les botanistes prennent en grande considération la présence ou l’absence du périsperme dans l’établissement des familles; cependant ils sont forcés, par les organes de la végétation, de placer le Nélumbo, dont la graine n’a pas de périsperme, avec les Nymphæas, dont la graine est périspermée.

7° Germination du Sechium, Sechium edule, JAcQ. Parmi les faits curieux que j’ai observés à Saint-Domingue, pendant le séjour de 1794 à 1801 que j'ai fait dans cette ile, celui que m'a fourni le Sechium trouve naturellement sa place ici; je suis même heureux de l'y consigner, car je ne vois pas qu'il ait été décrit par aucun botaniste.

Le Sechium est une plante de la famille des Cueurbitacées et se cultive pour son fruit, qui seul est comestible ; sa tige est ligneuse, subéreuse, flexible, rameuse, et grimpe sur les arbrisseaux voisins. Elle est monoïque comme la plupart des

( 548) plantes de sa famille ; ses fleurs mâles sont en grappe et ses fleurs femelles solitaires, et celles-ci donnent des fruits de la forme d’une assez grosse Poire, fig. 146, a, pleins, à chair ferme et ne contenant qu'une seule et large graine revêtue d'une seule tunique. Ce fruit, pendant aux jeunes rameaux, reste longtemps sur la plante en état de maturité; mais, si on ne le cueille pas, voici ce qui arrive. La tunique de la graine se fend, se déchire; les cotylédons se greffent à la chair du fruit ; celui-ci se fend à son ombilic, s’ouvre un peu comme une bouche et met la radicule de l'embryon à nu; celle-ci produit successivement plusieurs petites racines b, qui périssent de suite parce qu’elles sont à l’air; en même

Fig. 146.

temps la plumule sort par le côté d’entre les cotylédons, s'échappe par la fente du fruit, vient se développer en rameau c à l’air libre, et se couvre de feuilles, de fleurs et de fruits à son tour.

Observation. Ce qu’il y a peut-être d’unique ici, c’est la greffe des cotylédons de l'embryon avec la chair du fruit qui le renferme; il en résulte que la séve de la plante mère continue de passer dans le fruit, de là dans les cotylédons, d’où elle est attirée par la tigelle qui, enfin, devient une nouvelle branche attachée à la plante mère au moyen du fruit et de

l'embryon qui deviennent coriaces, boiseux et persistants. Quant à la persistance du fruit et à ses nouvelles fonctions, il n’y a guère de jardiniers qui n’aient vu au moins une fois en leur vie un rameau sortir de l’ombilic d’une Poire, et la Poire devenir plus fibreuse à son centre pour lier le jeune rameau à l’ancien et n’en faire qu'un. On voit plus souvent des fruits d'Opuntia développer quelques-uns des germes cachés sous les écailles de leur surface, lesquels germes s’allongent en rameaux, tandis que le fruit qui les porte se lignifie et sert à la circulation des liquides qui mettent en rapport les nouvelles pousses avec la plante mère.

8 Germination du Xanthochymus, Xanthochymus pictorius, Roxe. Nous avons vu que l’embryon du Nélumbo a deux cotylédons et point de radicule; maintenant voici un embryon qui a deux radicules et point de cotylédon. Ce cas, extrèmement rare, nous est fourni par un arbre de la famille des Guttifères , si fertile en exceptions. Si l’on examine et que l’on coupe en différents sens un embryon de Xanthochymus, qui est presque double en grosseur de la fig. 147, on n’y découvre ni division ni radicule; il est, ce qu’on appelle, indivis. Quand on le met en germination, il se développe vers l’extrémité a une radicule d qui descend et une tigelle qui monte; très-peu de temps après, on voit une radicule plus mince c se développer au bout opposé, et qui se dirige en terre comme la première, grossit et persiste également. Ici, comme dans le Sechium, l'embryon devient ligneux et sert de communication entre les deux racines et la tige. |

Observation. Voici comme cette singulière germination est venue à ma connaissance. On sait que le jardin Boursault a joui, à juste titre, d’une grande célébrité par le grand nombre de plantes rares qu'il renfermait, et que le propriétaire faisait cultiver avec amour par David, jardinier des plus intelligents. Parmi toutes ces plantes rares se trouvait un Xanthochynvus pictorrius qui fleurissait et fructifiait abon-

damment; David en semait les graines qui levaient trèsbien. Un jour, en examinant les jeunes plants en pot, je vis un de ces individüs, fig. 148, qui avait élevé sa graine a à environ 10 centimètres au-dessus du pot, et que cette graine avait produit une racine plongeant en terre par le bout opposé à celui par lequel elle tenait à la jeune plante. Émerveillé à la vue de ce phénomène, auquel David ne faisait pas attention, j'obtins de sa complaisance quelques fruits mürs de l’arbre mère qui me donnèrent une vingtaine de graines que j'ai examinées, dessinées, fait germer, et toutes ont produit les deux racines que représentent les fig. 147 et

Fig. 147.

Fig. 148.

448. Toutes les graines de Xanthochymus ne s’élevant pas au-dessus de leûr pot dans la germination, voici comme je crois qu’a eu lieu celle que j'ai observée dans le jardin Boursault. Les racines de cet arbre sont fortes, roides; elles auront fait arc-boutant contre le fond du pot, et auront forcé l'amance à sortir de terre et à s'élever jusqu’à une certaine

hauteur. Au reste, beaucoup de plantes ligneuses, cultivées en pot, font quelque chose d’analogue. — Quelque temps après, il m'est tombé sous la main un numéro d’une publication horticole allemande, dans lequel un jardinier de ce pays donnait une figure du Xanthochymus pictorius qu'il avait élevé en pleine terre dans une serre chaude, et qui, à l’âge de quatre ans, disait-il, avait fructifié; il en a semé les graines qui toutes ont produit deux radicules. Deux de ces graines en germination sont figurées dans sa relation.

Messieurs, le peu de germinations que je viens de vous présenter doit vous faire pressentir combien doit être grande la différence qui se trouve entre toutes les germinations ; mais cette différence, quelque curieuse qu’elle soit, n’entre pas dans les caractères dont les botanistes font usage ; ils s'occupent beaucoup plus des fruits, de leurs compartiments, du nombre et de la manière dont les graines sont placées, du point d'attache du sac ovulaire, de la direction et de la forme de l'embryon, de la présence ou de l’absence d’un périsperme, s’il est charnu , amylacé ou corné, toutes choses fort importantes à connaître pour l'établissement des genres et des familles, et dont je vous recommande particulièrement l'étude. Enfin, messieurs, tout en vous donnant une idée de la botanique et de la maréhe à suivre pour vous initier dans cette science, je n'ai pas cru devoir vous dissimuler les difficultés dont elle est entourée. Le grand nombre de végétaux que l’on découvre journellement fait découvrir de nouveaux caractères qui nécessitent la révision des famiiles établies, leur changement de place dans la série selon la manière de voir du réviseur : les végétaux déjà disparus du globe qui formaient des chainons à la place desquels on ne trouve plus que des lacunes rendent la méthode naturelle aussi introuvable que la pierre philosophale. Cependant la recherche de cette méthode est le grand œuvre auquel travaillent les maitres, et nous devons les en remercier, car, forcés d'examiner les végétaux sous toutes les faces, sous tous

les rapports, ils les font mieux connaître que ceux qui ne les étudient que d’après les lois d’un système artificiel.

C’est seulement comme fait historique, messieurs, que je vous rappelle que les maîtres décorent leurs recherches du beau nom de méthode naturelle. Quant à nous, il nous suffira encore longtemps de savoir ce que c’est qu’une espèce, un genre, une famille , afin de pouvoir y rapporter ou en éloigner, avec connaissance de cause, une plante qui nous tombe sous la main pour la première fois.

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