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Cours d'instructions familières

Nous arrivons à la quatrième partie de la doctrine chrétienne qui regarde les sacrements. Dans la première nous avons parlé as la foi et des principales vérités à croire, renfermées dans le symbole des apôtres ; dans la seconde , de Y espérance et des choses qu'il faut attendre de Dieu et lui demander, renfermées dans l'Oraison dominicale ; dans la troisième , de la charité et des choses qu'il faut faire, renfermées dans les commandements de Dieu et de l'Eglise. Nous allons voir dans cette quatrième partie les sacrements que nous devons recevoir pour noire sanctification et notre salut. Matière extrêmement importante, puisque, d'après le concile île Trente, les sacrements sont les canaux par lesquels les mérites de la passion et de la mort de Jésus-Christ nous sont communiqués et par lesquels les vertus théologales sont répandues dans notre âme ; ils sont la source de la grâce , il ne peut y avoir de vertu et de sainteté que par eux. C'est par les sacrements que la grâce s'obtient, se conserve et s'accroît; c'est par eux qu'on la recouvre

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quand on l'a perdue : Ver quœomnisjustilia vel incipit, vel capta ungetur, vel amissa recuperatur,

II est de la dernière importance pour un chrétien de bien connaître la nature de chaque sacrement, afin de les bien recevoir. On n'en a pas ordinairement une idée assez haute et même on en a souvent des idées fausses et erronées; l'ignorance des dispositions requises pour les bien recevoir est surtout cause que la plupart les reçoivent sans fruit, et qu'ainsi ces remèdes que Jésus- Christ nous a préparés pour notre salut, nous deviennent non-seulement inutiles, mais même nuisibles.

Avant d'entrer dans aucun détail à cet égard, j'en donnerai une idée générale et j'expliquerai ce que ces sacrements ont de commun entre eux. Ce sera le sujet de mon instruction d'aujourd'hui.

Le mot sacrement peut avoir plusieurs significations; mais ici on entend par ce mot un signe extérieur et sensible institué par Jésus-Christ pour signifier] et conférer la grâce qu'il produit invisiblement dans nos dînes.

Pour bien saisir cette définition , il faut nous rappeler que Dieu, dans sa sagesse infinie, a voulu accommoder en tout la religion à notre nature et à nos besoins. Si nous étions , dit saint Jean Chrysostôme, de purs esprits dénués de corps, il nous aurait donné une religion toute spirituelle; mais étant composés d'un corps et d'une âme, toujours sous l'influence des sens, ce corps et cette âme étant d'ailleurs destinés à vivre ensemble, à s'unir et à s'aider mutuellement pour rendre à Dieu un seul et même culte , il nous faiiait le secours de signes extérieurs pour aider notre ame à s'élever plus facilement aux choses spirituelles, et aussi pour édifier les autres par la pratique et l'exercice du culte que nous professons , et par là nous unir tous ensemble en un seul corps de religion. Voilà pourquoi la magnificence et la richesse des temples et des autels ; voilà pourquoi la hiérarchie imposante des pontifes, des évêques, des prêtres ; le majestueux appareil des foactions sacrées , la pompe *i fréquente des solennités et des fêtes, la psalmodie, les cantiques et tant de rites et de cérémonies : tous ces signes extérieurs ont é'é établis par Dieu même pour exciter la foi, ranimer la piété et servir de lien et de point d'union entre les fidèles.

C'est pour cette raison que Dieu , pouvant nous conférer immédiatement la grâce sanctifiante sans le secours d'aucun instrument extérieur, n'a cependant voulu nous la donner et ne nous la donne ordinairement que par le moyen et sous le voile de choses maté-

rielles, comme l'eau dans le baptême, le saint chrême dans la confirmation , l'huile dans l'extrême-onction, etc. , jointes au paroles qui doivent accompagner l'administration de chacun d'eux. Voilà tout autant de choses que l'on voit, que Ton touche, que l'on sent; en un mot, voilà des signes extérieurs et sensibles.

Dieu a établi ces signes pour deux raisons : pour signifier la grâce qu'ils contiennent et pour la conférer réellement.

Premièrement, pour la signifier : la nature du signe , dit saint Augustin, est de nous donner non seulement la connassance de ce qu'il est , mais encore la connaissance d'une autre chose distincte de lui : c'est ainsi qu'une monnaie nous représente en elle-même du r.i^tal d'or, d'argent ou de cuivre, et nous donne en même temps l'idée d'une certaine valeur déterminée qu'elle représente : Sigman est res, prœter speciem qnam ingerit sensibus, aliud oli^uid ex se faciens in cogitationem venire. De même les signes adoptés pour les sacrements signifient premièrement la grâce intérieure qui y est attachée par une certaine analogie , par une certaine proportion ou ressemblance qui existe entre le signe et la chose signifiée. Par exemple, l'action du prêtre qui répand de l'eau sur un enfant, en prononçant certaines paroles, représente l'opération invisible par laquelle Dieu .lave et purifie intérieurement l'âme de cet enfant, de !la même manière que l'ean appliquée extérieurement sur le corps en lave les taches et les souillures. Dites de même des autres sacrements.

D'où il suit en second lieu, que les sacrements ne sont pas des signes nus et purement représentatifs de la grâce , mais des signes e'Jûcaces qui la produisent réellement : voilà pourquoi nous ne disons pas qu'ils la signifient , mais que de plus ils la produisent et la confèrent. C'est là une des principales prérogatives qu'ont les sacrements de la nouvelle loi sur les sacrements de la loi ancienne. La loi ancienne avait aussi ses sacrements, comme la circoncision, l'agneau pascal et toutes les purifications légales ; mais ces sacrements étaient par eux-mêmes, dit saint Paul, sans efficacité et sans vertu , infirma et egena elementa. (Galat. iv, 9.) Us n'avaient pas la vertu de sanctifier , mais seulement de figurer et de réprésenter la grâce que les nôtres devaient conférer. En effet , nos sacrements contiennent en eux-mêmes la grâce et la donnent à ceux qà n'y mettent pas obstacle.

Mais comment la confèrent-ils ? Ex opère operalo, comme parle l'Ecole, c'est-à-dire par la force, par l'efficacité intrinsèque et inhé-

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rente au sacrement même : ce qui veut dire que leur vortn ne dépend pas de la piété et du mérite de celui qui les administre ni des dispositions de celui qui les reçoit.

La vertu des sacrements ne dépend pas de celui qui les administre. Ainsi un prêtre,, quelque indigne que vous le supposiez, qui baptise, qui donne l'absolution clans le tribunal de la pénitence, qui consacre au saint auiel, fait tout cela validement, pourvu qu'il observe bien les rites de l'Eglise et que sa perversité n'aille pas jusqu'à dénaturer et omettre les parties essentielles du sacrement.

Elle ne dépend pas non plus du mérite de celui qui les reçoit. Je ne prétends pas , remarquez bien ceci , afin de ne pas tomber dans une grossière erreur, je ue prétends pas que le sacrement doive toujours produire son effet, quelles que soient les dispositions que vous y apportez, bonnes ou mauvaises. Non, sans doute : il est certain que tout sacrement exige de vous des dispositions, et que ces dispositions sont nécessaires pour qu'il ait son effet. Cependant je dis qu'il faut toujours attribuer cet effet à la vertu du sacrement et non à vos dispositions, quoique ces dispositions soient requises et indispensables. Celles-ci ne font qu'ôter l'obstacle à l'efficacité du sacrement , tandis que c'est le sacrement lui-mé::;e qui est la cause efficiente et productrice de la grâce. Ainsi , lorsque vous vous approchez dusacremeut de pénitence et que vous faites, avec une vraie contrition, l'aveu de vos fautes, Dieu vous en accorde le pardon, mais il vous l'accorde uniquement en vue des mérites de son divin Fils qui vous sont appliqués dans ce sacre» ment ; en vertu de ce sang précieux qui coule sur \ ous au moment où le prêtre prononce les paroles de l'absolution.

Si le sacrement ne produit donc pas son eli'et, il faut l'attribuer à votre faute et non au sacrement. Quelle est la cause, si puissante qu'elle soit, qui ne reste sans effet, si elle rencontre un obstacle: dans le sujet sur lequel elle agit? Le feu a bien la vertu de brûlée, mais cependant il ne brûlera pas si la matière n'est pas combustible. Voilà ce que vous devez entendre, lorsque je dis que les sacrements ont la vertu de produire et de conférer la grâce.

Mais, me dira-t-on, quel rapport peut-il y avoir entre ces signes matériels, et la grâce qui est une chose spirituelle, surnaturelle et divine? Naturellement, il n'y en a aucun : lavez-vous et lavez-vous tant que vous voudrez , jamais vous ne parviendrez à effacer le moindre péché. Ces signes n'ont donc et ne peuvent avoir celte vertu >rae par l'institution divine. En effet, l'auteur des sacrements,

C'est Jésus-ChrisL Lui seul , comme Dieu, pouvait attacher à un rit extérieur , à une cérémonie sensible, le pouvoir de remettre le péché, de conférer h grâce et de sanctifier les âmes.

Les sacrements qu'il a institués sont au nombre de sept : le baptême, la confirmation, l'eucharistie, la pénitence, l'extrèmc-onction, l'ordre et le mariage, fte cherchons pas la raison d'un pareil nombre, ailleurs que dans la volonté de Dieu, à qui il a plu d'en instituer sept ni plus ni moins. Ce qu'il y a de certain , c'est que, dans ce nombre de sacrements, il a voulu pourvoir à tous nos besoins spirituels, et dans le même ordre qu'il a pourvu à nos besoins temporels.

En effet, sept choses sont nécessaires à la vie naturelle de l'homme : naître, croître, se nourrir , recouvrer la santé quand ii Ta perdue , réparer ses forces détruites par les maladies, per pétuer la succession des supérieurs destinés à gouverner et de» enfants destinés à conserver l'espèce humaine. 11 en est de même pour la vie spirituelle du chrétien : le baptême lui donne la \ie , la confirmation fortifie cette vie, l'eucharistie la nourrit, la pénitence la rend à celui qui l'a perdue par le péché, l'extrême-onction fortifie contre les dangers et les terreurs de la mort, l'ordre perpétue les ministres de l'Eglise, et le mariage perpétue tout à la fois les pasteurs et les fidèles. Voilà comment, par ces sept sacrements, Jésus- Christ a apporté un remède à nos divers besoins spirituels.

Tous ces sacrements sont très-excellents : cependast, comme le dit le concile de Trente, chacun d'eux a une excellence qui lui est propre et particulière et qui fait que l'un est préférable à l'autre. Si l'on considère la dignité intrinsèque, le plus grand de tous, c'est le sacrement de l'eucharistie , parce qu'il contient l'auteur même de la grâce ; si l'on considère la dignité du ministre destiné à les conférer, c'est la confirmation et l'ordre , parce que l'évêque seul peut en être le dispensateur; si on considère la signification, le plus remarquable est le sacrement de mariage, puisqu'il représente l'union hypostatique de la divinité avec l'humanité en Jésus-Christ et son union morale avec l'Eglise; si l'on considère la facilité pour les recevoir, le plus facile de tous est l'extrême-onction , qui remet le péché sans aucune œuvre de pénitence ; enfin, quant à la nécessité, les deux premiers sont le baptême et la pénitence : le premier est indispensablement nécessaire à tous les hommes , et le second à tous ceux qui ont perdu la grâce de leur baptême. Cette nécessité absolue ne s'applique pas aux autres : l'ordre et le maria a

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ne sont pas nécessaires à chaque individu, mais uniquement à la société; et ni la confirmation , ni l'eucharistie, ni l'extrême-onction ne sont absolument nécessaires, car on peut se sauver sans les recevoir. Ces trois derniers sont néanmoins nécessaires de nécessité de précepte quand on peut les recevoir, et ce serait un péché de les négliger.

Une autre chose à remarquer , c'est que chaque sacrement exiue trois parties essentielles, la matière, la forme etrt/iteH/ùw.D'abord il faut se servir des choses ou faire les actions prescrite.^ par Jésus- Christ : tels sont l'eau dans le baptême , le pain et le vin dans l'eucharistie, l'acte de l'absolution dans le sacrement de pénitence. Ces choses ou ces actions s'appellent la matière. Dans le temps même qu'on emploie ces choses ou qu'on fait ces actions , il faut prononcer certaines paroles déterminées par Jésus-Christ, et c'est ce tiu'on appelle la forme. L'une et l'autre peuvent se vicier de manière à remue le sacrement nul et invalide, comme nous le verrons en son temps, il faut enfin, dans le ministre, l'intention de conférer le sacrement ou au moins de faire ce que l'Eglise entend faire en le conférant. Il serait donc nul s'il était administré par plaisanterie, par dérision ou sans la volonté actuelle ou au moins virtuelle de le conférer.

De plus, pour l'administration solennelle des sacrements, l'Eglise emploie diverses cérémonies qui n'appartiennent pas à leur essence et sans lesquelles ils peuvent subsister. Cependant il n'est pas permis de ies omettre ni de les négliger, parce qu'elles sont présentes •par l'Eglise pour mieux nous i'.dre comprendre ies dispositions qu'ils exigent , les effets qu'ils produisent et les obligations qu'i's imposent.

L'effet général de tous les sacrements, c'est de conférer la grâce sanctifiante. Mais ils la confèrent de différentes manières, selon la nature et lu fin des divers sacrements; les uns donnent la grâce sanctifiante première et les autres l'augmentent en nous. Les uns, comme le baptême et la pénitence, sont destinés à nous faire pas r de l'état du péché et de l'inimitié de Dieu à sa grâce et à son amour : c'est pour cela qu'ils sont appelés sacrements des morts% parce qu'ils rendent la vie spirituelle à l'âme morte par le péché. Les cinq autres sont destinés à accroître la grâce qui est déjà eu nous, et on les appelle sacrements des vivants , parce qu'ils exigent la vie spirituelle de la grâce, pour être reçus dignement.

Outre la grâce sanctifiante, qui est commune à tous les sacre

meni5, i! y a un autre effet qui est propre et particulier à quelquesuns ; c'est un caractère, un sceau,) une marque spirituelle qui est imprin.ee sur notre ame et qui nous consacre spécialement à Dieu, ou en qualité de chrétiens, comme dans le baptême; ou en qualité de soldais de Jésus-Christ, comme dans la confirmation ; ou en qualité de ministres de Dieu, comme dans le sacrement de l'ordre.

Il y a, entre la grâce et le caractère, une double différence qu'il est très-important de remarquer. La première différence, c'est que la grâce peut se perdre et se perd en effet parle péché, tandis que le caractère ne se perd jamais ; il ne peut être effacé ni par le péché , ni par l'apostasie, ni par l'infidélité ; il durera toujours, restera éternellement gravé dans notre âme, non-seulement en cette vie, mais encore en l'autre. Voilà pourquoi ces trois sacrements ne peuvent se recevoir qu'une seule fois.

La seconde différence, c'est qu'il n'y a que les personnes qui ont les dispositions requises qui reçoivent la grâce, et cela avec plus ou moins d'abondance, selon que leurs ciispositiens sont plus ou moins parfaites, tandis que to'.s reçoivent le caractère, même ceux qui les reçoivent indignement, pourvu qu'ils leur soient administrés d'une manière valide.

Mais, medirez-vous, ceux qui reçoivent indignement le baptême, la confirmation et l'ordre n'en recevront donc jamais la grâce, puisqu'ils ne peuvent se réitérer à cause du caractère qu'ils impriment ? Vous vous trompez : dès que, par une bonne confession , ils ôteront l'obstacle, à l'instant même la grâce du sacrement renaîtra en eux, delà même manière que s'ds le recevaient de nouveau.

Voilà les notions générales que vous devez avoir et retenir sur la nature des sacrements. Je passe rapidement sur ces notions , parce que je vous les ferai connaître plus en détail plus tard, en vous expliquant chaque sacrement en particulier. En attendant, que devezvous conclure de tout ce que nous venons de dire? Quel sera le fruit de cette instruction ? Il est trop évident pour que vous ne l'aperceviez pas. C'est d'abord de remercier du fond de votre cœur Jésus-Christ qui nous a enrichis de tant de moyens , et de moyens si efficaces et si faciles pour obtenir sa grâce, la conserver et l'augmenter en nous. Pour nous, ils ne nous coûtent rien, mrs ils ont coûté beaucoup à Jésus-Christ, puisqu'ils sont le fruit de sa passion et de sa mort, l'unique et la seule cause des sacrements. Ils sont, d'après l'expression du prophète Isaïe, ils sont ces eaux salutaires qui sortent des plaies adorables du divin Sauveur pour arro-

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ser et féconder le terrain stérile et aride de nos âmes : Haurietit aquas in gaudio de fonlibus Salvatoris. (Isa. xn, 3.)

En second lieu, nous devons en avoir la plus haute idée et en faire le plus grand cas : nous devons manifester le cas et l'estime que nous en faisons et en nous en approchant souvent et en nous en approchant avec de bonnes dispositions. C'est un grand malheur de les abandonner et de s'en tenir éloigné ; c'est un plus grand malheur encore de les profaner en les recevant avec de mauvaises dispositions ; mais c'est aussi un pitoyable aveuglement que de préférer périr et se damner plutôt que de prendre les remèdes que Jésus-Christ nous a préparés dans sa miséricorde ou de les changer, par notre faute, en un poison mortel*

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