‹ Cours d'instruction réligieuse, ou, Exposition complète de la doctrine catholiqueChapitre 14 sur 90 · IL EST PAIT POUR CONNAÎTRE LA VÉRITÉ · texte numérisé non relu

IL EST PAIT POUR CONNAÎTRE LA VÉRITÉ

ver à ridée des lois qui la régissent, pour en former une science.

La raison ne se borne pas à la connaissance des phénomènes extérieurs, ni à Tétude des lois de la nature physique et des actes de la conscience : elle s'élève plus haut, elle remonte aux lois morales qui doivent nous diriger, elle va dans ses méditations jusqu'au principe premier de toutes choses, passant de la contemplation des choses visibles à la connaissance des choses invisibles.

Ce travail se fait sans beaucoup d'efifort par une faculté de comprendre, ou une lumière qui est en nous, et qui, des notions particulières, nous fait parvenir à des idées générales qui constituent en quelque sorte le fond de la raison humaine. Ainsi, pour n'en donner qu'un petit nombre d'exemples, ces idées si simples : Tout ce qui commence d'être a une cause qui le produit,,. Une même chose ne peut pas être et nêtre pas.,.. Le tout est plus grand que sa partie,,. Il ne faut pas faire à autrui ce que nous ne voudrions pas qu'il nous fit,., mettent l'intelligence sur la voie de nombreuses et très-importantes vérités.

Ces notions, ces idées premières, sont universelles; elles se rencontrent également dans tous les hommes, quoiqu'ils n'aient jamais eu de relations entre eux; de sorte que nous savons d'avance, sans nulle crainte de nous tromper, le jugement que porteront sur telle proposition, sur la moralité de tel acte, des hommes qui habitent aux deux extrémités du monde, qu'ils soient cultivés par les études ou qu'ils soient à l'état de sauvages. Ces idées sont immuables, car, quelque changement qui puisse s'opérer dans les mœurs, dans

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les habitudes, dans les intérêts, ^Ues demeurent constamment les mêmes, sans aucune altération. Elles sont absolues, indépendantes des hommes, et n'en subsisteraient pas moins, essentiellement vraies^ quaad même il n'y aurait plus de monde ni une 'Seule créature raisonnable capable de les entendre.

Oes idées sont en nous ; mais comment y sont-elles Tenues, comment se sont-elles formées? C'est encone un mystère pour nous, mais nous ne les connaissons pas moins, elles sont au-dessus de nous, indépendantes de nous ; elles nous redressent quand nous nous trompons, elles ne nous laissent pas la liberté de juger autrement que par elles. Qui pourrait juger, par exemple, que deux et deux ne font pas quatre..» que la reconnaissance n^est pas préférable à Tingratitude... qu'il y a des effets sans aucune cause qui les ait produits? Ce n'est pas la société qui les a formées en nous, ces idées. Peut-être la parole, l'instruction extérieure a-t-elle été nécessaire pour mettre notre intelligence en activité ; il se peut que, sans ce commerce de la vie, l'homme seul, privé de la parole et de toute communication avec ses semblables, fût demeuré dans une enfance perpétuelle.

§ 3. l'homme PBUT parvenir a une CONNAïaSANCB OBR- TAINE DE LA VERITE : EVIDENCE.

Quelle que puisse être la nécessité d'une instruction extérieure, on peut s'assurer qu'elle n'est qu'une simple condition pour le développement de l'intdligence; elle excite la pensée, elle provoque l'attention ; ce n'est pas elle qui forme en nous ces no-

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tions preœières. La preuve en est bien simple : dites à un enfant qui n'a reçu encore aucune instruction sur les éléments de l'aritlmiétique, que deux et deux font cinq, dès qu'il comprendra hb sens des termes, l'idée attachée aux mots, il sourira de votre proposition, persuadé que vous ne parlez pas sérieusement. L'enfant est donc éclairé par une raison supérieure qui l'instruit et qui lui fait accepter ou rejeter l'instruction extérieure, selon qu'elle est conforme ou contraire à cette raison*

« Il y a, dit Fénelon, un soleil des esprits qui les « éclaire tous mieux que le soleil visible n'éclaire « les corps. Ce soleil de vérité ne laisse aucune om- « bre, et luit en mène temps dans les deux bémii< sphères, il brille autant sur nous la nuit que le a jour : ce n'est point au dehors qu'il répand ses (c rayons, il habite en chacun de nous. Un homme ne « peut jamais dérober ses rayons à un a?utf e homme : a on le voit également en quelque coin de l'univers c( qu'on soit.*. Ce soleil ne se couche jamais, et ne « souffre aucun nuage que ceux qui sont formés par « nos passions ; il éclaire les sauvages mêmes dans a les antres les plus profonds et les plus obscurs; il « n'y a que les yeux malades qui se ferment à sa lu- « mière, et encore n'y a-t-il pas d'homme si malade « et si aveugle qui ne marche enc«>re à la tueur de « quelque lumière sombre qui lui reste de «e soleil « intérieur des cmisciences * . — Les hommes de 4ous a .les pays et de tous les temps se sentent invineibte- « ment assujettis à penser et à fMirler de môme. Le

1 Fénelon, Existence de Dieu, I'* part., ;n* 68.

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« maître qui nous enseigne nous fait tous penser de^ « la même façon ^ »

Le devoir de l'homme est de se recueillir pour voir toutes choses aux rayons de cette lumière ; c'est d'écouter intérieurement le maître qui seul, à parler proprement, nous instruit, et sans lequel on n'apprend rien. Quelquefois il nous montre la vérité d'une manière si claire, que nous la voyons sans nul effort de notre esprit. Ce sont les premiers principes dont nous venons de parler. Ils sont si clairs, que nous les admettons sans preuve. Au surplus, quand on voudrait se les prouver, on n'y réussirait pas, parce que l'on chercherait inutilement d'autres notions plus simples et plus claires dont il fût possible de se servir comme d'un point de départ, pour arriver à une démonstration. Si l'on croyait en trouver une, la difficulté se reproduirait tout entière; car on voudrait aussi se la» démontrer, se prouver à soi-même que cette idée est vraie, et ainsi, pour me servir des expressions d'un auteur célèbre, on ferait des reculons à Vinfini. Il faut donc avouer qu'il y a pour l'esprit humain une voie plus simple pour saisir la vérité, une voie qui précède tout raisonnement : c'est celle de l'évidence. Vous n'irez pas prouver à votre voisin qu'il fait jour en plein midi quand le soleil jette ses mille feux sur la terre, vous lui direz : Ouvrez les yeux et voyez; s'il n'est pas aveugle, il verra.

De ces vérités premières, nous déduisons des conséquences, en nous servant de ce que nous savons déjà, pour parvenir à des connaissances que nous n'avons pas; ce qui se fait quand, par Topération de

> Fénelon, ibid, n* 56.

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