ESPÉRANCE CHRETIENNE : SON OBJET ET SON MOTIF
I. Les premiers rayons de lumière que la foi a fait pénétrer dçms notre ârrçe noiis Qnt révélé notre ori-
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gine et le but vers lequel nous devons tendre. Nous ayons appris que Dieu nous a orées pour sa gloire et pour notre bonheur. Cette vérité nous en découvre une infinité d'autres, et die a la plus grande Influence sur la direction de notre vie. Bien que nous fussions d'abord peu capables d'en saisir toutes les conséquent ces, nous ne comprimes pas '.moins tout ce qui nous fut dil des soins de la Providence à notre égard. Nous sentions que Dieu, nous appelant à lui, devait nous aider par sa grâce, que son secours ne nous manquerait pas, et ainsi nous nous réposions sur lui-
L'espérance est devenue plus ferme à mesure que nous avons mieux connu Dieu le Père et son Fils unique Jésus-Christ, Notre-Seigneur est mort, et il est ressuscité pour nous mériter le ciel : il dit la veille de sa mort, quand il expliquait aux Apôtres pourquoi il se . retirait de ce monde et retournait dans le sein de son Père : Je vais vous préparer une demeuré. Lé ctêl, c'est Dieu vu, aimé, glorifié éternellement ; le ciel, c'est Dieu remplissant, inondant d'une joie pure, d'un bonheur sans mesure, et que nulle langue humaine ne saurait exprimer, les âmes qui le voient, qui le contemplent face à face. Voilà le premier objet de l'espérance chrétienne, c'est la fin dernière del'homme.
En espérant de posséder Dieu , nous avons une confiance assurée que nous recevrons de lui, en temps opportun, toutes les grâces, tous lés moyens nécessaires pour parvenir à ce terme. Nous pouvons nous tromper dans l'idée que nous nous formons de tel moyen en particulier qui nous paraîtrait nécessaire, et être tentés de croire que Dieu nous abandonne si ce moyen vient h nous manquer; il faut laisser * PieU
le choix des moments et des secours, et demeurer très-persuadés qu'il nous viendra en aide autant qu'il nous sera nécessaire pour notre salut.
IL Le fondement de cette assurance est dans les mérites de Notre-Seigneur, dans les promesses qu'il nous a faites et dans la fidélité de Dieu à tenir sa parole. Loin de nous la pensée que nous puissions parvenir à notre fin dernière par la seule énergie de notre volonté, sans le secours de la grâce ; ou mériter cette grâce par nous-mêmes, par des efforts naturels. Personne ne va à Dieu, si Dieu ne l'attire par une action prévenante de sa grâce; il nous faut un médiateur pour nous réconcilier avec Dieu, et ce médiateur entre Dieu et les hommes n'est autre que Jésus-Christ. Il n'y &pas d autre nom, «m ciel ni sur la terre y par la vertu duquel nous puissions nous sauver. Si donc nous espérons le ciel et les moyens nécessaires pour y parvenir, c'est parce que Dieu nous l'a promis, parce que Jésus-Christ s'est incarné et qu'il est mort pour notre salut, ainsi que nous le professons dans le symbole.
Voilà le vrai motif de notre espérance ; il ne faut pas en chercher ailleurs, car on n'en trouverait pas. « Qu'un autre, disait saint Bernard, fasse valoir ses « mérites, ses longs travaux, ses jeûnes; que les uns « se glorifient dans la science des lettres, d'autres « dans la sagesse et l'habileté du siècle, d'autres dans « leur noblesse, leur dignité ou telles autres sembla- « blés vanités. Pour moi, il m'est bon d'adhérer à « Dieu et de mettre en lui seul ma confiance. Pour « vous, 6 mon Dieu! j'ai renoncé à tout, et je consi- « dère toutes les choses du monde comme rien, parce « que l'est vous qui êtes mon espérance. Si des ré-
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« compenses me sont promises, c'est par vous que «j'espère les obtenir ; s'il s'élève contre moi des en- « ne mis, si le monde frémit et me menace, si la chair « combat contre l'esprit, c'est en vous que j'espère... « Mes frères, penser et sentir ainsi, c'est vivre de la « foi; nul ne peut dire sincèrement à Dieu : Vous êtes « mon espérance, que celui à qui le Saint-Esprit a per- « suadé de mettre en lui toute sa confiance, selon la « parole de l'apôtre saint Pierre : Reposez-vous sur lui « de toutes vos sollicitudes, parce qu'il a soin de vous. Si « nous comprenons cela, pourquoi hésitons-nous à « abandonner toutes les espérances misérables, vaines, « inutiles, séductrices, pour nous attacher unique- « ment, dans la sincérité de l'âme et la ferveur de « l'esprit, à cette seule espérance si solide, si heu- « reuse, si parfaite ? Si quelque chose lui est impos- « sible, ou seulement difficile, cherchez ailleurs en ft" qui vous espériez. Mais il peut tout par sa parole ; et « qu'j a-t-il de plus facile qu'une parole ? S'il veut « nous sauver, nous serons aussitôt délivrés ; s'il lui « platt de nous vivifier, notre vie dépend de sa volonté ; « s'il nous promet des récompenses, il lui est libre de « faire ce qu'il veut. Comment cette majesté faillirait- « elle à celui qui espère, elle qui nous exhorte si « amoureusement à espérer en elle ? Il les aidera, dit « le Psalmiste, il les aidera et les sauvera... Pourquoi? « en vertu de quels mérites?... Parce qu'ils ont espéré « en lui x . m
Telle est l'espérance, que les divines Écritures comparent à une ancre ferme et assurée. La foi nous mon-
1 Sermon de saint Bernard snr le psaume xc.
tre, à travers les illusions du monde, le but vers lequel nous devons tendre, et l'espérance nous fixe dans là véritable voie qui y conduit, pour que nous n'en soyons écartés ni par les vicissitudes des choses humaines, ni par les tempêtes dont nous sommes battus. Elle n'exclut pas cependant toute crainte. Dieu sera toujours fidèle à ses promesses : sous ce rapport, notre assurance est entière; mais nous, tant que nous sommes dans la voie des épreuves, nous demeurons libres d'user ou d'abuser de ses grâces. Toutefois, ces craintes, au lieu d'infirmer notre espérance, la fortifient de plus en plus, parce qu'elles inspirent l'humilité et la confiance en Dieu. Celui qui a la conscience j de sa faiblesse se retourne vers Dieu, de qui seul il attend son secours, et il n'en sera certainement pas abandonné.
III. Il semble que l'espérance, comme vertu théologale, n'ait d'autre objet que la possession de Dieu, <4 les moyens surnaturels qui nous aident à aller au ciel ; quand on considère néanmoins la tendre sollicitude que Dieu nous témoigne pour notre existence ici-bas, l'invitation que si souvent il nous adresse dans les Écritures de recourir à lui dansnos afflictions temporelles, et les promesses qu'il nous a faites, on ne peut douter que les biens de ce monde ne soient également compris, quoique d'une manière secondaire et subordonnée, dans l'objet de cette vertu. La Sagesse dit dans le livre de Y Ecclésiastique : « Considérez, mes enfants, « les nations, et sachez qu'aucun homme qui a espéré « en Dieu n'a été confondu. Quel est celui, en effet, « qui soit demeuré fidèle à ses commandements et qui « ait été abandonné? Qui l'a invoqué et n'a pas été
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« ex&ueé ' ? » Mais pour qu'on ne craigne pas que les promesses si souvent réitérées dans les prophètes ne concernent que l'état du peuple de Dieu sous la loi ancienne , état|plus imparfait et où des biens temporels étaient promis à des hommes charnels pour les exciter plus efficacement au service de Dieu, Notre- Seignéur a dit : « Ne vous inquiétez pas pour la nourri rituré; voyez les oiseaux du ciel, ils n'ont ni grenier « ni cellier, et cependant votre Père céleste leur donne « la nourriture; n'êtes- vous pas plus qu'eux? Etpour- « quoi êtes-vous en souci pour vos vêtements ? Consi- « dérez les lis des champs, comme ils croissent ; ils « ne travaillent ni ne tissent, et néanmoins , je vous « le dis, le roi Salomon, dans toute sa gloire, n'a « jamais été paré comme l'un d'eux. Si donc l'herbe « des champs qui croît aujourd'hui, et qui demain « sera jetée au feu, reçoit de Dieu son vêtement, * « combien plus devez-vous l'espérer? Hommes de peu « de foi, votre Père céleste sait ce dont vous avez be- « soin. Cherchez premièrement son royaume et sa « justice, et le reste vous sera donné par surcroît s . » On ne peut douter, d'après ces promesses, que Dieu ne pourvoie à toutes les nécessités de l'homme, à la condition que l'homme cherche avant tout le royaume de Dieu, et qu'il mette en lui sa confiance. Il ne s'écarte de cet ordre habituel que dans des cas particuliers où il veut procurer à ceux qui l'aiment un Bien plus excellent. C'est ainsi qu'il permet quelque* fois*que les justes souffrent de dures privations, qu'ils soient persécutés, qu'ils éprouvent des maladies ou
| ' Ecclésiastique, au, il.
* Saint Matth., vi, 23-33.
des pertes pénibles : mais alors Dieu a l'œil sur eux; il dirige avec un soin paternel tous les événements qui les intéressent; rien n'arrive à ces justes que par une attention spéciale de Dieu, pas un cheveu ne tombe de leur tête sans sa permission, tout est dirigé pour leur plus grand bien.
Ainsi conçue, l'espérance répond si bien à la nature de l'homme, que nous avons éprouvé une étrange surprise, quand nous avons entendu quelques sophistes, partisans, disaient-ils, de la morale indépendante, reprocher cette vertu au Christianisme. « On compromet, selon eux, et on diminue la morale, » par nos dogmes. Comment donc? C'est que « la croyance à a une autre vie mêle à notre conduite un fond d'es- « poir ou de crainte, qui ôte à la morale le désin- « téressement et la prive de tout mérite. » D'autres sophistes avaient raisonné avant eux dans le même sens, quoique ne partant pas des mêmes principes.
Ces hommes s'imaginent donc avoir inventé une morale plus pure, plus élevée, plus parfaite que celle du Christianisme. Voilà où conduit l'amour du paradoxe, l'esprit de système ! Nous avons vu, dans la première leçon sur le Docalogue, que la morale indépendante n'a pas de principes, qu'elle varie au gré de chacun, qu'elle n'a pas de sanction, qu'en un mot la théorie de ces sophistes est la négation de toute morale; il ne s'agit plus de revenir là-dessus et de montrer les inconséquences de ces hommes ; disons seulement deux mots, et ils suffiront pour la justification du Christianisme, en ce qui concerne son enseignement et sa pratique sur la vertu d'espérance.