I. L'acte principal de la vertu de religion est Yadoration
L'adoration est l'hommage que l'homme rend à Dieu, comme au Créateur et au souverain Seigneur de toutes choses. La foi, l'amour, le sentiment d'une crainte respectueuse, concourent à rendre à Dieu cet hommage.
En adorant, l'homme proteste de sa foi en Dieu, principe unique et dominateur suprême du monde; il s'abaisse sous les yeux de l'infinie majesté de Dieu, et reconnaît sa propre dépendance : ce n'est pas de sa part une simple conviction de l'esprit, une connaissance spéculative; c'est en même temps une soumission du cœur. Alors même que l'amour de Dieu n'atteint pas le degré de perfection nécessaire pour le plein accomplissement, de la loi, il agit néanmoins ici: il entre comme élément essentiel dans l'acte d'adoration.
On peut adorer Dieu dans le secret de l'âme ou par un acte extérieur qui procède des sentiments que nous avons indiqués; on le fait surtout, et aussi parfaitement que possible, par le sacrifice.
II. Le sacrifice est l'oblation et l'immolation que l'on fait d'un objet sensible, pour rendre gloire à Dieu,, pour offrir une satisfaction à sa justice, et obtenir de sa bonté miséricordieuse les grâces dont les hommes ont besoin.
* VERTU DE RELIGION 11 3l
Dans tous les temps, les hommes ont offert des sacrifices à Dieu. Nous voyons, à l'origine du monde, Abel offrir à Dieu ce qu'il avait de meilleur dans son troupeau ; Caïn offrit les fruits de la terre qu'il cultivait; Noé, au sortir de l'arche, immola plusieurs animaux. La Genèse nous parle des sacrifices d'Abraham et des autres patriarches. Cette pratique s'est répandue partout. C'était une persuasion générale que l'effusion du sang d'un animal apaisait la Divinité et réconciliait l'homme avec elle. On augmentait le nombre des victimes dans les grandes calamités ; l'histoire nous dit qu'on en vint jusqu'à sacrifier des victimes humaines pour calmer une tempête, pour détourner un fléau, pour assurer le succès d'une guerre. Le fait est aussi général, l'accord des divers peuples sur ce point est aussi certain, qu'il paraît humainement incompréhensible, f Comment les peuples ont-ils pu penser qu'ils rendaient gloire à Dieu en détruisant par le sacrifice des êtres qu'il a créés?... Comment, surtout, ont-ils pu se persuader qu'ils expieraient leurs péchés en offrant à Dieu une victime étrangère? Comment ont-ils pu croire que le sang d'un animal aurait la vertu de purifier les souillures de la conscience? Comment, enfin, une pratique qui paraît contraire au sens commun est-elle devenue universelle? C'est un mystère que l'on ne peut expliquer qu'en remontant à l'origine de la religion. « Il faut faire observer aux jeunes gens, dit « Rollin, que tous les peuples s'accordent à faire con- « sister le fond du culte public et le sens de la reli- « gion dans le sacrifice, sans en bien comprendre la « raison ni la fin, ni l'institution, qui n'est pas natucours d'instr. m- DigitiZ ed by Google
« relie et qui ne peut venir de l'esprit humain seul, « et que cette uniformité dans une chose si singulière <t ne peut avoir pris son origine que dans la famille « de Noé, dont les descendants emportèrent avec eux, « en se séparant, cette manière dont ils avaient appris « que la Divinité voulait être adorée i. »
Nous avons expliqué ces traditions en parlant ailleurs du sacrifice de Notrè-Seigneur. Concluons, sans nous étendre davantage sur ce point, que le sacrifice doit être offert à Dieu seul, comme l'adoration dont il est l'expression la plus parfaite. Je suis le Seigneur; vous n'aurez pas d autres dieux devant moi... Vous adorerez le Seigneur votre Dieu, et vous ne servirez que lux seul. Adorer une créature, lui offrir des sacrifices, c'est une folie, c'est une impiété sacrilège. Nous adorons un seul Dieu en trois personnes : nous adorons Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, qui est le Seigneur et Dieu béni par tous les siècles. Dans ce culte (fadoration rendu au Fils de Dieu fait homme, on ne sépare pas l'humanité de la divinité, parce que le mystère de Flncarnation a uni les deux natures d'un nœud indissoluble dans la personne du Verbe. Les catholiques adorent chaque jour la chair vivifiante du Sauveur dans la sainte Eucharistie ; ils adorent sa tôle qui a été couronnée d'épines, ses pieds et ses mains qui ont été attachés à la croix, son cœur qui a ressenti pour eux de si tendres émotions. Ces pieds, ces mains, ce cœur, ne sont pas des parties mortes et détachées du corps de Jésus-Christ ; tout est vivant en lui, tout y est digne du culte suprême d'adoration,
. t Rollin, Traité des Études. Lecture d'Homère.
parce que tout y est uni personnellement au Verbe. La vertu de religion ne se borne pas à l'acte d'adoration et au sacrifice; elle nous inspire un profond respect pour le saint nom de Dieu et un grand zèle pour la sanctification des jours qui lui sont consacrés, ainsi que nous le verrons dans l'exposition du 6econd et du troisième commandement» Elle nous inspire encore de faire avec une dévotion pleine de respect et d'amour tout ce qui est du service de Dieu ; elle nous fait honorer Dieu dans tout ce qui. est de son culte, dans tout ce qui nous représente quelques traits de ses infinies perfections* Elle devient ainsi le fondement du culte que nous rendons aux saints et dont nous allons nous occuper»
§ 2* — LE CULTE DBS BAUfTfl SB RAPPORT» A WB0; IL W'SST
pas contraire; a la vertu db religion,
I. Peutnon reconnaître les grandeurs de Dieu, ses perfections infinies, et son domaine suprême sur toutes choses, sans l'honorer dans ses œuvres, dans celles surtout où se manifestent avec plus d'éclat ses divins attributs et la toute-puissance de sa grâce? Or, où voit-on mieux l'image'de- la sainteté de Dieu; où brille d'un éclat plus pur l'action vivifiante et toute-puissante de son esprit, que dans les saints ? « Dieu ! a que vos amis sont honorés, dit le Psalmiste, que « leur puissance est grande I » Cet honneur auquel il a plu à Dieu d'élever ses serviteurs, est tel que Jésus- Christ, nous déclare leur avoir communiqué la gloire qu'il avait reçue de son Père, « Je leur ai donné, ô «Père! la clarté que vous-même m'avez donnée,
« pour qu'ils soient un, comme vous et moi sommes « un. Je suis en eux, et vous êtes en moi K »
On a grandement lieu d'être surpris, d'après cela, que quelques hérétiques aient reproché à l'Église le culte qu'elle rend aux saints, comme si elle les confondait avec Dieu dans une môme adoration 2 . La force du préjugé est telle, qu'encore aujourd'hui, malgré les explications les plus positives, beaucoup de protestants persistent à nous considérer comme des idolâtres.
La question serait pourtant bien facile à résoudre si on voulait l'aborder sans prévention ; il n'y a qu'un fait à éclaircir et un principe à discuter. Fait à éclaircir : L'Église rend-t-elle aux saints un culte idolâtrique, ou bien se contente-t-elle de leur déférer un culte différent de l'adoration et d'un ordre essentiellement inférieur? Principe à discuter : Le culte rendu aux saints, en le supposant différent de l'adoration, est-il légitime, ou doit-on le blâmer comme superstitieux?
II. La question de fait se résout par l'enseignement de l'Église et par la pratique générale des fidèles. L'adoration ne consiste ni dans les mots ni dans les signes extérieurs, mais bien dans l'intention de déférer un culte divin à un être supérieur que l'on veut
1 Psaume cxxvm; Évang. de saint Jean, xvn, 2*.
1 Pour mieux faire ressortir la différence qui se trouve entre le culte de Dieu et celui des saints, on a réservé le terme d'Adoration et celui de culte de Latrie pour le premier, et Ton a donné au second le nom de Dulie, qui vient d'un mot grec qui signifie servitude. On appelle Hyperduli* le culte que l'on rend à là sainte Vierge, parce qu'elle aussi est une servante de Dieu, quoique très-ôlevée au-dessus des autres saints. .
honorer comme le principe, le seigneur suprême et la fin dernière de toutes choses.
Le terme adorer, dans le style des Écritures, présente un sens très-large : il est souvent employé pour désigner une marque quelconque de respect déféré aux anges, aux hommes, aux saints; s'incliner par respect devant un magistrat, devant un roi, saluer un homme, c'est l'adorer, selon les expressions consacrées dans les temps anciens. Donc alors même que certains écrivains catholiques se seraient servis du même terme pour indiquer les honneurs rendus aux saints, on n'en devrait nullement conclure que ces écrivains ont attribué aux saints le culte qui n'est dû qu'à Dieu.
Il ne faut pas non plus s'arrêter aux signes exté-
, rieurs, tels que les génuflexions ou les prostrations,
signes fort indifférents de leur nature, et qui peuvent
k, tout aussi bien ne désigner qu'un acte de respect que
' se rapporter au culte d'adoration. Dans bien des
pays, comme en Orient, on donne aux hommes ces
marques de respect, on se prosterne à terre, devant
eux, pour les saluer.
Sans nous arrêter au terme d'adoration, ni aux signes extérieurs du culte, nous devons nous informer avant tout de ce que l'Église enseigne aux fidèles, et de ce que les fidèles prétendent faire, en suivant la doctrine des pasteurs, quand ils honorent les saints.
C'est un fait qui ne peut être ignoré de personne, que l'Église, dans ses décisions doctrinales, comme dans les catéchismes donnés aux fidèles pour leur instruction, enseigne dans les termes les moins équi-
118 PRBMIBR COMMANDEMENT
voques que l'on ne doit adorer que Dieu. Un seul Dieu tu adoreras se trouve à la tête du Déoalogue; c'est l'instruction familière que l'on donne aux enfants, c'est la doctrine que Ton enseigne à tous les âges et sous toutes les formes*
La pratique est dans une parfaite harmonie avec cette doctrine. Que l'on demande à un catholique s'il prétend adorer les saints comme autant de divinités, il répondra sans hésiter que non. Il aurait même droit de s'indigner qu'on lui fît une telle question, et de dira avec saint Jérôme : Insensé, qui de nom adora iamaU les martyrs et mit l'homme à la place de Dieu ? Il pourrait, avec saint Augustin, prendre pour témoins tous ceux qui connaissent l'Église, et dire : « Nous honorons la « mémoire des saints, et nous les vénérons comme « des serviteurs de Dieu qui ont combattu jusqu'à la « mort pour la vérité... Mais qui de vous a jamais « entendu un évoque ou un prêtre dire à l'autel, alors « même que l'on célèbre les saints mystères sur le « corps d'un martyr : Je vous offre le sacrifice, ô « Pierre, ô Paul, 6 Cyprien 1 ? »
Le concite de Trente a rappelé ces dernières paroles de saint Augustin dans le décret sur le saint sacrifice de la messe, où il explique les principes et la pratique de l'Église* catholique : « Quoique l'Église ait la cou- <t tume de célébrer quelquefois des messes en la mé- « moire des saints, néanmoins ce n'est pas à eux, « mais à Dieu seul, qui les a couronnés, qu'elle offre « le sacrifice. Cest pourquoi le prêtre ne dit pas $ Je « vous offre le sacrifice, ô Pierre ! ô Paul 1 mais, ren-
1 Saint Jérôme, Contre Vigilance, n* 5 ; saint Augustin, Cité de Dieu, liv. VIU, c. xxvu.
I vertu ra aBLiaioN : oultb des saints 119
« dant grâces à Dieu des victoires que les saints ont « remportées, il implore leur protection pour que ces « bienheureux, dont nous faisons mémoire sur la o terre, intercèdent pour nous dans le ciel 1 . »
Les idées n'ont jamais varié sur ce point; que Yon examine les croyances de l'Église dans un siècle ou dans un autre, on les retrouve constamment et invariablement les mêmes. Voyez, pour nous borner à un seul exemple, comment les fidèles qui assistèrent au martyre du glorieux saint Polycarpe, au second siècle, repoussèrent le soupçon d'idolâtrie que les païens avaient formé contre eux à cause de leur respect religieuxpour les martyrs. Aprèsavoir rapporté les dernières priàrei que récita Polycarpe avant de consommer son martyre et sa fin bienheureuse, ils ajoutèrent : « Le « démon empêcha que le corps du serviteur de Dieu ne « fût enlevé par nous, quoique plusieurs de nos frères ^ « eussent un très-grand désir de le soustraire. On per- '■ « suada au proconsul de ne pas nous remettre ce « corps, de peur, lui disait-on, que les chrétiens, « après avoir abandonné le crucifié, ne commenças- « sent à adorer celui-ci. Insensés, qui ignorent que a nous ne pouvons ni abandonner jamais Jésus-Christ « qui est mort pour le salut de tous, ni en adorer un « autre que lui! Nous l'adorons comme le Fils de « Dieu; pour les martyrs, nous les aimons comme des « disciples et des imitateurs du Seigneur, à cause de « la grande affection qu'ils ont témoignée pour leur « roi et leur maître, et nous désirons tous être leurs « condisciples et prendre part à leur sort, Le centu-
1 Concile de Trente, sess f X^II, ç. ni r
« non, poussé par les instances des Juifs, fit donc « brûler le corps : mais ensuite nous pûmes recueillir « quelques-uns de ces os, plus précieux pour nous « que les diamants les plus recherchés, et nous les « mîmes dans un lieu convenable. Nous nous réuni- « rons, s'il plaît à Dieu, dans cet endroit, pour celé- « brer avec joie le jour anniversaire de son triomphe, « pour célébrer la mémoire de ceux qui ont terminé « leur vie par de glorieux combats, et pour nous ins- « traire nous-mêmes et nous affermir au souvenir de « leur exemple *. »
En présence de tels monuments,, qui se rencontrent à chaque page de l'histoire, qui aurait le courage de renouveler contre l'Église le reproche d'idolâtrie?... Mais peut-être le culte des saints est-il superstitieux et peu en harmonie avec les principes fondamentaux du Christianisme?
Où est donc la superstition dans le culte des ^ saints?... Nous n'examinons pas s'il est quelquefois arrivé que des catholiques peu instruits aient mêlé des idées et des pratiques superstitieuses aux honneurs qu'ils rendaient aux saints ; il n'y a rien que l'ignorance ne puisse dénaturer, rien dont les passions ne puissent abuser ; l'Église n'est pas responsable de ces écarts, pourvu que son enseignement soit pur, que les pratiques qu'elle autorise soient parfaitement légitimes, et qu'elle veille à écarter les abus.
III. Le culte des saints consiste dans le respect que nous avons pour leur mémoire, dans les prières que nous leur adressons, et dans les honneurs que nous rendons à leurs images et à leurs reliques.
' Histoire ecclésiastique à'Eusèbe, liv. IV, c. xv.
Il n'est pas probable que Ton nous reproche de respecter la mémoire des saints. Dans tous les temps, on a conservé avec respect le souvenir des hommes qui se sont distingués par de rares vertus, ou par de grands services rendus à la société, ou par quelques qualités éminentes : c'étaient des sages, des savants, des littérateurs, des guerriers. Les saints sont les grands hommes du Christianisme : leur sagesse est bien au-dessus de celle des philosophes, leurs vertus sont d'un ordre plus éminent, leur dévouement est plus pur que tout ce qu'on a pu admirer de plus grand dans le monde. Quels hommes que les Apôtres, les Ignace, les Polycarpe, lesChrysostome, les Athanase, les Grégoire, les Charles Borromée, les Vincent de Paul, et tant d'autres saints que nous pourrions citer, car il y en a eu dans toutes les conditions de la vie ! La pensée de ces hommes, qui ont porté dans l'inflrf^mité de la chair des trésors de lumière et de vertu, élève l'âme, elle la pénètre d'une vénération profonde et la saisit d'un sentiment religieux, car elle y aperçoit un rayonnement des perfections divines. Non, il n'y a rien d'aussigrand, d'aussi vénérable qu'un saint, et le moins élevé parmi eux efface à nos yeux toute les grandeurs du monde. C'est donc rendre gloire à Dieu que de les honorer.
L'invocation des saints est tout aussi légitime, tout aussi naturelle que l'honneur que nous leur rendons. Sur la terre nous pouvons incontestablement prier les uns pour les autres ; il nous est permis de nous recommander aux prières des serviteurs de Dieu. Moïse obtint plus d'une fois de Dieu qu'il pardonnât au peuple hébreu dans le désert, quand ce peuple avait
prévariqué. Les amis de Job ne purent éviter les peines * dont Dieu les avait menacés, pour les punir de Tinconsidération de leurs paroles, que par la charitable médiation de ce patriarche, et c'est Dieu lui-même qui les avertit de recourir h lui. « Prenez sept taureaux « et sept béliers, allez auprès de mon serviteur Job, « et offrez pour vous un sacrifice ; Job, mon serviteur, « priera pour vous, je recevrai favorablement sa « prière, pour que votre folie ne vous soit pas impu- « tée. Éliphas, Baldad et Sophar firent ce qui leur avait « été dit, et Dieu fut touché de la pénitence de Job a quand il priait pour ses amis 1 . »
Saint Paul exhorte souvent les fidèles à remplir les uns à l'égard des autres cet office de charité. Il sollicitait des prières pour lui afin d'être soutenu par la grâce de Dieu dans les travaux de l'apostolat; de son côté, il ne cessait de prier pour les enfants qu'il avait engendris à Dieu et pour les Églises qu'il avait fou» dées. Dieu exauçait fréquemment et d'une manière sensible ces prières; il accordait même desguérisons miraculeuses à l'humble confiance que les fidèle» mettaient dans les Apôtres, Nous lisons dans leurs Actes que l'on présentait des malades à saint Pierre pour qu'il les bénît, qu'on les mettait sur son passage pour qu'il les couvrît de son ombre, et que les malades se trouvaient guéris; d'autres recevaient leur soulagement du seul contact du linge qui avait été à l'usage de saint Paul S
S'il nous est permis et avantageux d'invoquer les saints qui sont sur la terre, pourquoi ne les invoque-
1 Job, xlii, 8-10.
3 Actes <Jes Apôtres, v, 5 ; *xvw,
rions-nous plus quand ils jouissent de la gloire du ciel? Ont-ils perdu leur crédit auprès de Dieu; ou bien soupçonnerait-on qu'ils ne nous portent plus d'intérêt depuis qu'ils ont quitté la terre? Évidemment ils sont plus que jamais les amis de Dieu, car ils lui sont unis par un amour inaltérable. Leur charité, qui a été si fendre, si affectueuse, si compatissante, est plus parfaite dans le ciel; et, comme les liens qui nous unissent à eux subsistent toujours, comment n'auraient-ils pas égard à nos vœux?
Les saintes Écritures nous donnent de bien autres idées de la sollicitude des bienheureux pour leurs frères qui sont au milieu des épreuves dans les travaux et les tentations de ce monde. L'ange dit à Tobie : « Quand vous priiez avec larmes, et que vous ensevB- « lissiez les morts, j'ai offert vos prières à Dieu. » ^L'Apôtre saint Jean nous représente dans l'Apocalypse les anges qui entourent f autel sur lequel est l'Agneau, tenant à la main des encensoirs d'où s'élève un parfum, et il nous avertit que ce sont les prières des justes que les esprits bienheureux présentent à Dieu. L'auteur inspiré du livre des Maehabées rapporte une vision qui consola beaucoup le peuple juif et releva merveilleusement ses espérances. Onias, le grand prêtre, mis à mort depuis quelques années par les ennemis de la nation, avait paru étendant les mains sur tout le peuple, et intercédant pour lui. A côté de lui était un autre personnage tout éclatant de gloire et environné d'une grande majesté. Onias dit, en le montrant : « C'est là le véritable ami de ses frères et du « peuple d'Israôl. C'est Jérémie, le prophète de Dieu, « qui prie beaucoup pour le peuple et la ville sainte. »
En même temps Jérémie étendit la main et remit à Judas Machabée une épée d'or, en lui promettant la victoire sur les ennemis de son peuple*.
IV. Les adversaires du culte des saints n'ont probablement pas réfléchi sérieusement sur ce qui se passe sur la terre, ni sur ce qui se passe au ciel, sans quoi ils n'auraient pas condamné si légèrement là conduite de l'Église. Ils disent qu'invoquer les saints, c'est faire injure à Jésus-Christ, notre unique médiateur ; mais ne voient-ils pas la faiblesse de celte raison? S'il est permis sur la terre de recourir aux prières d'un juste, sans craindre de faire injure à Notre-Seigneur, comment dérogera-t-on aux mérites de Notre-Seigneur en continuant d'invoquer ce juste quand il est au ciel? Au ciel, comme sur la terre, les saints se bornent à intercéder pour nous ; ils ne sont pas la source de la grâce ; ils ne peuvent que la solliciter, et, s'ils l'obtiennent, c'est par Jésus-Christ, auquel nous rapportons tout ce que nous recevons de bien.
Nous n'exprimons pas ici une opinion particulière; c'est la foi, c'est la croyance universelle de l'Église, et le saint concile de Trente recommande en ces termes à tous les pasteurs de l'enseigner : « Le saint concile « prescrit aux évêques et à tous ceux qui sont chargés « d'instruire les peuples, d'enseigner aux fidèles, con- « fermement à l'usage reçu dans l'Église catholique « et apostolique depuis l'origine, conformément aux « décrets des conciles et à la doctrine unanime des « Pères, que les saints qui régnent avec Jésus-Christ
1 Tobie, xn, 12; Apocalypse, v, 8; II- liv. des Machabées, xv, 12-15.
Digiti2edby VjC
VERTU M MUGÎON : CULTE DfiS SAINTS 125
li dans le ciel offrent à Dieu nos prières; qu'il est bon i et utile de les invoquer et de recourir à leur proi tection, pour obtenir des bienfaits de Dieu par Jé- « sus-Christ Notre-Seigneur, qui est notre seul Ré- « dempteur et Sauveur *. » A défaut de tout autre enseignement, les formules usitées suffiraient pour rendre ces idées populaires. Il n'est pas un fidèle qui ne sache la différence que l'on met, dans les prières publiques, entre celles qui sont adressées à Notre- Seigneur et celles que l'on fait aux saints. Nous disons à Notre-Seigneur : Ayez pitié de nous; aux saints : Priez pour nous. De plus, dans les offices, au saint sacrifice et dans les autres parties de la liturgie, toutes les oraisons faites à Dieu en mémoire des saints, pour nous mettre sous leur protection, finissent ainsi : Par Notre-Seigneur Jésus-Christ Est-il posnble d'exprimer plus nettement quelle est la nature l'intercession ou de médiation que nous attribuons mx saints ?
A Dieu ne plaise que nous oubliions jamais ce que îous devons à Notre-Seigneur, et que nous diminuions m rien la gloire et les mérites de sa médiation ! La gloire des saints est la gloire même de Notre -Seigneur : ils ont reçu de lui tout ce qu'ils ont de mente, et leur intercession n'a de valeur qu'autant qu'elle 3st agréée de lui. S'il lui plaît de nous bénir par leur entremise, il nous paraît encore plus grand et plus aimable. Quelle ne doit pas être, en effet, la grandeur et la puissance de Celui dont les serviteurs sont ainsi honorés sur la terre ! Quelle puissance autre que celle
1 Concile de Trente, sess. XXV.
110 fftB¥Œ& CQMMAWWWBNT
d'un ©tou pwmtt faite reposer m wta sur des mort*}*, les élever au^dossua de la conditioa de leur nature, 0» leur faisant opérer des prodiges semblables 4 çeu* que les saints ont si œuvent opérés? D'un autre côté, que cette intercession des maints noua est précieuse |„» Quels rapports pleins dç charmes eUe établit antre eux et nous \... fîous entrons en société iivôc les apôtres, les martyrs, les vierges; nous pouvons nqus approeber d'eu* avee confiance et leur perter» Nous appelons h notre secours ceux qu$ $ous vénérons comme uq* pères, et que noua jutons comme des frères aînés qui nous ont précédés dans te ciel, et qui ont p^ssé par tes épreuves que nourf traversons« Nos prières peuvent aussi s'adresser en pat^ i içulier à des Âmes saintes qui m sont pas l'objet d'un culte public, À des parents dont la vie pure noua fait espérer qu'Us jouissent de la gloire du ciel, à de petits enfents mo r ts dans l'inooeenee de leur baptême* et devenus les anges tutélaires de leur famille, Il nous est bien doux de penser que ces 4mea bienheureuses nous voient, qu'elles nous écoutent, qu'elles parient i Dieu pour nous.
Oui, certainement , les g*i&ts connaissent nos prières- Nous ne pouvons pas expliquer la nature des rapports que Dieu a établis entre eu* et nous, tuais nous savons qu'ils nous sont présents quand nous les invoquons, qu'ils connaissent notre situation; les nécessités qui nous pressent, les dangers qui nous entourent Notre-Seigneur ne nous M-il P* 3 dit que les anges se réjouissent d$n$ le ciel de la conversion d'un pécheur ? N'avons-nous pas vu dans le livre des Machabées le grand prêtre Onias et le pro-
+ VERTU DS BfiUOION : CUL7I Mtg SAINTS 197
pbète Jérémie étendre les mains sur leur peuple pour le protéger? Les anges et les saints savent donc ce qui se passe sur la terre l .
Les écrits des Pères de l'Église nous confirment dans cette idée. Nous voyons les docteurs les plus éclairés et les plus exacts, tels que saint Jérôme, saint Grégoire de Nazianze, saint Bernard, s'adresser aux saints qui sont au ciel, s'entretenir en quelque sorte avec eux, leur parler de l'Église et de leurs besoins particuliers en des termes qui, pat leur simplicité, indiquent manifestement la persuasion intime qu'ils avaient d'être vus et entendus de ces bienheureux. Est-il présumable que ces hommes si doctes fussent tous dans l'illusion et qu'ils s'arrêtassent à des idées chimériques? Ajoutez à ces preuves de tradition, que très-souvent des saints ont apparu à ceux qui les invoquaient, pour les consoler, les encourager, leur promettre le secours d'en haut, leur manifester des événements futurs qui les intéressaient. L'histoire ecclésiastique fait mention d'un grand nombre de ces apparitions qu'un esprit sage ne peut pas raisonnablement révoquer en doute ; plusieurs ont été constatées par des preuves irrécusables, dans les procédures faites pour la canonisation des saints. Nous avons donc les motifs les plus sérieux de croire à ces rapports intimes entre nous et les saints. Éclairés des lumières que Notre- Seigneur répand sur eux, ils sont présents à ceux qui les invoquent, ils sont témoins de leur vie, spectateurs de leurs combats, toujours prêts à leur tendre la main, et à écouter leurs vœux pour les présenter à Dieu, i Machab., liv. II, chap. xv, i&is.^r StoiatLuo, xv r *.
§ 3. — LE CULTB DBS RELIQUES ET DES IMAGES DES SAINTS EST TRÈS-LÉGITIME.
I. Le culte que nous rendons aux saints nous porte naturellement à honorer leurs reliques et leurs images.
La société civile, aujourd'hui comme autrefois, comme partout et toujours, conserve avec respect les cendres des grands hommes, et attache beaucoup de prix aux objets qui leur ont appartenu* Faut-il être surpris que l'Église honore les reliques des saints?
Les chrétiens ont des motifs d'un ordre bien supérieur. Nous pouvons dire à ceux qui blâmeraient ce culte: Vous considérez comme un objet précieux, comme un trésor de famille les restes inanimés d'un philosophe célèbre, l'épée ou le casque d'un fameuxgénéral, et vous ne savez pas si ce philosophe, si ce général n'est pas en ce moment réprouvé de Dieu, et condamné à d'ignominieux supplices en punition de ses mauvaises doctrines ou de ses mœurs corrompues. Vous le louez, et vous ignorez s'il a trouvé grâce auprès du souverain juge. Pour nous, quand nous honorons les reliques des saints, nous savons, à n'en pas douter, que leurs corps ont été les membres vivants de JéSus-Christ et les temples du Saint-Esprit; ces corps sont inanimés, mais Dieu les garde, et il W ressuscitera à la fin du monde pour les rendre éternellement glorieux; voilà le fondement du culte qu 6 nous leurs rendons * .
1 Concile de Trente, ses». XXV.
Dieu a confirmé ce culte d'une manière éclatante par les prodiges qu'il a opérés en l'honneur des reliques. Il est dit au quatrième livre des Rois qu'Elisée sépara les eaux du Jourdain en les frappant avec le manteau du prophète Élie, et qu'il traversa le fleuve à pied sec. Le même livre rapporte qu'après la mort d'Elisée des malfaiteurs ayant déposé dans le tombeau du prophète les restes inanimés d'un homme qu'ils avaient tué, le cadavre n'eut pas plutôt touché aux ossements de ce saint qu'il fut immédiatement rendu à la vie. Des faits non moins extraordinaires se sont reproduits dans la suite des temps. Quel siècle n'a pas été témoin de quelques prodiges, opérés par la vertu des reliques des saints?
Ces bienfaits de Dieu, autant que la religieuse vénération que l'on portait aux confesseurs de la foi, expliquent le zèle que, dès les premiers siècles, les ^ Églises témoignaient pour se procurer des ossements des martyrs, le concours nombreux qui se faisait au lieu de leur sépulture, la pieuse allégresse que témoignaient les peuples quand on découvrait des corps saints, demeurésinconnusjusqu'alors. Saint-Ambroise présenta aux Milanais les corps de saint Gervais et de saint Protais, découverts du temps de son pontificat, comme la richesse la plus précieuse de la cité et le gage de la protection divine sur elle. Saint Augustin, animé du même esprit et témoin oculaire de plusieurs miracles opérés en Afrique par les reliques de saint Etienne, n'estimait pas moins heureuses les villes qui pouvaient en posséder quelques parcelles. On lira
toujours avec un pieux intérêt ce qu'il en raconte dans son livre de la Cité de Dieu et dans quelques-uns
130 PUMUHI OOKMAWOBIf»NT
de ses sermons, A la vue de ces ouvre» de la 4roite de Dieu» il s'écriait : « Un peu de poussière attire tout « un peuple; la poussière est oacbée, mais les bien* « faits éclatent : penses, mes très-chera frères» à ce « que nous prépare dans la terre des vivants Celui <r qui opère de si grandes choses aveo la cendre des « morts '. >>
Autant l'Église a fidèlement conservé ces traditions de respect et de confiance pour les reliques des saints, autant a-t-elle pris de précautions pour s'assurer de leur authenticité et pour éloigner du culte qu'on leur rend tout ce qui pourrait être superstitieux» Bile ne veut pas que l'on propose à la vénération des fidèles des reliques nouvelles qui n'auraient pas été examinées et reconnues authentiques par l'évoque, qui doit même, dans certains cas douteux, en référer au saintsiège 9 . Elle permet qu'on les porte en procession; mais, pour ne pas leur déférer un honneur qui pour- J mit paraître aux hommes peu instruits égal h celui que l'on rend au saint Sacrement, elle a défendu de les porter sous un dais. De môme, et toujours pour maintenir le principe essentiel sur la différence qui existe entre le culte dû à Notre -Seigneur et les marques du respect déféré aux saints, on place des reliques sous l'autel, dans la pierre sacrée sur laquelle se célébreront les saints mystères» mais jamais eur le tabernacle où se trouve le saint Sacrement. Jamais non plus on ne les expose sur l'autel, quand le saint
. l Cité ée £»«, Jiv, XXII, *• vwj Sermon cccjyh, sur saint Etienne,
* Concile de Trente §$$s, %\V X flfetetrar Hnvoeattoa te *fot«<
VEETU PB EEU6I0W ; CULT1 M» SAINTS 131
Sacrement est lui-même exposé ; la gkrfre du Maître efface celle des serviteurs. A ce moment solen^l, foutes les pensées doivent se rapporter à lui seul.
Des peines très-graves sont portées contre ceux qui se permettraient un sacrilège trafic des saintes reliques, en les cédant à prix d'argent, ou en les expo» 6ant pour se procurer un profit* L'Église condamne et repousse avec horreur ces pratiques, si contraires à la vertu de religion. Elle prescrit enfin, pour assurer plus de respect aux reliques, qu'elles soient convenablement renfermées dans une châsse ; que les reliques les pins insignes, telles que le corps du saint, ou un membre entier, ou une partie notable de ce corps vénérable, ne soient pas gardées ailleurs que dans les temples ou dans les oratoires' publics. Si elle permet que les fidèles conservent dans leurs maisons des reliques moins considérables, et même qu'ils en portent t* sur eux, c'est sons la condition qu'ils les traiteront avec tout le respect qui leur est d&
Nous sommes entrés dans ces détails, qui se rattachent plutôt au culte public qu'à la partie morale de la religion, pour montrer comment l'Église met toujours en harmonie ses observances avec ses principes ; comment elle sait concilier la vénération des saints et de leurs reliques avec le culte suprême qu'elle rend uniquement à Dieu.
II. Que dire maintenant des saintes images? Que penser de la conduite de l'Église qui les vénère, et comment se fait-il que les protestants aient pu mettre en parallèle ce culte avec les .honneurs divins que 16 paganisme déférait aux idoles?
Ici, comme sur bien d'autres articles qui lontde*
venus un objet de dispute de la part des hérétiques, il y m eu d'étranges préoccupations d'esprit.
Les païens donnaient dans deux excès : l'un était de ] croire qu'ils pouvaient représenter la Divinité par . des statues; l'autre, que ces statues étaient déifiées, \ en ce sens du moins que la Divinité venait les habiter, i Saint Paul essaya de détromper les Athéniens de ces ; erreurs dans le discours qu'il prononça devant l'Aréopage : < Nous ne devons pas nous persuader, leur . « dit-il, que la Divinité soit semblable à l'or, ni à « l'argent, ni à une pierre taillée par un artiste 1 . » Il y avait de telles extravagances dans l'idolâtrie, que nous aurions de la peine à les croire, si les prophètes ne nous avaient pas dit à quel excès de stupidité étaient tombés les peuples privés de la lumière de la révélation.
Dieu, pour prémunir les Hébreux contre l'exemple des peuples idolâtres, défendit de faire des images et -jH "des statues; il excepta néanmoins les statues des deux chérubins qui devaient être posées au-dessus de l'arche. Ce fut par un semblable motif que, dans les premiers siècles du Christianisme, on ne rendait pas de culte aux images des saints. L'Église ne crut pas néanmoins nécessaire d'interdire les statues; elle laissa peindre les images des saints et les mit elle-même dans les temples. On vit assez fréquemment dans les baptistaires des statues de saint Jean ; on représentait sur le pied des calices et sur les murs des églises des images du Sauveur, celle de Daniel au milieu des lions, les combats des martyrs et d'autres sujets tirés
i Actes des Apôtres, xvn, 29.
de l'histoire sainte* L'historien Eusèbe loue, dans la Vie et Constantin, le pieux empressement que ce prince mit à orner son palais, et il décrit une magnifique représentation de Jésus-Christ en croix que l'on avait placée à la partie la plus élevée du palais. Ces images contribuaient à l'instruction et à l'édification des chrétiens 1 .
A mesure que le danger de l'idolâtrie disparaissait par la propagation du Christianisme, les fidèles eurent plus de liberté pour honorer les saintes images, brûler des cierges, faire des prières devant elles. Personne ne devait se méprendre sur le sens et la portée morale de ces actes, car on savait bien que ses vœux ne s'adressaient pas à une toile peinte ni à un morceau de marbre, mais à Notre-Seigneur, à la sainte Vierge, ou aux saints, que l'image représentait.
Cependant, comme il entrait dans les destinées de FÉglise qu'elle fût contredite dans tous les articles de sa foi comme dans son culte, il s'éleva de fortes oppositions contre l'usage que l'on faisait des saintes images. Dans les Gaules, quelques hommes peu éclairés, poussés par un zèle inconsidéré, brisèrent les images des saints, pour que le peuple ne fût pas exposé au péril de les adorer. Saint Grégoire le Grand, qui gouvernait alors l'Église universelle, leur adressa de sévères remontrances ; il leur dit qu'ils devaient sans doute s'opposer à ce que les fidèles rendissent aux images des honneurs divins, mais qu'ils avaient eu tort de briser ces images, parce que ce n'était pas sans de très-bons motifs que l'antiquité ecclésiastique
1 VU âe Constqntin, liv, IIJL, c, xyoc.
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avait eonseeté F usage de représenter par 1* peinturé» dans les lieux les plus vénérables, l'histoire dpâ saint* ; que ces peintures instruisaient et édifiaient les peupies u
Des oppositions beaucoup plus grèves s'élèverait quelque*emps après dans l'empire d'Orient» Un empereur de Constantinople,s'étant laissé persuader, par des ennemis du Christianisme, qu'il ne fettait pas Mener le culte des images, fit disparaître celles qui se trouvaient dans le palais, et publia ensuite des édits rigoureux pour que Ton brûlât partout tes images des saints. Ces édite* à l'èxéeution desquels les évê* ques et ce qu'il y avait de plus éclairé et de plus pieux parmi les fidèles opposèrent une forte résistance, donnèrent lieu à une cruelle persécution t un nombre considérable de catholiques souffrirent le martyre pour soutenir la cause de l'Église ; on donna le notad'Hxfco- < e lattes, qui signifie briseurs d'images, aux partisans de l'empereur. Les Souverains Pontifes, qui du haut de la chaire de saint Pierre n'ont jamais cessé de veiller aux intérêts de lu foi, adressèrent des instructions, des exhortations, des avis, aux empereurs Léon et Constantin Çopronyme, mais inutilement. Après la mort de ce dernier persécuteur, il plut à Dieu de rendre la paix à l'Église, et de faite triompher la vérité 4à où elle avait été plu* fortement attaquée.
Un concile général, tenu Tan 785 à Nicée, sous le pontificat d'Adrien, rétablit les images et maintint les traditions de l'antiquité. «Nous définissons, dirent tes « Pères de ce concile, que les saintes images doivent
1 Liv. IX des Épitres d*%aint Grégoire, ép. 9. ,
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i être expotées, suit déni ta» églises, sur lès vases, « les habits sacrés, les murailles, soit dans les mai- • sons; car plus on toit souvent dans leurs images « Jéeus*Christ, sa sainte mère et les saints, plus on « se sent porté à se souvenir des originaux et à les « aimer. On doit rendre à ces images le salut, maïs « non le culte de latrie, qui ne convient qu'à la nature « divine. On pourra néanmoins approcher de ces « images l'encens et le luminaire, comme on en use « à regard de la croix, des Évangiles et des autres « choses sacrées, le tout selon la pieuse coutume des « anciens; car le culte de l'image est rapporté à l'o- « rigtnal qu'elle représente. Telle est la doctrine des « saints Pères, et la tradition de l'Église catholique. » Quand le véritable Sens de cette définition eut été bien connu et que les préventions conçues, dans certaines parties de l'Occident, contre les Grecs eurent été dissipées par la sagesse des Souverains Pontifes, les décrets du concile de Nicée furent reçus partout. Au seizième siècle, les protestants renouvelèrent tes erreurs et les excès des anciens iconoclastes; le concile de Trente rappela contre eux les mêmes définitions, car les principes ne changent pas dans le catholicisme : ce que Ton a cru, on le croira toujours.
Le concile de Trente, rappelant ce que les saints docteurs avaient dit si souvent pour l'instruction des peuples, déclara, dans ses décrets, que nous ne vénérons pas les images dans la persuasion qu'il y ait en elles quelque divinité ou quelque vertu inhérente, mais parce qu'en nous découvrant devant elles, et en les baisant, nous adorons Jésus-Christ, et nous vénérons les saints.
Ce serait mal comprendre la pensée du concile que de voir dans ses décrets une condamnation de la pratique des fidèles qui témoignent une confiance plus grande dans les prières qu'ils font devant certaines images ou dans tel sanctuaire. Il n'y a ni erreur ni superstition dans ces prières, pourvu qu'elles soient réglées selon l'esprit de l'Église. Dieu se plaît quelquefois à honorer un saint par des grâces particulières qu'il accorde plus libéralement à son intercession; quelquefois aussi il fait éclater d'une manière extraordinaire la gloire de la sainte Vierge, la puissance de son intercession, dans un sanctuaire, devant une image particulière. La vue de ce sanctuaire en rappelant le souvenir des bienfaits reçus de la miséricorde divine, excite la confiance, attire les peuples, inspire la ferveur, favorise la dévotion. Les pèlerinages ont toujours été en honneur dans l'Église ; nous ne pouvons que respecter la conduite de Dieu, et, si les pasteurs veillent, ainsi qu'ils le doivent, pour écarter les abus que l'ignorance pourrait introduire, les fidèles pourront, sans danger de tomber dans l'illusion, suivre le mouvement de leur piété.
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