‹ Cours d'horticultureChapitre 46 sur 70 · FE · texte numérisé non relu

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( 359 ) tant de faits qui sans elle resteraient insolubles, qu'il me semble impossible qu’elle ne soit pas une vérité. Je vais tâcher, messieurs, de vous la démontrer par quelques exemples.

Les plus incrédules ne peuvent se refuser à admettre qu’il existe dans le premier nœud vital, situé entre la radicule et la plumule d’un embryon, une force double, l’une qui fait allonger la radicule par en bas, l’autre qui fait allonger la plumule ou jeune tige par en haut, quand la graine se trouve entourée de chaleur et d'humidité convenables. Ce premier résultat est visible, est évident pour tout le monde; personne ne peut le nier. La force vitale de ce premier nœud est bientôt épuisée; mais la nature prévoyante a placé sur la plumule même un, deux, trois, quatre et un plus grand nombre d’autres points vitaux qui remplissent, à leur tour, la même fonction que le premier et avec d'autant plus d'énergie, qu'ils sont mieux caractérisés sous forme d'œil ou bouton accompagné d’écaille ou de feuille. Personne ne nie que ces nœuds vitaux font allonger la plumule ou jeune tige par en haut; mais les adversaires de la théorie de Lahire nient qu'ils fassent allonger la radicule ou racine par en bas, après avoir été forcés, par l'évidence, de l’admettre pour le premier nœud vital placé entre la radicule et la plamule. Je leur demande alors comment s’allonge la racine, car il est évident qu’elle s’allonge et plus promptement d’abord que la jeune tige. Ils ne diront pas, je l’espère, que l’eau ou l'humidité de la terre s'organise au bout et en dehors de la racine pour l’allonger. Non; il faut que l’eau entre dans la plante, qu’elle y reçoive le levain qui la convertit en séve propre à produire et à nourrir des cellules, des fibres et des vaisseaux. Chaque nœud, doué d’une plus ou moins grande force vitale, en raison de sa position, attire à lui une partie de cette séve, en emploie une partie à produire par en haut et une partie à produire par en bas. Il semble même qu'il est dans le plan de la nature qu’un nœud vital ait la pro-

priété de diviser chimiquement la séve en deux parties, dont l’une, montante, a la faculté de former la moelle et les trachées qui l'entourent, et l’autre, descendante, la faculté de former le ligneux seulement, puisqu'il n’y a jamais de moelle proprement dite ni de trachées dans l’épaisseur d’un tronc de dicotylédoné ni dans ses racines. Ainsis expliquent l’allongement et le grossissement des racines; elles ne sont que la prolongation, par en bas, du corps ligneux du végétal , lequel lui-même n’est que le produit descendant des nœuds vitaux. Il suit de là qu’un arbre dicotylédon est un immense polypier, produit commun de tous les nœuds vitaux qui se sont successivement développés à sa surface, et qui, après avoir produit chacun un bout de moelle et de trachées en montant, ont produit, en descendant, les nombreuses couches ligneuses qui enveloppent la moelle et les trachées, et vont se terminer en racines dans la terre.

C'est dans la partie de l’horticulture, où l’on exerce l’art de bouturer, qu’on trouve des preuves que la théorie de Lahire est bien fondée. L'expérience a démontré que plus le bas d'une bouture est coupé près d’un nœud vital, plus la bouture s’enracine promptement; c’est qu'alors la production descendante du nœud vital a moins de trajet à parcourir pour faire éruption au dehors. Faites une bouture avec un mérithalle dont le nœud vital soit à 45 ou 18 centimètres du sol, la bouture sera plus longtemps à s’enraciner ou elle ne s’enracinera pas; c’est qu'alors les productions descendantes du nœud vital ont de la peine à arriver jusqu’au bas de la bouture ou n'y arrivent même pas. Faites une bouture avec un mérithalle privé de nœud vital, elle ne s’enracinera pas, à moins que de nouveaux nœuds vitaux ne se développent adventivement. Les boutures plançons, dont les nœuds vitaux sont fort loin du sol, ne s’enracinent que lorsqu'elles sont faites avec des bois mous, comme le Saule, quelques Peupliers, parce que dans ces arbres les productions inférieures des nœuds vitaux descendent bien plus facilement jusque

( 306) vers le bas du plançon. Quand, dans une bouture, le bout enterré a l'écorce tendre et humide, les productions descendantes des nœuds vitaux font éruption, sous forme de racines, à travers l'écorce, avant d'arriver au bout inférieur de la bouture.

On trouve étrange que certains gros piquets de bois dur s’enracinent ; mais cela s’explique aisément par la théorie de Lahire. Il n’est pas vrai, ainsi qu’on le croit, que les arbres soient privés de sève pendant l’hiver, non ; la séve se concrête pendant cette saison, mais elle ne disparaît pas. Qui n’a pas remarqué des Ormes abattus sur les routes pendant l'hiver, leurs corps couchés sur terre, et, au printemps, se couvrir de jeunes pousses quand la chaleur humide est venue hquidifier la séve de leur tronc? Il en est de même des gros piquets fichés en terre; la séve de leur tronc est rendue liquide par la chaleur, leurs yeux latents ou adventifs se réveillent, ils remplissent leurs fonctions et envoient leurs productions inférieures vers la terre, selon le plan de la nature.

Quand nous avons un pied de Vigne planté à l’air libre près d’une serre, qu’à l'entrée de l’hiver nous faisons passer une partie des rameaux de cette Vigne dans la serre et que nous laissons le pied et les autres rameaux dehors exposés à toutes les rigueurs de l’hiver, que voyons-nous ? Nous voyons que tout ce qui est dehors reste dans un état de torpeur, tandis que les rameaux entrés dans la serre, entourés de chaleur humide, développent promptement des bourgeons garnis de feuilles, de fleurs, et, par suite, de fruits. Mais les nœuds vitaux de tous ces nouveaux bourgeons ne peuvent envoyer leurs productions inférieures dans le corps de la Vigne qui est resté en dehors dans un état d’engourdissement complet; aussi les voyons-nous faire éruption à travers l’écorce ramollie des rameaux enfermés dans la serre et se manifester sous forme de nombreuses racines.

Les nœuds vitaux étant toujours placés à la circonférence des jeunes tiges et des rameaux, c’est toujours à la circonfé-

rence du tronc que leurs productions inférieures descendent, et les plus nouvelles recouvrent les plus anciennes. Quand ces productions rencontrent, en descendant, un obstacle, une plaie, elles forment un bourrelet au-dessus de la plaie et souvent finissent par la tourner. Si la plaie entoure tout le tronc et qu’elle soit d’une certaine hauteur, alors l’arbre périt presque toujours; mais la nature a des ressources qui nous sont inconnues, il y a des individus qui surmontent des obstacles qui en font périr d’autres. Il y a dans les jardins du château de Fontainebleau un Tilleul qui, depuis plus de vingt ans, a son écorce enlevée sur une hauteur d'environ 40 centimètres tout autour de son tronc à 4 décimètres du sol, de sorte que toute communication extérieure est interrompue entre la partie inférieure et la partie supérieure du tronc : il ne s'est pas formé de bourrelet, comme d'habitude, à la partie supérieure de la plaie ; l'arbre vit toujours, mais grossit si peu, qu’on ne s’en aperçoit pas : chaque année, il pousse de faibles et courts rameaux avec des feuilles jaunâtres qui n’atteignent pas la grandeur moyenne de l’espèce. Si vous me demandez comment la séve monte dans cet arbre, je vous répondrai que des expériences concluantes ont appris qu’elle monte avec force accompagnée d’air par toute l'épaisseur du tronc des arbres, avec plus de force encore par le centre, quand il est sain, qu’elle en humecte et abreuve toutes les parties, mème celles qui ne vivent plus, ce qui occasionne des ulcères sanieux qui corrodent les parties environnantes. Quant à la séve descendante, tout le monde convient qu’elle descend entre l’aubier et l'écorce: les productions inférieures des nœuds vitaux suivent le même chemin ; mais, dans le Tilleul de Fontainebleau, tout ce qui descend entre l’aubier et l'écorce est arrêté par la plaie qui se trouve à 4 décimètres du sol. Pour dire comment la séve et les productions évitent cet obstacle, il faut se rappeler les circuits étonnants que font les fibres végétales quand elles sont empèchées de suivre la ligne droite, et nous pourrons

croire que ce qui descend entre l’aubier et l'écorce du Tilleul de Fontainebleau prend une direction oblique en arrivant près de la plaie, gagne la partie vivante du trone, et, la plaie tournée, reprend son chemin entre l’aubier et l'écorce pour se rendre dans les racines, les raviver, les allonger tant soit peu et leur conserver leur propriété absorbante. L'état toujours maladif de ce Tilleul démontre assez que sa plaie nuit à la relation qui, dans l’état normal, existe entre les nœuds vitaux et les racines.

Des greffes. Les greffes, mal expliquées, semblent mettre la théorie de Lahire en défant; mais, en les examinant attentivement, cette théorie reste victorieuse. On a placé, sur un Amandier dont le bois est blanc, un écusson de Prunier dont le bois est coloré, et comme, après quelque temps on a remarqué que le bois de l Amandier qui se formait sur l’ancien ne se colorait pas au-dessous de l’écusson , on en a conclu que le nœud vital ou l’œil de cet écusson n’envoyait aucune production par en bas, et que, en conséquence, la théorie était mal fondée. L’observateur qui en a tiré cette conclusion n’était pas anatomiste, en voici la preuve: d’abord Dutrochet a, le premier, démontré que toutes les fibres végétales , même celles de l'Ébène , sont blanches. On savait auparavant que la matière colorante des végétaux est fournie seulement par le tissu cellulaire qui est toujours rayonnant horizontalement à travers le tissu fibreux qui est toujours dirigé perpendiculairement , c’est-à-dire parallèlement à l’axe de la plante. Des observations délicates que j'ai eu l’occasion de faire avec M. Mirbel, vers 4804, m'’avaient appris que les extrémités du tissu cellulaire rayonnant s’engagent et pénètrent dans l'écorce, et que, quand on éloigne l'écorce du bois, ces extrémités se rompent et restent engagées dans l'écorce. Si le tissu cellulaire rayonnant est un de ceux qui ont la propriété de produire une substance colorée , ses extrémités, restées engagées dans l'écorce, jouissent de la même propriété après avoir été greffées sur un tissu cellulaire blanc, car la couleur de la nourriture n’a pas d’in-

fluence sur la couleur des produits des organes végétaux. Ainsi, les fibres des bois colorés étant toujours blanches, on ne peut les distinguer quand elles descendent sur des fibres également blanches; le tissu cellulaire , rayonnant toujours horizontalement, ne monte ni ne descend, et ne peut, par sa couleur, apporter aucune preuve ni pour ni contre la théorie de Labhire.

Messieurs, si vous portez une attention sérieuse sur ce qui se passe dans les boutures périodiquement exécutées dans cet établissement , et que vous en cherchiez l'explication , vous vous convaincrez, comme je le suis, que la théorie de Lahire est une vérité. Passons à d’autres considérations.

Des principaux éléments qui entrent dans la composition des plantes. Quatre substances qui se trouvent dans l'air, dans l’eau, dans la terre, mises en jeu par la force vitale aidée de la lumière et de la chaleur humide, forment la matière qui constitue les plantes; ces quatre substances sont le carbone, l'oxygène, l'hydrogène et l'azote. Il y a vingt ans, l’azote n'était que soupçonné dans les végétaux; c'était même par son absence qu’on distinguait la matière végétale de la matière animale qui en est abondamment pourvue. Aujourd’hui on reconnaît que l'azote joue le principal rôle dans la végétation ; qu’il est toujours présent, abondant dans les nœuds vitaux, dans les jeunes bourgeons, dans les spongioles des racines, enfin dans toutes les parties où la vie est le plus active, et pourtant son nom signifie sans vie. Sa présence, son abondance partout où l’organisation végétale commence, ont porté M. Payen à émettre une opinion trèshardie , et que cependant je partage; c’est que la matière azotée qui se trouve dans les nœuds vitaux, dans les trèsjeunes bourgeons , pourrait bien être des corps animalisés d’une courte existence, dont ce que nous appelons fibres et vaisseaux dans les plantes ne serait que les fourreaux. Le perfectionnement des microscopes pourra seul faire voir si l'opinion de M. Payen est bien fondée; elle s’accorde déjà avec celle admise aujourd’hui et que je soutiens depuis que

( 305 ) je connais la théorie de Lahire, qu’un arbre n’est autre chose qu'un immense polypier dont les polypes ne sont pas encore connus, mais dont la fonction serait de fabriquer la matière végétale comme d’autres polypes mieux connus sont chargés de fabriquer la matière calcaire. Mais quittons ces idées anticipées et revenons à l’état des connaissances du jour.

Les végétaux sont des appareils producteurs , tandis que les animaux sont des appareils consommateurs; mais, pour produire, il faut avoir quelque chose à mettre en œuvre : eh bien, c’est dans l’air, dans l’eau, dans la terre que les végétaux trouvent les éléments de leurs organes, et, quand ces organes sont formés, ils fonctionnent et produisent. Un végétal, ne pouvant aller chercher ce qui lui convient, est nécessairement d’une nature très-absorbante : aussi il absorbe par tous les points de sa surface ; mais c’est particulièrement par l'extrémité de ses racines, par la partie appelée spongiole, qu'il absorbe avec une force et une promptitude étonnantes, et par où il reçoit presque tout ce qui est nécessaire à l'entretien de sa vie et à sa croissance. Quelques végétaux paraissent n’absorber que par leur surface, mais c’est une exception : la règle générale est que les végétaux ne peuvent vivre que par leurs racines.

La nourriture ne peut entrer dans les plantes que sous forme d’eau ou de gaz; il faut donc que ces deux corps contiennent ce qui est propre à former la matière végétale : or on sait que l’air atmosphérique est composé d'oxygène et d'azote; on sait également que l’eau n’est jamais pure; que, outre ses éléments constitutifs, l'hydrogène et l’oxygène, elle contient divers sels en dissolution, del acidecarbonique, de l’ammoniaque et de l’azote, et ce sont ces matières qui, mises en jeu par la force vitale, la lumière et la chaleur, forment non-seulement la matière des organes des végétaux, mais aussi la matière des produits de ces mêmes organes. Ainsi, selon les plus habiles chimistes, douze molécules de carbone et dix molécules d’eau forment du tissu ligneux, du

tissu cellulaire, de l’amidon, de la dextrine et de la diastase ; douze molécules de carbone et onze molécules d’eau forment du sucre cristallisable; douze molécules de carbone et quatorze molécules d’eau forment du sucre non cristallisable. Tout ce carbone ne peut entrer dans les plantes qu'à l’état d'acide avec l’eau; les plantes le décomposent à l’aide des rayons chimiques de la lumière, elles en fixent le carbone et en rejettent l’oxygène qui sert à purifier l'air. Mais, si les plantes se trouvent privées de lumière, l’acide carbonique les traverse comme un filtre et corrompt l’air environnant. Quand, dans l'hiver, une serre reste longtemps couverte de paillassons et que les plantes sont dans l'obscurité, on sent, en entrant dans cette serre, que l’air n’est plus agréable à respirer ; eh bien, c’est l'acide carbonique qui s’est échappé des plantes en végétation, lequel est joint à d’autres émanations qui contribuent le plus à corrompre l’air.

Les plantes ont aussi la propriété de décomposer l’eau et d'en retenir l'hydrogène qui sert à la formation des huiles, gommes, résines, etc. Quant à l’azote, toujours présent en grande quantité dans les jeunes pousses, dans les spongioles, son rôle est nécessairement très-important en ce qu’il rend ces jeunes pousses alimentaires pour la partie herbivore du règne animal ; mais je ne sache pas que les physiologistes lui aient encore assigné une fonction particulière dans la végétation.

Messieurs, je vous ai présenté les plantes comme des appareils producteurs : elles produisent, en effet, et accumulent dans leur tissu la fécule et les autres substances que je vous ai désignées comme des produits; mais ces produits , dont nous nous emparons souvent, n’ont pas été faits pour nous ; ce sont des provisions que les plantes mettent en réserve pour les brüler quand elles se disposent à produire des graines : alors, d'appareils producteurs qu'elles étaient, elles deviennent appareils consommateurs; au lieu de décomposer l'acide carbonique , elles en produisent , en brü-

lant du carbone, de l'hydrogène, dégagent de la chaleur, changent la fécule, l’amidon en sucre nécessaire à la formation des graines. Voilà pourquoi toutes les matières féculentes, sucrées, amassées dans les racines des Carottes, Betteraves, Scorsonères, disparaissent quand ces plantes montent en graines et qu'il n’y reste plus que le tissu fibreux ; c’est aussi pourquoi, dans les colonies, les Cannes à sucre qui fleurissent n’ont plus de sucre dans leur intérieur.

Vousvoyez, messieurs, que, dans l’état actuel de la science, on reconnaît que douze molécules de carbone et dix molécules d’eau forment le tissu ligneux des plantes, même les membranes des cellules, quoique celles-ci paraissent d’une autre nature; car, ainsi que l’a remarqué De Candolle, quand dans un même végétal, dans une Orange par exemple, une membrane sécrète de l’acide, et qu'une autre membrane sécrète du sucre ou de l'huile, il doit y avoir une différence dans leur constitution. Quoi qu’il en soit, la fécule ou l'amidon, le sucre, les acides, les huiles, les résines, la dextrine, la diastase, les odeurs et beaucoup d’autres substances sont le produit des végétaux et ne font pas partie de leur organisation. Mais, pour que tous ces produits se forment, il faut que les plantes végètent parfaitement; il faut que la lumière, la chaleur, l'humidité, les forces chimiques ne leur manquent pas; si la lumière manque, l'acide carbonique ne se décompose pas, témoin la végétation qui a lieu dans les caves; si la lumière et la chaleur ne viennent pas aider les réactions chimiques, rien ne s’élabore, ne se perfectionne, les fruits restent sans saveur; si la transpiration des végétaux est complétement empèchée, aucune de leurs fonctions ne s’accomplit, et bientôt ils périssent.

Outre les produits que je viens d’énumérer, on trouve encore, dans plusieurs végétaux, desmatières minérales, telles que du fer, de la silice dans les nœuds des Graminées, des cristaux de sulfate ou d’oxalate de chaux dans les tiges des Cactées, dans les feuilles de quelques Figuiers, dans la racine

de Rhubarbe de la Chine, du soufre dans la racine de Patience, etc. On a cru pendant longtemps que les plantes fabriquaient ces substances minérales de toutes pièces; mais aujourd hui on pense que ces substances minérales étaient en dissolution dans l’eau absorbée par les plantes, et que, arrivées dans leur tissu au moyen de ce véhicule, leurs molécules se réunissent et se cristallisent.

De l'aspiration et de l'expiration des végétaux. Ces deux actions ont été si diversement expliquées par les physiciens, qu'il est probable qu'aucun d’eux n’a trouvé la vérité. Si vous voulez, messieurs, savoir où en est la science à ce sujet, voyez la Physiologie de De Candolle. Hales, physicien anglais, a si clairement démontré par des expériences que les plantes aspirent et expirent des fluides par leurs feuilles, que, quand la raison ne nous l’enseignerait pas, il n’y aurait plus moyen d’en douter. Nous ne sommes ni physicien ni savant, messieurs, et nous n’avons guère à rougir de ne pas pouvoir dire par quels moyens les plantes aspirent et expirent des fluides : l’effet nous est connu, voilà tout. Quand une plante, ayant soif, se trouve dans une atmosphère humide, elle aspire les fluides, les gaz qui sont à sa convenance; quand une plante, gorgée d'humidité, se trouve dans une atmosphère sèche, chaude, venteuse, elle expire les fluides qui lui sont contraires ou inutiles, mais il faut que ces deux actions s’exécutent dans certaines limites : le trop et le trop peu sont également nuisibles à la santé des plantes. Les physiologistes s accordent à dire que c’est dans les feuilles que s’opèrent les changements les plus importants dans la séve; que c’est là qu’elle acquiert sa propriété nutritive par les élaborations qu’elle subit avant de prendre son cours pour descendre entre l’aubier et l’écorce jusque dans les racines qu’elle nourrit et fait allonger.

Du cambium. On nomme ainsi la séve épaissie qui se trouve à certaine époque entre l’aubier et l’écorce, et dans laquelle s'organisent une nouvelle couche d’aubier et une

nouvelle de liber. Il est probable que le cambium est formé de deux séves, l’une provenant du tissu cellulaire rayonnant du centre à la circonférence, et l’autre provenant de la séve descendante; la première produisant le tissu cellulaire, et la seconde produisant le tissu fibreux. En effet, si on enlève une plaque d’écorce sur un arbre en mettant laubier à nu et que l’on essuie celui-ci, on voit sortir des gouttelettes des rayons cellulaires rompus, et ces gouttelettes grossir, se multiplier et s'organiser en peu de temps en nouveau tissu cellulaire. Si on a eu soin de les tenir à l’abri du contact de l'air et de l’évaporation pendant assez longtemps, on n’y voit que du tissu cellulaire ; mais, à la fin, il sy forme aussi du tissu fibreux. Ici, il faut l'avouer, la théorie de Lahire paraît impuissante pour expliquer comment ce tissu fibreux se forme dans un tissu cellulaire qui émane certainement du

tissu cellulaire rayonnant du centre à la circonférence. De la moelle. Presque tous les livres qui parlent de la moelle des arbres lui attribuent un grand rôle pendant leur wie, et recommandent de la ménager partout où elle se trouve. Il y a du vrai et de l'erreur dans cette recommandation; voici comme les choses se passent : la moelle ou le tissu médullaire, que je suis intuitivement porté à distinguer du tissu cellulaire répandu dans le corps du bois, est l’origine des végétaux , de la végétation ; c’est de la moelle que sortent les embranchements qui donnent naissance aux nœuds vitaux qui se développent successivement sur les jeunes bourgeons; ebquand ces nœuds vitaux fonctionnent, qu'ils ont produit d’autres nœuds vitaux, la moelle qui leur a donné naissance n’a plus de fonction à remplir, elle reste inerte et finit par mourir. Partout, dans le bois d’un an, la moelle est morte ; la vie s’est retirée dans les filets ou embranchements qui ont produit les nœuds vitaux; bientôt ces filets médullaires disparaissent, et les nœuds vitaux se trouvent sevrés et végètent pour leur propre compte comme des polypes réunis en polypier. J'ai remarqué, dans une branche poussante de Marronnier, que, dès l'endroit où cette branche n'avait en-

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core que douze ou quinze jours d'existence, sa moelle était déjà morte. Ainsi tenez pour certain que la moelle est indispensable pour allonger les jeunes pousses, pour produire des nœuds vitaux à leur circonférence, et que, quand ces nœuds vitaux sont en état de fonctionner, la moelle centrale qui leur à donné naissance n’a plus de fonctions à remplir.

De la couleur du bois. Vous savez que l’aubier est toujours blanc et que ce qu'on appelle cœur du bois est souvent d’une couleur particulière dans chaque espèce d'arbre. On serait assez porté à attribuer la couleur du cœur du bois à son âge; mais les deux couleurs tranchent ordinairement si nettement, qu’il paraît que l’âge n’y fait rien, et cette particularité reste inexpliquée, quoi qu’on en ait pu dire. Quant à la couleur du cœur du bois, la physiologie reconnaît qu’elle est une substance sécrétée par les membranes du tissu cellulaire, et la chimie trouve que cette substance est différente dans les différents arbres qui la sécrètent. Il est dans la nature des membranes végétales de sécréter une substance liquide quelconque, et cette substance reste liquide ou se concrète, s’amasse dans les cellules ou dans les lacunes, reste latente ou se fait jour au dehors sous forme de gomme, huile, résine, etc. De Candolle s’est plu à énumérer, dans sa Physiologie, un grand nombre de ces substances sécrétées par les organes des végétaux auxquelles les chimistes ont donné des noms particuliers. On venait alors de découvrir que les racines des plantes sécrêtent, par leur extrémité, une substance que l’on a crue capable de tuer non-seulement la plante qui la produit, mais aussi d’autres plantes; de là la théorie de l’empoisonnement des végétaux par eux-mêmes, qui a fait un certain bruit dans le temps, et de laquelle on ne parle plus. S'il était vrai que les végétaux sécrétassent , de leurs racines, des substances capables de les empoisonner, il n'y aurait pas de forêts possibles, et on ne pourrait, dans les jardins botaniques , cultiver, pendant trente , quarante ans et plus, la même plante à la même place.

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