‹ Cours d'instruction réligieuse, ou, Exposition complète de la doctrineChapitre 4 sur 82 · VERTU SURNATURELLE DE LA FOI : SA NECESSITE · texte numérisé non relu

VERTU SURNATURELLE DE LA FOI : SA NECESSITE

ï. La foi est, d'après le concile de Trente, le commencement du salut y le fondement et ta racine de notre

justification. Saint Paul l'appelle le fondement de notre espérance \ et Y argument, c'est-à-dire une conviction assurée des choses qui ne se votent pas. Envisagée dans son exercice, la foi est un acte surnaturel par lequel nous croyons fermement en Dieu et à toutes les vérités qu'il nous]a révélées et qu'il nous enseigne par l'Église.

La foi est avant tout un don de Dieu et un acte de l'ordre surnaturel. Les hommes peuvent parvenir, par des recherches historiques, ou par des études philosophiques, à la connaissance de quelques-unes des vérités que nous professons dans le symbole ; mais ils n'ont la foi qu'autant que Dieu les prévient par sa grâce et incline leur cœur à croire ces vérités. Il y a un travail préliminaire de l'esprit, dans lequel nous sommes sans doute aidés de Dieu, mais qu'au fond on peut dire naturel : c'est l'étude des motifs de crédibilité. La raison examine alors, elle discute les preuves alléguées pour constater le fait de la révélation : ce fait étant suffisamment connu, le Saint-Esprit met dans l'âme un sentiment pieux de docilité, et alors la volonté, prévenue et excitée par la grâce, fait adhérer l'esprit aux vérités révélées, par une respectueuse soumission à la parole de Dieu, a Si quelqu'un soute tient, a dit un concile d'Orange tenu dans le sixième « siècle, que le commencement de la foi, et le mouve- « ment affectueux par lequel nous sommes inclinés et « attirés à croire en celui qui justifie le pécheur, n'est « pas en nous le don de la grâce, celui-là est con- « vaincu de contredire les dogmes apostoliques. »

L'adhésion que nous donnons par la foi aux vérités révélées est absolue ; elle les comprend toutes indis-

tinctement. La foi ne distingue pas entre les vérités purement dogmatiques, comme la création, la sainte Trinité, et les vérités morales que Jésus-Christ a enseignées pour la direction de notre vie. Elle ne distingue pas non plus entre ce qui serait fondamental dans le Christianisme et ce qui nous paraîtrait moins essentiel, comme s'il pouvait être libre à une créature d'accepter un article et non pas un autre. Ce discernement serait aussi déraisonnable en soi qu'injurieux à Dieu, qui ne nous enseigne rien que de très-utile, et qui ne peut nous tromper sur aucune des vérités qu'il a daigné nous révéler. -

Par le môme motif, et toujours sous l'action du Saint-Esprit qui est le principe intérieur de la foi, le fidèle exclut le doute de son cœur. Il n'accepte pas les doctrines révélées de Dieu et proposées par l'Église, comme des opinions respectables ; il les tient pour des jtérités incontestables, à l'égard desquelles.il ne lui est pas permis de conserver la moindre incertitude. C'est ainsi qu'on l'a toujours entendu dans l'Église, et il ne peut pas en être autrement. Comment nous approcherions-nous de Dieu avec confiance? Comment nous imposerions-nous des sacrifices, souvent pénibles à la nature, pour observer les commandements? Comment enfin serions-nous disposés à mourir, s'il le fallait, en témoignage de notre foi, comme sont morts les martyrs, si nous n'avions pas une conviction ferme, arrêtée, inébranlable, des vérités chrétiennes sur lesquelles reposent et cette confiance et cette disposition? Celui qui hésite volontairement, celui qui doute, n'a donc pas la foi : celui qui se borne à présumer que le Christianisme est la meilleure religion n'est pas

chrétien comme Jésus-Christ veut qu'on le soit. Il faut quelque chose de plus, il faut une persuasion intime de la vérité de tous les articles de la foi catholique, sans en excepter un Seul.

Les ennemis de la religion nous reprochent fcomme une croyance irréfléchie et enthousiaste, et dès lors déraisonnable, cette ferme adhésion de l'intelligence et de la volonté à des vérités que nous ne comprenons pas. Ils seraient probablement très-embarrassés de nous répondre, Si nous leur demandions : Ne croyezvotis paô vous-mêmes, dans Tordre naturel, un trèsgrand nombre de choses que voxis ne èotùprenôz pas mieux que nous ne comprenons les mystères du Christianisme?... Sans insister sur cette observation que nous avons suffisamment exposée dans la partie dogmatique du Cours étiratfuction religieuse, nous dirons qu'il n'y a rien d'aussi raisonnable que la foi, dans! tout homme, docte ou ignorant en fait de sciences^ humaines, pourvu qu'il Boit convenablement instruit du fait de la révélation, de l'autorité et de l'enseignement de l'Église.

Il est certain que ûous ne voyons pas en elles-mêmes les vérités de la foi ; nous ne les comprenons pas ; s'il en est quelques-unes de plus accessibles à notre intelligence, et que la philosophie puisse découvrir ou du moins démontrer, ce n'est pas pour lés avoir comprises que nous les croyons, mais c'est parce que Dieu nous les a révélées; notre foi repose sur la parole, sur la véracité infinie de Dieu. « La fol, dit Tait pôtre saint Paul, est la certitude des choses qui ne « paraissent pas. » Saint Augustin revient souvent sur cette pensée, qui est élémentaire dans la doctrine

chrétienne : « La foi consiste à croire ce que tous ne « voyez pas, et la récompense de la foi sera de voir « ce que vous aurez cru>, » Au lieu de trouver dans l'obscurité de la foi une difficulté contre là foi elle-même , les saints docteurs reconnaissant unanimement que nous n'avons pas la vue directe, ou immédiate, des vérités que nous croyons, ont pensé que c'est un sujet de mérite pour nous, et de gloire pour Dieu.

II. Nous acquérons un mérité devant Dieu par la soumission de notre esprit, et cependant, au moment môme où l'esprit fait cet acte d'abnégation, il corn* prend parfaitement qu'il agit d'une manière confbrme à la raison, qu'il ne doit pas, qu'il ne peut pas y avoir d'opposition entre la raison et la foi, mais qu'il s'y trouve une véritable harmonie. « Quoique la foi soit « supérieure à la raison, nous dit le souverain pontife S « Pie IX dans une encyclique adressée à tous les « évéques du monde, l'année 1*46, on n'a jamais pu « découvrir de contradiction entre elles deux, parce « que l'une et l'autre émanent du Dieu très-excellent « qui est la source de la vérité éternelle. Elles se pré- « tent, au contraire, un tel secours mutuel, que la « droite raison démontre la vérité de la foi, la soutient «c et la défend, tandis que la foi, de| son côté, délivre « la raison de toute erreur, l'éclairé, la confirme et * la perfectionne par la connaissance qu'elle lui donne « des choses divines... Pour que la raison ne s'égare « pas dans une affaire aussi grave que l'étude de la « religion, il est nécessaire qu'elle s'enquière avec « soin du fait de la révélation, pour avoir la certitude « que Dieu a parié, et pouvoir, selon l'avertissement

« de l'Apôtre, lui rendre une obéissance raisonnable, « Mais qui peut ignorer que, lorsque Dieu parle, on « lui doive une foi entière, et qu'il n'y a rien de si « raisonnable que de croire à des vérités révélées par « celui qui ne peut ni tromper ni être induit en er- « reur ? Lors donc que la raison humaine a reconnu, « par des signes manifestes, par des preuves très-as- « surées, que Dieu est l'auteur de la foi , elle ne peut « aller au delà; il est nécessaire que, laissant de côté « toute difficulté, elle y adhère sans réserve '. »

Ne cherchons pas ailleurs que dans ces observations si simples, et si pleines de vérité, la solution du problème souvent proposé des rapports de la raison et de la foi. La raison et la foi sont deux lumières procédant d'une même source, et illuminant notre intelligence d'une manière différente : elles sont l'une et l'autre une participation de la lumière éternelle, mais non pas à un égal degré. La raison humaine s'éclaire de la i lumière que Dieu lui a communiquée en la créant, . et qu'il conserve en elle par un acte continu, le Verbe (Je Dieu ne cessant d'éclairer tout homme qui vient au monde. Par cette lumière, elle voit bien des vérités; elle en entrevoit d'autres plus éloignées d'elle, sur lesquelles la lumière naturelle projette moins de clartés. La foi procède également du Verbe, de la vérité incréée, se manifestant aux hommes dans un degré plus haut, plus parfait, non pas sans doute en leur donnant la vue directe, immédiate de Dieu, de ses perfections infinies, des vérités qui sont en lui, mais en lui faisant connaître des vérités que la raison hu-

1 Nous ayons cité, dans le I' r volume, le décret du concile dn Vatican sur les rapports de la raison et de la foi, p. 210.

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kmaine, que la lumière naturelle n'aurait pas pu atteindre, La foi élève l'âme à la contemplation de ces mystères, non en les lui dévoilant, mais en les lui disant : elle laisse d'ailleurs subsister le voile qui empêche la vue immédiate; si elle brille dans l'âme par les hautes idées qu'elle lui donne de Dieu, elle est, suivant l'expression du prince des Apôtres, comme un flambeau au milieu des ténèbres. Par la foi nous voyons Dieu; mais, nous dit l'apôtre saint Paul, c'est comme en énigme ou dans un miroir, ce n'est pas encore face à face.

La raison précède la foi, du moins dans l'adulte qui passe de l'incrédulité ou de l'ignorance à la connaissance de Jésus-Christ : il ne croirait pas, selon l'expression de saint Thomas d'Aquin, s il ne voyait auparavant qu'il doit croire. C'est dans ce môme sens que notre saint-père le pape Pie IX vient de nous dire que . la raison démontre la vérité de la foi, que l'homme doit Rivant tout s'assurer avec soin du fait de la révélation, pour rendre à Dieu une obéissance raisonnable. Mais la foi, s'emparant ensuite de la raison qui s'est volontairement soumise à son enseignement, la purifie, Tétend, la relève au-dessus d'elle-même et l'illumine de ses célestes splendeurs. Tandis que la raison seule, abandonnée à elle-même, ou aidée si l'on veut de la raison des autres hommes, est sujette à bien des erreurs, « qu'elle ne peut que par beaucoup de travaux et de « peines nous élever au-dessus des effets et des choses « sensibles, pour nous donner la connaissance de ce- « lui qui est la première cause, le premier principe « de toutes choses, et nous faire contempler ses gran- « deurs invisibles; la foi, au contraire, fortifie telle-

<( ment lé regard de notre âme, qu'elle la rend caa pable de pénétrer le ciel sans effort , et l'éclairé « d'une divine splendeur; elle voit la source même « de l'éternelle lumière, et ensuite ce qui est au-desa sous de Dieu. Alors nous expérimentons avec bon- « heur la vérité des paroles du prince des Apôtres : « que nous avons été appelés des ténèbres à l'admi- « rable lumière de Dieu, ce qui nous fait tressaillir « d'une joie inénarrable l . *

Tels sont les rapports naturels de la raison et de la foi : le secours que la raison donne à l'homme pour l'amener à la foi, les lumières que la foi communique à la raison. Ajoutons, comme dernier terme dô comparaison, que si la raison qui vient de Dieu, son principe et sa source, a besoin pour se développer de renseignement de la société qui lui donne la parole, et qui l'exerce, mais qui aussi peut l'égarer, car le monde n'est pas infaillible, la foi déposée dans le cœur parfy Saint-Esprit s'exerce sous la direction de l'Église, la- 1 quelle apprend à ses enfants les vérités qu'ils doivent croire, les dirige dans l'étude de ces vérités, fixe avec une autorité souveraine les incertitudes qui pourraient naître. Ceci donne encore à la foi une grande supériorité sur la raison, car l'autorité divine de l'Église, assistée chaque jour d'un secours surnaturel, est incontestablement plus grande que l'autorité du genre humain.

Nous ne pouvons que bénir Dieu d'avoir, par cette disposition de sa providence, facilité l'exercice de la foi aux âmes simples et humbles. Tandis qu'à l'inté-

1 Catéchisme du concile de Trente, Du Symbole, art. i, § 2.

' rieur son Saint-Esprit nous y dispose par une vertu infuse et nous y porte par son inspiration, il a voulu à l'extérieur rattacher le fait de la révélation à des signes sensibles, faciles à comprendre et qui nous persuadent; enfin il nous a mis sous le conduite de l'Église, qu'il a chargée de nous instruire non-seulement du grand fait de la révélation, mais de chacune des vérités révélées que nous devons croire. C'est d'elle que nous recevons le symbole et l'interprétation des divines Écritures : sa parole, son autorité suprême, est la règle extérieure de notre foi.

Celui que Dieu honorerait d'une révélation immédiate devrait croire ce qui lui serait révélé, tout en soumettant son jugement à l'Église* Dieu n'est pas contraire à lui-même : il n'enseignera jamais à un individu des doctrines contraires à celles qu'il nous enseigne à tous par l'organe de son Église ; mais l'homme £ est toujours sujet à erreur, il peut se méprendre au r sujet des révélations qu'il présume recevoir de Dieu; il peut n'être que le jouet de son imagination, ou la victime des artifices du démon, au moment où il s'imaginerait entendre la parole de Dieu. Une soumission complète aux enseignements de l'Église écarte toud ces dangers d'erreur.

La foi n'est pas seulement un grand bien pour nous, elle est de plus une nécessité.

III. Quand Notre-Seigneur envoya les Apôtres prêcher le saint Évangile, il leur dit ; Prêchez F Évangile à toute créature: celui qui croira et qui recevra le baptême sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné 1 . »

1 Évang. de saint Marc, xvi, lu,

Cette parole atteint tous ceux qui, étant suffisamment instruits de la révélation, refusent d'embrasser le Christianisme; ou qui, admettant le fond des doctrines chrétiennes, refusent de croire en particulier à quelque article de la foi : ils sont condamnés et punis à raison de l'injure qu'ils font à Dieu.

Ceux qui n'ont jamais entendu parler d'une révélation divine ne sont pas coupables de ne pas croire, puisqu'ils ignorent que Dieu nous ait révélé quelques vérités : ils se trouvent néanmoins en dehors de la voie du salut, parce que la foi^surnaturelle est pour tous une condition essentielle de la justification. «Sans la foi, dit l'apôtre saint Paul, il est impossible de plaire à Dieu : il est nécessaire que celui qui s'approche de Dieu croie que Dieu est, et qu'il est rémunérateur de ceux qui le cherchent* ;» et le concile de Trente déclare de la manière la plus absolue que, sans la foi, personne n*a jamais été justifié \ 4

Cette nécessité d'une foi divine est fondée sur l'ordre général de la divine Providence, qui veut que tous les hommes qui ont l'usage de leurs facultés concourent par des actes personnels, par l'exercice de leur libre arbitre, prévenu et aidé de la grâce, à l'œuvre de leur salut. Or, pour que les hommes concourent ainsi à l'œuvre de leur salut, pour qu'ils se disposent à la grâce de la justification, pour qu'ils tendent à leur fin surnaturelle, il faut qu'ils la connaissent, et ils ne peuvent la connaître que par la foi. Celui qui ne connaît Dieu que par une lumière naturelle, à la

1 Ép. aux Hébreux, xi, 6.

Conc. de Trente, ses*. VI, chap. vu.

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manière des philosophes païens, ne le connaît pas dans Tordre surnaturel : il ignore sa véritable fin, il ne sait s'il est destiné à une autre existence plus heureuse et plus pure que celle qu'il a dans ce monde, et dès lors comment pourrait-il se disposer à cette vie surnaturelle? Il faut un rapport, une sorte de corrélation entre nos actes et le but que nous devons atteindre : la foi seule peut établir ce rapport en élevant nos actions à la hauteur de notre destinée ; voilà pourquoi, selon l'enseignement de l'Église, la foi est le commencement, la racine et le fondement de notre justification 1 .

Il est donc d'une nécessité absolue que nous ayons la foi, que nous croyions fermement les dogmes révélés que nous connaissons, et en général tout ce que croit et enseigne l'Église. De tous les articles de la foi, les plus essentiels à connaître pour notre salut sont : k 1° qu'il existe un seul Dieu, et que nous sommes des- ■ tinés par sa miséricorde à jouir, après la vie présente, d'un bonheur plus grand que celui que Ton peut avoir dans ce monde, si pourtant nous avons été fidèles à la loi de Dieu ; 2° qu'il y a trois personnes en Dieu, le Père, le Fils et le Saint-Esprit; 3° que le Fils de Dieu s'est fait homme et qu'il est mort pour opérer notre rédemption. Il faut de plus nous instruire de toutes les vérités contenues dans le symbole, et des sacrements que nous sommes dans le cas de recevoir. L'ignorance volontaire de ces divers articles serait une

1 Fides est salutis humanœ ttutfum, fundamentum et radix omnis jwtificationis nostrœ. Concile de Trente, sess. VI, chap. vin.

Revoir ce qui a été dit dansla seconde partie, pour l'explication de la maxime : Hors de l'Église, il n'y a pas de salut.

faute grave, qui nous rendrait indignes de la grâce de l'absolution.

Dieu n'a point déterminé, l'église ne nous dit pas non plus dans quelles circonstances urge le précepte de faire des actes de foi. Les docteurs conviennent cependant qu'il y a obligation de produire des [actes de cette vertu : 1* quand on a atteint l'usage de la raison et qu'on se trouve suffisamment instruit des vérités chrétiennes, car à ce moment il n'est permis, ni de demeurer indifférent à l'égard de ces vérités, ni de différer de leur donner son adhésion : le délai volontaire constituerait une suspension de l'esprit, un doute qui serait injurieux à Dieu; 2° quand on est tenté contre la foi, et que l'on se voit exposé au dançer de tomber dans l'incrédulité : il faut alors né- i cessairement repousser la tentation par des actes contraires, en recourant à la prière ou en protestant^ à Dieu de notre fidélité, à moins qu'on ne puisse par d'autres moyens écarter le danger, par exemple : en détournant son esprit pour s'appliquer à autre chose; 3° quand on se voit en péril de mort. Si jamais le chrétien doit ranimer sa foi, c'est bien assurément quand il va quitter le monde pour retourner dans le sein de Dieu *.

Les actes que nous faisons dans ces diverses situa-

1 Pour accomplir le précepte divin de la foi, il n'est pas né» oessaire de réciter les formules qui sont dans le catéchisme et dans les livres de prières. Tout acte, quelle qu'en soit la forme, par lequel notre cœur adhère à l'enseignement de l'Église* est un acte de foi; une prière faite chrétiennement, un signe de croix t est une profession de foi. Cependant r usage des formules ordinaires est très-utile, parce qu'elles expriment avec précision la nature et le motif propre de la foi.

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tuas n'ont le plua souvent que Dieu pour témoin; mais la foi ne doit pas demeurer dan» le cœur, il faut qu'elle se produise au dehors et devant les hommes par le témoignage extérieur de nos croyances et par la salutaire influence qu'elles exerceront sur notre vie* « On croit par le cœur pour parvenir à la grâce « de la justification, dit saint Paul, on confesse de « boucfaepour le salut *» » La grâce de la justice chrétienne que l'on acquiert par des actes intérieurs se perdrait ; on perdrait avec eUe le salut, si Ton ne con* fessait de bouche, c'est-à-dire si on ne faisait une profession ouverte de cette même foi. « Si quelqu'un a rougit de moi ou de mes parole*, a dit Notre-Sei- « gneur, je rougirai de lui devant mon Père, et refu- « serai de le reconnaître quand j& paraîtrai dans ma « gloire *. »< j. Le chrétien doit paraître au dehors ce qu'il est d&M son coaar ; il doit avoir le courage de ses convictions* II peut bien se renoontrer des circonstances où il lui serait permis de ne pas se montrer, de se cacher, de os paa donner des signes publics de religion s c'est ainsi qu'autrefois bien des fidèles se retiraient dans des lieux écartés pour éviter les persécutions* et l'Église ne les condamnait pas $ mais jamais* dans aucune circonstance, et pour quelque cause que ce soit* il n'est permis défaire un acte, de dire une parole contraire à la foi.

Vous avez entendu souvent parier des martyrs, et vous avez admiré leur courage. Vous savez que les

. ' Corde creditur atjwlitiam, art autew fit confmio ad $alu$m. Ép. aux Romains, x, 10.

I ' Ëvaag. de aaiat Luc, ix, se.

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martyrs sont morts pour la cause de la foi. Les tyrans voulaient leur faire abjurer la religion chrétienne ; on leur demandait de renoncer à Jésus-Christ et de brûler de l'encens sur l'autel des faux dieux, de prononcer au moins avec respect le nom de ces divinités du paganisme. N'auraient-ils pas pu, pour sauver leur vie, céder aux circonstances, et, tout en gardant la foi dans leur cœur, faire à l'extérieur ce que l'on exigeait d'eux? Non, ils ne le pouvaient pas, et ils ne l'ont pas fait. Un de ces généreux confesseurs de la foi fut placé en face d'une idole, la main pleine d'encens et tendue sur un brasier. On espérait que les premières atteintes du feu le forceraient de laisser tomber l'encens dans le brasier, mais il soutint la douleur avec une fermeté inébranlable, jusqu'à ce que sa main fût calcinée. Ur autre fidèle interrogé sur sa foi répondit d'une vob modeste, mais digne, qu'il croyait en Jésus-Christ ^ Fils unique de Dieu; le magistrat, qui portait beau coup d'intérêt à ce fidèle et qui voulait le sauver, feignit de n'avoir pas entendu; il ordonna au secret air 1 d'écrire que l'accusé avait satisfait aux ordres de empereurs, et qu'il était rendu à la liberté; mais 1 généreux confesseur de la foi, que ses amis et se parents se hâtaient de retirer du prétoire, ne put ja mais consentir à cette feinte; car il la jugeait indigc de lui et injurieuse au Christianisme. Il éleva donc 1 voix, et protesta devant le tribunal qu'il détestait le faux dieux, qu'il adorait Jésus-Christ, Fils uniqi du Père et Sauveur des hommes; ce qui mit le magfc trat dans la nécessité de le condamner à mort.

De pareils exemples sont très-nombreux dans l'hit toire de l'Église. De tant de milliers de martyrs do:

bous honorons la mémoire, il n'en est pas un qui ne soit mort volontairement, sacrifiant sans hésiter sa vie, plutôt que de renoncer à la foi, ou seulement de faire semblant d'y renoncer.

Nous sommes les frères de ces saints martyrs, soyons leurs imitateurs. La Providence ne nous soumet pas aux mêmes épreuves; nous n'avons pas à paraître devant les tribunaux, nous ne sommes menacés ni des feux ni du glaive; cependant, bien que moins exposés, nous avons besoin de la force surnaturelle qui a soutenu les martyrs, pour ne rougir jamais de Jésus- Christ, ni de son Évangile, au milieu de ces hommes indifférents ou incrédules dans la société desquels nous sommes peut-être destinés à vivre.

§ 3. — CONSÉQUENCES PRATIQUES DE LA DOCTRINE EXPOSÉE SUR LA NÉCESSITÉ DE LA FOI.

k' Tirons quelques conclusions pratiques des maximes :que nous avons exposées sur la nécessité de la foi.

I. La première conséquence est qu'il y a pour nous une obligation sérieuse de nous instruire des fondements de la foi chrétienne et des vérités que l'Église tous enseigne. Il faut que nous connaissions les mysères de la religion, le véritable sens de chacun des rtieles du symbole, ainsi que la doctrine chrétienne ir la grâce de Jésus-Christ, sur la prière et sur les tcrements que nous sommes dans le cas de recevoir i que nous avons déjà reçus. Mais il ne suffit pas î connaître ces vérités, il faut que chacun de nous udie avec soin, selon les moyens qu'il a en son pou- »ir, la divinité du Christianisme et l'autorité vénérae de l'Église catholique.

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Il le faut, parce que noua pouvons être exposés à entendre des sophisme» qui ébranleraient par la base notre foi au symbole et aux enseignements de l'Église, si nous n'étions pas suffisamment instruits. Il est impossible dans l'état actuel de la société, et dans l'étrange eonftision d'idées que l'on remarque de nos jours, que nous ne rencontrions pas de ces hommes incrédules qui combattent la vérité du Christianisme, les uns directement, d'autres par des insinuations* Quand même personne n'essayerait d'ébranler vos convictions, l'indifférence que vous observeras par rapport à la religion, dans un si grand nombre de personnes, ne sera-t-elle pas pour vous un sujet de tentation, une pierre de scandale, si vous n'êtes instruits solidement des preuves de la divinité du Christianisme, de l'autorité et du v.éritable enseignement de l'Église ?...

Le danger n'est pas moins grand du côté des livres que vous êtes dans le cas de lire* Un illustre prélat disait dernièrement, en parlant des livres composés depuis trente ou quarante ans sur l'histoire sainte et sur l'histoire de l'église : « On compterait les livres qui * peuvent être mis sans péril, je ne dis pas aux mains « de la jeunesse j mais aux mains même de quiconque et rtsstpas assefc fortement enraciné et fondé dan» la foi « pour n'avoir pas à craindre des illusions de la « dusse science... Le Christianisme, son adorable fon- « dateur, ses apôtres et ses prophètes, ses martyrs et « ses docteurs, ses bienfaits et ses triomphes, on les « préconise, on les encense, on les adore même; « mais en même temps on les défigure, on les calom- « nie, on les humanise. On fait du Christianisme, c'est-

t à-dire de l'œuvre divine qui a régénéré l'homme « et changé la face du monde, on en fait une œuvre « belle et admirable, sans doute, mais humaine, pua reraent humaine, et par conséquent, malgré ces fas- « tueux et hypocrites éloges, vaine et périssable, a comme tout ce qui est d'ici-bas K *

H serait inutile, en présence de tant de périls pour la foi, d'insister plus longtemps sur la nécessité d'une étude sérieuse des fondements de la religion chrétienne ; nous vous en avons d'ailleurs souvent parlé, et si nous nous appliquons, dans ce Cours tfinstructi&n religieuse, à vous fortifier dans les premières connais* sances qui vous ont été données quand vous étiez plus jeunes, c'est pour vous aider à éviter ces écueils»

II. Une autre conséquence pratique de la nécessité de la foi, est que vous devez éviter avec un très-grand soin tout ce qui peut altérer en vous cette vertu, qui est la racine de la vie chétienne. Quelque instruction que vous ayez acquise sur la religion, veillez sur vousmêmes, ne liez pas amitié avec des jeunes gens de votre âge qui affectent de ne pas croire aux vérités de l'Evangile, de ne vouloir pas se soumettre aux enseignements de rÉglise; ne lisez pas non plus ces livres écrits sans amour sincère de la vérité, Bans respect pour les traditions religieuses, dans un esprit hostile au Christianisme. Ces conversations et ces lectures vous seraient très-dangereuses. L'apôtre saint Jean nous recommande de ne pas recevoir dans notre intimité celui qui ne croit pas en Jésus-Christ, et de ne pas lui donner des marques particulières

1 Discours de Mgr révoque d'Orléans, sur Y Enseignement de Vhistoire, le 29 juillet 1858,

d'amitié, de peur que nous ne communiquions à ses œuvres *. Il ne nous interdit pas toute sorte de relations avec lui, puisque ces rapports sont souvent inévitables; mais il nous avertit d'user d'une sage circonspection quand nous nous rencontrons avec ces personnes. Ne souffrons pas, autant qu'il dépend de nous, que la conversation tombe sur les questions religieuses, si les saintes vérités de la foi ne doivent pas y être respectées ; et, si nous entendons des paroles qui blessent nos croyances, tournons notre cœur vers Dieu, pour lui protester que nous ne l'abandonnerons jamais. Lui seul a les paroles de la vie éternelle.

Saint Vincent de Paul nous rapporte que, s'étant trouvé engagé dans un entretien où l'on avançait des propositions contraires à la doctrine de l'Église, il avait fait intérieurement un acte de foi. Si nous apprécions le don de la foi comme il mérite de l'être, nous le conserverons avec un soin délicat : nous écarterons ces entretiens comme les lectures des livres irréligieux, nous redouterons le souffle du démon, qui épie le moment opportun pour répandre dans nos âmes le venin de l'erreur : nous n'oublierons pas que la foi est le premier trésor d'une Âme, et que ce don peut se perdre par un seul doute volontaire sur une vérité révélée.

Nous aurions d'autres conséquences à tirer du principe de la nécessité de la foi, et nous tiendrions surtout à vous montrer que vous ne devez pas vous borner à croire les vérités chrétiennes; qu'il est de

1 II 6 Ép. de saint Jean, 10, 11.

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Yotre devoir de prendre ce» mêmes vérités pour autant de règles invariables de votre conduite ; mais comme nous devons revenir souvent sur cette idée fondamentale, il nous suffira de vous l'avoir indiquée dans cette leçon.

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