‹ Cours d'instruction réligieuse, ou, Exposition complète de la doctrineChapitre 27 sur 82 · SACRILEGE · texte numérisé non relu

SACRILEGE

Le sacrilège est la profanation d'une chose sainte. Recevoir indignement un sacrement; traiter d'une manière irrespectueuse l'Évangile, les Sacrements, les croix, les reliques des saints ou tout autre objet^ consacré au culte de Dieu par une bénédiction spéciale ; frapper injurieusement un prêtre ou un religieux; violer un vœu; profaner un temple par des discours scandaleux, par le vol des objets qui sont destinés au service de Dieu ou qui y sont déposés sous la garde de la religion, y verser le sang humain, le faire servir à des usages séculiers;... ce sont autant de sacrilèges. Combien d'autres exempt n'aurait-on pas à citer en se bornant seulement à ceux qui se reproduisent le plus fréquemment dans ces malheureux temps, où l'on respecte si peu les choses de Dieu 1 i

1 Ecclésiastique, ch. xxxnr, 1-7.

t VERTU DB RELIGION : SACRH«ÉOB 181

Toujours, même parmi les peuples païens, le sacrilège a inspiré de l'horreur ; il a fait craindre des cala* mités publiques. Dans le Christianisme, la nouvelle d'un sacrilège désole les âmes pieuses et les porte à offrir à Dieu des expiations pour le fléchir. Si, de nos jours, la nouvelle d'un attentat contre les choses saintes, l'effraction des portes d'une église , la profanation des tabernacles, produit une impression moins profonde , il no faut l'attribuer qu'à l'affaiblissement du sens religieux, au dépérissement de la foi. Qu'on nous permette de rappeler un trait qui se rattache à l'histoire de la paroisse Saint-Sulpice ; on y verra comment les peuples considéraient le sacrilège, quand les peuples avaient conservé la simplicité de la foi.

Dans la nuit du 28 juillet 1648, des voleurs pénétrèrent dans l'église de Saint-Sulpice, à Paris ; ils énoncèrent le tabernacle de l'autel de la Sainte-Vierge et prirent le ciboire, après avoir répandu par terre les saintes hosties. Aussitôt que les paroissiens apprirent la nouvelle de ce sacrilège, ils en furent consternés ; les divertissements cessèrent dans le faubourg Saint-Germain, et chacun s'efforça d'apaiser la justice divine par des prières, des aumônes, des mortifications, et par d'autres œuvres de piété. Une personne appartenant à la haute noblesse se condamna à ne manger plus que du pain bis et à ne boire que de l'eau; plusieurs, prenant pour un signe de la colère de Dieu la patience avec laquelle il souffrait de si horribles impiétés, s'attendaient aux derniers malheurs. Personne ne conçut une douleur plus profonde que le vénérable pasteur qui gouvernait alors la pa-

roisse de Saint-Sulpice, M. Olier. Il pria et fît prier pour obtenir de Dieu de connaître quelle réparation il pourrait lui offrir. Il annonça ensuite un jeûne de trois jours, qui fat rigoureusement observé dans la paroisse. Le lundi 3 du mois d'août, dès que le son lugubre des cloches se fît entendre, le peuple, en habit de deuil, se porta en foule à l'église, sans que la pluie qui tombait continuellement arrêtât personne, pas même les dametfde la première condition. De là on se rendit , en chantant des psaumes, à l'église de l'abbaye Saint-Germain, où on célébra une grand'messe pour la rémission des péchés. Le jeudi, vendredi et samedi suivants, le saint Sacrement fut exposé dans la paroisse avec une magnificence sans exemple. Toute la cour voulut y contribuer en faisan* servir à cette cérémonie ce que chacun avait de plus précieux en tapisseries, tableaux, cristaux, candé-^ labres. Le troisième jour, les boutiques étant fermées et toute œuvre servile interrompue dans la parois^, on fit une procession générale où le très- saint Sacrement fut porté parle nonce du Pape. La reine régente suivit le dais, accompagnée des princes et des princesses et d'une multitude innombrable de personnes en habit de deuil. La cérémonie se termina par une amende honorable qui fit verser beaucoup de larmes aux assistants. Il fut réglé que chaque année un dimanche serait consacré, par une solennité particulière et par l'exposition du saint Sacrement, à renouveler cette amende honorable sous le nom de réparation des injures faites à Jésus-Christ dans la sainte Eucharistie f ce qui s'est toujours fidèlement observé 1 .

» Vie de M. Olier, t. II, iiv. vu.

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