DE TOUT VOTRE CŒUR, ET LE PROCHAIN COMME VOUS-MÊMBS
Pour établir l'empire de cet^ loi, qu'on ae trouve nulle part ailleurs, en dehoi;s de la religion chré-
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tîemne, Jésus-Christ a demaihlé à tous cevot qui veulent le suivre des sacrifices onéreux pour la natut e. Il veut que les bomtnès t)fgttiBillettx et sensuels de- Tîennient huutbles, modestes, purs dans leurs maure; que les pauvres supportent avec patience les privtitîons de la fortune, et que les riches donnent généreusement aux pauvres; il veut que les serviteurs soient soumis et respectueux à Fégard de leurs maîtres, et que ceux-ci considèrent leurs serviteurs comme des frères, parée que nous a^ons tous au ciel le môme père ; il demande aux philosophes une humble soumissioïL de leur esprit aux dogmes les plus impénétrables, aux peuples l'abandon de leurs idoles, à tous l'estime et Tamour de sa croix, symbole de pureté, de détachement, de mortification, de dévoue- ,jpent à la cause' de Dieu, de Vraie et parfaite charité.
Voilà ce qu'a demandé *Notre-Seîgneur. Qu'est-il arrivé? qu*ont vu nos pères, et que voyons-nous de nos propres yerux?
Tous les hommes ne se sont pas sans doute convertis au Christianisme; et tous ceux qui professent le Christianisme li'ont pas suivi ces maximes dans leur conduite, parce que la religion laisse à chacun la liberté du bien et du mal. Mais que de dévouements héroïques, que d'œuvres saintes, cfue de vertus surhumaines a produits et produft encore de nos jours le Christianisme !
On a vu les Apôtres se glorifier de souffrir et de mourir pour Jésus-Christ; leur âme est comme passée dans leurs successeurs et dans les simples fidèles qu'ils ont amenés à la fbî chrétienne.
L'un des disciples de l'Apôtre saint Jean, Ignace,
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évêque d'AntiocIie, comparut devant Tempereur Trajan, qui Tavait cité à son tribunal. A la deinande qui lui fut faite de son nom et de ses espérances, il répondit qu'il portait le Christ dans son cœur. Il entendit avec un transport de joie la sentence qui le condamnait à mort; ils'enchatna lui-même, pria pour TÉglise, et se mit entre les mains des soldats qui devaient le conduire à Rome pour y être dévoré par les lions. Les lettres que dans le cours de son voyage il adressa à diverses Églises respirent la paix du cœur et une charité ardente. S^ seule crainte était que les fidèles de Rome n'obtinssent du ciel, par leurs prières, qu'il fiHt délivré de la mort : a Je crains votre charité, leur « écrivait-il, je crains qu'elle ne me nuise. Laissez- « moi devenir la [)Ature des bêtes, et par elles arriver (( à Dieu. Priez Jésus-Christ pour moi, afin que j'a- (( chève mon sacrifice. Oh I que je soupire après iJ a bêtes qui me sont préparées! Je souhaite les trouver a promptement, je désire qu'elles me dévorent sans « délai, afin qu'elles me soient un tombeau et qu'elles « ne me fassent pas comme à plusieurs qu'elles ont « craint de toucher. Je sais ce qui m'est utile. Ni les a choses visibles, ni les invisibles, rien ne me touche, « {pourvu que j'obtienne Jésus-Christ. Que Toa me a condamne au feu, à la croix, aux bêtes; que l'on « me coupe par morceaux, que l'on me brise les os, « pourvu seulement que je jouisse de Jésus-Christ! « Mourir pour Jésus me vaut mieux que de régner a jusqu'aux extrémités de la terre. Je cherche Celui « qui est mort pour nous, je veux Celui qui est res- « suscité pour nous. Je vous écris plein de vie, mais tt désireux de mourir. Il n'est pas une étincelle en moi
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^(( qui aime la matière, mais je sens quelque chose qui (( me parle au dedans et me dit: Allons au Père. » Les désirs de saint Ignace furent exaucés. Conduit à Rome et exposé dans l'amphithéâtre, il fut dévoré par deux lions.
Un autre évêque, contemporain de saint Ignace, el qui était parvenu à une grande vieillesse, Polycarpe de Smyrne, eut aussi la gloire de souffrir pour Jésus- Christ. Un proconsul le pressant de jurer parles dieux de l'empire et de dire des injures contre le Christ, il répondit :Ily a quatre-vingt-six ans que je k ser$y et il ne 171' a jamais fait aucun mal; comment pourrais-je bloiphémer contre mon roi et mon Sauveur? Condamné au feu, il ôta lui-même ses vêtements; et, comme les bourreaux se disposaient à le clouer à un poteau, il ^ leur dit : « Laissez-moi; Celui qui me donUe la force ^ii de souffrir le feu m'en donnera aussi pour demeurer (c ferme sur le bûcher sans la précaution de vos clous.» Lorsqu'il se vit sur le bûcher, il leva les yeux au ciel et remercia Dieu de l'avoir fait arriver^eniin à ce jour et à cette heure où il allait être mis au nombre des martyrs et prendre part aux souffrances de Jésus- Christ, et il attendit en paix que le feu consumât son corps.
Les simples fidèles se montraient dignes de tels évoques et n'avaient pas moins de magnanimité. On vit quelquefois dos centaines et des milliers de ces héros chrétiens aspirer à la même gloire. Une légion tout entière de soldats, avec ses officiers généraux Maurice, Exupère et Candide, fut décimée d'abord et ensuite égorgée à Agaune, tout près de la montagne que l'on appelle aujourd'hui le Grand-Saint-BemarcL
L'empereur Maxïtnfen exigeait de cèâ brates db^ actes contraires à la religion; ils répondirent: a Nous « sommes vos soldats, mais atissi, nous le confessons « librement, nous sommes les serviteurs de ïtteu. a Nous vous devons le service de la guerre, à Ini'fin- « nocence : sî vous ne nôtis demandez rien quirof- « fense, nous vous obéirons' comme nous l'avons Tait « jusqu'à présent; sinon, c*est à lui que nous obèi- « rons plutôt qu'à vous. » On crut les effrayer en faisant décimer une seconde fois la légion; mais eux, à la vue des cadavres de leurs compagnons d'armes, s'exhortaient mutuellement à persévérer ; ils se réjouissaient de les voir couromiés de la palme du martyre. Us se dépouillèrent tous de'leur armure et se laissèrent égorger jusqu^au dernier.
Peut-être serait-on moins Surpris de voir des évêques, des prêtres, des magistrats, des guerriers, porter cette magnanimité d'âme .au milieu des périls extrêmes, et envisager la mort de sang-froid; mais ces exemples devinrent communs dans les autres classes. C*étaîent des mères de famille qui exhortaient leurs enfants à mourir avec elles, pour la cause de Jésus- Christ, comme sainte Félicité avec ses sept fils. C'étaient des enfants qui s'échappaient quelquefois de la maison paternelle pour courir aux supplices. Combien ne vit-on pas, parmi les martyrs, de jeunes filles, que leur fortune et tous les agi^éments de la nature -semblaient appeler aux plus séduisantes positions de la société \ On voulut leur faire abandonner la foi, on s'efforça de les effrayer pat des menaces et de les gagner par des promesses; mais elles protestèrent qu'halles n'auraient jamais d'autre époux que Jé^s-Christ. La
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foi chrétienne, l'amour qu'elle leur inspirait pour Ïïésus-Christ et pour la virginité les rendit supérieures à tous les tourments.
Nos pères ont vu ces grands dévouements. Nous, que voyons-nous?
Nous voyons l'œuvre de Jésus-Christ toujours subsistante après tant de siècles; toujours blâmée par les orgueilleux et contredite par les passions , souvent persécutée, mais toujours pleine de vie; nous voyons le Christianisme créant de nouvelles institutions, et donnant au mondé le spectacle de vertus qui commandent le respect et l'admiration, même de ses ennemis.
Aujourd'hui encore il y a des martyrs, là où il y a des persécuteurs. Plusieurs de nos frères sont morts dans ces dernières années pour la cause de la foi, en %iine, dans la Cochinchine et ailleurs, avec autant d'héroïsme chrétien que ceux qui versèrent leur sang au siècle des Néron et des Dioclétien. Il y a aussi les martyrs de la charité, de rhumiUté, de la pénitence, car nous pouvons bien donner ce nom à ces hommes généreux, à ces humbles vierges, à ces femmeâ magnanimes, qui renoncent aux douceurs de la famille, aux agréments de la vie, aux jouissances leà plus légitimes, pour aller, les xins prêcher FÉvangile aux extrémités du monde, au milieu de continuels périls et de dures privations ; les autres se dévouer au soin des pauvres et des malades; d'autres s'ensevelir dans une profonde retraite où, ignorés du monde, ils prieront et feront.pénitence pour le monde.
Indépendamment de ces grands et admirables exemples d'abnégation que le Christianisme met si
souvent sous nos jeux» que de vertus modestes il pr«^ duit dans la société, vertus qui ne jettent pas tant d'éclat, et qui néanmoins sont toutes divines comme le principe surnaturel d'où elles procèdent I Quelle que soit la corruption du siècle, et malgré Fentratnement des passions, il y a dans la religion chrétienne un attrait puissant qui attire à Dieu ; plusieurs sans doute résistent à cette action bienfaisante, mais le nombre de ceux qui la suivent, et en qui elle fait surmonter les plus violents assauts des tentations, de ceux qui mortifient leurs inclinations déréglées, qui font à Dieu de pénibles sacrifices, et qui les lui oSrent dans l'allégresse de leur cœur, ce nombre est beaucoup plus considérable qu'on ne le pense. Si vous voulez y réfléchir, vous en verrez tout autour de vous, parmi vos amis, dans l'intérieur de votre famille; vous en trouverez même parmi les jeunes enfant^ oui, nous avons très-souvent admiré la puissance divine de la grâce dans des enfants de sept à dix ans; ils ne savaient pas raisonner, mais il savaient aimer Jésus-Christ, faire des efforts sur eux-mêmes pour combattre des défauts naissants^ et se priver des objets qui leur étaient le plus précieux, pour les donner aux pauvres.
Arrêtons«nous ; car, s'il fallait dire tout le bien que fait la religion, nous serions infinis ; les œuvres qu'elle ne cesse de produire nous découvrent la vertu divine qui l'anime, et nous font croire facilement à son origine céleste.
Et le monde, quand il a voulu se séparer de Jésus- Christ, qu'a-t-il fait? Qu'ont fait ces hommes qui se sont donné le nom fastueux de philosophes? Ceux qui
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ont vécu dans le pagaaisoie n'ont pas ramené yne seule bourgade à la connaissance du vrai Dieu, ils n'ont pas pu former une école qui subsistât après eux. Et ceux qui auraient pu mettre à profit les lumières du Christianisme, ceux qui ont vécu au milieu de nous, qu'ont-ils fait? Ils ont fait des objections, ils ont semé des doutes, ils ont essayé de créer des systèmes, et rien n'a réusai sous leur main. Il n'y a qu'un petit nombre d'années que deux des plus célèbres parmi eux ont di t ; Za philosophie est encore au maillot. . . elle n'existe même pas encore^ car elle n'est pas parvenue I jusqu'ici à résoudre un seul des problèmes qui intéressent rhumanité. Hé, mon Dieu! ces hommes ne seraient-ils I pas plus sages et plus heureux si, au lieu de consu* . mer leur vie à des travaux sans résultat, à poursuivre .^ ^njkà chimère, à vouloir concilier ensemble la vérité ^ avec Terreur, ils allaient humblement à l'école de ; celui qui seul est la voie^ la vérité et la vie ? « Les phî- " (c losophes, disait Bonaparte, se creusent l'esprit pour (( inventer de nouveaux systèmes ; pourquoi ne pas ' (( se contenter du Christianisme, par lequel l'homme c( est reconcilié avec lui-même, et qui donne autant « de bonheur et d'espérance aux individus que de . (f garantie d'ordre et de paix aux sociétés * »
Tous les hommes ne sont pas en état de se livrer à ^: des études historiques sur les origines du Christianisme, ni de faire des raisonnements savants sur telles '' et telles preuves qui démontrent sa divinité ; mais tous
ont des yeux pour vcrir et un cœur pour sentir. L'œu-
il»
If. ' Paroles de Napoléon dites & Wieland, pea de jours après la victoire d'Iéaa. (Revue de Londres, Quat^rly Bemew^ i858.)
4tfÔ CONCLUSION ^
tre de Dieu a non*seulemeût dans son ensemble, mais dans chacune de ses parties, un caractère qui la révèle, qui la montre pour ce qu'elle est; et Tâme qui la voit d'un regard attentif et pur se sentattirée vers elle. Elle ne trouve rien dans les systèmes ni dans les doctrines des hommes qui la touche ainsi: tout j est froid, spéculatif, stérile, contentieux ; mais, dès qu'elle se tourne du côté de Dieu, et que son œîl se porte sur sonoeuvre, une lumière qui la pénètre, une voix intérieurre qui résonne dans la partie la plus intime du coeur, la persuade; elle adhère, ellesesentheureuse. Il suffit quelquefois pour cela de la lecture de la vie d'un saint, ou moins encore, d*un simple trait d'humilité et de vraie charité qu'on admire dans un pieux fidèle, dans un enfant. Oui, la vue d'un saint, le spectacle d'une vertu vraiment pure et Surnaturelle, la joie intime qfue ro% éprouve aux pieds de Notre-Seigheur, nous est une preuve de la divinité de sa religion et plusieurs ne sont pas persuadés ni attifés autrement. La hmtèrede votre face s'tst réfléchie sttr nous^ et vous avez mis la joie dans mon cœur^ dit à Dieu le prophète David. Cette lumière qui part du ciel nous montre l'œuvre toute sainte, toute divine de Jésus-Chrit; elle nous la montre soit dans un miracle, soit dans sa perpétuité, soit dans les effets qu'elle produit; et cette même lumière pénètre avec une secr^e onction dans le cœur pour le persuader; il s'opère, en ce moment, ce que sahit François de Sales appelle un tressaillement universel dé Pâme. Que Dieu fasse donc toujours luire sur nous cette lumière, et qu'il nous fasse sentir cette action si douce et si pénétrante de son esprit: eUenous amènerait nous gardera dans la sainte Eglise; nous
trouverons dans son sein ce que les hommes chercheront vainement ailleurs, une doctrine pure, sans mélange d'erreurs; une vérité complète, une vie surnaturelle, qui satisfait pleinement, qui répond à tous les désirs, à toutes les aspirations du cœur.
FIN DU PRBBflER VOLUME
F. Âureau. ~* Imprimerie de Lagny.
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