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De la longévité des végétaux. On donne pour cause de la mort des végétaux qui meurent de vieillesse que leurs vaisseaux sont obstrués et que les liquides ne peuvent plus y circuler; mais cette raison n’est pas la seule; il faut ajouter que la séve, soit en raison de la diminution de sa quantité ou de sa qualité, ne pouvant plus produire de nœuds vitaux, il n'y a plus de nouvelles productions de bois, et que la mort s'ensuit naturellement. Tant qu'un végétal produit des nœuds vitaux, il ne meurt pas de mort naturelle. Les plantes annuelles, dont l’existence est très-courte, ne meurent que parce que, parmi le peu de nœuds vitaux dont elles sont munies , les uns avortent , et que les autres remplissent leurs fonctions sans se faire de successeurs. On fait vivre un Réséda plusieurs années; on l’élève en arbrisseau en l’empèchant de fructifier, et en le forçant, par des pincements, à développer successivement de nouveaux nœuds vitaux au fur et à mesure que les anciens s’épuisent.
De la fécondation. Depuis qu’il est reconnu que les végétaux ont des sexes, et jusqu’à ces derniers temps, l’acte de la fécondation végétale, quoique admis, restait inexpliqué, et comme, par habitude, on appelle mystère ce dont on ne peut donner l’explication , la fécondation végétale passait pour un mystère. Dans la première explication qu’on a tenté d’en donner, on disait qu'un grain de pollen se gonfle, se déchire à l'humidité, qu’il en sort une vapeur, aura seminahs, qui, par son application sur le stigmate, a la propriété de féconder les ovules contenus dans l'ovaire. Cette explication laisse beaucoup à désirer. Voici peut-être ce qui a donné lieu aux botanistes de mieux examiner la question. En 1805, feu mon ami Turpin eut l’occasion, étant à Philadelphie, d'examiner des noix de Nelumbo: il prit ces noix pour de simples graines, malgré le style qui les termine et en fait devéritables péricarpes. Ces péricarpes, que mon ami prenait pour de simples graines, ont, non loin du style, une petite caroncule a, percée d’un trou, qui répond à l'endroit où devrait être la radicule de l'embryon, et il crut que c'était par ce
(72) trou que la poussière fécondante du pollen pénétrait jusqu’à l'embryon de la graine. De retour en France, il donna suite à son idée, en fit l'objet du premier des mémoires qu'il a lus à l’Académie des sciences, et, comme le petit trou en queson était pour lui d’une grande importance, il l'a nommé macropyle (petite porte), fig. 449, a.
Fig. 149.
Quelques années plus tard, mon ami Turpin, par de nouvelles considérations qu'il a fait connaitre, a changé d’opinion ; il a nié la nécessité de la fécondation dans les plantes, s'est moqué de son micropyle et a ri de ceux qui continuaïent de lui attribuer la fonction qu'il avait lui-même indiquée; en même temps, il travaillait à faire admettre que les péricarpes, les tests des graines et les membranes ovulaires n’étaient que des feuilles soudées en leurs bords, et que son micropyle n’était qu’un endroit non soudé à la base de ces feuilles. La première partie, c'est-à-dire celle où Furpin soutenait que les péricarpes, les tests des graines et les membranes ovulaires ne sont que des feuilles soudées en leurs bords, est généralement admise aujourd’hui en botanique ; mais les maîtres ne croient pas que le micropyle ne soit qu'un défaut de soudure, et ils continuent de lui attribuer le rôle que Turpin lui avait d’abord assigné. Voici donc, en abrégé, comment M. À. Brongniart expliquait, devant l’Académie des sciences, en 1826, la fécondation des végétaux :
Un grain de pollen est composé de deux membranes : l’extérieure, plus épaisse et peu élastique’; l’intérieure, plus mince et très-élastique, contient des granules d’une ténuité extrème, doués de mouvement. Quand un grain de pollen tombe sur un stigmate humide , il se gonfle, des trous se
forment sur la membrane extérieure , la membrane intérieure fait hernie par ces trous, s’allonge en un ou plusieurs boyaux qui pénètrent dans le tissu du stigmate, puis dans celui du style; arrivé à une profondeur indéterminée, le boyau s'ouvre à son extrémité inférieure; les granules, d’une ténuité extrême et doués de mouvement, en sortent, continuent de descendre à travers le tissu du style, de l'ovaire, du placenta , enfin arrivent au sac ovulaire, dans lequel un ou plusieurs d’entre eux s'introduisent par le micropyle. Arrivés là, ils y trouvent d’autres granules, avec lesquels ils s'incorporent et forment ainsi le rudiment de l'embryon.
D’après cette explication, l'embryon se trouve formé de deux matières , l’une embryonique femelle, déjà existante dans le sac ovulaire, et l’autre pollinique mâle, qui vient de plus ou moins loin. Ce moyen de fécondation peut recevoir sa confirmation par la formation des hybrides, qui apparaissent de temps en temps.
Messieurs, l’explication que je viens de vous donner sur la fécondation des végétaux n’est encore partagée que par les maitres, et elle est encore loin d’être généralement adoptée; elle a contre elle plusieurs difficultés dont voici un échantillon. S'il faut que des granules spermatiques du pollen s’introduisent, à l’aide d’un boyau, dans le tissu du stigmate, du style et de l'ovaire, comment concevoir la fécondation des milliers de graines qui se trouvent dans un ovaire de Tabac? Conçoit-on que des milliers de boyaux spermatiques puissent descendre en même temps dans un style moins gros qu'un fil, sans que son diamètre en soit augmenté, et ensuite que les granules spermatiques cheminent seuls et aillent juste se jeter dans l'ouverture de chaque micropyle placé sur le test de chaque graine, pour de là passer dans le sac ovulaire et faire partie de l'embryon? Non, la nature doit avoir une marche plus simple pour arriver à ses fins.
Quand cette nouvelle doctrine à paru, j’ai ouvert plusieurs ovaires polyspermes très-jeunes, avant l’époque de la fécondation; j'ai examiné les jeunes graines qui faisaient saillie
dans le vide de l’ovaire , soutenues chacune par son podosperme, et toujours j'ai vu que le micropyle était placé, sur chaque graine, assez loin du podosperme pour qu’il n’y eüt aucune communication entre eux , et je n’ai pu concevoir comment des granules spermatiques traverseraient le vide de l'ovaire pour aller se jeter dans l’ouverture d’un micropyle.Si la nouvelle doctrine faisait arriver les granules spermatiques dans l’ovule par les vaisseaux du podosperme, il n’y aurait pas solution de continuité, et cette voie paraîtrait plus naturelle.
Fig. 150. Quoi qu’il en soit, je vais vous donner un exemple de micropyle pour vous aider à le retrouver sur les graines que vous aurez à examiner.
D'abord je viens de remettre sous-vos yeux une noix de Nelumbo, fig. 149, qui est un péricarpe monosperme, sur lequel Turpin avait remarqué en «a un petit trouqu'ila appelé micropyleet par lequel il croyait que pénétrait la poussière fécondante du pollen. Peu de temps après, les botanistes ayant admis que les péricarpes et les enveloppes des graines n'étaient que des feuilles soudées en leur bord, et Turpin étant arrivé à nier la nécessité de la fécondation, soutint que son micropyle n’était qu’un défaut de soudure dans les feuilles ovariennes et ovulaires. Pour savoir si cette nouvelle manière de considérer le micropyle était bien fondée, j'ai examiné une grande quantité de jeunes ovaires et de péricarpes, et n'ai pu trouver que deux exemples, à douze années d'intervalle, une apparence de micropyle sur deux fruits d’Erythrina enista galh, fig. 150, a ; mais, si ce défaut de soudure ou micropyle est rare sur les ovaires, il parait général sur les graines, et la
radicule de l'embryon y aboutit presque toujours. Voici, pour vous aider à trouver le micropyle sur une graine et vous faire deviner en même temps où se trouve la radicule de l'embryon de cette graine; voici, dis-je, fig. 451, un Haricot dit de Soissons, gonflé dans l’eau. Vous voyez en a une cicatrice ovale qu’on appelle ombilic ou hile : c’est l'endroit où venait s'attacher le podosperme ou funicule qui, partant du placenta, apportait la nourriture au Haricot. Au-dessous de l’ombilic est une petite ouverture b, qui ici est triangu-
Fig. 151. Fig. 152.
laire, mais qui peut varier beaucoup dans sa forme et sa grandeur; c'est cette ouverture, qui a toujours existé sur les graines, que l’on voyait toujours, mais à laquelle on n’attribuait aucune fonction, c’est cette ouverture, dis-je, que Turpin a rendue célèbre sous le nom de micRoPyLE, en la considérant comme le passage de l'aura seminalis pour se rendre du pollen à l’ovule, fonction qu’il a niée ensuite en soutenant que la fécondation était inutile et n’avait pas lieu dans les végétaux. Les botanistes qui avaient adopté la première idée de Turpin, comme une très-belle découverte, y tiennent toujours, et le micropyle continue de jouer un grand rôle dans l’explication de la fécondation des végétaux. Dans le Haricot qui nous occupe , on voit encore en c une protubérance bilobée , et au-dessous un petit trou dont l'usage n’est pas encore indiqué. Dans la fig. 152, le Haricot est fendu du haut en bas : on a enlevé l’un des deux cotylé-
dons; a représente le cotylédon resté; b montre l'extrémité de la radicule correspondante au micropyle d de la figure précédente ; c indique la plumule, d l’endroit où était attaché le cotylédon enlevé, et e montre le résidu de la matière contenue dans l’ovule et qui a servi à la nutrition de l’embryon. Comme les questions de physiologie se représenteront souvent dans nos leçons de culture, je ne vous en dirai pas plus long aujourd’hui.
Messieurs, voilà nos leçons préliminaires finies. Dans ces leçons, j'ai tâché de vous donner une idée des diverses sciences qui se rattachent sous quelques points à l’horticulture et qui sont de nature à l’éclairer, tantôt dans un endroit, tantôt dans un autre. Je n’ai jamais eu la prétention de vous faire entrer profondément dans ces sciences; j'ai seulement voulu vous en donner le goût, vous faire sentir combien il vous serait utile de les connaître, au moins dans les parties qui ont des rapports avec notre horticuliure que vous êtes appelés à perfectionner, puis pour attirer sur vousmêmes la considération qu'on accorde à tout homme qui, avec des mœurs honorables, se distingue dans sa profession en la raisonnant mieux que ceux qui ne l’exercent que par pratique et souvent par routine. Sous ces denx rapports, j'ai lieu d'espérer que les notions que je vous ai données dans ces vingt-quatre leçons préliminaires profiteront à notre science horticole et à vous-mêmes.
Nous allons prendre quelques jours de relâche; après nous entamerons l'horticulture proprement dite par la pépinière, nous continuerons par le verger, le jardin fruitier, potager, maraïîcher, dirons un mot des jardins paysagers, et finirons par les plantes d'agrément. D’après le plan que je me suis tracé en commençant , cela nous fournira encore la matière d'environ trente-six leçons.