‹ Cours d'instruction réligieuse, ou, Exposition complète de la doctrine catholiqueChapitre 15 sur 90 · IL EST PAIT POUR CONNAÎTRE LA VERITE · texte numérisé non relu

IL EST PAIT POUR CONNAÎTRE LA VERITE

notre pensée, par une réflexion sérieuse, nous faisons ressortir d'une idée d'autres idées qu'elle renferme. Dans ces raisonnements, qui nous conduisent d'un principe aux conséquences plus ou moins éloignées, iî'est toujours la même lumière intérieure qui nous dirige. Voilà pourquoi, toutes les fois que, par suite d'un raisonnement que nous avons bien conçu, on nouS' montre une conséquence nécessaire des principes admis, nous avons la conscience de la vérité ; une voix secrète nous dit : Cela est vrai. Quand, au contraire, nous voyons que la conséquence que l'on veut déduire ne ressort pas du principe, qu'elle n'a pas avec lui un enchaînement nécessaire, qu'elle s'étend au delà, notre esprit se refuse à l'admettre. Il demeure dans le doute ;et comme en suspens s'il ne voit pas la liaison ou le rapport qui existe entre les deux termes, le principe et la conclusion.

Ce discernement de la vérité demande bien de la circonspection. L'intelligence de l'homme est faite pour connaître la vérité : elle peut donc la posséder ^t en jouir; mais elle n'est pas infaillible, elle n'est point à Tabri de l'erreur, parce que nous sommes tous, plus ou moins, exposés à juger témérairement de beaucoup de choses, soit que les passions du cœur nous égarent, soit que nous ne prenions pas le temps de réfléchir, soit que nous voulions juger de choses qui ne sont pas à notre portée. C'est une suiie moralement inévitable de te faiblesse humaine; il faut bien pourtant qu'il y ait pour nous quelques moyens de distinguer ces jugements précipités d'avec la connaissance réelle de la vérité.

Quel est ce moyen? L'évidence n'a pas d'autre sigiid

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de discememeat cta'elle-iûéme. <îuaod le soleil brille en plein midi, nous savons bien qa^lest joar, et nous n'éprouvons pas le besoin d'une autre lumière pour savoir si effectivement le soleil nous éclaire ; nous ouvrons les yeux et nous voyons. A mesure que le solal s'éloigne de Th^dzon, la clarté diminue; il est encore jour, mais nous éprouvons plus de peiae à discerner les objets ; bientôt nous parvenons h «e crépuscule, où on ne saurait dire s'il e^ jour ous'il est nuit; <m ne voit presque plus; ensuite viemient les ténèbres profondes de la nuit. Il en est de même dans Tordre intellectuel. Souvent, À la lumière intérieure qui éclaîfe l'âme, on voit la vérité avec une clarté irrésistible; ce sont des premiers principes, ce sont des vérités de raison ou de sentiment qui n'ont besoin d'aucune preuve. A mesure que l'on s'éloigne de ces vérités preaiières, et que Ton s'efforce de parvenir à des conséquences éHk éloignées par une suite de raisonnements plus ou moins difficiles, la clarté n'est plus la même ; les idées ne sont plus ni aussi nettes ni aussi complètes; alors il faut à l'homme une grande réserve; il considère les choses comme incontestables, quand il ne voit pas de motif raisonnable d'en douter; elles ne sont pour lui que vraisemblables, quand il entrevoit quelque raison de craindre une méprise. Il suspendra son jugement, et il se renfermera dans te doute, s'il ne peut pas démêler, au moins avec vraisemblance, le vrai d'avec le faux.

Heureusement pour lui, l'homme n'est pas seul dans ce travail de la pensée. La société au milieu de laquelle il vit, et qui Ta puissamment aidé pour le développe* ment primitif de son intelligence, agit encore sur lui

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par l'empire des is^ft dominantes et par les rapports qa'il a avec d^autres hommes dont les discours i'éelairent et le eenfirmenl dia^s ses jugements ou Tavertisseni de ses éca:rtB, selon gu'il s'approche ou qu'il s'é* loigne delà vérité. Cen'estpasqu'il reçoive précisément de la société ses idées^ nique la société soit infaillible dans lappréciatioa des choses. Noua l'avons déjà observé : cfue les idées aient été d'abord présentées par la sodécé. ou qu'elles aient été amenées par la réflexion, la lumière qui les fait accepter vient d'ailleurs, a Pour toutes les choses dont nous avons rintelligence, <c dit saint Augustin^ ce a'estpas la parole qui résonne a au dehors que nous consultons, mais la vérité qui a préside au dedans ; seulement la parole nous avera tit d'écouter lemaltre intérieure )>î[ n'est pas moins certain que le jugement porté par les autres hommes ^ sur bien des. points douteux, sur des conséquences plus ou moîzi»éloignées des principes, nous aide beaucoup pour régler nos propres idées. Si la société peut se tfODQiper^ Findividut est encore moins infaillible; la Iwoaîère cpâ bous éclaire est la môme qui éclaire les au^es : «Ûe peut reacootrer en nous des obstacles qui ne sont pas égalemeot en tous les autres hommes. Il y a donc, à parler en général, une grave présomption en&veur de l'idée la plus universellement acceptée; l'qpinion qui s'écarte du sens commun est très*justeisenl suspecte, snirtout en ce qui tient moins aux spé-> cidatîoiâ de la science qu'à la vie pratique.

Les coimaissanees acquises par le sens intime, par la relation des. sens extérieurs, par la réflexion et

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le raisonnement, sont conservées dans la mémoire. Là s'impriment les images des objets qiti ont frappé nos sens, images si fidèles, que la peinture n'atteindrait pa» une ressemblance aussi parfaite ; là viennent se grouper avec ordre les souvenirs des faits dont nous avons été les témoins, de sorte que sans aucune confusion ils se reproduisent et se représentent à nous quand nous voulons en occuper notre pensée ; là sont écrites les idées qui ont autrefois fixé notre attention avec les raisonnements que nous avons faits.

II y a dans cette faculté des secrets tout aussi impénétrables que ceux que nous venons de considérer. Quelle main a donc imprimé tant de souvenirs divers sur ce livre mystérieux? Où se trouvent ces caractères, ces images, ces idées d'un passé qui n'est plus, et dans lequel, pourtant, la mémoire nous fait revivre? Nous appelons une idée, nous évoquons un fait, l'idée se présente, le fait se place en quelque sorte sous nos yeux avec toutes ses circonstances. « Ces images se « présentent et se retirent comme il me plaît, dit Fête nelon; je les appelle, elles viennent; je les renvoie, « elles se renfoncent je ne sais où. Je ne sais ni où XI elles demeurent ni ce qu'elles sont, cependant je les « trouve toujours prêtes ^ »

Il faut convenir, néanmoins, que la mémoire n'est pas toujours aussi docile. L'âge, certaines infirmités et d'autres causes, peuvent affaiblir, altérer et même effacer entièrement du cerveau les traces des premières impressions. Alors on oublie ou bien les souvenirs se confondent, et nous avons besoin d'une sage réserve

1 Existence de Dieuy I" part., chap. ii, n* 48.

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